{"id":58,"date":"2024-09-10T16:03:22","date_gmt":"2024-09-10T20:03:22","guid":{"rendered":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/?post_type=chapter&#038;p=58"},"modified":"2024-09-10T16:03:22","modified_gmt":"2024-09-10T20:03:22","slug":"kenya","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/chapter\/kenya\/","title":{"raw":"Kenya","rendered":"Kenya"},"content":{"raw":"<p>(Christopher Astudillo, Alejandro Fonseca, Francis Grenier et Christian Grimaldi)<\/p>\n<p>Profil du pays<\/p>\n<p>La R\u00e9publique du Kenya est un pays situ\u00e9 en Afrique de l\u2019Est, aux fronti\u00e8res de la Somalie, l\u2019\u00c9thiopie, le Soudan du Sud, l\u2019Ouganda et la Tanzanie. La capitale et la plus grande m\u00e9tropole est Nairobi, situ\u00e9e au sud du pays avec ses plus de 4 millions d\u2019habitants. Le pays regroupe une grande diversit\u00e9 ethnique avec une majorit\u00e9 de Kikuyu, Luhya et Kalenjin. Les langues officielles du Kenya sont l\u2019anglais et le Kiswahili. En 1895 l\u2019Empire britannique \u00e9tablit le protectorat de l'Afrique de l\u2019Est et en 1920, cr\u00e9e la colonie du Kenya nomm\u00e9e ainsi en r\u00e9f\u00e9rence du mont Kenya, la plus grande montagne de la r\u00e9gion (Central Intelligence Agency [CIA], 2023). L\u2019occupation a caus\u00e9 de nombreuses tensions entre les autorit\u00e9s britanniques et les forces de la Kenya Land and Freedom Army (KLFA) commun\u00e9ment appel\u00e9es Mau Mau (CIA, 2023). Ces tensions ont ultimement men\u00e9 \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance du pays en 1963 avec la subs\u00e9quente \u00e9lection de Jomo Kenyatta, le premier pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du Kenya. Le pays conna\u00eet depuis le milieu du 20e si\u00e8cle une croissance fulgurante de sa population causant une pression sur le march\u00e9 du travail, les services sociaux et les ressources naturelles (CIA, 2023). Aujourd\u2019hui, les opportunit\u00e9s d\u2019emploi en biblioth\u00e9conomie ne sont pas suffisantes compar\u00e9e au nombre \u00e9lev\u00e9 de gradu\u00e9s dans la mati\u00e8re (Mwanzu et Wendo, 2021, p. 6). Selon Durrani (2014, p. 87), les services biblioth\u00e9caires et ses institutions \u00e9taient pr\u00e9sents bien avant l\u2019ind\u00e9pendance du pays. Cependant, en reprenant les propos de l\u2019IFLA, Durrani (2014, p. 89) explique que le d\u00e9veloppement des biblioth\u00e8ques publiques contemporaines du Kenya est intimement li\u00e9 \u00e0 l\u2019influence de la colonisation britannique : \u00ab Britain felt that an informed populace would most likely maintain democratic traditions and would be most open to western influences. For this reason it supported establishment of libraries and training of librarians \u00bb<\/p>\n<p>Histoire<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons aucune trace de biblioth\u00e8ques au Kenya dans sa p\u00e9riode pr\u00e9coloniale. Cela est surtout d\u00fb au fait que les informations \u00e9taient transmises d\u2019une personne \u00e0 l\u2019autre par le biais des traditions orales et de l\u2019art plut\u00f4t que par des \u00e9crits. Certains pensent que Kilwa, sur la c\u00f4te est, aurait \u00e9t\u00e9 le seul endroit o\u00f9 une biblioth\u00e8que aurait exist\u00e9 durant cette p\u00e9riode (IFLA\/FAIFE, 1999). Elle aurait servi une petite classe alphab\u00e9tis\u00e9e de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Le gouvernement colonial n\u2019a pas soutenu la cr\u00e9ation de biblioth\u00e8ques publiques. Le d\u00e9veloppement des biblioth\u00e8ques publiques a suivi les mod\u00e8les raciaux pr\u00e9dominants \u00e0 cette \u00e9poque et celles-ci n\u2019\u00e9taient pas accessibles aux Africains. En 1903, la Seif bin Salim Public Library and Free Reading Room s'\u00e9tablit \u00e0 Mombasa par des philanthropes provenant principalement des communaut\u00e9s indiennes. Bien que cette biblioth\u00e8que f\u00fbt ouverte \u00e0 tous, ses collections refl\u00e9taient plut\u00f4t les besoins des communaut\u00e9s sud-asiatiques en raison des biais g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les contributeurs (Musisi, 1984, cit\u00e9 dans Durrani, 2014). En 1931, la Macmillan Memorial Library de Nairobi ouvre ses portes, mais son usage \u00e9tait exclusivement pour la communaut\u00e9 europ\u00e9enne (voir Cadre l\u00e9gislatif). En 1942, la Desai Memorial Library est \u00e9tablie par la communaut\u00e9 indienne, pour la communaut\u00e9 indienne. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement colonial britannique commence \u00e0 montrer un certain int\u00e9r\u00eat pour am\u00e9liorer les conditions sociales de ses colonies, surtout au niveau de l\u2019\u00e9ducation. Cela co\u00efncide avec le r\u00e9veil du nationalisme africain et d\u2019importantes agitations politiques contre le r\u00e9gime colonial (Ojiambo et Kasalu, 2015). Dans cette optique, en 1946, Elspeth Huxley pr\u00e9sente son rapport qui recommande que chacun des pays d\u2019Afrique de l\u2019Est doive cr\u00e9er des biblioth\u00e8ques centrales qui formeraient le noyau des biblioth\u00e8ques provinciales ou r\u00e9gionales (Otike, 2004). En 1948, une autre recommandation est mise en application avec la cr\u00e9ation du East African Literature Bureau (EALB).<\/p>\n<p>Le tournant dans le d\u00e9veloppement des biblioth\u00e8ques au Kenya vient avec les ann\u00e9es 1960. Avec l\u2019ind\u00e9pendance en 1963, les biblioth\u00e8ques publiques du Kenya deviennent accessibles \u00e0 tous, sans distinction d\u2019\u00e2ge, de religion, de race ou de statut social. \u00c0 la suite de la recommandation du consultant en biblioth\u00e8que du British Council, Sydney Hockey, le parlement a promulgu\u00e9 le Kenya National Library Service Act en 1965 (Chapitre 225), parmi les lois du Kenya. La direction du KNLS est devenue op\u00e9rationnelle deux ans plus tard, en h\u00e9ritant des ressources et des programmes du EALB (Otike, 2004). Au cours des ann\u00e9es 1970, davantage de biblioth\u00e8ques publiques, sp\u00e9cialis\u00e9es et scolaires ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es. Les ann\u00e9es 1980 ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par la croissance et l\u2019expansion de tous les types de biblioth\u00e8ques dans le pays, r\u00e9sultant \u00e0 la cr\u00e9ation de nouvelles institutions universitaires et du besoin accru de services de biblioth\u00e8que et d\u2019information (Ojiambo et Kasalu, 2015). Actuellement, le KNLS a \u00e9tabli 64 biblioth\u00e8ques annexes dans trente-trois comt\u00e9s (Kenya National Library Service, s.d.).<\/p>\n<p>Types de biblioth\u00e8ques<\/p>\n<h3>Biblioth\u00e8ques nationales<\/h3>\n<p>Comme ce fut le cas pour plusieurs pays d'Afrique, le Kenya a v\u00e9cu sous un r\u00e9gime colonialiste et cette r\u00e9alit\u00e9 a laiss\u00e9 des traces de son passage m\u00eame apr\u00e8s que le Kenya re\u00e7oive son ind\u00e9pendance en 1963 (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 34 et Ojiambo et Kasalu, 2015, p. 3). En effet, selon McDonald et Levine-Clark (2017, p. 34), la biblioth\u00e8que nationale du Kenya a re\u00e7u des Britanniques un mod\u00e8le rigide de ce que doit \u00eatre la biblioth\u00e9conomie. \u00c0 cette \u00e9poque, le mod\u00e8le laiss\u00e9 par les Britanniques con\u00e7oit la biblioth\u00e8que nationale comme le point central du r\u00e9seau pour toutes les biblioth\u00e8ques du pays et con\u00e7oit de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale les biblioth\u00e8ques comme une condition d\u2019acc\u00e8s \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 saine et moderne (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 34). Cependant, la vision britannique contient aussi des restrictions ethniques \u00e0 l\u2019acc\u00e8s (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 34). \u00c0 la suite de l\u2019influence apport\u00e9e par le manifeste de l\u2019UNESCO au sujet des biblioth\u00e8ques publiques puis des traditions britanniques et am\u00e9ricaines, la biblioth\u00e8que nationale prend la forme d\u2019un r\u00e9seau faisant la gestion de branches locales, de commandes postales et de plusieurs formes de biblioth\u00e8ques mobiles qui atteignent les communaut\u00e9s \u00e9loign\u00e9es en bicyclette ou en chameaux (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 34). Les Kenya National Library Services ont 60 points de services dispers\u00e9s \u00e0 travers le Kenya pour servir sa population (Ojiambo et Kasalu, 2015, p. 4). De plus, les Kenya National Library Services offrent aussi un service d\u2019adh\u00e9sion aux biblioth\u00e8ques scolaires locales, celles-ci peuvent faire l\u2019emprunt de 200 documents par trimestre contre un abonnement au co\u00fbt de 100 shillings k\u00e9nyans (Ng\u2019 Ang\u2019 A, 1982, p. 305).\u00a0 En 1965, les Kenya National Library Services se voient accorder le titre officiel de biblioth\u00e8que nationale et c\u2019est en 1987 qu\u2019ils se voient accorder la responsabilit\u00e9 d\u2019op\u00e9rer le d\u00e9p\u00f4t l\u00e9gal des \u0153uvres litt\u00e9raires k\u00e9nyanes (Otike, 2004, p. 4).<\/p>\n<p>Cependant, selon McDonald et Levine-Clark (2017, p. 35) la biblioth\u00e8que nationale du Kenya ne remplirait pas ses objectifs en termes de d\u00e9p\u00f4t l\u00e9gal. Ce qui pourrait s\u2019expliquer par les difficult\u00e9s v\u00e9cues par les industries locales du secteur du livre et de l\u2019imprim\u00e9 (Ojiambo et Kasalu, 2015, p. 9).<\/p>\n<h3>Biblioth\u00e8ques publiques<\/h3>\n<p>Le Kenya a h\u00e9rit\u00e9 des Britanniques une tradition biblioth\u00e9conomique qui valorise la biblioth\u00e8que publique et sa vocation \u00e9ducative (McDonald et Levine-Clark, 2017). Cependant, ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la suite de l\u2019obtention de l\u2019ind\u00e9pendance du pays que les personnes \u00e0 la peau noire seront admises dans les biblioth\u00e8ques publiques du Kenya (Otike, 2004, p. 4).<\/p>\n<p>Avant cette date, seulement les Europ\u00e9ens et les Asiatiques \u00e9taient admis dans les biblioth\u00e8ques publiques du Kenya (Otike, 2004, p. 4). Par exemple, la premi\u00e8re biblioth\u00e8que publique du Kenya a \u00e9t\u00e9 la Sir Bin Salim Public Library and Reading Room qui a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e par un philanthrope en 1903 dans l\u2019objectif de remplir les besoins informationnels des populations asiatiques du Kenya (Otike, 2004, p. 2). Ce n\u2019est qu\u2019en 1948 qu\u2019une premi\u00e8re biblioth\u00e8que publique permet aux populations africaines d\u2019\u00eatre admises entre ses murs (Otike, 2004, p. 2).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du pays, les biblioth\u00e8ques publiques qui \u00e9taient avant cette date r\u00e9serv\u00e9es aux communaut\u00e9s europ\u00e9ennes et asiatiques commencent \u00e0 admettre les populations africaines (Otike, 2004, p. 4). Cependant, plusieurs biblioth\u00e8ques publiques exigeants des frais pour l\u2019acc\u00e8s au service d\u2019emprunt de documents et pour l\u2019acc\u00e8s au service de r\u00e9f\u00e9rence, ce qui selon Ng\u2019 Ang\u2019 A (1982, p. 304-305) a pour effet d\u2019avoir limit\u00e9 leur impact sur la population et d\u2019avoir limit\u00e9 l\u2019acc\u00e8s des populations africaines moins nanties.<\/p>\n<p>En 1967, les Kenya National Library Services prennent en charge de mettre sur pied un service de biblioth\u00e8ques publiques \u00e0 travers le Kenya (Otike, 2004, p. 4). Pour atteindre cet objectif, ils vont mettre sur pied un r\u00e9seau de points de services, un service de livraison postale et plusieurs formes de biblioth\u00e8ques mobiles pour atteindre les endroits difficiles d\u2019acc\u00e8s o\u00f9 seule la livraison en chameaux ou \u00e0 v\u00e9lo est possible (Otike, 2004, p. 4). Les services de biblioth\u00e8ques publiques au Kenya sont principalement offerts par deux organisations, soit les Kenya National Library Services et la MacMillan Memorial Library (Otike, 2004, p. 4). La MacMillan Memorial Library dessert la r\u00e9gion de Nairobi et ses alentours tandis que les Kenya National Library Services ont pour ambitions de desservir la totalit\u00e9 de la population kenyane (Otike, 2004, p. 4).<\/p>\n<h3>Biblioth\u00e8ques scolaires<\/h3>\n<p>Mutungi (2012, p. 152) consid\u00e8re qu\u2019on en sait tr\u00e8s peu \u00e0 leur sujet puisqu\u2019il y a peu de donn\u00e9es officielles sur les biblioth\u00e8ques scolaires du Kenya. En effet, on ne sait pas combien il y en a ou quel est leur \u00e9tat exact puisqu'il n'y a pas de recensements ou de statistiques officielles (Mutungi, 2012, p. 152). Cependant, on sait que la plupart d'entre elles sont dans un \u00e9tat d\u00e9plorable puisqu'il y a un manque de budget et de directives politiques gouvernementales concernant ce type de biblioth\u00e8ques (Mutungi, 2012, p. 152). La cr\u00e9ation, la fourniture et la gestion des biblioth\u00e8ques scolaires sont laiss\u00e9es \u00e0 l'initiative de la direction de chaque \u00e9cole (Rosenberg, 1993, p. 37). En effet, le gouvernement ne soutient pas la mise en place d\u2019infrastructures biblioth\u00e9conomiques, l'acquisition de ressources d'informationnelles pour la biblioth\u00e8que, ni m\u00eame la r\u00e9mun\u00e9ration du personnel travaillant dans celles-ci (Mutungi, 2012, p. 164). L\u2019unique soutien qu'elles re\u00e7oivent provient de la Biblioth\u00e8que nationale, qui permet \u00e0 chaque \u00e9cole d'emprunter un lot de 200 livres par trimestre moyennant une somme de 100 shillings (un peu moins d'un dollar canadien) \u00e0 titre d'abonnement annuel, mais peu d'\u00e9coles b\u00e9n\u00e9ficient de ce service (Ng\u2019Ang\u2019A, 1982, p. 305). Cependant, il ne semble pas s'agir d'un cas isol\u00e9. En effet, selon la Banque mondiale (2008, p. 72), la plupart des pays africains disposent d'un faible syst\u00e8me de biblioth\u00e8ques scolaires.<\/p>\n<p>La qualit\u00e9 des services de biblioth\u00e8que scolaire au Kenya varie d'une \u00e9cole \u00e0 l'autre (Otike, 2004, p. 5). Les \u00e9coles les plus riches, qui accueillent les communaut\u00e9s diplomatiques, les immigrants, ainsi que les Kenyans les plus nantis, disposent de biblioth\u00e8ques bien fournies et dot\u00e9es de ressources multim\u00e9dias (Otike, 2004, p. 5). Ces \u00e9coles disposent de services de biblioth\u00e8que qui peuvent \u00eatre compar\u00e9s \u00e0 ceux des pays occidentaux et emploient des biblioth\u00e9caires qualifi\u00e9s avec des salaires comp\u00e9titifs (Otike, 2004, p. 5). Parmi la majorit\u00e9 restante des biblioth\u00e8ques scolaires, on peut distinguer une petite poign\u00e9e de biblioth\u00e8ques soit les \u00e9coles initialement destin\u00e9es aux Europ\u00e9ens et les \u00e9coles fond\u00e9es pendant la p\u00e9riode coloniale qui ont des collections bien plus compl\u00e8tes que celles cr\u00e9\u00e9es r\u00e9cemment puisqu'elles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es sur la base des normes britanniques (Mulaha, 1986, p. 11). Les autres sont simplement mal \u00e9quip\u00e9s et d\u00e9sorganis\u00e9s, avec un personnel non qualifi\u00e9, non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 ou sous-pay\u00e9 (Nganga, 1982, p. 305). Ni les biblioth\u00e8ques scolaires (ni leurs biblioth\u00e9caires) n'ont d'association, ni aucune forme d'organisation officielle, et la collaboration entre elles est plut\u00f4t rare, comme mentionn\u00e9 dans la section sur les associations de biblioth\u00e8ques, il n'y a eu qu'une premi\u00e8re tentative isol\u00e9e d'association en 1967, mais elle n'a jamais abouti (Musisi, 1978, p. 347).<\/p>\n<p>Selon Judith Kasalu (2015, p. 9), pour inverser la situation critique des biblioth\u00e8ques scolaires, il y a des d\u00e9fis \u00e0 relever : effacer l'image superflue des biblioth\u00e8ques face \u00e0 une culture orale forte ; revaloriser la profession et transmettre l'importance cl\u00e9 parmi la classe politique qui autorise le budget, et le public; trouver des sources de financement et des mat\u00e9riaux appropri\u00e9s au public et au contexte ; augmenter la formation biblioth\u00e9caire ; augmenter la coop\u00e9ration entre les biblioth\u00e8ques\/biblioth\u00e9caires ; adopter de nouvelles technologies ; et plaider pour plus de l\u00e9gislation et de r\u00e9glementation.<\/p>\n<h3>Biblioth\u00e8ques universitaires<\/h3>\n<p>Selon McDonald et Levine-Clark (2017, p. 36), les biblioth\u00e8ques universitaires africaines se sont rapidement multipli\u00e9es depuis les ann\u00e9es 1960 o\u00f9 plusieurs pays africains ont obtenu leur ind\u00e9pendance (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 36). D\u2019ailleurs, celles-ci vivent plusieurs difficult\u00e9s comme le manque de financement ad\u00e9quat \u00e0 l\u2019approvisionnement des collections et \u00e0 l\u2019abonnement aux p\u00e9riodiques scientifiques. Selon ces m\u00eames auteurs (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 36), l\u2019Universit\u00e9 Kenyatta \u00e0 Nairobi au Kenya fait office de mod\u00e8le quant aux m\u00e9thodes utilis\u00e9es pour contourner les difficult\u00e9s que rencontrent les biblioth\u00e8ques universitaires africaines. En effet, la biblioth\u00e8que universitaire de l\u2019Universit\u00e9 Kenyatta fait partie de plusieurs associations locales comme le Kenya Library and Information Services Consortium et le Kenya Library Association (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 36). De plus, cette biblioth\u00e8que offre un catalogue disponible en ligne via le logiciel libre KOHA, un r\u00e9pertoire institutionnel, 370 000 documents, des p\u00e9riodiques et des ordinateurs \u00e0 la disposition des usagers (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 36). De plus, celle-ci utilise, con\u00e7oit et fait la promotion de l\u2019utilisation du logiciel libre parmi ses usagers (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 36).<\/p>\n<p>Cependant, malgr\u00e9 les efforts mentionn\u00e9s par McDonald et Levine-Clark (2017, p. 35-36), ceux-ci affirment que la majorit\u00e9 des biblioth\u00e8ques universitaires d'Afrique subsaharienne n\u2019ont pas les moyens financiers n\u00e9cessaires pour acqu\u00e9rir une collection assez substantielle et d\u2019assez bonne qualit\u00e9 pour soutenir les activit\u00e9s de recherche et d\u2019enseignement sans que ces derni\u00e8res s\u2019en trouvent affect\u00e9es. Ce qui fait \u00e9cho au texte de Kwanya, Stilwell et Underwood (2014) qui soul\u00e8vent la probl\u00e9matique de l\u2019abondance de litt\u00e9rature grise par rapport \u00e0 la litt\u00e9rature scientifique dans les collections des universit\u00e9s du Kenya. De plus, selon Ojiambo et Kasalu, (2015, p. 9) l\u2019offre de litt\u00e9rature et de publications locales dans les biblioth\u00e8ques du Kenya et particuli\u00e8rement dans ses biblioth\u00e8ques universitaires serait tr\u00e8s faible puisque pr\u00e8s de 90% de leurs collections seraient d\u2019origine britannique ou indienne. Ce qui pourrait en partie s\u2019expliquer par les difficult\u00e9s v\u00e9cues par les industries locales du secteur du livre et de l\u2019imprim\u00e9 (Ojiambo et Kasalu, 2015, p. 9).<\/p>\n<p>Cadre \u00e9ducatif en sciences de l\u2019information et des biblioth\u00e8ques<\/p>\n<p>Selon Otike, l'origine de la biblioth\u00e9conomie en Afrique provient du colonialisme : \u00ab Colonial governments introduced Western education which entailed among others, reading and writing \u00bb (2017, p. 66). En effet, le besoin pour une formation biblioth\u00e9conomique devient plus pr\u00e9gnant avec l\u2019av\u00e8nement des \u00e9coles bas\u00e9es sur l\u2019\u00e9ducation occidentale qui sont souvent, munies d\u2019une biblioth\u00e8que bien nantie. Au Kenya, l\u2019inauguration d\u2019\u00e9coles d\u00e9di\u00e9es aux populations blanches augmente initialement le besoin d\u2019un personnel biblioth\u00e9caire qualifi\u00e9. D\u00fb au manque de formation, l'\u00c9tat fait parvenir ces rares professionnels de l\u2019empire pour fournir \u00e0 la demande (Otike, 2017, p. 67). Cependant, avec le d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique des colonies, la demande s\u2019agrandit et les institutions documentaires publiques mettent pression sur les gouvernements afin d\u2019\u00e9tablir des formations au niveau local. Avant 1963, presque tous les programmes d\u2019\u00e9ducation en biblioth\u00e9conomie \u00e9taient conduits \u00e0 l'ext\u00e9rieur du pays, surtout au Royaume-Uni (Otike 2017, p. 69).<\/p>\n<p>L\u2019UNESCO a jou\u00e9 un grand r\u00f4le dans l\u2019\u00e9laboration de programmes acad\u00e9miques en biblioth\u00e9conomie, particuli\u00e8rement dans l\u2019Afrique subsaharienne anglophone (Otike 2017, p. 68). L\u2019organisme consid\u00e9rait qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u00e9conomiquement efficace d\u2019\u00e9tablir des \u00e9coles en sciences de l\u2019information dans tous les \u00c9tats africains. Ils ont alors recommand\u00e9 l\u2019inauguration d\u2019\u00e9coles r\u00e9gionales affili\u00e9es aux universit\u00e9s. Suite \u00e0 de nombreux s\u00e9minaires entre 1953 et 1963, L\u2019East African School of Librarianship (EASL) est \u00e9tabli sur le territoire Ougandais en 1963 pour desservir plusieurs pays incluant le Kenya (Otike 2017, p. 68). Au d\u00e9part, deux programmes \u00e9taient offerts : un certificat en biblioth\u00e9conomie de six mois et un dipl\u00f4me en biblioth\u00e9conomie de deux ans \u00e9quivalent \u00e0 la qualification ALA du Royaume-Uni (Otike 2017, p. 69). Au Kenya, les d\u00e9tenteurs du dipl\u00f4me \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des professionnels de l\u2019information ainsi que d\u2019\u00eatre au m\u00eame niveau que les gradu\u00e9es universitaires (Otike 2017, p. 69). Cette organisation acad\u00e9mique r\u00e9gionale a cependant \u00e9t\u00e9 de courte dur\u00e9e. Suite \u00e0 l\u2019entr\u00e9e au pouvoir de Idi Amin en Ouganda, de nombreux \u00e9tudiants et professeurs de la EASL ont quitt\u00e9 les lieux et en 1976, le Kenya d\u00e9cide de retirer tous ses \u00e9l\u00e8ves de l\u2019\u00e9cole, marquant la fin du service r\u00e9gional de l\u2019institution (Otike 2017, p. 69).<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le Kenya d\u00e9tient une impressionnante quantit\u00e9 d\u2019\u00e9coles publiques et priv\u00e9es offrant des formations en sciences de l\u2019information. Les universit\u00e9s publiques de Moi, d\u2019Egerton, de Kisii, de Laikipia, de Kenyatta ainsi que la Technical University of Kenya offre tous des formations universitaires en biblioth\u00e9conomie alors que la Catholic University of East Africa et le Kenya Methodist University offrent la formation au niveau priv\u00e9 (Otike 2017, p. 72). L\u2019universit\u00e9 de Moi est d\u2019ailleurs la meilleure institution et la mieux \u00e9tablie en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation en sciences de l\u2019information \u00e0 travers l\u2019Afrique de l\u2019Est (Otike 2017, p. 72). L\u2019organisme est repr\u00e9sent\u00e9 par 40 professeurs, dont 15 d\u00e9tenteurs de doctorats, et offre des programmes de niveau baccalaur\u00e9at jusqu\u2019au doctorat dans quatre disciplines sp\u00e9cialis\u00e9es : le D\u00e9partement de la biblioth\u00e9conomie, le D\u00e9partement de l\u2019archivistique, le D\u00e9partement des m\u00e9dias et de l\u2019\u00e9dition et le D\u00e9partement de la technologie informationnelle (Otike 2017, p. 72).<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment encore, le Kenya conna\u00eet une effervescence dans l\u2019offre de formations sup\u00e9rieures au niveau universitaire. Selon Otike et Bar\u00e1t (2021) l\u2019universit\u00e9 de Moi \u00e9tait la seule \u00e0 offrir le doctorat en sciences de l\u2019information dans les ann\u00e9es 2010, aujourd\u2019hui ce sont 17 universit\u00e9s qui offrent la formation \u00e0 tous les niveaux. De plus, le curriculum offert par les institutions prend en consid\u00e9ration l\u2019\u00e9volution des technologies num\u00e9riques et son impact sur le monde documentaire. Au Kenya, la Commission de l\u2019\u00e9ducation universitaire a \u00e9tabli des lignes directrices pour encourager l\u2019\u00e9laboration de librairies num\u00e9riques au sein des institutions biblioth\u00e9caires physiques (Otike et Bar\u00e1t, 2021). Bien que l\u2019avancement des sciences de l\u2019information au Kenya soit lent d\u00fb au manque de financement, au manque de support des entit\u00e9s universitaires, \u00e0 l\u2019absence de politiques directrices sur les nouvelles tendances du milieu et au manque de comp\u00e9tences du personnel, il en demeure n\u00e9anmoins que le pays se d\u00e9veloppe remarquablement dans le domaine compar\u00e9 aux autres institutions biblioth\u00e9conomiques de l\u2019Afrique (Otike et Bar\u00e1t, 2021).<\/p>\n<p>Associations de biblioth\u00e8ques du Kenya<\/p>\n<p>Actuellement, il n'existe que deux associations de biblioth\u00e8ques au Kenya, la Kenya Library Association (KLA) et la Christian Association of Librarians in Africa (CALA-K). Les associations de biblioth\u00e8ques au Kenya jouent un r\u00f4le essentiel dans la promotion du d\u00e9veloppement, de l'avancement et de la d\u00e9fense des biblioth\u00e8ques et des services d'information dans tout le pays. Ces associations constituent des plateformes essentielles pour les professionnels, les \u00e9ducateurs, les chercheurs et les passionn\u00e9s, qui peuvent ainsi collaborer, \u00e9changer des id\u00e9es et faire \u00e9voluer les biblioth\u00e8ques au Kenya.<\/p>\n<p>Dans leur c\u00e9l\u00e8bre article intitul\u00e9 Evolution of Library Associations in Kenya, Musisi et Abukutsa (1978) racontent l'histoire de la KLA, dont ils sont des membres actifs et qui est, \u00e0 ce jour, la seule association la\u00efque officielle du pays. Les auteurs reconnaissent que les premi\u00e8res biblioth\u00e8ques et associations de biblioth\u00e8ques au Kenya remontent aux premiers jours de la domination coloniale du Kenya et des colons blancs, la population autochtone n'\u00e9tant pas admise (p. 345). Le premier document faisant mention d'une quelconque organisation active de biblioth\u00e9caires est un m\u00e9morandum intitul\u00e9 &quot;Libraries in the Union of South Africa, Rhodesia and Kenya Colony&quot; envoy\u00e9 \u00e0 la Carnegie Corporation \u00e0 New York et sign\u00e9 par Milton J. Ferguson, un biblioth\u00e9caire qui au nom du &quot;Kneya Libraries Scheme Committee&quot;, exprimait son inqui\u00e9tude quant au manque de livres et de services de biblioth\u00e8que pour les communaut\u00e9s europ\u00e9ennes dans ces r\u00e9gions [l'actuel Kenya] (p. 345). Mais ce n'est qu'en 1956 qu'elle a \u00e9t\u00e9 officiellement cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Nairobi en tant qu'association sous le nom de The East African Library Association (EALA), avec 27 membres exclusivement blancs, qui a formul\u00e9 sa constitution l'ann\u00e9e suivante (p. 346). Ce n'est qu'en 1960 que les deux premiers membres non europ\u00e9ens de couleur ont \u00e9t\u00e9 admis, John Ndegwa et Reuben Omwakwe, dont le premier a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu r\u00e9dacteur en chef de The African Library Association Bulletin, la publication de l'association, et en 1964, deux ans apr\u00e8s l'ind\u00e9pendance du Kenya, il est devenu le premier pr\u00e9sident de l'EALA (p. 347). \u00c0 partir de 1960 (ann\u00e9e d'admission de ses deux premiers membres de couleur), et plus encore pendant la pr\u00e9sidence de Ndegwa, l'association a connu une croissance exponentielle et, en 1964, elle a cr\u00e9\u00e9 deux branches, l'une \u00e0 Dar es-Salaam, en Tanzanie, et l'autre \u00e0 Kampala, en Ouganda, ne refl\u00e9tant qu'\u00e0 partir de ce moment-l\u00e0 son caract\u00e8re v\u00e9ritablement est africain, comme son nom l'indiquait (p. 347). Mais en 1972, l'EALA a \u00e9t\u00e9 dissoute et ses trois branches ont donn\u00e9 naissance \u00e0 l'Association des biblioth\u00e8ques du Kenya (KLA), \u00e0 l'Association des biblioth\u00e8ques de l'Ouganda et \u00e0 l'Association des biblioth\u00e8ques de Tanzanie, qui subsistent encore aujourd'hui (p. 348).<\/p>\n<p>La formation des biblioth\u00e9caires en Afrique de l'Est a \u00e9t\u00e9, depuis la cr\u00e9ation de l'EALA et par la suite de la KLA, une activit\u00e9 prioritaire de l'Association (p. 350). Des cours de formation ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s \u00e0 l'ancien Royal Technical College of East Africa, aujourd'hui Universit\u00e9 de Nairobi depuis 1959 et l'EALA a permis la cr\u00e9ation de l'actuel E.A. School of Librarianship \u00e0 l'Universit\u00e9 Makerere de Kampala, en Ouganda, en 1964 (p. 351). En 1974, avec l'aide de divers pays, le cours de formation de l'UNESCO pour les assistants biblioth\u00e9caires (UTCLA) est mis en place \u00e0 l'\u00e9cole polytechnique du Kenya \u00e0 Nairobi et le gouvernement finance un cours pour les assistants biblioth\u00e9caires, ainsi que la cr\u00e9ation de l'\u00e9cole de biblioth\u00e9conomie de l'Universit\u00e9 de Nairobi (p. 351). La KLA organise des conf\u00e9rences bisannuelles et poss\u00e8de sa propre publication d\u00e9nomm\u00e9e MAKTABA (p. 352). La KLA entretient des liens avec diff\u00e9rentes associations internationales et est affili\u00e9e \u00e0 l'IFLA, au COMLA, \u00e0 l'AIDBA et au SCECAL (p. 353).<\/p>\n<p>Comme le mentionne son site web, la Christian Association of Librarians in Africa (CALA-K) est une association enregistr\u00e9e depuis 2002 (CALA-K, 2023, section About CALA - Kenya). Elle est n\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9 d'une plus grande collaboration entre les biblioth\u00e9caires et d'une formation accessible pour les nombreux biblioth\u00e9caires qui n'ont pas de formation de base ou ad\u00e9quate. Bien qu'il s'agisse \u00e0 l'origine d'un groupe convivial ayant pour seul objectif la camaraderie et les r\u00e9unions partageant les valeurs et les activit\u00e9s chr\u00e9tiennes, aujourd'hui, m\u00eame les non-chr\u00e9tiens peuvent devenir membres et b\u00e9n\u00e9ficier des programmes de formation mis en place.<\/p>\n<p>Cadre l\u00e9gislatif<\/p>\n<p>Les biblioth\u00e8ques du Kenya sont influenc\u00e9es par plusieurs l\u00e9gislations. Certaines de ces lois remontent \u00e0 l\u2019\u00e8re coloniale, tandis que d\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance. \u00c0 noter que ces lois ont fait l\u2019objet de plusieurs r\u00e9visions pour faire face aux changements soci\u00e9taux et aux tendances dans le domaine de la biblioth\u00e9conomie. Ainsi, nous ne pr\u00e9senterons que la version la plus r\u00e9cente de ces lois.<\/p>\n<p>La Constitution du Kenya (2010) sert de fondement \u00e0 toute l\u00e9gislation au pays. L\u2019article 11 reconna\u00eet la culture comme le fondement de la nation et comme l'accumulation de la civilisation du peuple et de la nation k\u00e9nyane. Le texte souligne l\u2019engagement de l\u2019\u00c9tat \u00e0 \u00ab promouvoir toutes les formes d\u2019expression nationale et culturelle \u00e0 travers la litt\u00e9rature, les arts, les c\u00e9l\u00e9brations traditionnelles, la science, la communication, l\u2019information, les m\u00e9dias, les publications, les biblioth\u00e8ques et autres h\u00e9ritages culturels \u00bb (Constitution of Kenya, 2010, alin\u00e9a (2)a).<\/p>\n<p>Les biblioth\u00e8ques publiques du Kenya sont r\u00e9gies par la loi relative \u00e0 la Direction du service national des biblioth\u00e8ques (Kenya National Library Service Board, chapitre 225). Cette l\u00e9gislation a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e en 1965, peu de temps apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du Kenya, et r\u00e9vis\u00e9e en 1969, 1970, 1984, 1988 et 2008. Le texte institue le r\u00f4le de la Direction : \u00ab promouvoir, fonder, \u00e9quiper, conserver et d\u00e9velopper les biblioth\u00e8ques au Kenya \u00bb (traduction libre d\u2019Otike, 2004, p. 3) sous la forme d\u2019un service national des biblioth\u00e8ques. Ainsi, cette loi habilite la Direction \u00e0 conseiller le gouvernement, les autorit\u00e9s locales et le secteur priv\u00e9 sur toutes questions li\u00e9es au d\u00e9veloppement des biblioth\u00e8ques. Actuellement, la direction du Kenya National Library Service rel\u00e8ve du minist\u00e8re des Sports, de la Culture et du Patrimoine. Une proposition de loi, la Kenya National Library Service Bill, viendra prochainement abroger la l\u00e9gislation actuelle.<\/p>\n<p>Un autre texte l\u00e9gislatif r\u00e9gissant les services de biblioth\u00e8que au Kenya est le McMillan Memorial Library Act (Chapitre 217 des Lois du Kenya). Cette loi institue la McMillan Memorial Library et a pour objet d\u2019\u00e9tablir, conserver et d\u00e9velopper une biblioth\u00e8que de r\u00e9f\u00e9rence, une salle de lecture et une biblioth\u00e8que de pr\u00eat \u00e0 Nairobi (Armstrong, 2010). Cette biblioth\u00e8que est \u00e9galement charg\u00e9e de faire circuler des ouvrages. Comme mentionn\u00e9 dans la section Histoire, la McMillan Library pr\u00e9voyait l\u2019usage exclusif de ses installations par les Europ\u00e9ens dans les paragraphes (a, b et c) de l\u2019article 6. L\u2019acte a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 six fois, la derni\u00e8re instance remontant \u00e0 1966. \u00c0 ce jour, cette biblioth\u00e8que est le seul b\u00e2timent au Kenya prot\u00e9g\u00e9 par une loi sp\u00e9cifique du Parlement (Dahir, 2023).<\/p>\n<p>Au Kenya, le Books and Newspapers Act (Chapitre 111 des Lois du Kenya) fait office de loi sur le d\u00e9p\u00f4t l\u00e9gal. Cette l\u00e9gislation remonte \u00e0 1906 et a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e en 1960,1962, 1980, 1987 et 2002. La loi pr\u00e9voit que chaque \u00e9diteur au pays est tenu de d\u00e9poser deux exemplaires de chaque nouveau titre publi\u00e9 aupr\u00e8s du Kenya National Library Service dans les 14 jours (ou avant) suivant la publication (Books and Newspapers Act, Chapter 111, 2002, alin\u00e9a 6(1)c). Cette l\u00e9gislation permet \u00e0 la fois un contr\u00f4le bibliographique et une bibliographie nationale.<\/p>\n<p>Plusieurs autres textes de loi ont un impact sur les domaines de l\u2019information au Kenya (Kibandi et al., 2017), telles que le Public Archives Act (Chapitre 19), le Records Disposal Act (Chapitre 14), la Science and Technology Act (Chapitre 250), le Industrial Property Act (Chapitre 509) et le Copyright Act (Chapitre 130).<\/p>\n<p>Information compl\u00e9mentaire<\/p>\n<p>Book Bunk, un projet pour d\u00e9coloniser les biblioth\u00e8ques du Kenya.<\/p>\n<p>Syokau Mutonga et Angela Okune (2021), dans leur fascinant ouvrage Re-membering Kenya : Building Library Infrastructures as Decolonial Practice d\u00e9voilent un cas tr\u00e8s int\u00e9ressant sur la fa\u00e7on dont une organisation appel\u00e9e Book Bunk est devenue un cas embl\u00e9matique au Kenya de pratiques biblioth\u00e9conomiques tout \u00e0 fait progressistes et d\u00e9colonisantes (p. 199-202). Elles analysent le cas de Book Bunk, un Trust \u00e0 impact social fond\u00e9 en octobre 2017 par Wanjiru Koinange et Angela Wachuka visant \u00e0 d\u00e9coloniser mat\u00e9riellement et conceptuellement certaines des biblioth\u00e8ques publiques embl\u00e9matiques de Nairobi, dont la biblioth\u00e8que McMillan (p. 200). Ce b\u00e2timent est un rappel du pass\u00e9 colonial du Kenya, lieu de r\u00e9cr\u00e9ation pour les colonisateurs, dans ses trois premi\u00e8res d\u00e9cennies la biblioth\u00e8que \u00e9tait limit\u00e9e \u00e0 l'usage des seuls Europ\u00e9ens (p. 200), orn\u00e9s de t\u00eates d'animaux comme troph\u00e9es de chasse (p.189), et parmi le mat\u00e9riel photographique qu'elle abrite se trouvent, par exemple, des photos de la premi\u00e8re pendaison institutionnelle d'aborig\u00e8nes \u00e0 l'\u00e9poque coloniale (p. 200).<\/p>\n<p>Tout d'abord, elles ont envisag\u00e9 de changer le nom (p.200) ainsi que le type de classification Dewey (\u00e9tant donn\u00e9 les ant\u00e9c\u00e9dents bien connus de Melvil Dewey en mati\u00e8re de misogynie et de racisme), en essayant de cr\u00e9er son propre syst\u00e8me de classification moins hi\u00e9rarchique et plus inclusif (p. 200 et 202). En outre, ayant trouv\u00e9 des formes multiples et vari\u00e9es de crowdsourcing, ne d\u00e9pendant plus des ONG \u00e9trang\u00e8res et des (rares) budgets gouvernementaux, elles ont chang\u00e9 les politiques d'acquisition des biblioth\u00e8ques et des \u00e9v\u00e9nements culturels, les rendant r\u00e9ellement participatifs et pertinents pour le public qu'ils servent, favorisant les auteurs nationaux et incluant l'ensemble des 40 langues nationales (p. 202). Book Bunk a cr\u00e9\u00e9 une archive historique comprenant des mat\u00e9riaux sur les \u00e9v\u00e9nements historiques cl\u00e9s de la lutte pour l'ind\u00e9pendance du Kenya (tels que la r\u00e9volution Mau Mau, les assassinats politiques, les mouvements de d\u00e9fense des droits de l'homme et les lois d'exploitation sur l'acquisition des terres, entre autres), dans le but de favoriser des d\u00e9bats constructifs, de faire de la place \u00e0 l\u2019histoire pass\u00e9e sous silence de l'identit\u00e9 et de la lutte kenyanes pendant la p\u00e9riode coloniale, et de soutenir la capacit\u00e9 du public kenyan \u00e0 faire preuve de conscience critique (p. 201). Par contraste, \u00e0 ces archives historiques d'un pass\u00e9 douloureux, une nouvelle archive appel\u00e9e &quot;Missing Bits&quot; a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e, qui refl\u00e8te plut\u00f4t le pr\u00e9sent et l'avenir, une archive vivante et pleine d'espoir qui incorpore les voix des utilisateurs vari\u00e9s, les gens ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 enregistrer leurs histoires dans leur langue maternelle et \u00e0 num\u00e9riser leurs documents et photos pour cr\u00e9er une archive vivante de la population de Nairobi, d\u00e9colonisant ainsi son statut actuel (Asomugha, 2023, section &quot;Reclaiming the Archive&quot;).<\/p>\n<p>R\u00e9f\u00e9rences<\/p>\n<div>\n\nArmstrong, C. (2010). <em>Access to Knowledge in Africa: The Role of Copyright<\/em>. IDRC.\n\nAsomugha, C. (2023). <em>Reclaiming Public Libraries for The People Of Nairobi<\/em>. The Urban Activist.<a href=\"https:\/\/theurbanactivist.com\/idea\/reclaiming-public-libraries-for-the-people-of-nairobi\/\"> https:\/\/theurbanactivist.com\/idea\/reclaiming-public-libraries-for-the-people-of-nairobi\/<\/a>\n\n<\/div>\n<div>\n\nCentral Intelligence Agency. (2023). <em>Kenya<\/em>. The World Factbook.<a href=\"https:\/\/www.cia.gov\/the-world-factbook\/countries\/kenya\/\"> https:\/\/www.cia.gov\/the-world-factbook\/countries\/kenya\/<\/a>\n\n<\/div>\n<div>\n\nChristian Association of Librarians in Africa (2022). <em>About CALA \u2013 Kenya<\/em>.<a href=\"https:\/\/cala-kenya.co.ke\/about-us\/about-cala-kenya\/\"> https:\/\/cala-kenya.co.ke\/about-us\/about-cala-kenya\/<\/a>\n\n<\/div>\n<div>\n\n<em>Constitution of Kenya<\/em>. (2010).<a href=\"http:\/\/www.kenyalaw.org:8181\/exist\/kenyalex\/actview.xql?actid=Const2010\"> http:\/\/www.kenyalaw.org:8181\/exist\/kenyalex\/actview.xql?actid=Const2010<\/a>\n\n<\/div>\n<div>\n\nDahir, A. L. (2023, 6 f\u00e9vrier). Turning Nairobi\u2019s Public Libraries Into \u2018Palaces for the People\u2019. <em>The New York Times<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2023\/02\/04\/books\/nairobi-kenya-books-library.html\">https:\/\/www.nytimes.com\/2023\/02\/04\/books\/nairobi-kenya-books-library.html<\/a>\n\nDurrani, S. (2014). <em>Progressive Librarianship: Perspectives from Kenya and Britain, 1979-2010<\/em>. Vita Books.<a href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/j.ctvh8r0kr.9\"> https:\/\/www.jstor.org\/stable\/j.ctvh8r0kr.9<\/a>\n\nIFLA\/FAIFE. (1999). <em>World Report: Libraries and Intellectual Freedom. Kenya.<\/em><a href=\"https:\/\/www.ifla.org\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/assets\/faife\/publications\/ifla-world-report\/kenya.pdf\"> https:\/\/www.ifla.org\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/assets\/faife\/publications\/ifla-world-report\/kenya.pdf<\/a>\n\nKenya National Library Service. (s.d.). <em>About Us. Who We Are<\/em>. KNLS.<a href=\"https:\/\/www.knls.ac.ke\/who-we-are\/\"> https:\/\/www.knls.ac.ke\/who-we-are\/<\/a>\n\nKibandi, I. M., Kimaru, P., Kayoro, C., Mwirigi, P. K., Ndegwa, S., Karilus, N. O., Nzivo, C., Mboya, L., Gisesa, L. (2017). Kenya: Libraries, Museums, and Archives. Dans <em>Encyclopedia of Library and Information Sciences<\/em> (4e \u00e9d., p. 2592-2609). CRC Press.\n\nKwanya, T., Stilwell, C. &amp; Underwood, P. (2014). Mainstreaming Grey Literature in Research Library Collections in Kenya. <em>Libri<\/em>, <em>64<\/em>(2), 134-143. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1515\/libri-2014-0011\">https:\/\/doi.org\/10.1515\/libri-2014-0011<\/a>\n\nLaws of Kenya. <em>Books and Newspapers Act, Chapter 111<\/em>. (2002). <a href=\"http:\/\/kenyalaw.org:8181\/exist\/kenyalex\/actview.xql?actid=CAP.%20111#:~:text=Every%20person%20who%20prints%20a,forthwith%20produce%20the%20same%20to\">http:\/\/kenyalaw.org:8181\/exist\/kenyalex\/actview.xql?actid=CAP.%20111#:~:text=Every%20person%20who%20prints%20a,forthwith%20produce%20the%20same%20to<\/a>\n\nMcDonald, John D. et Levine-Clark, Michael. (2017). African Librarianship. Dans <em>Encyclopedia of Library and Information Science <\/em>(4e \u00e9d., p. 33-43).<a href=\"https:\/\/www.routledgehandbooks.com\/doi\/10.1081\/E-ELIS4-120049506\"> https:\/\/www.routledgehandbooks.com\/doi\/10.1081\/E-ELIS4-120049506<\/a>\n\nMusisi, J. S., et Abukutsa, J. L. (1978). Evolution of library associations in Kenya. <em>International Library Review<\/em>, 10(4), 345\u2013353.\n\nMusisi, J. S. (1984). 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Le pays regroupe une grande diversit\u00e9 ethnique avec une majorit\u00e9 de Kikuyu, Luhya et Kalenjin. Les langues officielles du Kenya sont l\u2019anglais et le Kiswahili. En 1895 l\u2019Empire britannique \u00e9tablit le protectorat de l&rsquo;Afrique de l\u2019Est et en 1920, cr\u00e9e la colonie du Kenya nomm\u00e9e ainsi en r\u00e9f\u00e9rence du mont Kenya, la plus grande montagne de la r\u00e9gion (Central Intelligence Agency [CIA], 2023). L\u2019occupation a caus\u00e9 de nombreuses tensions entre les autorit\u00e9s britanniques et les forces de la Kenya Land and Freedom Army (KLFA) commun\u00e9ment appel\u00e9es Mau Mau (CIA, 2023). Ces tensions ont ultimement men\u00e9 \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance du pays en 1963 avec la subs\u00e9quente \u00e9lection de Jomo Kenyatta, le premier pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du Kenya. Le pays conna\u00eet depuis le milieu du 20e si\u00e8cle une croissance fulgurante de sa population causant une pression sur le march\u00e9 du travail, les services sociaux et les ressources naturelles (CIA, 2023). Aujourd\u2019hui, les opportunit\u00e9s d\u2019emploi en biblioth\u00e9conomie ne sont pas suffisantes compar\u00e9e au nombre \u00e9lev\u00e9 de gradu\u00e9s dans la mati\u00e8re (Mwanzu et Wendo, 2021, p. 6). Selon Durrani (2014, p. 87), les services biblioth\u00e9caires et ses institutions \u00e9taient pr\u00e9sents bien avant l\u2019ind\u00e9pendance du pays. Cependant, en reprenant les propos de l\u2019IFLA, Durrani (2014, p. 89) explique que le d\u00e9veloppement des biblioth\u00e8ques publiques contemporaines du Kenya est intimement li\u00e9 \u00e0 l\u2019influence de la colonisation britannique : \u00ab Britain felt that an informed populace would most likely maintain democratic traditions and would be most open to western influences. For this reason it supported establishment of libraries and training of librarians \u00bb<\/p>\n<p>Histoire<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons aucune trace de biblioth\u00e8ques au Kenya dans sa p\u00e9riode pr\u00e9coloniale. Cela est surtout d\u00fb au fait que les informations \u00e9taient transmises d\u2019une personne \u00e0 l\u2019autre par le biais des traditions orales et de l\u2019art plut\u00f4t que par des \u00e9crits. Certains pensent que Kilwa, sur la c\u00f4te est, aurait \u00e9t\u00e9 le seul endroit o\u00f9 une biblioth\u00e8que aurait exist\u00e9 durant cette p\u00e9riode (IFLA\/FAIFE, 1999). Elle aurait servi une petite classe alphab\u00e9tis\u00e9e de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Le gouvernement colonial n\u2019a pas soutenu la cr\u00e9ation de biblioth\u00e8ques publiques. Le d\u00e9veloppement des biblioth\u00e8ques publiques a suivi les mod\u00e8les raciaux pr\u00e9dominants \u00e0 cette \u00e9poque et celles-ci n\u2019\u00e9taient pas accessibles aux Africains. En 1903, la Seif bin Salim Public Library and Free Reading Room s&rsquo;\u00e9tablit \u00e0 Mombasa par des philanthropes provenant principalement des communaut\u00e9s indiennes. Bien que cette biblioth\u00e8que f\u00fbt ouverte \u00e0 tous, ses collections refl\u00e9taient plut\u00f4t les besoins des communaut\u00e9s sud-asiatiques en raison des biais g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les contributeurs (Musisi, 1984, cit\u00e9 dans Durrani, 2014). En 1931, la Macmillan Memorial Library de Nairobi ouvre ses portes, mais son usage \u00e9tait exclusivement pour la communaut\u00e9 europ\u00e9enne (voir Cadre l\u00e9gislatif). En 1942, la Desai Memorial Library est \u00e9tablie par la communaut\u00e9 indienne, pour la communaut\u00e9 indienne. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement colonial britannique commence \u00e0 montrer un certain int\u00e9r\u00eat pour am\u00e9liorer les conditions sociales de ses colonies, surtout au niveau de l\u2019\u00e9ducation. Cela co\u00efncide avec le r\u00e9veil du nationalisme africain et d\u2019importantes agitations politiques contre le r\u00e9gime colonial (Ojiambo et Kasalu, 2015). Dans cette optique, en 1946, Elspeth Huxley pr\u00e9sente son rapport qui recommande que chacun des pays d\u2019Afrique de l\u2019Est doive cr\u00e9er des biblioth\u00e8ques centrales qui formeraient le noyau des biblioth\u00e8ques provinciales ou r\u00e9gionales (Otike, 2004). En 1948, une autre recommandation est mise en application avec la cr\u00e9ation du East African Literature Bureau (EALB).<\/p>\n<p>Le tournant dans le d\u00e9veloppement des biblioth\u00e8ques au Kenya vient avec les ann\u00e9es 1960. Avec l\u2019ind\u00e9pendance en 1963, les biblioth\u00e8ques publiques du Kenya deviennent accessibles \u00e0 tous, sans distinction d\u2019\u00e2ge, de religion, de race ou de statut social. \u00c0 la suite de la recommandation du consultant en biblioth\u00e8que du British Council, Sydney Hockey, le parlement a promulgu\u00e9 le Kenya National Library Service Act en 1965 (Chapitre 225), parmi les lois du Kenya. La direction du KNLS est devenue op\u00e9rationnelle deux ans plus tard, en h\u00e9ritant des ressources et des programmes du EALB (Otike, 2004). Au cours des ann\u00e9es 1970, davantage de biblioth\u00e8ques publiques, sp\u00e9cialis\u00e9es et scolaires ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es. Les ann\u00e9es 1980 ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par la croissance et l\u2019expansion de tous les types de biblioth\u00e8ques dans le pays, r\u00e9sultant \u00e0 la cr\u00e9ation de nouvelles institutions universitaires et du besoin accru de services de biblioth\u00e8que et d\u2019information (Ojiambo et Kasalu, 2015). Actuellement, le KNLS a \u00e9tabli 64 biblioth\u00e8ques annexes dans trente-trois comt\u00e9s (Kenya National Library Service, s.d.).<\/p>\n<p>Types de biblioth\u00e8ques<\/p>\n<h3>Biblioth\u00e8ques nationales<\/h3>\n<p>Comme ce fut le cas pour plusieurs pays d&rsquo;Afrique, le Kenya a v\u00e9cu sous un r\u00e9gime colonialiste et cette r\u00e9alit\u00e9 a laiss\u00e9 des traces de son passage m\u00eame apr\u00e8s que le Kenya re\u00e7oive son ind\u00e9pendance en 1963 (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 34 et Ojiambo et Kasalu, 2015, p. 3). En effet, selon McDonald et Levine-Clark (2017, p. 34), la biblioth\u00e8que nationale du Kenya a re\u00e7u des Britanniques un mod\u00e8le rigide de ce que doit \u00eatre la biblioth\u00e9conomie. \u00c0 cette \u00e9poque, le mod\u00e8le laiss\u00e9 par les Britanniques con\u00e7oit la biblioth\u00e8que nationale comme le point central du r\u00e9seau pour toutes les biblioth\u00e8ques du pays et con\u00e7oit de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale les biblioth\u00e8ques comme une condition d\u2019acc\u00e8s \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 saine et moderne (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 34). Cependant, la vision britannique contient aussi des restrictions ethniques \u00e0 l\u2019acc\u00e8s (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 34). \u00c0 la suite de l\u2019influence apport\u00e9e par le manifeste de l\u2019UNESCO au sujet des biblioth\u00e8ques publiques puis des traditions britanniques et am\u00e9ricaines, la biblioth\u00e8que nationale prend la forme d\u2019un r\u00e9seau faisant la gestion de branches locales, de commandes postales et de plusieurs formes de biblioth\u00e8ques mobiles qui atteignent les communaut\u00e9s \u00e9loign\u00e9es en bicyclette ou en chameaux (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 34). Les Kenya National Library Services ont 60 points de services dispers\u00e9s \u00e0 travers le Kenya pour servir sa population (Ojiambo et Kasalu, 2015, p. 4). De plus, les Kenya National Library Services offrent aussi un service d\u2019adh\u00e9sion aux biblioth\u00e8ques scolaires locales, celles-ci peuvent faire l\u2019emprunt de 200 documents par trimestre contre un abonnement au co\u00fbt de 100 shillings k\u00e9nyans (Ng\u2019 Ang\u2019 A, 1982, p. 305).\u00a0 En 1965, les Kenya National Library Services se voient accorder le titre officiel de biblioth\u00e8que nationale et c\u2019est en 1987 qu\u2019ils se voient accorder la responsabilit\u00e9 d\u2019op\u00e9rer le d\u00e9p\u00f4t l\u00e9gal des \u0153uvres litt\u00e9raires k\u00e9nyanes (Otike, 2004, p. 4).<\/p>\n<p>Cependant, selon McDonald et Levine-Clark (2017, p. 35) la biblioth\u00e8que nationale du Kenya ne remplirait pas ses objectifs en termes de d\u00e9p\u00f4t l\u00e9gal. Ce qui pourrait s\u2019expliquer par les difficult\u00e9s v\u00e9cues par les industries locales du secteur du livre et de l\u2019imprim\u00e9 (Ojiambo et Kasalu, 2015, p. 9).<\/p>\n<h3>Biblioth\u00e8ques publiques<\/h3>\n<p>Le Kenya a h\u00e9rit\u00e9 des Britanniques une tradition biblioth\u00e9conomique qui valorise la biblioth\u00e8que publique et sa vocation \u00e9ducative (McDonald et Levine-Clark, 2017). Cependant, ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la suite de l\u2019obtention de l\u2019ind\u00e9pendance du pays que les personnes \u00e0 la peau noire seront admises dans les biblioth\u00e8ques publiques du Kenya (Otike, 2004, p. 4).<\/p>\n<p>Avant cette date, seulement les Europ\u00e9ens et les Asiatiques \u00e9taient admis dans les biblioth\u00e8ques publiques du Kenya (Otike, 2004, p. 4). Par exemple, la premi\u00e8re biblioth\u00e8que publique du Kenya a \u00e9t\u00e9 la Sir Bin Salim Public Library and Reading Room qui a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e par un philanthrope en 1903 dans l\u2019objectif de remplir les besoins informationnels des populations asiatiques du Kenya (Otike, 2004, p. 2). Ce n\u2019est qu\u2019en 1948 qu\u2019une premi\u00e8re biblioth\u00e8que publique permet aux populations africaines d\u2019\u00eatre admises entre ses murs (Otike, 2004, p. 2).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du pays, les biblioth\u00e8ques publiques qui \u00e9taient avant cette date r\u00e9serv\u00e9es aux communaut\u00e9s europ\u00e9ennes et asiatiques commencent \u00e0 admettre les populations africaines (Otike, 2004, p. 4). Cependant, plusieurs biblioth\u00e8ques publiques exigeants des frais pour l\u2019acc\u00e8s au service d\u2019emprunt de documents et pour l\u2019acc\u00e8s au service de r\u00e9f\u00e9rence, ce qui selon Ng\u2019 Ang\u2019 A (1982, p. 304-305) a pour effet d\u2019avoir limit\u00e9 leur impact sur la population et d\u2019avoir limit\u00e9 l\u2019acc\u00e8s des populations africaines moins nanties.<\/p>\n<p>En 1967, les Kenya National Library Services prennent en charge de mettre sur pied un service de biblioth\u00e8ques publiques \u00e0 travers le Kenya (Otike, 2004, p. 4). Pour atteindre cet objectif, ils vont mettre sur pied un r\u00e9seau de points de services, un service de livraison postale et plusieurs formes de biblioth\u00e8ques mobiles pour atteindre les endroits difficiles d\u2019acc\u00e8s o\u00f9 seule la livraison en chameaux ou \u00e0 v\u00e9lo est possible (Otike, 2004, p. 4). Les services de biblioth\u00e8ques publiques au Kenya sont principalement offerts par deux organisations, soit les Kenya National Library Services et la MacMillan Memorial Library (Otike, 2004, p. 4). La MacMillan Memorial Library dessert la r\u00e9gion de Nairobi et ses alentours tandis que les Kenya National Library Services ont pour ambitions de desservir la totalit\u00e9 de la population kenyane (Otike, 2004, p. 4).<\/p>\n<h3>Biblioth\u00e8ques scolaires<\/h3>\n<p>Mutungi (2012, p. 152) consid\u00e8re qu\u2019on en sait tr\u00e8s peu \u00e0 leur sujet puisqu\u2019il y a peu de donn\u00e9es officielles sur les biblioth\u00e8ques scolaires du Kenya. En effet, on ne sait pas combien il y en a ou quel est leur \u00e9tat exact puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de recensements ou de statistiques officielles (Mutungi, 2012, p. 152). Cependant, on sait que la plupart d&rsquo;entre elles sont dans un \u00e9tat d\u00e9plorable puisqu&rsquo;il y a un manque de budget et de directives politiques gouvernementales concernant ce type de biblioth\u00e8ques (Mutungi, 2012, p. 152). La cr\u00e9ation, la fourniture et la gestion des biblioth\u00e8ques scolaires sont laiss\u00e9es \u00e0 l&rsquo;initiative de la direction de chaque \u00e9cole (Rosenberg, 1993, p. 37). En effet, le gouvernement ne soutient pas la mise en place d\u2019infrastructures biblioth\u00e9conomiques, l&rsquo;acquisition de ressources d&rsquo;informationnelles pour la biblioth\u00e8que, ni m\u00eame la r\u00e9mun\u00e9ration du personnel travaillant dans celles-ci (Mutungi, 2012, p. 164). L\u2019unique soutien qu&rsquo;elles re\u00e7oivent provient de la Biblioth\u00e8que nationale, qui permet \u00e0 chaque \u00e9cole d&#8217;emprunter un lot de 200 livres par trimestre moyennant une somme de 100 shillings (un peu moins d&rsquo;un dollar canadien) \u00e0 titre d&rsquo;abonnement annuel, mais peu d&rsquo;\u00e9coles b\u00e9n\u00e9ficient de ce service (Ng\u2019Ang\u2019A, 1982, p. 305). Cependant, il ne semble pas s&rsquo;agir d&rsquo;un cas isol\u00e9. En effet, selon la Banque mondiale (2008, p. 72), la plupart des pays africains disposent d&rsquo;un faible syst\u00e8me de biblioth\u00e8ques scolaires.<\/p>\n<p>La qualit\u00e9 des services de biblioth\u00e8que scolaire au Kenya varie d&rsquo;une \u00e9cole \u00e0 l&rsquo;autre (Otike, 2004, p. 5). Les \u00e9coles les plus riches, qui accueillent les communaut\u00e9s diplomatiques, les immigrants, ainsi que les Kenyans les plus nantis, disposent de biblioth\u00e8ques bien fournies et dot\u00e9es de ressources multim\u00e9dias (Otike, 2004, p. 5). Ces \u00e9coles disposent de services de biblioth\u00e8que qui peuvent \u00eatre compar\u00e9s \u00e0 ceux des pays occidentaux et emploient des biblioth\u00e9caires qualifi\u00e9s avec des salaires comp\u00e9titifs (Otike, 2004, p. 5). Parmi la majorit\u00e9 restante des biblioth\u00e8ques scolaires, on peut distinguer une petite poign\u00e9e de biblioth\u00e8ques soit les \u00e9coles initialement destin\u00e9es aux Europ\u00e9ens et les \u00e9coles fond\u00e9es pendant la p\u00e9riode coloniale qui ont des collections bien plus compl\u00e8tes que celles cr\u00e9\u00e9es r\u00e9cemment puisqu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es sur la base des normes britanniques (Mulaha, 1986, p. 11). Les autres sont simplement mal \u00e9quip\u00e9s et d\u00e9sorganis\u00e9s, avec un personnel non qualifi\u00e9, non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 ou sous-pay\u00e9 (Nganga, 1982, p. 305). Ni les biblioth\u00e8ques scolaires (ni leurs biblioth\u00e9caires) n&rsquo;ont d&rsquo;association, ni aucune forme d&rsquo;organisation officielle, et la collaboration entre elles est plut\u00f4t rare, comme mentionn\u00e9 dans la section sur les associations de biblioth\u00e8ques, il n&rsquo;y a eu qu&rsquo;une premi\u00e8re tentative isol\u00e9e d&rsquo;association en 1967, mais elle n&rsquo;a jamais abouti (Musisi, 1978, p. 347).<\/p>\n<p>Selon Judith Kasalu (2015, p. 9), pour inverser la situation critique des biblioth\u00e8ques scolaires, il y a des d\u00e9fis \u00e0 relever : effacer l&rsquo;image superflue des biblioth\u00e8ques face \u00e0 une culture orale forte ; revaloriser la profession et transmettre l&rsquo;importance cl\u00e9 parmi la classe politique qui autorise le budget, et le public; trouver des sources de financement et des mat\u00e9riaux appropri\u00e9s au public et au contexte ; augmenter la formation biblioth\u00e9caire ; augmenter la coop\u00e9ration entre les biblioth\u00e8ques\/biblioth\u00e9caires ; adopter de nouvelles technologies ; et plaider pour plus de l\u00e9gislation et de r\u00e9glementation.<\/p>\n<h3>Biblioth\u00e8ques universitaires<\/h3>\n<p>Selon McDonald et Levine-Clark (2017, p. 36), les biblioth\u00e8ques universitaires africaines se sont rapidement multipli\u00e9es depuis les ann\u00e9es 1960 o\u00f9 plusieurs pays africains ont obtenu leur ind\u00e9pendance (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 36). D\u2019ailleurs, celles-ci vivent plusieurs difficult\u00e9s comme le manque de financement ad\u00e9quat \u00e0 l\u2019approvisionnement des collections et \u00e0 l\u2019abonnement aux p\u00e9riodiques scientifiques. Selon ces m\u00eames auteurs (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 36), l\u2019Universit\u00e9 Kenyatta \u00e0 Nairobi au Kenya fait office de mod\u00e8le quant aux m\u00e9thodes utilis\u00e9es pour contourner les difficult\u00e9s que rencontrent les biblioth\u00e8ques universitaires africaines. En effet, la biblioth\u00e8que universitaire de l\u2019Universit\u00e9 Kenyatta fait partie de plusieurs associations locales comme le Kenya Library and Information Services Consortium et le Kenya Library Association (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 36). De plus, cette biblioth\u00e8que offre un catalogue disponible en ligne via le logiciel libre KOHA, un r\u00e9pertoire institutionnel, 370 000 documents, des p\u00e9riodiques et des ordinateurs \u00e0 la disposition des usagers (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 36). De plus, celle-ci utilise, con\u00e7oit et fait la promotion de l\u2019utilisation du logiciel libre parmi ses usagers (McDonald et Levine-Clark, 2017, p. 36).<\/p>\n<p>Cependant, malgr\u00e9 les efforts mentionn\u00e9s par McDonald et Levine-Clark (2017, p. 35-36), ceux-ci affirment que la majorit\u00e9 des biblioth\u00e8ques universitaires d&rsquo;Afrique subsaharienne n\u2019ont pas les moyens financiers n\u00e9cessaires pour acqu\u00e9rir une collection assez substantielle et d\u2019assez bonne qualit\u00e9 pour soutenir les activit\u00e9s de recherche et d\u2019enseignement sans que ces derni\u00e8res s\u2019en trouvent affect\u00e9es. Ce qui fait \u00e9cho au texte de Kwanya, Stilwell et Underwood (2014) qui soul\u00e8vent la probl\u00e9matique de l\u2019abondance de litt\u00e9rature grise par rapport \u00e0 la litt\u00e9rature scientifique dans les collections des universit\u00e9s du Kenya. De plus, selon Ojiambo et Kasalu, (2015, p. 9) l\u2019offre de litt\u00e9rature et de publications locales dans les biblioth\u00e8ques du Kenya et particuli\u00e8rement dans ses biblioth\u00e8ques universitaires serait tr\u00e8s faible puisque pr\u00e8s de 90% de leurs collections seraient d\u2019origine britannique ou indienne. Ce qui pourrait en partie s\u2019expliquer par les difficult\u00e9s v\u00e9cues par les industries locales du secteur du livre et de l\u2019imprim\u00e9 (Ojiambo et Kasalu, 2015, p. 9).<\/p>\n<p>Cadre \u00e9ducatif en sciences de l\u2019information et des biblioth\u00e8ques<\/p>\n<p>Selon Otike, l&rsquo;origine de la biblioth\u00e9conomie en Afrique provient du colonialisme : \u00ab Colonial governments introduced Western education which entailed among others, reading and writing \u00bb (2017, p. 66). En effet, le besoin pour une formation biblioth\u00e9conomique devient plus pr\u00e9gnant avec l\u2019av\u00e8nement des \u00e9coles bas\u00e9es sur l\u2019\u00e9ducation occidentale qui sont souvent, munies d\u2019une biblioth\u00e8que bien nantie. Au Kenya, l\u2019inauguration d\u2019\u00e9coles d\u00e9di\u00e9es aux populations blanches augmente initialement le besoin d\u2019un personnel biblioth\u00e9caire qualifi\u00e9. D\u00fb au manque de formation, l&rsquo;\u00c9tat fait parvenir ces rares professionnels de l\u2019empire pour fournir \u00e0 la demande (Otike, 2017, p. 67). Cependant, avec le d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique des colonies, la demande s\u2019agrandit et les institutions documentaires publiques mettent pression sur les gouvernements afin d\u2019\u00e9tablir des formations au niveau local. Avant 1963, presque tous les programmes d\u2019\u00e9ducation en biblioth\u00e9conomie \u00e9taient conduits \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du pays, surtout au Royaume-Uni (Otike 2017, p. 69).<\/p>\n<p>L\u2019UNESCO a jou\u00e9 un grand r\u00f4le dans l\u2019\u00e9laboration de programmes acad\u00e9miques en biblioth\u00e9conomie, particuli\u00e8rement dans l\u2019Afrique subsaharienne anglophone (Otike 2017, p. 68). L\u2019organisme consid\u00e9rait qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u00e9conomiquement efficace d\u2019\u00e9tablir des \u00e9coles en sciences de l\u2019information dans tous les \u00c9tats africains. Ils ont alors recommand\u00e9 l\u2019inauguration d\u2019\u00e9coles r\u00e9gionales affili\u00e9es aux universit\u00e9s. Suite \u00e0 de nombreux s\u00e9minaires entre 1953 et 1963, L\u2019East African School of Librarianship (EASL) est \u00e9tabli sur le territoire Ougandais en 1963 pour desservir plusieurs pays incluant le Kenya (Otike 2017, p. 68). Au d\u00e9part, deux programmes \u00e9taient offerts : un certificat en biblioth\u00e9conomie de six mois et un dipl\u00f4me en biblioth\u00e9conomie de deux ans \u00e9quivalent \u00e0 la qualification ALA du Royaume-Uni (Otike 2017, p. 69). Au Kenya, les d\u00e9tenteurs du dipl\u00f4me \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des professionnels de l\u2019information ainsi que d\u2019\u00eatre au m\u00eame niveau que les gradu\u00e9es universitaires (Otike 2017, p. 69). Cette organisation acad\u00e9mique r\u00e9gionale a cependant \u00e9t\u00e9 de courte dur\u00e9e. Suite \u00e0 l\u2019entr\u00e9e au pouvoir de Idi Amin en Ouganda, de nombreux \u00e9tudiants et professeurs de la EASL ont quitt\u00e9 les lieux et en 1976, le Kenya d\u00e9cide de retirer tous ses \u00e9l\u00e8ves de l\u2019\u00e9cole, marquant la fin du service r\u00e9gional de l\u2019institution (Otike 2017, p. 69).<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le Kenya d\u00e9tient une impressionnante quantit\u00e9 d\u2019\u00e9coles publiques et priv\u00e9es offrant des formations en sciences de l\u2019information. Les universit\u00e9s publiques de Moi, d\u2019Egerton, de Kisii, de Laikipia, de Kenyatta ainsi que la Technical University of Kenya offre tous des formations universitaires en biblioth\u00e9conomie alors que la Catholic University of East Africa et le Kenya Methodist University offrent la formation au niveau priv\u00e9 (Otike 2017, p. 72). L\u2019universit\u00e9 de Moi est d\u2019ailleurs la meilleure institution et la mieux \u00e9tablie en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation en sciences de l\u2019information \u00e0 travers l\u2019Afrique de l\u2019Est (Otike 2017, p. 72). L\u2019organisme est repr\u00e9sent\u00e9 par 40 professeurs, dont 15 d\u00e9tenteurs de doctorats, et offre des programmes de niveau baccalaur\u00e9at jusqu\u2019au doctorat dans quatre disciplines sp\u00e9cialis\u00e9es : le D\u00e9partement de la biblioth\u00e9conomie, le D\u00e9partement de l\u2019archivistique, le D\u00e9partement des m\u00e9dias et de l\u2019\u00e9dition et le D\u00e9partement de la technologie informationnelle (Otike 2017, p. 72).<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment encore, le Kenya conna\u00eet une effervescence dans l\u2019offre de formations sup\u00e9rieures au niveau universitaire. Selon Otike et Bar\u00e1t (2021) l\u2019universit\u00e9 de Moi \u00e9tait la seule \u00e0 offrir le doctorat en sciences de l\u2019information dans les ann\u00e9es 2010, aujourd\u2019hui ce sont 17 universit\u00e9s qui offrent la formation \u00e0 tous les niveaux. De plus, le curriculum offert par les institutions prend en consid\u00e9ration l\u2019\u00e9volution des technologies num\u00e9riques et son impact sur le monde documentaire. Au Kenya, la Commission de l\u2019\u00e9ducation universitaire a \u00e9tabli des lignes directrices pour encourager l\u2019\u00e9laboration de librairies num\u00e9riques au sein des institutions biblioth\u00e9caires physiques (Otike et Bar\u00e1t, 2021). Bien que l\u2019avancement des sciences de l\u2019information au Kenya soit lent d\u00fb au manque de financement, au manque de support des entit\u00e9s universitaires, \u00e0 l\u2019absence de politiques directrices sur les nouvelles tendances du milieu et au manque de comp\u00e9tences du personnel, il en demeure n\u00e9anmoins que le pays se d\u00e9veloppe remarquablement dans le domaine compar\u00e9 aux autres institutions biblioth\u00e9conomiques de l\u2019Afrique (Otike et Bar\u00e1t, 2021).<\/p>\n<p>Associations de biblioth\u00e8ques du Kenya<\/p>\n<p>Actuellement, il n&rsquo;existe que deux associations de biblioth\u00e8ques au Kenya, la Kenya Library Association (KLA) et la Christian Association of Librarians in Africa (CALA-K). Les associations de biblioth\u00e8ques au Kenya jouent un r\u00f4le essentiel dans la promotion du d\u00e9veloppement, de l&rsquo;avancement et de la d\u00e9fense des biblioth\u00e8ques et des services d&rsquo;information dans tout le pays. Ces associations constituent des plateformes essentielles pour les professionnels, les \u00e9ducateurs, les chercheurs et les passionn\u00e9s, qui peuvent ainsi collaborer, \u00e9changer des id\u00e9es et faire \u00e9voluer les biblioth\u00e8ques au Kenya.<\/p>\n<p>Dans leur c\u00e9l\u00e8bre article intitul\u00e9 Evolution of Library Associations in Kenya, Musisi et Abukutsa (1978) racontent l&rsquo;histoire de la KLA, dont ils sont des membres actifs et qui est, \u00e0 ce jour, la seule association la\u00efque officielle du pays. Les auteurs reconnaissent que les premi\u00e8res biblioth\u00e8ques et associations de biblioth\u00e8ques au Kenya remontent aux premiers jours de la domination coloniale du Kenya et des colons blancs, la population autochtone n&rsquo;\u00e9tant pas admise (p. 345). Le premier document faisant mention d&rsquo;une quelconque organisation active de biblioth\u00e9caires est un m\u00e9morandum intitul\u00e9 &quot;Libraries in the Union of South Africa, Rhodesia and Kenya Colony&quot; envoy\u00e9 \u00e0 la Carnegie Corporation \u00e0 New York et sign\u00e9 par Milton J. Ferguson, un biblioth\u00e9caire qui au nom du &quot;Kneya Libraries Scheme Committee&quot;, exprimait son inqui\u00e9tude quant au manque de livres et de services de biblioth\u00e8que pour les communaut\u00e9s europ\u00e9ennes dans ces r\u00e9gions [l&rsquo;actuel Kenya] (p. 345). Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1956 qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 officiellement cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Nairobi en tant qu&rsquo;association sous le nom de The East African Library Association (EALA), avec 27 membres exclusivement blancs, qui a formul\u00e9 sa constitution l&rsquo;ann\u00e9e suivante (p. 346). Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1960 que les deux premiers membres non europ\u00e9ens de couleur ont \u00e9t\u00e9 admis, John Ndegwa et Reuben Omwakwe, dont le premier a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu r\u00e9dacteur en chef de The African Library Association Bulletin, la publication de l&rsquo;association, et en 1964, deux ans apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance du Kenya, il est devenu le premier pr\u00e9sident de l&rsquo;EALA (p. 347). \u00c0 partir de 1960 (ann\u00e9e d&rsquo;admission de ses deux premiers membres de couleur), et plus encore pendant la pr\u00e9sidence de Ndegwa, l&rsquo;association a connu une croissance exponentielle et, en 1964, elle a cr\u00e9\u00e9 deux branches, l&rsquo;une \u00e0 Dar es-Salaam, en Tanzanie, et l&rsquo;autre \u00e0 Kampala, en Ouganda, ne refl\u00e9tant qu&rsquo;\u00e0 partir de ce moment-l\u00e0 son caract\u00e8re v\u00e9ritablement est africain, comme son nom l&rsquo;indiquait (p. 347). Mais en 1972, l&rsquo;EALA a \u00e9t\u00e9 dissoute et ses trois branches ont donn\u00e9 naissance \u00e0 l&rsquo;Association des biblioth\u00e8ques du Kenya (KLA), \u00e0 l&rsquo;Association des biblioth\u00e8ques de l&rsquo;Ouganda et \u00e0 l&rsquo;Association des biblioth\u00e8ques de Tanzanie, qui subsistent encore aujourd&rsquo;hui (p. 348).<\/p>\n<p>La formation des biblioth\u00e9caires en Afrique de l&rsquo;Est a \u00e9t\u00e9, depuis la cr\u00e9ation de l&rsquo;EALA et par la suite de la KLA, une activit\u00e9 prioritaire de l&rsquo;Association (p. 350). Des cours de formation ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ancien Royal Technical College of East Africa, aujourd&rsquo;hui Universit\u00e9 de Nairobi depuis 1959 et l&rsquo;EALA a permis la cr\u00e9ation de l&rsquo;actuel E.A. School of Librarianship \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Makerere de Kampala, en Ouganda, en 1964 (p. 351). En 1974, avec l&rsquo;aide de divers pays, le cours de formation de l&rsquo;UNESCO pour les assistants biblioth\u00e9caires (UTCLA) est mis en place \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole polytechnique du Kenya \u00e0 Nairobi et le gouvernement finance un cours pour les assistants biblioth\u00e9caires, ainsi que la cr\u00e9ation de l&rsquo;\u00e9cole de biblioth\u00e9conomie de l&rsquo;Universit\u00e9 de Nairobi (p. 351). La KLA organise des conf\u00e9rences bisannuelles et poss\u00e8de sa propre publication d\u00e9nomm\u00e9e MAKTABA (p. 352). La KLA entretient des liens avec diff\u00e9rentes associations internationales et est affili\u00e9e \u00e0 l&rsquo;IFLA, au COMLA, \u00e0 l&rsquo;AIDBA et au SCECAL (p. 353).<\/p>\n<p>Comme le mentionne son site web, la Christian Association of Librarians in Africa (CALA-K) est une association enregistr\u00e9e depuis 2002 (CALA-K, 2023, section About CALA &#8211; Kenya). Elle est n\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une plus grande collaboration entre les biblioth\u00e9caires et d&rsquo;une formation accessible pour les nombreux biblioth\u00e9caires qui n&rsquo;ont pas de formation de base ou ad\u00e9quate. Bien qu&rsquo;il s&rsquo;agisse \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;un groupe convivial ayant pour seul objectif la camaraderie et les r\u00e9unions partageant les valeurs et les activit\u00e9s chr\u00e9tiennes, aujourd&rsquo;hui, m\u00eame les non-chr\u00e9tiens peuvent devenir membres et b\u00e9n\u00e9ficier des programmes de formation mis en place.<\/p>\n<p>Cadre l\u00e9gislatif<\/p>\n<p>Les biblioth\u00e8ques du Kenya sont influenc\u00e9es par plusieurs l\u00e9gislations. Certaines de ces lois remontent \u00e0 l\u2019\u00e8re coloniale, tandis que d\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance. \u00c0 noter que ces lois ont fait l\u2019objet de plusieurs r\u00e9visions pour faire face aux changements soci\u00e9taux et aux tendances dans le domaine de la biblioth\u00e9conomie. Ainsi, nous ne pr\u00e9senterons que la version la plus r\u00e9cente de ces lois.<\/p>\n<p>La Constitution du Kenya (2010) sert de fondement \u00e0 toute l\u00e9gislation au pays. L\u2019article 11 reconna\u00eet la culture comme le fondement de la nation et comme l&rsquo;accumulation de la civilisation du peuple et de la nation k\u00e9nyane. Le texte souligne l\u2019engagement de l\u2019\u00c9tat \u00e0 \u00ab promouvoir toutes les formes d\u2019expression nationale et culturelle \u00e0 travers la litt\u00e9rature, les arts, les c\u00e9l\u00e9brations traditionnelles, la science, la communication, l\u2019information, les m\u00e9dias, les publications, les biblioth\u00e8ques et autres h\u00e9ritages culturels \u00bb (Constitution of Kenya, 2010, alin\u00e9a (2)a).<\/p>\n<p>Les biblioth\u00e8ques publiques du Kenya sont r\u00e9gies par la loi relative \u00e0 la Direction du service national des biblioth\u00e8ques (Kenya National Library Service Board, chapitre 225). Cette l\u00e9gislation a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e en 1965, peu de temps apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du Kenya, et r\u00e9vis\u00e9e en 1969, 1970, 1984, 1988 et 2008. Le texte institue le r\u00f4le de la Direction : \u00ab promouvoir, fonder, \u00e9quiper, conserver et d\u00e9velopper les biblioth\u00e8ques au Kenya \u00bb (traduction libre d\u2019Otike, 2004, p. 3) sous la forme d\u2019un service national des biblioth\u00e8ques. Ainsi, cette loi habilite la Direction \u00e0 conseiller le gouvernement, les autorit\u00e9s locales et le secteur priv\u00e9 sur toutes questions li\u00e9es au d\u00e9veloppement des biblioth\u00e8ques. Actuellement, la direction du Kenya National Library Service rel\u00e8ve du minist\u00e8re des Sports, de la Culture et du Patrimoine. Une proposition de loi, la Kenya National Library Service Bill, viendra prochainement abroger la l\u00e9gislation actuelle.<\/p>\n<p>Un autre texte l\u00e9gislatif r\u00e9gissant les services de biblioth\u00e8que au Kenya est le McMillan Memorial Library Act (Chapitre 217 des Lois du Kenya). Cette loi institue la McMillan Memorial Library et a pour objet d\u2019\u00e9tablir, conserver et d\u00e9velopper une biblioth\u00e8que de r\u00e9f\u00e9rence, une salle de lecture et une biblioth\u00e8que de pr\u00eat \u00e0 Nairobi (Armstrong, 2010). Cette biblioth\u00e8que est \u00e9galement charg\u00e9e de faire circuler des ouvrages. Comme mentionn\u00e9 dans la section Histoire, la McMillan Library pr\u00e9voyait l\u2019usage exclusif de ses installations par les Europ\u00e9ens dans les paragraphes (a, b et c) de l\u2019article 6. L\u2019acte a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 six fois, la derni\u00e8re instance remontant \u00e0 1966. \u00c0 ce jour, cette biblioth\u00e8que est le seul b\u00e2timent au Kenya prot\u00e9g\u00e9 par une loi sp\u00e9cifique du Parlement (Dahir, 2023).<\/p>\n<p>Au Kenya, le Books and Newspapers Act (Chapitre 111 des Lois du Kenya) fait office de loi sur le d\u00e9p\u00f4t l\u00e9gal. Cette l\u00e9gislation remonte \u00e0 1906 et a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e en 1960,1962, 1980, 1987 et 2002. La loi pr\u00e9voit que chaque \u00e9diteur au pays est tenu de d\u00e9poser deux exemplaires de chaque nouveau titre publi\u00e9 aupr\u00e8s du Kenya National Library Service dans les 14 jours (ou avant) suivant la publication (Books and Newspapers Act, Chapter 111, 2002, alin\u00e9a 6(1)c). Cette l\u00e9gislation permet \u00e0 la fois un contr\u00f4le bibliographique et une bibliographie nationale.<\/p>\n<p>Plusieurs autres textes de loi ont un impact sur les domaines de l\u2019information au Kenya (Kibandi et al., 2017), telles que le Public Archives Act (Chapitre 19), le Records Disposal Act (Chapitre 14), la Science and Technology Act (Chapitre 250), le Industrial Property Act (Chapitre 509) et le Copyright Act (Chapitre 130).<\/p>\n<p>Information compl\u00e9mentaire<\/p>\n<p>Book Bunk, un projet pour d\u00e9coloniser les biblioth\u00e8ques du Kenya.<\/p>\n<p>Syokau Mutonga et Angela Okune (2021), dans leur fascinant ouvrage Re-membering Kenya : Building Library Infrastructures as Decolonial Practice d\u00e9voilent un cas tr\u00e8s int\u00e9ressant sur la fa\u00e7on dont une organisation appel\u00e9e Book Bunk est devenue un cas embl\u00e9matique au Kenya de pratiques biblioth\u00e9conomiques tout \u00e0 fait progressistes et d\u00e9colonisantes (p. 199-202). Elles analysent le cas de Book Bunk, un Trust \u00e0 impact social fond\u00e9 en octobre 2017 par Wanjiru Koinange et Angela Wachuka visant \u00e0 d\u00e9coloniser mat\u00e9riellement et conceptuellement certaines des biblioth\u00e8ques publiques embl\u00e9matiques de Nairobi, dont la biblioth\u00e8que McMillan (p. 200). Ce b\u00e2timent est un rappel du pass\u00e9 colonial du Kenya, lieu de r\u00e9cr\u00e9ation pour les colonisateurs, dans ses trois premi\u00e8res d\u00e9cennies la biblioth\u00e8que \u00e9tait limit\u00e9e \u00e0 l&rsquo;usage des seuls Europ\u00e9ens (p. 200), orn\u00e9s de t\u00eates d&rsquo;animaux comme troph\u00e9es de chasse (p.189), et parmi le mat\u00e9riel photographique qu&rsquo;elle abrite se trouvent, par exemple, des photos de la premi\u00e8re pendaison institutionnelle d&rsquo;aborig\u00e8nes \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque coloniale (p. 200).<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, elles ont envisag\u00e9 de changer le nom (p.200) ainsi que le type de classification Dewey (\u00e9tant donn\u00e9 les ant\u00e9c\u00e9dents bien connus de Melvil Dewey en mati\u00e8re de misogynie et de racisme), en essayant de cr\u00e9er son propre syst\u00e8me de classification moins hi\u00e9rarchique et plus inclusif (p. 200 et 202). En outre, ayant trouv\u00e9 des formes multiples et vari\u00e9es de crowdsourcing, ne d\u00e9pendant plus des ONG \u00e9trang\u00e8res et des (rares) budgets gouvernementaux, elles ont chang\u00e9 les politiques d&rsquo;acquisition des biblioth\u00e8ques et des \u00e9v\u00e9nements culturels, les rendant r\u00e9ellement participatifs et pertinents pour le public qu&rsquo;ils servent, favorisant les auteurs nationaux et incluant l&rsquo;ensemble des 40 langues nationales (p. 202). Book Bunk a cr\u00e9\u00e9 une archive historique comprenant des mat\u00e9riaux sur les \u00e9v\u00e9nements historiques cl\u00e9s de la lutte pour l&rsquo;ind\u00e9pendance du Kenya (tels que la r\u00e9volution Mau Mau, les assassinats politiques, les mouvements de d\u00e9fense des droits de l&rsquo;homme et les lois d&rsquo;exploitation sur l&rsquo;acquisition des terres, entre autres), dans le but de favoriser des d\u00e9bats constructifs, de faire de la place \u00e0 l\u2019histoire pass\u00e9e sous silence de l&rsquo;identit\u00e9 et de la lutte kenyanes pendant la p\u00e9riode coloniale, et de soutenir la capacit\u00e9 du public kenyan \u00e0 faire preuve de conscience critique (p. 201). Par contraste, \u00e0 ces archives historiques d&rsquo;un pass\u00e9 douloureux, une nouvelle archive appel\u00e9e &quot;Missing Bits&quot; a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e, qui refl\u00e8te plut\u00f4t le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir, une archive vivante et pleine d&rsquo;espoir qui incorpore les voix des utilisateurs vari\u00e9s, les gens ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 enregistrer leurs histoires dans leur langue maternelle et \u00e0 num\u00e9riser leurs documents et photos pour cr\u00e9er une archive vivante de la population de Nairobi, d\u00e9colonisant ainsi son statut actuel (Asomugha, 2023, section &quot;Reclaiming the Archive&quot;).<\/p>\n<p>R\u00e9f\u00e9rences<\/p>\n<div>\n<p>Armstrong, C. (2010). <em>Access to Knowledge in Africa: The Role of Copyright<\/em>. IDRC.<\/p>\n<p>Asomugha, C. (2023). <em>Reclaiming Public Libraries for The People Of Nairobi<\/em>. The Urban Activist.<a href=\"https:\/\/theurbanactivist.com\/idea\/reclaiming-public-libraries-for-the-people-of-nairobi\/\"> https:\/\/theurbanactivist.com\/idea\/reclaiming-public-libraries-for-the-people-of-nairobi\/<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Central Intelligence Agency. (2023). <em>Kenya<\/em>. The World Factbook.<a href=\"https:\/\/www.cia.gov\/the-world-factbook\/countries\/kenya\/\"> https:\/\/www.cia.gov\/the-world-factbook\/countries\/kenya\/<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Christian Association of Librarians in Africa (2022). <em>About CALA \u2013 Kenya<\/em>.<a href=\"https:\/\/cala-kenya.co.ke\/about-us\/about-cala-kenya\/\"> https:\/\/cala-kenya.co.ke\/about-us\/about-cala-kenya\/<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><em>Constitution of Kenya<\/em>. (2010).<a href=\"http:\/\/www.kenyalaw.org:8181\/exist\/kenyalex\/actview.xql?actid=Const2010\"> http:\/\/www.kenyalaw.org:8181\/exist\/kenyalex\/actview.xql?actid=Const2010<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Dahir, A. L. (2023, 6 f\u00e9vrier). Turning Nairobi\u2019s Public Libraries Into \u2018Palaces for the People\u2019. <em>The New York Times<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2023\/02\/04\/books\/nairobi-kenya-books-library.html\">https:\/\/www.nytimes.com\/2023\/02\/04\/books\/nairobi-kenya-books-library.html<\/a><\/p>\n<p>Durrani, S. (2014). <em>Progressive Librarianship: Perspectives from Kenya and Britain, 1979-2010<\/em>. Vita Books.<a href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/j.ctvh8r0kr.9\"> https:\/\/www.jstor.org\/stable\/j.ctvh8r0kr.9<\/a><\/p>\n<p>IFLA\/FAIFE. (1999). <em>World Report: Libraries and Intellectual Freedom. Kenya.<\/em><a href=\"https:\/\/www.ifla.org\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/assets\/faife\/publications\/ifla-world-report\/kenya.pdf\"> https:\/\/www.ifla.org\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/assets\/faife\/publications\/ifla-world-report\/kenya.pdf<\/a><\/p>\n<p>Kenya National Library Service. (s.d.). <em>About Us. Who We Are<\/em>. KNLS.<a href=\"https:\/\/www.knls.ac.ke\/who-we-are\/\"> https:\/\/www.knls.ac.ke\/who-we-are\/<\/a><\/p>\n<p>Kibandi, I. M., Kimaru, P., Kayoro, C., Mwirigi, P. K., Ndegwa, S., Karilus, N. O., Nzivo, C., Mboya, L., Gisesa, L. (2017). Kenya: Libraries, Museums, and Archives. Dans <em>Encyclopedia of Library and Information Sciences<\/em> (4e \u00e9d., p. 2592-2609). CRC Press.<\/p>\n<p>Kwanya, T., Stilwell, C. &amp; Underwood, P. (2014). Mainstreaming Grey Literature in Research Library Collections in Kenya. <em>Libri<\/em>, <em>64<\/em>(2), 134-143. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1515\/libri-2014-0011\">https:\/\/doi.org\/10.1515\/libri-2014-0011<\/a><\/p>\n<p>Laws of Kenya. <em>Books and Newspapers Act, Chapter 111<\/em>. (2002). <a href=\"http:\/\/kenyalaw.org:8181\/exist\/kenyalex\/actview.xql?actid=CAP.%20111#:~:text=Every%20person%20who%20prints%20a,forthwith%20produce%20the%20same%20to\">http:\/\/kenyalaw.org:8181\/exist\/kenyalex\/actview.xql?actid=CAP.%20111#:~:text=Every%20person%20who%20prints%20a,forthwith%20produce%20the%20same%20to<\/a><\/p>\n<p>McDonald, John D. et Levine-Clark, Michael. (2017). African Librarianship. Dans <em>Encyclopedia of Library and Information Science <\/em>(4e \u00e9d., p. 33-43).<a href=\"https:\/\/www.routledgehandbooks.com\/doi\/10.1081\/E-ELIS4-120049506\"> https:\/\/www.routledgehandbooks.com\/doi\/10.1081\/E-ELIS4-120049506<\/a><\/p>\n<p>Musisi, J. S., et Abukutsa, J. L. (1978). Evolution of library associations in Kenya. <em>International Library Review<\/em>, 10(4), 345\u2013353.<\/p>\n<p>Musisi, J. S. (1984). The Development of Libraries in Kenya. <em>IFLA Journal<\/em>, 10(2), 125-138.<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/034003528401000206\"> https:\/\/doi.org\/10.1177\/034003528401000206<\/a><\/p>\n<p>Mutonga, S., et Okune, A. (2021). <em>Re-membering Kenya: Building Library Infrastructures as Decolonial Practice<\/em>. eScholarship, University of California.<\/p>\n<p>Mwanzu, A., et Wendo, D. R. (2021). Developing Entrepreneurial Potential in Information Science Students: A Critical Review of LIS Training Programs in Kenya. <em>Library Philosophy and Practice<\/em> (e-journal), 5267.<a href=\"https:\/\/ecommons.aku.edu\/cgi\/viewcontent.cgi?article=1059&amp;context=libraries\"> https:\/\/ecommons.aku.edu\/cgi\/viewcontent.cgi?article=1059&amp;context=libraries<\/a><\/p>\n<p>Ng\u2019ang\u2019a, J. M. (1982). Libraries and librarianship in Kenya: a background paper. <em>International Library Review<\/em>, 14(3), 303\u2011315. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0020-7837(82)90025-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0020-7837(82)90025-5<\/a>.<\/p>\n<p>Ojiambo, J. B. et Kasalu, J. S. (2015). <em>Development of Libraries in Kenya and Their Role in Economic Development<\/em>. IFLA WLIC 2015 &#8211; Cape Town, South Africa.<a href=\"https:\/\/library.ifla.org\/id\/eprint\/1220\/\"> https:\/\/library.ifla.org\/id\/eprint\/1220\/<\/a><\/p>\n<p>Otike, J. (2004). The development of libraries in Kenya. <em>Innovation<\/em>, 28, 1-8.<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4314\/innovation.v28i1.26461\"> https:\/\/doi.org\/10.4314\/innovation.v28i1.26461<\/a><\/p>\n<p>Otike, J. (2017). Library and Information Science education in Anglophone Africa: Past, present and future. <em>Inkanyiso<\/em>, 9(1), 66-74.<a href=\"https:\/\/hdl.handle.net\/10520\/EJC-c89e63514\"> https:\/\/hdl.handle.net\/10520\/EJC-c89e63514<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Otike, F., et Bar\u00e1t, \u00c1. H. (2021). Roles and emerging trends of academic libraries in Kenya. <em>Library Hi Tech News<\/em>, 38(7), 19-23.<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1108\/LHTN-09-2021-0058\"> https:\/\/doi.org\/10.1108\/LHTN-09-2021-0058<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"menu_order":9,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-58","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/58","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/58\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":59,"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/58\/revisions\/59"}],"part":[{"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/58\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=58"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=58"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/rel.bib.umontreal.ca\/bibliotheques-a-l-international4\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=58"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}