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33 Sénégal

(Josué Muscadin, Loudny Clairvil, Alizée Bonnefon)

1. Profil du pays

Le Sénégal est un pays dans l’ouest de l’Afrique majoritairement musulman avec une riche culture et histoire. Le territoire actuel du Sénégal faisait partie des empires soudanais pendant la période médiévale. La société était hiérarchisée avec un système social de production communautaire. Le travail était divisé en fonction de la classe d’âge et des capacités physiques. Dans l’empire du Soudan, la communauté prenait les décisions économiques et sociales ensemble et les personnes âgées jouaient un rôle crucial dans les prises de décision (Diouf, 2001).

La conquête des Arabes en Afrique au 9ème siècle a entrainé une période d’islamisation. Le Sénégal s’est retrouvé pris dans la razzia négrière qui a débuté au 15ème siècle. Le Sénégal a subi la conquête coloniale française du 17ème siècle au 20ème siècle (Diouf, 2001). Le pays a pris son indépendance en 1960. Aujourd’hui, le Sénégal a une population multiculturelle d’environ 15,85 millions d’habitants.

Malgré qu’au Sénégal on retrouve environ une quarantaine de langues, incluant le Wolof qui est parlé par une majorité de la population, la langue française reste la langue officielle du pays, héritage de son passé colonial. Lors de la colonisation française, le territoire a été divisé et depuis il existe une disparité entre les régions rurales et urbaines par rapport à la répartition de la population (Diouf, 2001).

2. Histoire des bibliothèques

Le Sénégal précolonial a une histoire de développement de littérature arabique et de littérature locale écrite en arabe. La plupart des écrits disponibles étaient de nature théologique. Pendant la colonisation, au 19ème siècle, le gouvernement colonial français a développé un système administratif et les premières bibliothèques. L’une des plus anciennes bibliothèques au Sénégal est la bibliothèque publique de Saint Louis qui avait une collection d’environ 1351 documents (Maack, 1981).

Le développement de la bibliothéconomie et des bibliothèques en Afrique a commencé avec un séminaire au Nigéria en présence de différents pays africains sur le développement des bibliothèques publiques en Afrique en 1953. En 1961, lors d’une conférence sur l’éducation en Éthiopie entre L’UNESCO et des représentants de certains états africains, la nécessité des bibliothèques et de professionnaliser dans le domaine a été reconnue. Dans le but d’avoir des bibliothèques et du personnel qualifié, l’UNESCO et le gouvernement sénégalais ont créé, en 1963, l’association du centre régional de formation de bibliothécaires des pays d’Afrique (CRFB) à Dakar. L’association avait une vocation multinationale à cause de l’aide financière reçue d’autres pays africains comme le Cameroun, le Congo, la République Tchad, le Gabon, etc. À la suite d’un décret en 1967, une nouvelle organisation prendra la place du CRFB au Sénégal : l’École de bibliothéconomie (EBAD) qui est dorénavant responsable de la formation en sciences de l’information. La bibliothéconomie a beaucoup évolué depuis sa création, elle est passée d’une école qui formait des techniciens en documentation à l’ajout d’un programme de 1er cycle pour des bibliothécaires, archivistes et documentalistes. En 1983, l’école a instauré un programme d’enseignement supérieur et, depuis, le 2ème cycle est nécessaire pour devenir bibliothécaire ou documentaliste (Dione, 2015).

Les premières bibliothèques publiques ont été inspirées du système de bibliothéconomie français. Il y a quelques bibliothèques publiques au Sénégal qui ont été créées dans les années 1960 : la bibliothèque au centre culturel africain en 1968 à Médina dans la ville de Dakar et la bibliothèque du centre culturel Léopold Sédar Senghor en 1963 à Thiès (Ndiaye, 1976).

Initialement, le décret nº 76-493 du 5 mai 1976 prévoyait la création et l’organisation de la Bibliothèque nationale au sein du Ministère de la Culture, avant que, par une décision gouvernementale de 1979, les missions attachées à la Bibliothèque nationale soient confiées à la Bibliothèque des Archives du Sénégal (Dione, 2015).

La première bibliothèque universitaire qui est celle de l’université de Dakar a été créée en 1950 par un décret du gouvernement. Dans les années 50, la bibliothèque a recruté des bibliothécaires qualifiés en France puisque le pays n’était pas encore indépendant et n’avait pas de personnel qualifié. Dans les années 60, la bibliothèque a augmenté sa collection d’ouvrages et a développé de nouveaux services (Ndiaye, 1976).

3. Types de bibliothèques

Comme dans la plupart des pays, les bibliothèques sénégalaises sont réparties selon un schéma classique comprenant les bibliothèques scolaires, les bibliothèques universitaires, les bibliothèques publiques, la bibliothèque nationale et les bibliothèques privées. Pour les besoins de cette présentation, nous survolerons chacun de ces types de bibliothèques, à l’exception des bibliothèques privées qui sont associées aux bibliothèques associatives et donc aux bibliothèques publiques.

Les bibliothèques scolaires

Outils essentiels dans le processus d’apprentissage des élèves, les bibliothèques scolaires sont, de manière générale, prévues dans les politiques éducatives des pouvoirs publics. Dans les pays occidentaux qui disposent de plus grands moyens économiques pour investir dans les infrastructures scolaires, les bibliothèques font partie intégrante des écoles. Tel n’est pas le cas pour le Sénégal, comme pour la plupart des pays en développement.

Si l’on en croit les informations chiffrées disponibles sur les bibliothèques scolaires au Sénégal, il existe très peu d’écoles qui disposent d’une bibliothèque fonctionnelle répondant aux critères bibliothéconomiques (Fall, 2017). Il existe, en la matière, un déséquilibre entre le monde urbain et le monde rural. La majorité des écoles qui disposent d’une bibliothèque sont situées dans les villes. Les régions rurales sont les plus dépourvues en bibliothèques scolaires.

Quand elle existe, la bibliothèque dans les écoles sert à distribuer des manuels scolaires et à les récupérer en fin d’année. Tous les ans, en effet, les écoles reçoivent du ministère de l’Éducation une quantité de fournitures scolaires qui sont, en général, « rangées dans des cartons ou sont placées dans l’armoire du bureau du directeur » (Pasquier, 2008). Pasquier souligne que très peu de ces bibliothèques disposaient en 2008 d’un ordinateur qui parfois n’est pas fonctionnel.

Les bibliothèques privées, parce qu’elles ne suscitent pas un grand intérêt chez le public, sont peu étudiées.

Certaines associations communautaires évoluant pour la plupart à l’extérieur du Sénégal interviennent pour alimenter les bibliothèques scolaires existant dans le pays. Le programme « Allez les filles ! », par exemple, mis en place par l’association Lire en Afrique a permis à 80 bibliothèques, incluant des bibliothèques scolaires, de bénéficier de 16 000 livres en 2014 (http://lireenafrique.org).

Tableau 1 : Liste de matériels scolaires reçus par les écoles de la région Diourbel en 2007

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Source : (Pasquier, 2008 : 18)

Les bibliothèques publiques

L’Association Sénégalaises des Bibliothèques, Archivistes et Documentalistes (ASBAD) classe dans la catégorie bibliothèques publiques, les bibliothèques créées ou soutenues par les pouvoirs publics au niveau local, régional ou national, par des organisations communautaires ou tout autre organismes non étatiques. L’Enquête sur les bibliothèques publiques au Sénégal réalisée en 2001 par l’ASBAD inclut les bibliothèques des Centres culturels régionaux, les Centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC), les bibliothèques municipales et des bibliothèques nées d’initiatives privées.

L’enquête a dénombré 84 bibliothèques catégorisées bibliothèques publiques dont plus de la moitié (43) se trouvent dans la région de Dakar, alors que Diourbel, qui est la deuxième région en termes de nombre d’habitants, réunit seulement 3 bibliothèques. Ce déséquilibre semble s’expliquer, entre autres, par le poids démographique, administratif, politique et économique de la région dakaroise, où se trouve la capitale du pays, mieux lotie en termes d’infrastructures et de services de base.

Les données pour parler de chaque catégorie de bibliothèques publiques font défaut. Celles dont on dispose concernant les bibliothèques municipales sont lacunaires et ne sont pas récentes. Les informations sur les Centres de Lecture et d’Animation Culturelle souffrent du même déficit. Pour les évoquer, on essaiera de croiser les éléments d’informations disponibles. Selon les informations fournies par l’enquête de l’ASBAD, les bibliothèques municipales sont prises en charge par plusieurs acteurs, comme le montre la figure ci-dessous. Quant à leur fonctionnement, les bibliothèques ne semblent pas soumises à un régime fixe. Les responsables décident de ce qui convient le mieux à leur communauté. Mais, il est intéressant de remarquer que, déjà en 1976, certaines bibliothèques municipales offraient leurs services au public sept heures par jour et même le dimanche matin (Ndiaye, 1976).

Figure 2 : Répartitions des bibliothèques municipales selon leur mode de gestion

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Source : à partir des données de l’enquête de l’ASBAD (2001) citées par (Pasquier, 2008)

En 1985, les Centres de Lecture et d’Animation Culturelle (CLAC), furent créés par l’Agence intergouvernementale de la Francophonie pour répondre au besoin d’infrastructures culturelles et au manque d’accès de la population à la lecture et à l’information dans les milieux ruraux des pays en développement. Initiés au Sénégal en 1988, des CLAC sont installés partout dans le pays. En 2017, pas moins de 16 CLAC ont été recensés (Odemba, 2017). Au Sénégal, comme dans tous les pays où ils s’implantent, les CLAC répondent aux objectifs des bibliothèques publiques. Ils constituent pour les communautés qu’ils desservent des lieux de formation, d’informations et de loisirs. De manière plus spécifique, ils participent au développement de la communauté en garantissant aux membres l’accès aux biens culturels (livres, jeux éducatifs, journaux et revues), ils favorisent la démocratisation de la culture et soutiennent les agents de développement dans le domaine de l’éducation, de la santé et du développement rural. Toutefois, les CLAC font face à des problèmes de fonctionnement liés au manque de moyens que devraient leur offrir les pouvoirs publics. Les comités de gestion de certains CLAC ont dû tirer la sonnette d’alarme sur l’état de délabrement dans lequel ces centres fonctionnent. Certaines municipalités ne répondent pas à leur obligation quant à la prise en charge du fonctionnement du CLAC placé sur leur responsabilité (Odemba, 2017).

Dans la catégorie des bibliothèques publiques, certaines sont labellisées « partenariat » ou « alliance franco-sénégalaise » par le Ministère de la Culture qui en dénombre 96 au lieu de 83 recensées par l’enquête menée par l’ASBAD. Selon le ministère, il existerait 18 bibliothèques de « partenariat » et 6 bibliothèques d’« alliance franco-sénégalaise » qui desservent 11 des 16 régions du pays (http://www.culture.gouv.sn).

Il faut mentionner, parmi les bibliothèques publiques, l’existence des bibliothèques communautaires et associatives. Les bibliothèques communautaires sont gérées par des comités de gestion mis en place par la communauté. Leur fonctionnement dépend en grande partie de l’appui dont elles bénéficient de la part d’associations à but non lucratif qui les assistent financièrement et leur fournissent des livres pour alimenter et renouveler leur collection. Peu nombreuses, les bibliothèques associatives sont sous la responsabilité des associations qui assurent leur fonctionnement à partir des aides qu’elles obtiennent de leurs bailleurs de fonds. Elles sont un acteur non-négligeable dans le domaine de la lecture publique au Sénégal. L’association Lire En Afrique (LEA) assure la gestion de 15 bibliothèques seulement dans la région de Dakar.

Les bibliothèques communautaires sont constituées en réseaux qui sont coiffés par des acteurs associatifs. Le réseau Lire En Afrique coordonnent des bibliothèques communautaires partout au Sénégal. Dans le Sine Saloum, il gère une vingtaine de bibliothèques, une trentaine en Casamance et quelques-unes, 3, dans le Cayor.

À ce panorama, il faut ajouter les bibliothèques des Instituts Français au Sénégal auxquelles les communautés de Dakar, de Saint Louis, de Kaolack et de Ziguinchor ont accès et bénéficient des divers services qu’elles offrent.

Les bibliothèques publiques du Sénégal font face à un ensemble de problèmes préoccupants. L’enquête menée par l’ASBAD (2001) permet de mettre en lumière un certain nombre d’entre eux. La plupart de ces bibliothèques se trouvent confrontées à des défis matériels et financiers : sous-équipement, locaux vétustes, fonds documentaires non renouvelés, budget alloué à l’acquisition de nouveaux documents et d’autres matériels insuffisants et parfois inexistants, services d’animation pauvre. Les problèmes de financement sont davantage criants dans les bibliothèques gérées par des collectivités qui, faute de moyens, ne répondent pas toujours à leurs obligations ou ne sont suffisamment imbues de l’importance de la bibliothèque dans la société. En matière de ressources humaines, la plupart des gestionnaires ne sont pas des professionnels qualifiés à l’exercice des tâches bibliothéconomiques. Pasquier (2008) a remarqué l’absence de bibliothécaires professionnels dans des régions comme Fatick, Diourbel, Kaolack et Louga. À cause sans doute de l’état général des bibliothèques publiques, les lecteurs se font rares : moins d’un millier sont recensés au niveau national dans le cadre de l’enquête.

La bibliothèque nationale

Le Sénégal n’a pas encore de bibliothèque nationale à proprement parler. Bien que la loi nº 2002-17 du 15 avril 2002 prévoit la création d’une Bibliothèque nationale dirigée par la Direction du livre et de la lecture (Lajeunesse, 2008 : 106), le projet n’est pas encore concrétisé.

Depuis 1979, c’est la Bibliothèque des Archives du Sénégal qui fait office de bibliothèque nationale du pays. Elle abrite l’Agence bibliographique nationale, reçoit le dépôt légal, s’occupe de la bibliographie nationale, identifie les périodiques publiés au Sénégal et leur attribue des numéros ISSN, en attendant que le projet de construction de la Bibliothèque nationale coordonné par la Direction du Livre et de la Lecture du Ministère de la Culture voit le jour.

Les bibliothèques universitaires

Pour répondre à leur double mission : enseignement et recherche, les universités sénégalaises s’octroient des bibliothèques universitaires. Toutes les universités sénégalaises semblent disposer d’une bibliothèque pour accompagner les étudiants et les enseignants-chercheurs, à l’exception de l’Université virtuelle du Sénégal (UVS) dont la BU est entièrement en ligne. Au Sénégal, on retrouve au moins une Bibliothèque Universitaire dans les universités suivantes :

  • Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD)
  • Université Gaston Berger de Saint Louis (UGB)
  • Université de Thiès
  • Université Alioune Diop de Bambey (UADB)
  • Université Assane SECK de Ziguinchor (UASZ)
  • Université Ahmadou Mahtar Mbow (UAM)
  • Université du Sine Saloum El Hadji Ibrahima Niass (USSEIN)

Mamadou Diarra (2015) montre cependant que malgré l’adoption du modèle BU français par les universités sénégalaises dans le cadre de la réforme LMD, les bibliothèques universitaires font face à des problèmes préoccupants : faible niveau de développement et d’organisation, ainsi que des ressources humaines et documentaires pauvres. Il n’existe pas de documentation sur l’état des bibliothèques sénégalaises en général, mais l’enquête réalisée sur les bibliothèques universitaires africaines par Mamadou Diarra, Directeur de l’École de Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes du Sénégal, en 2015, fournit des informations sur la BU de l’Université Cheikh Anta Diop, Bibliothèque Centrale de l’UCAD. L’étude permet de faire une comparaison de la BU de l’UCAD et les autres BU du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, du Togo et du Niger. À travers les résultats de l’enquête, on peut remarquer que la bibliothèque centrale de l’UCAD a le plus grand nombre de visiteurs réels mais a un taux de fréquentation faible (29%) par rapport au nombre des utilisateurs potentiels, 22 000 sur 77 000. En termes de ressources humaines, la bibliothèque de l’UCAD dispose de 20 bibliothécaires dont certains détiennent un niveau de Master, 10 conservateurs, 4 informaticiens, loin devant les autres universités sur la liste. Toutefois, elle a un taux d’encadrement inférieur à 1%, c’est-à-dire qu’elle a 1 professionnel pour 100 utilisateurs, comme c’est le cas pour la plupart des bibliothèques universitaires enquêtées, à l’exception de la Bibliothèque universitaire centrale du Niger (Diarra, 2015 : 5). Concernant les ressources documentaires, la bibliothèque centrale de l’UCAD dispose de 444 593 ouvrages, 52 titres de périodiques, 50 Go en ressources numériques. Les ressources financières sont un facteur important dans le bon fonctionnement d’une bibliothèque. La bibliothèque principale de l’UCAD dispose d’un budget de 244 millions de francs CFA. Si on considère le budget de l’UCAD qui s’élève à 27,7 milliards de francs CFA, la part de la bibliothèque est de 0,88%, loin des 5% du budget de l’université que préconiserait l’UNESCO (Ndiaye, 2014 : 4).

4. Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques

Au Sénégal, l’EBAD s’occupe de la formation des différentes professions de la bibliothéconomie. Après le lycée, les personnes qui veulent devenir bibliothécaires, archivistes ou documentalistes doivent faire un programme de 1er cycle au Sénégal à 180 crédits sur 3 ans pour obtenir une licence en sciences de l’information documentaire (Dione, 2015).

Un programme de 120 crédits est nécessaire pour le diplôme de master en sciences de l’information documentaire. Le master comporte trois spécialisations : une sur le patrimoine documentaire, une deuxième sur l’ingénierie documentaire et une autre sur la technologie de l’information. Ceci provient d’une réforme Licence Master Doctorat du système d’éducation en 2004, les programmes de deuxième cycle au Sénégal doivent avoir l’accréditation d’une agence d’état et cette accréditation est donnée pour une durée de 5 ans (Dione, 2015). La bibliothéconomie au Sénégal offre aussi la formation sur les nouvelles technologies de communication à l’aide d’un projet FORCIIR et des cours sur la gestion des technologies de l’information avec l’aide d’une compagnie de télécommunication SONATEL (Diouf, 2008).

5. Association de bibliothèques

L’Association Sénégalaise des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes (ASBAD) a vu le jour en 1988 et est le résultat d’une fusion entre deux associations : l’Association Sénégalaise des Documentalistes, Bibliothécaires, Archivistes et Muséologues, section locale de l’Association Internationale pour le Développement des Bibliothèques en Afrique (AIDBA-ASDBAM) et l’Association Nationale des Archivistes, Bibliothécaires et Documentalistes (ANABADS) (Ndiaye, s.d. ; https://web.archive.org/web/20080624125129/http:/www.asbad.africa-web.org/). Son siège est installé à l’École des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes à Dakar (https://web.archive.org/web/20080624125129/http:/www.asbad.africa-web.org/). Elle se définit comme étant la porte-parole des professionnels de l’information sur toutes les questions majeures qui touchent la profession (https://web.archive.org/web/20080624125129/http:/www.asbad.africa-web.org/). Les objectifs de l’ASBAD sont nombreux et l’on retrouve parmi ceux-ci la volonté d’encourager la formation initiale et continue des professionnels de l’information, de promouvoir le développement des bibliothèques, des archives et des centres documentaires, d’assurer la collecte et la sauvegarde du patrimoine culturel national et de participer à l’éducation des jeunes et des adultes (https://web.archive.org/web/20080624125129/http:/www.asbad.africa-web.org/).

L’adhésion à l’ASBAD est ouverte à toute personne physique ou morale qui participe au développement des bibliothèques, des centres d’archives et de documentation (http://asbadsn.org). Les frais d’adhésion varient en fonction du statut de l’adhérent allant de 5000 francs CFA par année (12$CA) pour les professionnels à 100 000 francs CFA par année (235$CA) pour les institutions documentaires nationales. Un tarif préférentiel de 1000 francs CFA (2,35$CA) est offert aux étudiants (http://asbadsn.org).

L’ASBAD a établi de nombreux partenariats avec des organismes divers dans lesquels nous pouvons retrouver l’International Federation of Library Association (IFLA), le Centre d’Information des Nations Unies (CINU) et l’Association des Bibliothécaires Suisses (BBS) (https://web.archive.org/web/20080624125129/http:/www.asbad.africa-web.org/).

L’association est présente sur les différentes plateformes de réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Instagram et possède même une chaine YouTube. Cependant, elle est très peu active à raison d’une publication par mois sur les réseaux et d’une ou deux publications aux deux ans sur leur site internet (http://asbadsn.org).

Il existe une deuxième association très impliquée dans le développement des bibliothèques sénégalaises : la Feusseul. Elle est une association de droit sénégalais créée en 2013 et son siège social se trouve lui aussi à Dakar (https://www.feusseul.org). Elle a pour objectif d’accompagner les bibliothèques dans la mise en place de programmes d’animations, de promouvoir et défendre les bibliothèques et l’accès à l’information pour tous, de faire des bibliothèques un outil de développement pour une société inclusive et de promouvoir la lecture, le numérique et la culture en bibliothèque (https://www.feusseul.org). Elle est aussi présente sur les différentes plateformes de réseaux sociaux et est beaucoup plus active que l’ASBAD.

6. Cadre législatif

Au Sénégal, comme dans la majorité des pays, il existe des lois, des décrets, des arrêtés, etc. qui encadrent la publication, la gestion et la conservation des documents. Les premiers textes législatifs qui débutent le processus de réglementation ont été émis pendant la deuxième moitié du XIXème siècle, période coloniale française, et concernent le dépôt légal des documents publiés en métropole ou sur n’importe quel territoire sur lequel la France exerçait sa domination dans des institutions prévues à cet effet (Sène, 2010). Mais ce n’est qu’en 1946 qu’une Régie du dépôt légal va être créée pour organiser de façon officielle et stricte le dépôt des documents et veiller à ce qu’il soit fait (Sène, 2010). À partir de 1972, le Sénégal, devenu indépendant, rédige ses propres textes législatifs pour développer les activités culturelle du pays comme le montre le décret n°76-493 du 5 mai 1976 établissant la création de la Bibliothèque nationale au sein du Ministère de la Culture (Sène, 2010 ; Archives du Sénégal, 2013) et la Loi n°2002-17 du 15 avril 2002 portant sur la création de la Bibliothèque nationale du Sénégal (Lajeunesse, 2008 : 106).

Le droit d’auteur, quant à lui, est instauré aux colonies françaises, et donc au Sénégal, à partir de 1930 (Sène, 2010). Son établissement a pour but de protéger les œuvres littéraires et artistiques, mais aussi les droits de leurs auteurs (Sène, 2010). Cependant, son application dans les colonies reste difficile, car il n’existait pas, à l’époque, d’organismes chargés de défendre les droits des auteurs et des créateurs ni de veiller à l’application des lois du droit d’auteur (Sène, 2010). Il faudra attendre 1943 pour que deux organismes, basés à Alger, ayant ces responsabilités soient créés : le Bureau africain des gens de lettres et auteurs de conférences et le Bureau africain du droit d’auteur (Sène, 2010).

En 1972, la Loi 72-40 du 26 mai 1972 créé le Bureau sénégalais du droit d’auteur (BSDA) qui vient prendre les responsabilités du Bureau africain des gens de lettres et auteurs de conférences et du Bureau africain du droit d’auteur (Sène, 2010).

La Loi 73-52 du 4 décembre 1973 relative à la protection du droit d’auteur vient définir les limites d’application du droit d’auteur (Sène, 2010). Elle sera modifiée en 1986 pour adapter la législation à l’environnement technologique et renforcer les conséquences pénales en cas d’illégalité (Sène, 2010). Toutes ces dispositions resteront en vigueur jusqu’en 2008 lorsque la Loi 2008-09 du 25 janvier 2008 sur les droits d’auteurs et les droits voisins viendra les remplacer (Sène, 2010). Cette loi reprend les bases de la Loi de 1973 pour les adapter à l’évolution technologique et professionnelle survenues dans les années 1980 au sujet de la production, de la conservation, de la diffusion et de l’accès à l’information et au savoir (Sène, 2010). Elle prévoit que les œuvres utilisées à des fins d’enseignement de façon générale sont exemptées du droit d’auteur (Sène, 2010). Ainsi, cette absence de réglementation permet aux usagers des bibliothèques et des centres d’archives d’avoir accès à l’information parfois dans la limite de la légalité : photocopies de masse et, parfois, reproduction intégrale de l’œuvre (Sène, 2010).

7. Information complémentaire/particularités

La Loi 73-52 du 4 décembre 1973 relative à la protection du droit d’auteur inclut dans la liste des œuvres encadrées par le droit d’auteur le folklore et les œuvres inspirées du folklore sénégalais dans le but d’assurer la protection du patrimoine national (Sène, 2010). Aussi, l’utilisation de ces œuvres est conditionnelle à l’accord préalable du BSDA et au paiement d’une redevance versée au BSDA (Sène, 2010).

Les circonstances économiques du Sénégal et la pauvreté du marché du livre africain rendent difficile l’acquisition de livres dans les bibliothèques (Marcil, 1980). Cependant, il existe de nombreuses associations et organismes internationaux qui s’impliquent dans le don de livres pour approvisionner les bibliothèques et les écoles du Sénégal : Lire en Afrique, Biblionef et Bibliothèques Sans Frontières par exemple.

Même si certains problèmes persistent, et ils sont nombreux, le Sénégal se classe parmi les pays de l’Afrique francophone qui concentrent d’importants efforts en matière d’infrastructure culturelle en général et de bibliothèques en particulier. Ancienne capitale de l’Afrique Occidentale Française (AOF), le pays a toujours été à l’avant-garde en termes de développement culturel de l’Afrique noire francophone. L’Université de Dakar devenue Cheik Anta Diop après la décolonisation est la plus ancienne de la région. Le rôle historique du pays dans la mise en place de la Francophonie est révélateur de son positionnement dans le paysage culturel international.

8. Références

Archives du Sénégal. (2013). La bibliothèque. Archives du Sénégal. http://www.senarchives.org.sn/node/21

ASBAD. Enquête sur les bibliothèques publiques au Sénégal. Dakar : Direction du Livre et de la Lecture, 2002.

Biblionef. (2019). https://biblionef.fr/tag/senegal/

Bibliothèques Sans Frontières. (s.d). Sénégal. https://www.bibliosansfrontieres.org/pays/senegal/

Diack, M. (2002). « Les Bibliothèques nationales en Afrique francophone », Convocatoria de ponencias, https://calenda.org/18763

Diarra, M. (2015). « Les bibliothèques universitaires (BU) africaines à l’heure de la réforme LMD », Conférence des Recteurs et des Présidents des Universités Africaines (COREVIP) Kigali, Rwanda, du 2 au 5 Juin 2015. [En ligne] https://www.researchgate.net/publication/309638037_Les_bibliotheques_universitaires_BU_africaines_a_l’heure_de_la_reforme_LMD

Dione, B. (2015) « La formation des bibliothécaires, des archivistes et des documentalistes au Sénégal ».Documentation et bibliothèques, 61 (2‑3), 117‑120. https://doi.org/10.7202/1032818ar.

Diouf, J.-P. (2008) « Les Bibliothèques africaines en mutation : Nouvelles approches de gestion ». Dans B. Dione, R. Savard. (dir.), Le management des technologies et des systèmes automatisés de bibliothèques dans les pays en développement, logiciels libres vs options commerciales, (p.126‑141). De Gruyter, Inc.

Diouf, M. (2001). Histoire du Sénégal. Maisonneuve et Larose.

Fall, A. (2017). « Les bibliothèques numériques pour booster la lecture en milieu scolaire défavorisé : exemple du Sénégal » [En ligne] http://library.ifla.org/1746/1/138-fall-fr.pdf

Lajeunesse, M. (2008). Sénégal: « Bibliothèque des Archives du Sénégal », Les bibliothèques nationales de la Francophonie. Répertoire des bibliothèques nationales des États et des gouvernements membres ou observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie. 3e ed., Bibliothèque et Archives Nationales du Québec.

Maack, M. N. (1981) Libraries in Senegal: continuity and change in an emerging nation. Amercican library Asssociation.

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Ndiaye, M. (2014). « Quelles missions pour les bibliothèques universitaires des pays du sud à l’heure des confluences ? Étude de cas de la bibliothèque centrale de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar », 3e Congrès mondial de l’Association Internationale Francophone des Bibliothécaires et Documentalistes (AIFBD) et Satellite IFLA Limoges 23-26 août 2014.

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Pasquier, K. (2008). Des bibliothèques pour le Sénégal : Mise en place et intégration de bibliothèques en Afrique de l’Ouest. Travail de Bachelor réalisé en vue de l’obtention du Bachelor HES, Haute école de gestion de Genève (HEG-GE), Genève.

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Bibliothèques à l'international : un manuel ouvert. Tome 1 Droit d'auteur © 2025 par Lina Angers; Olivier A.-Savoie; Camille Archambault; Alexis Baribeault St-Germain; Lucile Bernard; Sarah Bissonnette; Patricia Bossé; Cristina Cernopolc; Irina Buian; Élisabeth Chiasson; Mariette Cliche-Galarza; Caroline Corbières; Valérie Corriveau; Audrey-Anne Côté; Antoine Cotnoir; Sophie Courchesne; Diana Maude Couture; Camille Demers; Nellie Demers; Karine Desroches; Patricia Duchesne; Isabelle Fontaine; Caroline Fortin; Audrée Frappier; Charles-Antoine Fugère; Audrey Gan-Ganowicz; Alexandre Gauthier; Rahel Hadzi; Wahida Haouaoussa; Anabel Hébert; Nathan Herbaut; Virginie Houde; Sara Itani; Laurie Jetten-Vigeant; Sandrine Julien; Ariane Labelle; Joanie Lacas; Jordan Lajeunesse; Philippe Lamontagne; Charlie Laviolette; Christelle Magalie Louamba-Louzolo; Marie-Pier Landry; Julie Langlois Côté; Vicky Laporte-Torres; Gemma Lavoie; Jessica Legault; Olivier Lirette Teoli; Carl-Éric Magnan; Clabèle Julie Noutchitou Mbom; Romy Otayek; Marc-André Ouellette; Constance Poitras; Thomas Poulin; Gabriel Reid; Julia Elisa Reyes-Cerritos; Karine Robertson; Pierre-Emmanuel Roy; Mathilde Sainte-Marie; Véronique Savoie; Gregory Sides; Julie Lise Simard; Guyllaume Soucy-Jalbert; Marie-Hélène Tanguay-Bérubé; Rosine Tétreault; Hélène Théoret; Philippe Antoine Tremblay; Alexandre Trépanier; Sammie Wilcox-Gélinas; Ilda Carmélia Lopes; Julia Paquin-Domingues; Julie Morin; Mathieu Bureau Meunier; Mégane Ollivier; Seeun Kim Chung; et Emmanuelle Roy est sous licence License Creative Commons Attribution - Pas d’utilisation commerciale - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International, sauf indication contraire.

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