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38 Ukraine

par Joanie Lacas et Jordan Lajeunesse

Profil du pays

L’Ukraine, située en Europe de l’Est, est le deuxième plus grand pays d’Europe avec une population d’environ 45 millions d’habitants (BBC, 2019). C’est une république démocratique parlementaire (CIA, s. d.) qui est divisée en 24 régions administratives, nommées oblasts, une république autonome, la Crimée, et deux régions métropolitaines, soit Kiev, la capitale, et Sébastopol, la plus grande ville de Crimée (Europa World, s. d.). La langue officielle, et la plus parlée, est l’ukrainien. Environ 30% de la population parle le russe, surtout près de la frontière avec la Russie, à l’est et au sud du pays. Plusieurs citoyens communiquent aussi en surzhyk, un dialecte hybride d’ukrainien et de russe (CIA, s. d. ; Europa World, s. d.).

L’Ukraine devient indépendante en 1918, suite à la révolution russe, mais le pays est reconquis en 1921 par l’URSS (CIA, s. d.). Entre 1932 et 1933, l’URSS produit artificiellement une famine en expropriant les paysans pour prendre en charge l’agriculture, ce qui cause au moins sept millions de morts. Le Parlement européen reconnaît cet événement, l’Holodomor, comme un crime contre l’humanité (BBC, 2019; CIA, (s. d.); Parlement européen, 2008). L’Ukraine est aussi dévastée lors de la Seconde Guerre mondiale, où l’on y compte entre sept et huit millions de morts (CIA, s. d.). L’accident nucléaire de Tchernobyl, en 1986, est encore aujourd’hui le plus important accident survenu dans une installation civile (IRSN, 2016).

En 1991, suite à la dissolution de l’URSS, l’Ukraine devient finalement souveraine (BBC, 2019), mais son indépendance demeure encore aujourd’hui menacée. En 2004, la révolution orange, une série de manifestations pacifiques de masse, dénonce des élections truquées et résulte en l’installation d’un processus de vote sous surveillance par la communauté internationale (Europa World Plus, s. d.). En 2014, la Russie a envahi et illégalement annexé la République autonome de la Crimée, où se trouve Sébastopol. Cette attaque contre la souveraineté d’un autre état par la Russie a été largement décriée par la communauté internationale, mais la péninsule reste à ce jour sous le joug de l’envahisseur (Encyclopaedia Britannica, s. d.).

Histoire des bibliothèques

Les premières bibliothèques de l’Ukraine datent du 11e siècle. La première bibliothèque nationale, la Bibliothèque de Yaroslav le Sage, est établie en 1037 (Yaroshenko, 2015, p.431). Jusqu’au 17e siècle, les bibliothèques sont principalement monacales, avec quelques collections privées tenues par des nobles et des membres du clergé (Shpilevaya, 2005, p.288; Yaroshenko, 2015, p.431). Entre le 17e et 19e siècle, des bibliothèques publiques et universitaires voient le jour dans les grands centres urbains. Les premières bibliothèques publiques remontent au milieu du 19e siècle. En 1918, l’Ukraine inaugure sa bibliothèque nationale, la Bibliothèque nationale de l’État ukrainien. L’établissement a cependant perdu son statut lors de prise de pouvoir de l’URSS en 1921.

L’histoire politique de l’Ukraine, marquée par des phases successives de destruction et de reconstruction, a aussi influencé l’histoire de ses bibliothèques. Sous la domination soviétique, les bibliothèques ukrainiennes, bien qu’existantes, sont dans l’impossibilité d’exercer pleinement, faisant plutôt office de centre idéologique en faveur du communisme (Yaroshenko, 2015, p.435); certains documents de littérature ukrainienne font l’objet de purges et sont encore aujourd’hui manquants (Campbell, 2011). Les conséquences de la Seconde Guerre mondiale ont aussi un impact sur les bibliothèques du pays, en détruisant, totalement ou partiellement, plusieurs milliers d’établissements et plusieurs millions de documents (Shpilevaya, 2005, p.289).

Depuis l’indépendance du pays en 1991, les bibliothèques se reconstruisent lentement. La démocratie, la diffusion du savoir et la liberté d’expression sont devenues des piliers des bibliothèques ukrainiennes. L’arrivée massive d’Internet dans les dernières années, l’implication du pays à l’international ainsi que la passation de plusieurs lois visant la protection des bibliothèques et des professionnels de l’information montrent bien la volonté du pays de faire partie de la modernité (Shpilevaya, 2005, p.289). Cependant, les conséquences de l’époque soviétique se font encore ressentir, notamment par le manque de financement, des méthodes archaïques et des standards issus de l’administration russe (Yaroshenko, 2015, p.434).

Types de bibliothèques

Nationales

L’Ukraine compte neuf bibliothèques nationales, dont la plupart sont spécialisées dans un domaine particulier, comme la littérature jeunesse ou encore la recherche scientifique. Chaque bibliothèque nationale d’Ukraine contribue au dépôt légal du pays. Les bibliothèques nationales spécialisées reçoivent spécifiquement les documents relatifs à leur champ d’expertise. Elles jouent aussi le rôle de centre de coordination; par exemple, la National Library of Ukraine for Children coordonne toutes les bibliothèques pour la jeunesse de l’Ukraine (Yaroshenko, 2015, p.434).

La bibliothèque Vernadsky, fondée en 1918 à Kiev, est passée au statut de bibliothèque nationale en 1996, et est aujourd’hui la principale bibliothèque nationale du pays. Il s’agit de la plus grande bibliothèque d’Ukraine, et fait partie des 20 plus grandes bibliothèques du monde. Sa collection est d’environ 15 millions d’items, dont la majorité sont des livres datant des 18e et 19e siècles (Yaroshenko, 2015, p.433). La collection s’est bâtie principalement sur des dons d’aristocrates, de sociétés d’histoire et de monastères. Ancienne bibliothèque spécialisée dans les sciences, la Vernadsky entretient encore un rapport serré avec les sciences et la recherche, et elle chapeaute plusieurs revues scientifiques et académiques. La bibliothèque est divisée en plusieurs départements, dont ceux des livres rares et anciens, des collections historiques, et des entrées étrangères et nationales (Kyrytchenko, 1996). La Vernadsky est notamment dépositaire d’un fond précieux de 400 000 ouvrages, comprenant des manuscrits, des incunables, des estampes, des partitions et une collection très complète d’écritures slaves (Yaroshenko, 2015, p.433; Kyrytchenko, 1996), en plus de contenir une grande quantité d’archives gouvernementales et historiques, ainsi que les écrits de plusieurs scientifiques et penseurs ukrainiens. Les collections de la Vernadsky ont été par deux fois altérées, d’abord en 1964 par un incendie, puis en 2002 par une importante inondation due à des canalisations endommagées (Shpilevaya, 2005, p.291).

La National Library of Ukraine for Children, fondée en 1967 à Kiev, est la principale bibliothèque consacrée à la jeunesse d’Ukraine. Sa collection approche les 600 000 documents, et elle dessert à la fois les enfants et les professionnels qui travaillent dans le milieu de la jeunesse. La bibliothèque met aussi à disposition des clubs de marionnettes et de théâtre, des salles de lecture, et un département d’art. Une équipe de psychologues est aussi employée par la bibliothèque, et donne aux parents et aux enfants des séances de consultations et des formations, notamment en bibliothérapie (National Library of Ukraine for Children, s.d.).

Parmi les autres bibliothèques nationales, dont la plupart sont spécialisées, on compte la National Parliamentary Library of Ukraine, la M. Gorky Odessa National Scientific Library, la National Scientific Medical Library of Ukraine, la National Scientific Agricultural Library, qui est la troisième bibliothèque agraire dans le monde par sa collection (Yaroshenko, 2015, p.434.), la National Law Library, une division de la bibliothèque Vernadsky, la National History Library of Ukraine, et la Vasyl Stefanyk Lviv National Scientific Library of Ukraine.

Publiques

En 2005, en Ukraine, on compte près de 20 000 bibliothèques publiques, pour une collection totale d’environ 300 millions de documents, 17 millions d’usagers et près de 40 000 employés (Shpilevaya, 2005, p.289). Le réseau des bibliothèques publiques est sous la gouvernance du Ministère des Arts et de la Culture d’Ukraine. Les bibliothèques publiques régionales comptent un grand nombre de documents par citoyen, mais peu de nouvelles acquisitions (Shpilevaya, 2005, p.290). La collection est donc généralement substantielle, mais datée. Au début des années 2000, alors que l’Ukraine veut moderniser son réseau, les bibliothèques publiques profitent de bourses d’achat d’équipement web pour le développement d’un réseau Internet gratuit pour les usagers (Shpilevaya, 2005, p.290).

Universitaires

En 2005, le nombre de bibliothèques universitaires correspond à environ 267 bibliothèques, possédant 106 millions de documents et desservant 1,6 million d’usagers (Shpilevaya, 2005, p.289). Les bibliothèques universitaires se situent sous l’autorité du Ministère de l’Éducation et de la Science de l’Ukraine qui a pour mission d’assurer la réalisation de conditions favorables à l’établissement d’une société informée (Ministère de l’Éducation et de la Science de l’Ukraine, s. d.). Afin de fournir un exemple du type de services offerts par les bibliothèques universitaires, nous nous attarderons à deux des bibliothèques universitaires d’envergure.

La Maksymovych Scientific Library of the National Shevchenko University a été fondée en 1834, à même date que son université d’appartenance. Elle remplit deux fonctions principales. Auprès de la population étudiante, elle agit en tant qu’institution de référence en fournissant l’accès à des monographies scientifiques fiables et de l’aide aux recherches académiques. Auprès du corps professoral, elle donne de l’assistance pratique et garantit l’accès à des professionnels spécialisés (Maksymovych Scientific Library, s. d.). Concrètement, en plus de l’emprunt de documents, la bibliothèque possède une collection de livres rares datant du 15e au 19e siècle, et met à la disposition des étudiants des salles de lecture. De plus, elle organise des conférences, débats et expositions et a une fonction de centre de recherche agissant en réseau avec plus de 150 autres bibliothèques universitaires (Shpilevaya, 2005, p.291).

La Scientific Library of the National University (Kyiv-Mohyla Academy), rouverte en 1992, date originellement du 17e siècle (FAIFE, 1999, p.1) et se démarque aujourd’hui par la modernisation de ses installations et de ses pratiques. Pour assurer un service de qualité à la population étudiante et au corps professoral, elle a innové en utilisant les standards de catalogage internationaux, en développant une base de données numérique avec recherche par vedettes-matières et en adoptant le format MARC. Elle promeut aussi l’échange des données bibliographiques informatisées pour faciliter les échanges entre institutions (Shpilevaya, 2005, p.292).

Scolaires

En 2005, on compte plus de 20 000 bibliothèques dans le milieu scolaire, avec une collection globale atteignant les huit millions d’ouvrages (Shpilevaya, 2005, p.289). En 2016, le président de l’Ukraine annonce une réforme du milieu scolaire pré-universitaire, appelée la Nouvelle école ukrainienne, dans lequel il est prévu de fournir à chaque école une bibliothèque moderne, et qui serait la source principale d’information à la fois pour les enseignants et les élèves. Ces nouvelles bibliothèques devraient fournir un accès gratuit à des ressources électroniques de grande qualité, à des encyclopédies et à des lieux d’expérimentations, comme des laboratoires. La réforme se fait progressivement, et devrait être achevée en 2030 selon les prédictions du gouvernement ukrainien (Ministère de l’Éducation et de la Science de l’Ukraine, 2016).

Spécialisées

L’agriculture étant une activité importante en Ukraine, un type de bibliothèques spécialisées répandu est celui des bibliothèques d’agriculture. En 2005, on compte 273 bibliothèques d’agriculture, incluant les bibliothèques d’école d’agriculture, d’instituts de recherche et de centres d’expérimentation. Un exemple est la Scientific Agricultural Library of the National Agricultural University, qui occupe un rôle d’importance en tant que centre de recherche en agriculture et en bibliothéconomie agraire. En plus de fournir l’accès à une collection et d’agir comme dépositaire national des ouvrages d’agriculture, elle émet des publications sur le domaine, elle offre des services de recherche et de consultation, et des formations spécialisées pour les bibliothécaires dans le domaine agricole (Shpilevaya, 2005, p.292).

D’autres types de bibliothèques spécialisées sont les bibliothèques médicales et scientifiques, comme la State Scientific Medical Library of Ukraine et la State Scientific Technical Library of Ukraine, qui agissent respectivement comme dépositaires nationaux des publications dans le domaine de la médecine et celui des sciences. Une de leurs fonctions les plus importantes est aussi d’entretenir un département de brevets de leur champ d’études respectives.

Enfin, on note aussi la présence de bibliothèques spécialisées s’adressant aux personnes aveugles. La Central Library of the Ukrainian Association of the Blind, entre autres, rend accessibles des documents en braille et des documents audio pour desservir cette population.

Cadre éducatif en science de l’information et bibliothéconomie

Accréditation

L’Ukraine est un des États signataires de l’accord de Bologne, signé par 48 pays européens, qui fonde la zone d’enseignement supérieur européenne. Cette participation par les pays implique leur engagement à fournir une éducation supérieure de niveau comparable, d’établir une division claire entre les niveaux d’éducation et d’instaurer un processus d’assurance de la qualité et de la reconnaissance des diplômes (Loades, 2005 ; European Higher Education Area and Bologna Process, s. d.). En signant l’accord en 2005, l’Ukraine fait de ses établissements, dont ses écoles de bibliothéconomie, des lieux d’enseignement supérieur reconnus par la communauté européenne. En 2008, le Ministère de l’Éducation et de la Science de l’Ukraine a instauré le système de transfert de crédits européen, en vertu duquel les établissements d’enseignement ukrainiens rendent à leurs diplômés un document se portant garant de la transmissibilité de leur diplôme partout en Europe (Time To Get Education (TTGE) : Ukraine, s. d.).

Établissements d’enseignement en sciences de l’information

Par l’article 17, alinéa 2 de sa Loi sur l’éducation, l’Ukraine établit les différents niveaux d’éducation reconnus par le gouvernement (Parlement de l’Ukraine, 2017). L’État attribue aux différents établissements, allant des écoles techniques aux universités, un niveau entre un et quatre, qui correspond au niveau maximal d’enseignement supérieur qui y est fourni (Bukovinian State Medical University, s. d.). L’éducation supérieure en science de l’information est dispensée par des établissements de tous les niveaux mentionnés précédemment (Shpilevaya, 2005, p.290). On compte 19 établissements de niveaux un et deux, au sein desquels les étudiants peuvent obtenir des diplômes de spécialiste junior et des baccalauréats en Library Business. L’accréditation de niveaux trois et quatre est octroyée à cinq établissements d’enseignement supérieur qui offrent tous un niveau d’éducation de maîtrise ou supérieur (Chukanova, 2015, p.201), avec des programmes variés touchant les sciences de l’information et la bibliothéconomie (National Library of Ukraine, s. d.) :

  • Kharkiv State Academy of Culture;
  • Kyiv National University of Culture and Arts, qui possède des branches dans tout le pays, incluant la Crimée;
  • Luhansk State Academy of Culture and Arts;
  • Ivan Franko National University of Lviv;
  • Rivne State University for the Humanities.

Développement professionnel

Le développement professionnel est assuré par la législation ukrainienne et conçu avec la coopération de l’Association des bibliothèques ukrainiennes (siglé UBA en ukrainien) (Chukanova, 2015, p.201). L’UBA établit son Centre de formation principal pour les bibliothécaires (siglé GTZ en ukrainien) à l’Institut de formation postgraduée de la National Academy of Management of Culture and Arts. Le GTZ offre des programmes de formation cherchant à former les bibliothécaires sur les nouveaux défis de la profession, par exemple sur l’avènement du numérique dans le monde des sciences de l’information, et vise le perfectionnement de l’éducation des bibliothécaires (UBA, s. d.). Certains des établissements de niveaux trois et quatre vus précédemment, soit la Kharkiv State Academy of Culture, la Kyiv National University of Culture and Arts et la Rivne State University for the Humanities, offrent aussi des programmes de formation continue en sciences de l’information (National Library of Ukraine, s. d.). Enfin, l’Institute of Library Science, la division de la National Academy of Sciences of Ukraine s’intéressant aux sciences de l’information, est non seulement un centre de recherche d’envergure sur le domaine de la bibliothéconomie, mais elle rend aussi disponible aux professionnels de l’information des documents scientifiques sur les avancées dans le domaine, du matériel de soutien ainsi que des ressources permettant la formation de professionnels spécialisés (National Library of Ukraine, s. d.).

Enjeux de la profession

Il reste cependant beaucoup d’enjeux auxquels les professionnels des sciences de l’information doivent faire face. La période soviétique a influencé la perception des bibliothèques comme étant de hauts lieux de propagande idéologique et de censure. Il est encore aujourd’hui ardu de recruter des étudiants dans le domaine des sciences de l’information, qui est encore perçu comme une profession dogmatique, avec un faible salaire et peu de prestige. Les standards d’admission universitaires restent bas et les compétences peu développées. Le matériel obsolète empêche encore dans plusieurs zones rurales un réel développement professionnel (Yaroshenko, 2015, p.443). En ce sens, l’UBA, en collaboration avec des partenaires internationaux et le gouvernement ukrainien, travaille activement à redorer le blason de la profession.

Association de bibliothèques

La principale association de bibliothèques est l’Association des bibliothèques ukrainiennes (UBA). L’UBA, une association non gouvernementale, est fondée en 1995 par Valentina Pashkova, Vasyl Babych et Valentina Navrotska (UBA, s.d.). Elle représente actuellement près de 70 000 bibliothécaires et professionnels de l’information, et ce, dans plus de 39 000 bibliothèques à travers le pays. Ses membres travaillent dans les milieux publics, universitaires, scolaires et spécialisés. Les activités de l’UBA se concrétisent par la tenue de séminaires, de conférences et de formations pour ses membres, en plus de chapeauter la publication d’une cinquantaine de revues scientifiques et spécialisées. L’UBA travaille en collaboration avec plusieurs instances gouvernementales et privées, ainsi qu’avec des associations européennes de bibliothèques. L’UBA est aussi membre de l’IFLA (International Federation of Library Associations) depuis 1995, avec un renouvellement en 2009 (UBA, s.d.), ce qui lui permet d’avoir un pied dans la scène internationale et d’être au fait des tendances mondiales.

L’UBA a pour mission d’offrir une plateforme active de développement professionnel pour les bibliothécaires, en favorisant la formation. Elle milite pour l’accès à l’information et à la liberté d’expression pour tous les citoyens, en plus de promouvoir le développement des sciences de l’information et la reconnaissance de la profession. Le passé communiste du pays renforce la mission de l’UBA de favoriser, depuis l’indépendance du pays, un environnement démocratique dans les bibliothèques, l’élimination de la censure et le savoir disponible à tous. L’UBA chapeaute notamment en 2005 une conférence de l’IFLA sur « Les bibliothèques dans les sociétés démocratiques » (IFLA, 2005).

L’UBA se fonde sur quatre principes directeurs :

  • Promouvoir la liberté intellectuelle et la démocratie;
  • Placer l’usager au coeur des préoccupations;
  • Promouvoir l’éducation et la connaissance des citoyens;
  • Promouvoir le développement professionnel, par les principes de coopération, de partenariat, d’ouverture, de transparence et de responsabilité.

En réponse directe aux activités de l’UBA, l’Ukraine a pu doter ses bibliothèques régionales de plus d’une centaine de centres Internet. Grâce au projet Bibliomist, participant de la fondation Bill et Melinda Gates et du projet IREX, près de 2000 bibliothèques publiques d’Ukraine ont été connectées à Internet entre 2008 et 2015, modernisant ainsi l’offre de service, et générant des revenus d’emplois de l’ordre du million de dollars (IREX, s.d.). L’UBA a, pour ce projet, géré la formation de près de 2000 professionnels de l’information.

L’UBA a, au fil des ans, développé plusieurs autres projets et initiatives pour répondre à ses missions de diffusion et de démocratisation. Notamment, en 2014, l’UBA chapeaute six webinaires sur l’exercice du droit de vote pour les citoyens ukrainiens de plus de 18 ans. Aussi, depuis 2014, suite à la reprise militaire de la Crimée par la Russie, l’UBA, avec des partenaires gouvernementaux, forme un comité national qui se penche sur la protection des biens culturels, dont les livres, menacés par les conflits armés (Blue Shield International, s.d.).

Cadre législatif

En Ukraine, les bibliothèques se trouvent sous l’égide de la Loi sur les bibliothèques et la bibliothéconomie, adoptée par le Parlement de l’Ukraine. Cette loi détermine le statut et la structure organisationnelle des bibliothèques, garantit un accès libre à l’information se trouvant dans les bibliothèques et prévoit la typologie applicable aux bibliothèques ukrainiennes. L’article quatre de cette loi consacre le soutien de l’État envers les bibliothèques et sa responsabilité de support et de financement. Elle nomme aussi la Bibliothèque nationale Vernadsky comme étant l’institution de premier plan en ce qui a trait aux sciences de l’information et lui garantit, à son article sept, une participation active dans le développement et la mise en place de politiques touchant au domaine des sciences de l’information (Parlement de l’Ukraine, 1995).

Une autre loi qui a une incidence sur le domaine des bibliothèques est la Loi sur l’information. Cette loi protège le droit d’accès à l’information pour les citoyens ukrainiens, et dans un effort d’empêcher la censure et les atteintes à la liberté intellectuelle, elle prévoit à l’article 45 que cette protection s’étend explicitement à la confiscation et à la destruction de documents conservés par des archives ou des bibliothèques. Il y est prévu que toute atteinte à ces documents, pour des raisons idéologiques ou politiques, est une atteinte au droit à l’information (Parlement de l’Ukraine, 1992).

Enfin, deux décrets présidentiels ont aussi eu une influence sur le domaine des sciences de l’information. En 1998, le président instaure par décret la Journée nationale des bibliothèques, qui est célébrée chaque année le 30 septembre. L’objectif de ce geste est d’augmenter le prestige et la reconnaissance des bibliothèques et des gens qui y travaillent. En 2000, le président signe un décret visant à mettre en place des mesures d’urgence pour le développement des bibliothèques de l’Ukraine. Ce document vise à améliorer les infrastructures et les opérations des bibliothèques en Ukraine, mais, malgré la bonne volonté du texte, les besoins des bibliothèques surpassent le financement offert par le gouvernement et le décret n’eut que peu d’impact (Shpilevaya, 2005, p.289).

Information complémentaire/particularités

Les bibliothèques ukrainiennes ont souvent été au cœur de conflits tout au long de l’histoire du pays. En 2014, particulièrement, la National Parliamentary Library of Ukraine se retrouve sur la ligne de front d’un affrontement, connu sous le nom d’Euromaidan, entre les forces du gouvernement et des protestataires civils. La bibliothèque est alors lieu de répit pour les combattants, offrant même des soins médicaux, administrés par la Croix-Rouge. Tandis que d’autres bibliothèques des environs sont ciblées par des engins incendiaires, les efforts des civils et des bibliothécaires ont permis de préserver le bâtiment et les collections de la bibliothèque parlementaire (IFLA, 2014).

De plus, du 7 au 15 juin 2014, peu de temps après l’invasion de la Crimée, a eu lieu l’événement Crimée 2014, une vingt et unième conférence internationale s’intéressant aux sciences de l’information sur le sujet Libraries and information resources in modern world of science, culture, education and business, organisé par la Russian National Public Library for Science and Technology. L’UBA, par un communiqué, s’est vivement opposée à la tenue de l’événement en Crimée, due à l’annexion illégale du territoire par la Russie. L’UBA a plaidé envers la Russian Library Association de modifier le lieu où devait être tenue la conférence, aux participants de boycotter l’événement s’il avait lieu en Crimée et à l’IFLA de ne pas soutenir la conférence et d’y annuler son forum (University of Toronto Academic Librarians, 2014). La Russian Library Association a refusé de modifier l’événement (Russian National Public Library for Science and Technology, 2014).

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