2 Algérie
(Olivier A.-Savoie, Daphnée Roy, Wahida Haouaoussa)
Profil du pays
L’Algérie est située au nord du continent africain, avec une côte de 1200 km sur la mer méditerranée. Ayant une superficie de 2 400 000 km2 et se situant entre l’Afrique et l’Europe, l’Algérie fut à de nombreuses reprises la cible de conquêtes étrangères. À l’Antiquité, dès la fin du IIe millénaire avant J.-C., Phéniciens, Carthaginois, Romains, Vandales et Byzantins se sont succédé à sa gouvernance (Camps, 1984). Le VIIe siècle marquant le début de l’islamisation, plusieurs dynasties locales prirent le contrôle du territoire : Rostémides (767-909), Zirides (972-1148), Hammadides (1014-1152), et Zianides (1235-1556) ont tour à tour gouverné l’Algérie (Wikipédia, s. d.). En 1512, l’Algérie demande l’aide des Turcs afin qu’ils l’aident à se protéger de l’invasion espagnole. Se faisant, elle devient une province ottomane jusqu’à 1830, l’année de la conquête française, qui symbolise le début d’un long épisode colonial de 132 ans. En réponse aux stigmates de la conquête, un mouvement nationaliste est né au début du XXe siècle, menant au déclenchement de la Guerre d’indépendance en 1954. Celle-ci a duré près de huit ans, et se clôtura par la libération du pays en 1962, donnant ainsi naissance à la République algérienne démocratique et populaire (Ageron et al., s. d.).
L’Algérie compte près de 43 millions d’habitants, la classant au 33e rang mondial (The World Factbook, s. d.) en plus de constituer le grand pays d’Afrique et du monde arabe (Wikipédia, s. d.). La population est concentrée principalement au nord du pays, le long du littoral (Ageron et al., s. d.). L’islam est la religion d’état, puisqu’étant pratiquée par près de 99% des citoyens musulmans. (The World Factbook, s. d.). L’arabe, le berbère et le tamazight sont reconnues comme étant les deux langues officielles de l’Algérie, même si le français y est également fréquemment parlé (The World Factbook, s. d.). Le secteur des hydrocarbures constitue quant à lui la base de l’économie algérienne, représentant 30% de son PIB, 60% de ses recettes fiscales et près de 95% des exportations du pays (Camps, 1984).
Histoire
Pendant la colonisation française
En 1830, lorsque la France a colonisé l’Algérie, celle-ci avait une culture nationale patrimoniale de langue arabe. D’après Ahmed Taleb Ibrahimi, ex-ministre de l’information et de la culture, on parle d’une « culture mnémonique, faite de gloses et de commentaires, pauvre en œuvres originales, mais authentiquement nationale » (Didi, 1976, p. 1). Les Algériens ne sont pas sortis indemnes de cette colonisation, lorsque l’on constate, par exemple, que 80% de la population, en 1962, était analphabète (Hartani, 1980). La quantité de livres disponibles, quant à elle, était « en deçà de la demande dans la mesure où il n’intéressait que la population française d’Algérie » (Hartani, 1980, p. 4). Les villes d’Alger, d’Oran, de Constantine, de Sétif et d’Annaba bénéficiaient chacune d’une bibliothèque municipale française (Didi, 1976). En ce qui concerne les bibliothèques scolaires, 35 centres de lecture publique ont été créés dans les écoles, bien qu’on s’assure d’en contrôler le contenu, afin de ne susciter aucune prise de conscience chez les minorités indigènes scolarisées (Didi, 1976). Finalement, on ne comptait qu’une seule bibliothèque universitaire à travers le pays : celle de l’Université d’Alger (Didi, 1976).
Les bibliothèques proprement arabes étaient concentrées dans les mosquées et les Medersa (écoles) qui ont été créées en 1850 à Constantine, Annaba et Tlemcen (Didi, 1976).
Après l’indépendance, en 1962
Un plan d’organisation des bibliothèques algériennes a été établi en septembre 1962. Celui-ci stimula un désir de démocratisation de la culture en Algérie ainsi qu’une vision de la bibliothèque comme étant une continuité et un complément de l’école : « [c]onstruire une école dans un village ou un quartier n’est pas suffisant. Il faut qu’elle soit accompagnée d’une bibliothèque » (Bouayed, 1962, cité dans Didi, 1976).
En 1962, l’Algérie a hérité de la Bibliothèque nationale d’Alger, la plus ancienne institution culturelle d’Algérie (Lebel, 1958). Elle déménagea de nombreuses fois, avant de finalement bénéficier d’un tout nouveau bâtiment en 1994. En 2005 furent créées des annexes de la Bibliothèque nationale d’Alger dans 14 villes, constituant ainsi des bibliothèques de lecture publique (BCLP). Ces annexes générant par la suite leurs propres annexes, créant ainsi des bibliothèques municipales à plus petite échelle au sein des villages algériens (ministère de la Culture et des Arts d’Algérie (MCAA), s. d.). En ce qui concerne les bibliothèques académiques, celles-ci sont rattachées aux différentes universités, centres universitaires, instituts spécialisés et écoles d’éducation supérieure à travers le pays (Université Constantine 2, s. d.). Quant aux bibliothèques scolaires, on en compte près de 10 000, réparties entre les écoles primaires, les écoles d’enseignement moyen, les écoles secondaires et les centres de formation professionnelle (Université Constantine 2, s. d.).
Types de bibliothèques
Bibliothèque nationale
La Bibliothèque nationale d’Algérie est le plus ancien établissement culturel d’Algérie. Elle a été construite en 1835, par décision du ministère de la Guerre. Sa collection initiale, formée des précieux manuscrits recueillis des collections des bibliothèques arabes, constitue le noyau du fond arabe actuel (Lebel, 1958). Installée au départ dans une maison domaniale, elle déménage en 1838 dans une caserne de la ville de Bab Azoun et sera jumelée au musée archéologique, devenant ainsi la Bibliothèque et musée d’Alger (MCAA, s. d.). En 1848, un nouveau déménagement s’impose étant donné l’accroissement de la collection. C’est de nouveau une maison de style mauresque qui l’abritera jusqu’à 1863, année pendant laquelle on la déplace dans l’ancienne résidence du Dey d’Alger Mustapha Pacha. Toutefois, les particularités de ce palais ne convenant pas aux fonctions bibliothéconomiques qu’il se devait d’assurer, les autorités françaises commencèrent à envisager concrètement la construction d’une bibliothèque répondant aux normes des bibliothèques modernes (Lebel, 1958).
Après plusieurs années de tergiversation, la décision de construire un nouveau bâtiment pour accueillir la Bibliothèque nationale est finalement tombée en 1949, bien que sa construction ne fut enclenchée que cinq ans plus tard, en 1954 (Lebel, 1958). Elle est finalement inaugurée le 12 mai 1958. À cette date, sa collection comptait 400 000 volumes associés au fonds français, 12 000 partitions musicales, 1 200 périodiques et 8 500 manuscrits arabes et persans (Boukerzaza & Bouderbane, 2010).
En 1984, dans le cadre de la politique culturelle et urbaine visant à revitaliser certains quartiers, le site d’El-Hamma, face à la mer, au sud d’Alger, a été choisi pour la construction d’un nouveau siège de la Bibliothèque nationale. Son inauguration a eu lieu le 1er novembre 1994, mais ce n’est qu’en 1998 qu’elle ouvrit ses portes au grand public (MCAA, s. d.). Le projet s’étend sur une superficie de 67 000 m2, comprend 13 étages et peut accueillir 2 300 lecteurs.
En somme, la Bibliothèque nationale d’Algérie présente le double aspect d’une bibliothèque africaine, puisqu’elle est à la fois gardienne du patrimoine culturel (fonds arabes) en plus de posséder un nombre considérable de documents de nature encyclopédique et philosophique (fonds français). Elle est par ailleurs le siège de la régie du dépôt légal et de la Bibliothèque centrale de prêt (Lebel, 1958).
Bibliothèques publiques
Le concept des bibliothèques publiques en Algérie est relativement récent. Au tout départ, ce qui agissait comme tel découlait d’un arrêté ministériel datant de décembre 1955, instaurant une Bibliothèque centrale de prêt (BCP) à Alger, dont l’administrateur de la Bibliothèque nationale menait les opérations. Cet arrêté ministériel a fait en sorte que près de 300 centres, d’importance inégale, furent « desservis par deux bibliobus ou par un système de caisses-bibliothèques circulantes, échangées trois fois par an » (Lebel, 1958, s. p.). Le prêt d’ouvrage était gratuit, et était assuré par les responsables respectifs de chaque centre bénéficiant de ce service (Lebel, 1958).
En 1963, le gouvernement algérien annonce l’instauration d’un projet de développement des bibliothèques publiques, le « Projet des mille bibliothèques ». Résulteront de celui-ci de multiples dons d’ouvrages de la part du ministère de l’Information et de la Culture (MIC), et ce, majoritairement au sein de petites municipalités éloignées géographiquement de la Bibliothèque nationale siégeant à Alger (Boumarafi, 1994). La situation a néanmoins rapidement stagné, ce qui poussa le Conseil des ministres, en 1976, à reconnaître l’importance de la réalisation du Projet des mille bibliothèques. Le développement systématique de bibliothèques publiques à l’échelle nationale n’a toutefois connu que très peu d’évolution dans les années qui suivirent (Boumarafi, 1994).
C’est au courant des années 2000 que la société algérienne a décidé d’accorder une attention particulière au domaine bibliothéconomique public, en relançant l’idée d’instaurer des bibliothèques publiques au sein du pays (MCAA, s. d.). Par un nouvel arrêté ministériel unissant la volonté du ministère de la Culture et du ministère des Finances, il fut décidé d’offrir des annexes à la Bibliothèque nationale d’Alger, les répartissant sur l’ensemble du territoire algérien. C’est ainsi qu’en mai 2005 furent instaurées les annexes d’Adra, de Bejaia, de Tlemcen, de Tiaret, de Tizi Ouzou, d’Annaba et de Constantine, suivies par celles de Biskra, de Bechar, de Tebessa, de Djelfa, de Mascara, d’Ain Temouchent et de Relizane, instituées pour leur part en août 2006, totalisant ainsi quatorze annexes, toutes reliées à la succursale mère d’Alger (MCAA, s. d.).
Ces annexes, agissant désormais en tant que bibliothèques publiques, ou bibliothèques de lecture publiques, suivent donc les principes énoncés en 1994 par l’UNESCO : leurs objectifs sont de ce fait d’ordres éducatif et pédagogique, culturel et informationnel (MCAA, s. d.). Visant l’accès universel et démocratique à l’information pour toutes les classes sociales, les bibliothèques publiques ont également la visée d’accroître l’identité et le patriotisme de la société algérienne. Ses missions se déclinent donc de quatre façons, la première étant qu’elles constituent les « maillons intermédiaires » transférant le patrimoine culturel algérien d’une génération à l’autre, s’assurant à ce qu’il ne tombe pas dans l’oubli (MCAA, s. d.). Par leurs collections documentaires, elles promeuvent également l’esprit culturel de leurs usagers, en plus de permettre aux bibliothécaires d’aborder des enjeux sociaux et d’en proposer des résolutions par le biais de discussions, de séminaires, d’ateliers ou de conférences éducatives. Finalement et principalement, elles se veulent un espace accueillant apte à répondre aux besoins d’une clientèle diversifiée (MCAA, s. d.).
Les bibliothèques municipales seront ensuite créées, elles-mêmes sorte d’extension aux annexes de la Bibliothèque nationale (Ghlamallah, Hocine-Bey & Tobbichi, 1975-1976). Ouvertes à tous, celles-ci se spécialisent dans le service de prêts, le classement et le catalogage, ainsi que dans la mise sur pied d’activités culturelles permettant à la population de se rassembler, favorisant ainsi la culture, l’éducation et les échanges entre usagers. Les opérations scientifiques et techniques sont pour leur part laissées à la charge de la bibliothèque de lecture publique à laquelle elles répondent directement (Ghlamallah, Hocine-Bey & Tobbichi, 1975-1976).
Bibliothèques universitaires
L’Université d’Alger, première université du pays, est officiellement fondée en 1909 à la suite de l’adoption d’une loi sur l’éducation supérieure réunissant quatre écoles spécialisées distinctes (médecine et pharmacie, droit, lettres et sciences) (Université d’Alger, 2020). Jusqu’à la fin des années 1950, cette université est demeurée le seul établissement d’éducation supérieure d’Algérie. Sa bibliothèque universitaire, également inaugurée en 1909, a initialement été formée à partir des fonds de ces quatre écoles spécialisées (Abdelkader, 1986).
C’est à partir des années 1960 que le réseau universitaire se développe en Algérie. En effet, une refonte du système d’éducation à la suite de la déclaration d’indépendance entraîne notamment la fondation d’universités à Oran en 1965 et à Constantine en 1968. Ces deux institutions inaugureront leur bibliothèque respectivement en 1968 (Université d’Oran, s.d.) et en 1970 (Abdelkader, 1986). Aux bibliothèques centrales des universités se greffent également de nombreuses bibliothèques spécialisées et centres de documentation reliés à des départements ou à des instituts (Abdelkader, 1986). Aujourd’hui, le réseau d’enseignement supérieur algérien est formé de 106 institutions (universités, centres universitaires et écoles supérieures) (ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, s. d.). Au fil des ans, les ressources humaines et financières limitées ont cependant rendu la création et le développement de bibliothèques universitaires difficiles. En 1994, le pays comptait sept bibliothèques universitaires et 22 bibliothèques reliées à des centres universitaires (Boumarafi, 1994). Une étude menée entre 2012 et 2013 sur le développement numérique des bibliothèques universitaires algériennes (Benoumelghar, 2016) s’est intéressée aux cas de 57 établissements documentaires différents, ce qui confirme toutefois le fort développement du réseau dans les dernières décennies.
La modernisation des bibliothèques universitaires d’Algérie est notamment passée par l’informatisation des catalogues ainsi que par la mise sur pied d’un réseau permettant la consultation interuniversitaire des collections ainsi que le prêt entre bibliothèques. Même si ce processus d’informatisation s’est entamé dans certains cas dans les années 1990, on relevait toujours en 2014 un certain retard dans la présence des bibliothèques universitaires algériennes sur Internet par rapport à celles des pays développés (Benoumelghar, 2016). Plusieurs plateformes développées dans les dix dernières années ont cependant permis de faire progresser la disponibilité des catalogues sur Internet. Mentionnons notamment le catalogue RIBU (Réseau Inter Bibliothèques Universitaires) qui a colligé les catalogues de 10 bibliothèques universitaires algériennes (Benoumelghar, 2014). Ce catalogue a graduellement été intégré au Catalogue collectif national (CcDz), créé en 2012 par le Centre de recherche sur l’information scientifique et technique (CERIST), qui vise à rassembler les bases de données des différentes bibliothèques d’Algérie afin de fournir aux usagers une plateforme unique de recherche documentaire (Benoumelghar, 2016). Ce catalogue regroupe aujourd’hui plus de 900 000 notices provenant de 109 établissements, dont 81 bibliothèques universitaires (Catalogue Collectif d’Algérie, s. d.).
Bibliothèques scolaires
Après l’indépendance, l’Algérie développa de manière importante son système scolaire et connut ainsi une forte hausse de son taux de scolarisation. En effet, en 1980, plus de 4 millions d’enfants algériens avaient accès à l’école contre un peu plus de 800 000 vingt ans plus tôt (Abdelkader, 1986). Peu de travaux témoignent cependant de la croissance des bibliothèques scolaires dans ce contexte de croissance de l’accès à l’éducation. À travers les décennies, les quelques auteurs qui se sont intéressés à la question ont généralement fait le même constat : celui du sous-financement et du sous-développement des bibliothèques en milieu scolaire. En 1986, on dénonce un désintérêt des directions d’écoles et une « politique d’acquisition qui ne tient pas compte des besoins de la population d’écoliers, de collégiens ou de lycéens » (Abdelkader, 1986, p. 79). On souligne également que ces problèmes sont particulièrement criants dans les écoles primaires alors que les bibliothèques devraient être au centre de l’initiation à la lecture des jeunes élèves (Abdelkader, 1986). En 1994, on affirme toujours que les bibliothèques scolaires sont « les plus délaissées » et on plaide pour un État plus interventionniste en la matière (Boumarafi, 1994). De son côté, Semra Halima dresse la même année un portrait semblable et affirme que le sous-financement des bibliothèques scolaires ainsi que le manque de reconnaissance pour la profession de bibliothécaire scolaire rendent difficile le développement de ce réseau dans le pays (Halima, 2002). En faisant référence à une journée d’étude tenue à Constantine en 1993, l’auteure mentionne une série de 20 recommandations visant à améliorer l’état des bibliothèques scolaires dans le pays. On réclame notamment la création d’une bibliothèque dans chaque école du pays ainsi que la présence d’une structure spécialement dédiée aux bibliothèques scolaires au ministère de l’Éducation nationale (Halima, 2002). Dans une réédition de son article en 2002, Semra Halima mentionne que « [l]a situation ne semble pas avoir beaucoup progressé […] » (Halima, 2002, p. 1). En 2006, cet objectif de voir une bibliothèque dans chaque école du pays n’est toujours pas atteint; on compte à travers le pays 9 814 bibliothèques scolaires disséminées à travers les 23 000 établissements scolaires du pays (Journal Liberté, 2006). En 2015, le ministre de la culture algérien annonçait un programme visant à fournir aux étudiants du primaire un abonnement gratuit aux bibliothèques publiques afin de promouvoir la lecture chez les jeunes Algériens (Algérie360, 2015). Ce projet semble confirmer que le développement des bibliothèques au sein même des écoles n’est toujours pas satisfaisant.
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
Les programmes de formation en bibliothéconomie ont commencé à se développer dans les années 1960 en Algérie. En effet, le départ du colonisateur en 1962 entraîne un grand besoin de personnel qualifié dans les bibliothèques du pays (Abdelkader, 1986). Le fort développement du système d’éducation algérien à la suite de l’indépendance accentua également la nécessité de former un personnel qualifié pouvant répondre aux besoins des lecteurs du pays. Une première formation de huit mois fut offerte dès 1963 par la Bibliothèque Nationale d’Algérie (Boumarafi et Haythornthwaite, 1988). Celle-ci visait à consolider les connaissances d’individus travaillant déjà en bibliothèque, mais ne possédant pas de diplôme en bibliothéconomie. En 1964, ce programme fut récupéré par le ministère de la culture algérien (Temmar, 2008) afin de former des assistants-bibliothécaires à travers un programme technique menant à l’obtention du Diplôme des Techniques des Bibliothèques et Archives (DTBA) (Boumarafi et Haythornthwaite, 1988). Une deuxième formation technique plus poussée, le Diplôme de technicien supérieur des Bibliothèques (DTSB) est créée en 1983 et est offerte notamment aux universités d’Alger, d’Oran et de Constantine (Boumarafi & Haythornthwaite, 1988). Ce programme de deux ans est remplacé par le Diplôme des Études universitaires Appliquées (DEUA) à la fin des années 1980 (Temmar, 2008). Au niveau des études supérieures, l’Institut de Bibliothéconomie de l’Université d’Alger propose une première licence de 4 ans dès 1975 (Boumarafi & Haythornthwaite, 1988). En 1982, la fondation d’un institut de bibliothéconomie à l’Université de Constantine (Boumarafi, 1994) amène la création du Diplôme supérieur du bibliothécaire (DSB), premier programme de cycles supérieurs offert au pays afin de combler un grand besoin de gestionnaires dans les bibliothèques algériennes (Boumarafi & Haythornthwaite, 1988). D’autres programmes de cycles supérieurs, davantage axés sur la recherche, sont graduellement créés par la suite, notamment le programme de maîtrise (magister) en 1984 (Boumarafi & Haythornthwaite, 1988) ainsi que le programme de doctorat, tous deux offerts à l’Université d’Alger. Au fil des ans, la forte demande pour des bibliothécaires et les limites du système d’éducation national ont poussé l’Algérie à octroyer des bourses d’études afin que des candidats puissent poursuivre des études supérieures à l’étranger, notamment en France et en Angleterre (Boumarafi, 1994). Au tournant des années 2000, l’Algérie a également revu la structure de ses formations universitaires afin d’actualiser celles-ci selon les normes internationales. Le pays a donc adopté un système d’enseignement en trois cycles (licence, maîtrise et doctorat) (Temmar, 2008). La formation en bibliothéconomie est aujourd’hui offerte dans au moins 9 universités à travers le pays (Benoumelghar, s.d.) et est structurée selon ce système dans les départements les plus récemment créés, notamment à l’Université d’Annaba (Université d’Annaba, s. d.).
Association de bibliothèques
Dans le but de promouvoir le domaine des bibliothèques, des archives et de la documentation en Algérie, l’Association des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes Algériens (ABADA) fut mise sur pied en février 1990. Cependant, en raison de l’absence d’une législation prenant sous sa tutelle ses bureaux régionaux d’Alger, d’Oran et de Constantine, l’ABADA dut fermer ses portes (Benchaira, 2006).
La décennie 1990 connut également un essor associatif au niveau régional : certains instituts bibliothéconomiques algériens y ont fondé leurs propres associations. C’est le cas de l’Association des Bibliothécaires et des Archivistes de Sétif (ABAS), également instaurée en 1990 et ayant été particulièrement active avant de devoir mettre fin à ses activités (Benchaira, 2006). L’Association des Spécialistes en Information, Bibliothéconomie et Archives de Constantine (ASIBAC), fondée en 1993, s’est pour sa part éteinte vers 1997 pour des raisons monétaires rendant sa survie difficile (Benchaira, 2006).
En 2006 fut mise sur pied l’Association nationale des Bibliothécaires (ANB), deuxième initiative associative nationale après l’ABADA, qui n’obtint pas l’agrément du ministère de l’Intérieur. (Benchaira, 2006). L’ANB n’est donc plus en activité aujourd’hui.
Ce ne fut que très tardivement qu’une association nationale fut définitivement implantée en Algérie : 2014 a en effet vu naître l’Association algérienne des Bibliothèques et de l’Information (AABI) (Wikipédia, s. d.).
Le milieu bibliothéconomique algérien s’inscrit également au sein d’institutions internationales, telles que l’UNESCO (MCAA, s. d.), l’IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions), la Banque internationale d’information sur les états francophones – la BIEF, fondée en 1986 – et l’International Concil on Archives (ICA), comprenant une formation arabe, l’Arab Regional Branch (ARBICA) (Lajeunesse et Sène, 2004).
Cadre législatif
Le ministère de la Culture a mis en place en juin 1993 le décret exécutif nº 93/149, faisant de la Bibliothèque nationale d’Algérie une institution nationale à caractère public. Ce décret fut modifié à deux occasions, soit en décembre 1993, où il devint le décret nº 93/344, avant de devenir le décret nº 94/292 en date du 25 septembre 1994 (Bibliothèques et Archives nationales, 2008).
En ce qui a trait aux bibliothèques publiques, le décret exécutif no 08-235, institué en juillet 2008, a supplanté le décret nº 94/292 (1994), en lien avec la Bibliothèque nationale. De ce fait, les annexes de la Bibliothèque nationale d’Algérie ont pris « la dénomination de bibliothèque de lecture publique et ont été créé[e]s juridiquement à ce titre par le décret exécutif no 08-236 » (MCAA, s. d.). Devant la création de bibliothèques publiques à l’échelle nationale, un nouveau décret exécutif, le no 12-234, vit le jour en 2012, fixant pour de bon le statut des bibliothèques de lecture publique (MCAA, s. d.).
Pour ce qui est du statut de bibliothécaire, les seuls référentiels de compétences en lien avec la profession sont souvent puisés à même des textes de lois n’étant pas orientés spécifiquement vers le milieu bibliothéconomique, et le cas de l’Algérie ne fait pas exception (Temmar, 2008). Le milieu des bibliothèques algérienne se trouve donc « sous le contrôle de plusieurs autorités de tutelle sans la moindre coordination entre elles » (Gdoura, 2008). En date de 2008, il n’existe aucune politique documentaire dans les pays d’Afrique du Nord, ainsi qu’à l’échelle du monde interarabe (Gdoura, 2008).
Information complémentaire
Le 7 juin 1962, quelques semaines avant la tenue du référendum qui conduira à l’indépendance du pays, la bibliothèque universitaire d’Alger est victime d’un attentat à la bombe mené par l’OAS (Organisation Armée Secrète), un groupe terroriste défendant la présence coloniale française en Algérie. À cette occasion, la bibliothèque est presque entièrement consumée et plusieurs centaines de milliers de documents sont perdus (Abdelkader, 1986). Le fait de cibler une telle institution laisse fortement transparaître le désir de l’OAS de couper l’accès au savoir pour le peuple algérien alors aux portes de l’indépendance et confirme le rôle de la bibliothèque en tant que symbole d’émancipation. À la suite de l’incendie, un comité international est formé afin d’amasser les fonds nécessaires à la reconstruction de la bibliothèque et de ses collections (Abd-Allah, s. a.). Le travail de reconstruction prendra six ans ; la bibliothèque redeviendra accessible en avril 1968 (Abd-Allah, s. a.).
Bibliographie
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