7 Belgique
(Nellie Demers, Sammie Wilcox-Gélinas, Alexandre Trépanier)
Profil du pays
Pays d’Europe occidentale, la Belgique est bordée au nord par les Pays-Bas et la mer du Nord, au sud-ouest par la France, et à l’est par l’Allemagne et le Luxembourg. Membre de l’Union européenne (étant d’ailleurs un de ses six pays fondateurs) et de l’Organisation du traité de l’Atlantique du Nord (OTAN), la Belgique se définit politiquement comme une monarchie constitutionnelle fédérale à régime parlementaire (Vandermotten, s. d.). Avec une population d’un peu plus de 11 millions d’habitants sur 30 000 km2, la Belgique est un pays densément peuplé et urbanisé, qui se divise en trois grandes communautés linguistiques : la Communauté française (francophone), la Communauté flamande (néerlandophone), de même que la Communauté germanophone, la dernière représentant environ 2 % de la population (Ministère de l’Europe et des affaires étrangères, 2020). À la suite de la révolution de 1830 qui permet à la Belgique de se séparer des Pays-Bas, le pays devient un État unitaire et centralisé (Service Public Fédéral Belge, s. d.). Des divisions linguistiques et communautaires mèneront cependant à une révision constitutionnelle du pays en décembre 1970 (D’Hoore et Lemmers, 2013, p. 267). La Belgique devient alors un État fédéré composé des trois communautés et de trois régions (les régions wallonne, flamande et bruxelloise), constituant en tout six entités fédérées se chevauchant géographiquement (Ministère de l’Europe et des affaires étrangères, 2020). À partir de ce moment, chaque communauté possède son parlement ainsi que son gouvernement, où il devient responsable des dossiers en matière de culture, d’éducation, de recherche scientifique, d’enfance, de santé et des sports (D’Hoore et Lemmers, 2013, p. 267). Ces clivages communautaires ont une incidence à la fois politique, économique et culturelle sur la Belgique d’aujourd’hui et posent même, selon certains, des questions fondamentales en ce qui a trait au devenir de l’État (Vandermotten, s. d.).
Histoire
L’histoire des institutions culturelles belges doit impérativement tenir compte des trois « piliers » de la société belge que sont le catholicisme, le libéralisme et le socialisme (Liesen, 2014, p. 318). Émergeant successivement au XIXe siècle, ces trois « ensembles culturels distincts » sont à la base de réseaux qui « couvrent pratiquement tous les aspects de la vie sociale et culturelle » en Belgique (Liesen, 2014, p. 318). À l’influence de ces trois piliers s’ajoute un clivage linguistique entre francophones et flamands.
L’évolution des bibliothèques belges a fortement été influencée par ces trois piliers et par le paysage sociopolitique particulier du pays. Avant l’instauration d’un régime public, les bibliothèques, dites populaires, étaient des initiatives privées comportant une forte dimension idéologique. L’influence de ces idéologies était la norme pour les institutions privées qui relevaient de la culture ou de l’éducation (Liesen, 2014, p. 338). Par ailleurs, les bibliothèques étaient alors perçues comme des établissements éducatifs, le complément naturel aux écoles. On considérait que les instituteurs étaient les plus qualifiés pour occuper les fonctions de bibliothécaires et les bibliothèques occupaient très souvent des locaux d’écoles communales (Liesen, 2014 , p. 339-340).
L’implication de l’État en ce qui concerne les bibliothèques demeura limitée jusqu’à la Première Guerre mondiale. Vers 1880, l’État commence à contribuer aux collections des bibliothèques communales par l’intermédiaire de dons d’ouvrages (Liesen, 2014, p. 338). En 1898, ces dons étatiques furent régularisés. Pour en bénéficier, les bibliothèques devaient être gratuites et ouvertes à tous et répondre à d’autres critères, notamment sur le partage de leur catalogue (Liesen, 2014, p. 339).
Le début du XXe siècle est marqué par le développement d’une « véritable réflexion sur le plan bibliothéconomique, réflexion qui sera une étape déterminante dans l’évolution vers un nouveau modèle inspiré par les bibliothèques publiques anglo-saxonnes » (Liesen, 2014, p. 342). Des figures internationales de la bibliothéconomie émergent alors en Belgique : Paul Otlet et Henri La Fontaine. Ils publient, en 1908, « un rapport qui est un véritable manifeste de la bibliothèque publique moderne » (Liesen, 2014, p. 343). Ce rapport est précurseur d’une vision bibliothéconomique très moderne dans laquelle « la conservation des livres n’est plus envisagée comme une fin en soi » et pour laquelle « le lecteur crée l’utilité du livre » (La Fontaine et Otlet, 1908, p. 179). Afin de concrétiser sa vision de la bibliothèque, Otlet souhaite que le nouvellement créé Ministère des Sciences et des Arts développe un réseau de bibliothèques publiques (Liesen, 2014, p. 343).
Le 17 octobre 1921, une loi proposée par Jules Destrée, ministre des Sciences et des Arts, est adoptée. Cette loi permet la création de trois types de bibliothèques publiques. Les bibliothèques communales étaient des initiatives publiques qui relevaient de l’autorité des communes, tandis que les bibliothèques adoptées étaient des initiatives privées régies par des conventions négociées avec les communes et qui jouissaient de subventions communales. Enfin, les bibliothèques libres étaient des initiatives privées qui recevaient des subventions de l’État à condition, entre autres, d’être ouvertes à tous, gratuites et « gérées par un bibliothécaire porteur d’un titre prouvant ses aptitudes » (Liesen, 2014, p. 349). Cette dernière condition s’inscrit d’ailleurs dans un mouvement de professionnalisation des bibliothécaires qui s’est amorcé à l’aube de la Grande Guerre.
Cette loi marque une volonté de concevoir un véritable service public marqué par la neutralité et se dégageant de l’influence des trois piliers, mais les trop grandes libertés qu’elle accorde aux communes font en sorte que les bibliothèques publiques conservent majoritairement leur affiliation idéologique malgré les ambitions de neutralité portées par Destrée (Liesen, 2014, p. 349-352).
La loi Destrée a d’abord fait croître le nombre de bibliothèques en Belgique jusqu’à la crise économique des années 1930. Après cette crise et la Seconde Guerre mondiale, la volonté de réformer la loi se répand. On souhaite alors instaurer un véritable réseau public, puisque de nombreuses petites communes n’ont toujours pas de bibliothèque et que la pilarisation est toujours une réalité. Les échanges internationaux qui succèdent au conflit contribuent aussi au désir de concrétiser l’objectif de neutralité imaginé au moment de la conception de la loi. Cependant, la situation politique particulière de la Belgique ne permettait pas les réformes souhaitées alors que les interventions de l’État étaient mal perçues (Liesen, 2014, p. 353-355). C’est la réforme constitutionnelle de 1971 qui permettra la réorganisation des réseaux de bibliothèques publics, la culture étant désormais une compétence des Communautés belges (Liesen, 2014, p. 356).
En 1978, « deux décrets sont votés respectivement par le Conseil culturel de la Communauté culturelle française, le 21 février[…], et par le […] Conseil culturel de la Communauté culturelle néerlandaise[…], le 6 juillet » (Liesen, 2014, p. 356). Du côté français, on instaure un réseau unique et pluraliste et on accorde à l’exécutif le pouvoir d’obliger les pouvoirs locaux à créer et organiser une bibliothèque publique (Service de la Lecture publique, s. d.). Au cours des décennies suivantes, des décrets viendront progressivement modifier les conditions de reconnaissance pour les bibliothèques publiques. Du côté flamand, ce sont toutes les communes qui doivent se doter d’une bibliothèque publique. Dans les deux cas, les décrets ont favorisé le développement des bibliothèques publiques et la neutralité de ces institutions, mais la prospérité économique flamande a fait en sorte que ses bibliothèques publiques ont pu jouir d’un plus grand soutien financier (Liesen, 2014, p. 357).
Particularité du pays
La structure politique de la Belgique a un impact sur les types de bibliothèques offertes dans le pays. À l’exception de KBR, la bibliothèque scientifique nationale qui relève de l’État fédéral, chaque communauté de la Belgique est responsable de la gestion de ses bibliothèques publiques, universitaires, scolaires et spéciales dans le but de desservir sa population linguistique (D’Hoore et Lemmers, 2013, p. 267). Dans le cadre de ce travail, nous avons décidé de concentrer nos efforts sur les bibliothèques qui servent la Communauté française, mieux connue aujourd’hui sous le nom de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Cette décision a été prise à cause des enjeux linguistiques entourant la Communauté flamande et germanophone puisque les informations concernant les bibliothèques de ces deux communautés sont peu traduites en anglais.
Types de bibliothèques
Bibliothèque nationale
La Bibliothèque royale de Belgique est fondée le 19 juin 1837, mais les assises de sa collection remontent au XVe siècle. À cette époque, les ducs de Bourgogne constituent une collection de manuscrits enluminés qui a été léguée aux différents héritiers de la succession. En 1559, Philippe II installe la Librairie des ducs de Bourgogne au Palais de Coudenberg en ajoutant tous les autres ouvrages qu’il possède pour fonder la Bibliothèque royale. Au fil des siècles, la collection est sauvée d’un incendie, pillée et restituée lors de conflits, déménagée dans différents bâtiments, bonifiée par de nouvelles collections, etc. (KBR, s. d.-c ). Depuis sa fondation en 1837 à Bruxelles, la Bibliothèque royale de Belgique a eu plusieurs appellations : en 1954, elle devient la Bibliothèque royale Albert 1er, puis en 2019, elle adopte le nom de KBR (KBR , s. d-d).
Gérée par l’État fédéral, KBR fait partie des 10 Établissements scientifiques fédéraux (ESF) qui comprennent notamment les Musées royaux d’Art et d’histoire, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique ainsi que les Archives générales du Royaume et Archives de l’État dans les provinces (Observatoire des publics des établissements scientifiques fédéraux, s. d.). Cette particularité fait en sorte que KBR est doté d’une double mission soit d’être à la fois une bibliothèque scientifique et nationale.
Afin de respecter sa vocation scientifique, les collections de KBR sont accessibles aux chercheurs. Au cours de l’année 2018-2019, l’institution a ouvert les portes de ses collections à 230 collaborateurs et 33 scientifiques dont le fruit de leur travail a mené à la création de 12 projets de recherches, la présentation de 105 conférences offertes dans 4 universités et la publication de 146 ouvrages (KBR , 2020). Les collections de KBR comprennent plusieurs sections notamment la Réserve précieuse, les cartes et les plans, la musique, les estampes, les manuscrits, les monnaies et des médailles (KBR, s. d.-a). Étant donné que les rayonnages de KBR ne suffisent plus à satisfaire les besoins d’entreposage, l’institution déménage progressivement ses collections les moins consultées vers la réserve externe située à Péronnes-lez-Binche (KBR, 2020).
À titre de bibliothèque nationale, KBR est responsable du dépôt légal. En vertu de la loi promulguée le 8 avril 1965, l’institution doit acquérir les publications parues en Belgique, celles des auteurs belges parues à l’étranger ainsi que les publications étrangères consacrées à la Belgique. KBR propose aux éditeurs de déposer leurs publications en format numérique sur une base volontaire, mais des modifications sur la loi sur le dépôt légal rendront obligatoire le dépôt des publications numériques dès son application (KBR, s. d.-b).
Pareillement à de nombreuses bibliothèques à portée internationale, KBR poursuit ses efforts pour numériser ses collections et les rendre disponibles dans Belgica, le catalogue en ligne qui contenait 3.7 millions de documents numérisés en 2019. In situ, KBR offre de nombreux services à ses usagers qui peuvent fréquenter la salle de lecture, mais aussi profiter d’une offre culturelle variée comprenant des ateliers, des concerts et des expositions disponibles depuis l’inauguration en 2019 du musée KBR (KBR , 2020).
Bibliothèques publiques
Fondées le 17 octobre 1921 sous la loi Destrée, les bibliothèques publiques sont scindées dans les années 1970 dans le but de servir les trois communautés linguistiques de la Belgique. Le décret du 28 février 1978 fixe les assises législatives des bibliothèques publiques des citoyens francophones (D’Hoore et Lemmers, 2013, p.267-268). Subventionnées par le gouvernement de la FWB, les bibliothèques publiques relèvent du Service de la Lecture publique (SLP) dont la mission est de valider les demandes de reconnaissances pour obtenir le statut de bibliothèque publique. Le SLP accompagne toutes les bibliothèques publiques reconnues en offrant de la formation, en octroyant des subventions, en créant des outils bibliothéconomiques, etc. (Service de la Lecture publique, s. d.). Le réseau des bibliothèques publiques reconnues est divisé en trois niveaux, soit 6 bibliothèques centrales, 18 bibliothèques principales et 150 bibliothèques locales qui comprennent 500 implantations (D’Hoore et Lemmers, 2013, p. 269). Le réseau bénéficie également des services de la Réserve centrale qui accueille les ouvrages retirés de la collection soit pour assurer leur conservation ou leur donner une seconde vie (Bibliothèque publique centrale du Brabant wallon, s. d-b).
Les bibliothèques publiques permettent à leurs usagers d’emprunter des documents issus de leur collection : des livres papier, des livres numériques, des jeux, des DVD, etc. Elles offrent également des postes informatiques, des formations sur les outils numériques et des animations variées. Les bibliothèques publiques de la FWB développent des services partagés tels que Samarcande, le portail des catalogues collectifs des bibliothèques qui a stimulé le prêt entre bibliothèques (Service de la Lecture publique, 2017, p. 46).
Académiques
Selon le cadastre des établissements d’enseignement supérieur, la FWB reconnaît l’existence de 6 universités, 19 hautes écoles, 16 écoles supérieures des arts et 86 établissements d’enseignement de promotion sociale (Portail de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles, s. d.).
Qu’il s’agisse de l’Université de Liège, l’Université catholique de Louvain, l’Université libre de Bruxelles, l’Université de Mons, l’Université de Namur ou l’Université Saint-Louis située à Bruxelles, chacun de ces établissements possède des bibliothèques facultaires ainsi que des bibliothèques sectorielles. Toutefois, il existe de nombreuses disparités au sein des bibliothèques universitaires, entre autres parce qu’elles possèdent des ressources humaines et financières différentes. De plus, les collections originelles, l’histoire de l’institution et les réalités pratico-pratiques ont une influence sur le développement de chacune d’entre elles. Malgré leurs différences, les bibliothèques universitaires francophones de la Belgique partagent une vision commune, soit d’appuyer les enseignements et la recherche universitaire en plus de gérer et de conserver le patrimoine documentaire (D’Hoore et Lemmers, 2013, p. 271-272).
Depuis l’arrivée du numérique, les bibliothèques universitaires de la FWB affrontent les mêmes enjeux que leurs consœurs à l’international concernant l’explosion des coûts pour accéder aux publications savantes. Afin de pallier ce problème, les six universités ont créé la Bibliothèque Interuniversitaire de la Communauté française de Belgique (BICfB), une association sans but lucratif. À titre de consortium pour les bibliothèques universitaires francophones belges, la BICfB fait des achats communs de ressources électroniques, stimule les projets collaboratifs entre les bibliothèques universitaires et diffuse la production scientifique émanant des établissements universitaires francophones de la Belgique (Bibliothèque Interuniversitaire de la Communauté française de Belgique, s. d.). Toujours dans le but d’accroître l’accès aux publications scientifiques, la BICfB collabore avec la Commission des bibliothèques et services académiques collectifs (CBS) pour établir une politique de libre accès qui oblige les chercheurs qui reçoivent des fonds publics de la FWB à déposer leurs articles scientifiques dans une archive numérique institutionnelle (Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur, 2020, p.36).
Scolaires
Dans le réseau de la FWB, le rôle des bibliothèques scolaires dans les écoles d’enseignement fondamental (maternel et primaire) ou secondaire est peu documenté. La faible présence de bibliothécaires scolaires dans les bibliothèques des écoles secondaires a été soulignée par Aurélie Maroquin qui a réalisé un stage en 2014 à la bibliothèque de l’Institut Saint-Boniface-Parnasse. Dans son article, Maroquin rappelle que selon la circulaire 2808, les écoles secondaires belges doivent uniquement être dotées d’une bibliothèque et d’un secrétaire-bibliothécaire lorsque leur capacité dépasse 840 élèves (Maroquin, 2014, p. 16).
Selon nos recherches, les écoles et les bibliothèques publiques collaborent pour offrir des services aux élèves. Par exemple, dans le réseau du Brabant-Wallon, les bibliothèques publiques locales accueillent les écoles pour permettre aux élèves de découvrir leur bibliothèque de proximité, développer leurs compétences en matière de recherche documentaire, participer à une activité, etc. (Bibliothèque publique centrale du Brabant wallon, s. d.-a). Cette collaboration entre les écoles et les bibliothèques publiques est également mentionnée dans le projet pédagogique de la Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE) où on y mentionne que les élèves doivent connaître et exploiter les ressources éducatives à leur disposition, notamment celles des bibliothèques publiques (Wallonie-Bruxelles Enseignement, s. d.). Dans les régions éloignées, les bibliothèques itinérantes publiques, aussi appelées bibliobus, font des arrêts près des écoles pour permettre aux élèves de faire des emprunts (Service de la Lecture publique, 2017, p. 32).
Spéciales
Au sein de la FWB, il existe 3 bibliothèques publiques spéciales destinées aux personnes aveugles et malvoyantes. Que ce soit La Ligue Braille, l’Eqla et La Lumière, chacune de ces institutions possède une collection de livres audio, en braille ou en grand caractère pour répondre aux besoins de cette clientèle.
En Belgique, 5 bibliothèques itinérantes publiques, communément appelées bibliobus, sillonnent les zones rurales et les communes qui sont éloignées d’une bibliothèque publique locale. Les bibliobus se déplacent dans la région de Hainaut, Liège, Marche, Namur ainsi que la province du Brabant-Wallon (Service de la Lecture publique, 2017, p. 60).
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
On retrouve en Belgique différentes formations et niveaux d’études menant à une variété de métiers dans le domaine de l’information. On y compte deux grands types d’établissements d’enseignement supérieur : les institutions universitaires (facultés et universités) et les Hautes Écoles (Pôle académique de Bruxelles, s. d.). Chacune des deux grandes communautés (francophone et néerlandophone) possède 6 universités et facultés. Une vingtaine de Hautes Écoles francophones et une dizaine de Hautes Écoles néerlandophones se partagent également le territoire (Bruxelles-J, s. d.). Pour les bibliothécaires (qui occupent généralement des postes de gestion), l’obtention d’un diplôme de 2e cycle, soit le Master (ou licence) (2 ans) en sciences de l’information est généralement préalable (ENSSIB, 2016). L’admission à ce programme n’est généralement pas conditionnelle à l’obtention d’un bachelier dans un domaine d’études précis, mais certaines universités exigent toutefois que le diplôme de 1er cycle ait été complété dans une faculté ou un domaine d’études spécifiques (par exemple, l’Université Libre de Bruxelles demande un bachelier de la Faculté de philosophie et lettres ou un bachelier en sciences de l’ingénieur ou sciences informatiques pour pouvoir accéder au Master) (Bessem, 2014, p.53).
Des postes de gestion peuvent aussi être occupés par des professionnels ayant complété un Bachelier de bibliothécaire-documentaliste (3 ans), mais cette formation mène généralement davantage à des emplois nécessitant un savoir-faire plus technique, centré sur la gestion, l’organisation, la recherche et la diffusion d’information (Conseil supérieur de l’Enseignement de promotion social, 2013, p.6). D’ailleurs, seulement 5 à 8% des bibliothécaires-documentalistes travaillent dans une bibliothèque publique (Wallez, 2014, p.57).
Le bachelier de bibliothécaire-documentaliste ne permet en effet pas de voir en détail certains éléments importants en matière de bibliothèque publique, tels que « l’éducation permanente, le plan de développement de la lecture, l’analyse d’un territoire et d’une demande, la création et le développement des partenariats, le travail de proximité avec des publics ciblés et éloignés de la lecture » (Wallez, 2014, p.59), etc. C’est pourquoi les emplois de bibliothécaire en bibliothèque publique sont plus généralement occupés par des bibliothécaires détenant un Master.
Il existe aussi un Brevet de bibliothécaire (2 ans), programme de 1er cycle axé sur le travail en bibliothèque publique (Bessem, 2014, p.52). Offert seulement en promotion sociale (formation continue, qui s’adresse à des travailleurs), ce programme professionnalisant peut donner un accès direct à la profession, ou bien constituer un prérequis dans le cursus du bachelier (Bessem, 2014, p.52). On désigne généralement les diplômés du brevet par le titre « bibliothécaire-breveté(e) », de manière à ne pas les confondre avec les bibliothécaires diplômés du Master.
La formation du breveté est aussi à distinguer de celle du bibliothécaire-documentaliste. Le brevet est axé davantage sur le travail de terrain en bibliothèque publique, le contact avec le public, et se veut le complément des expériences professionnelles antérieures des étudiants. Le breveté aura également reçu une plus grande formation socioculturelle (Bessem, 2014, p.52). Le bibliothécaire-documentaliste, quant à lui, aura reçu une formation plurielle, donnant accès à une variété de métiers, dans plusieurs milieux (bibliothèques publiques, bibliothèques de ministères, d’institutions publiques, bibliothèques universitaires, centres de documentation, etc.) (Bessem, 2014, p.52). La formation du bibliothécaire-documentaliste est aussi plus axée sur la pratique (stages, exercices pratiques, etc.) et intègre en ce sens une solide formation en langues étrangères (Bessem, 2014, p.52).
Association de bibliothèques
L’Association Belge de Documentation (ABD-BVD), créée en 1947, est une association nationale qui regroupe les deux grandes communautés linguistiques et qui joue un rôle important dans le partage d’expérience entre professionnels de l’information, de même que dans la promotion des métiers de l’information et de la documentation. L’Association contribue également à la formation continue de ses membres, entre autres en publiant, depuis 1995, les Cahiers de la Documentation, revue consacrée à la veille informationnelle dans le domaine. Elle organise aussi des journées d’étude comme l’Inforum et les Doc’Moments, qui permettent d’alimenter, par des ateliers, des visites, des conférences, etc., les échanges de bonnes pratiques et la recherche en sciences de l’information. L’Association produit aussi les Dossiers ABD-BVD, une collection de travaux de fin d’études primés par le Prix ABD-BVD, qui récompense chaque année un jeune professionnel (ABD-BVD, s. d.).
L’Association des Professionnels des Bibliothèques Francophones de Belgique (APBFB) regroupe quant à elle les bibliothécaires et documentalistes de la communauté francophone afin de défendre leur fonction et participer à leur formation continue (APBFB, s. d.). Au cœur de la mission de l’association se trouve la valorisation des bibliothèques, l’APBFB jouant entre autres un rôle actif dans la discussion autour de l’importance du plaidoyer en bibliothèque, offrant d’ailleurs des formations à ce sujet, et soutenant le lobbying fait par l’IFLA pour inscrire les bibliothèques dans l’Agenda 2030 de l’ONU (APBFB, 2018). Un représentant de l’association siège aussi au Conseil des Bibliothèques publiques, de même qu’au Conseil du Livre (APBFB, 2019).
L’association organise, depuis sa création en 1975, des journées d’études, des échanges d’expérience et des visites professionnelles dans les bibliothèques, en plus de tenir un congrès annuel. Elle offre également une variété de formations pratiques pour soutenir l’élaboration de projets en bibliothèque (jeux d’évasion, Biblioremix, etc.) (APBFB, s. d.).
L’APBFB fait aussi partie des six associations professionnelles du PILEn, le Partenariat Interprofessionnel du Livre et de l’Édition numérique, qui, depuis 2012, est chargé du développement du numérique dans la chaîne du livre et de la promotion du livre. Le PILEn organise des colloques visant le rayonnement du livre francophone et le développement de la littératie numérique (PILEn, s. d.-a).
On retrouve aussi en Belgique d’autres types de réseaux (fédérations, forums, etc.) et d’institutions œuvrant dans le domaine de l’information. La Fédération interdiocésaine des Bibliothèques et des Bibliothécaires catholiques (FIBBC), par exemple, fédère les bibliothèques catholiques présentes sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles et assure des missions de plaidoyer, de formation et de mise en réseau (PILEn, s. d.-b). Le Forum des Bibliothèques Fédérales (BIBForum), quant à lui, permet à ses membres d’échanger sur leurs bonnes pratiques et de se réunir deux fois par an pour débattre autour de thèmes d’actualité (BIBForum, s. d.).
Cadre législatif
Depuis la transformation de la Belgique en une fédération, en 1971, la culture est une compétence exclusive des Communautés. Le cadre législatif dans lequel les bibliothèques doivent évoluer varie donc considérablement d’une Communauté à l’autre à l’exception des questions entourant le dépôt légal et la bibliothèque nationale qui relèvent du gouvernement fédéral. En ce qui concerne la FWB, les limites du réseau public de bibliothèques institué en 1978 et l’évolution du domaine de l’information ont forcé une réorganisation de la lecture publique en Communauté française au cours des deux dernières décennies.
Le dépôt légal a été institué en Belgique par la loi du 8 avril 1965 qui est entrée en vigueur dès le premier janvier suivant (KBR, s. d.-e). Ainsi, « depuis le premier janvier 1966, la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) acquiert et conserve toutes les publications parues sur le territoire belge et toutes les publications éditées par des auteurs belges à l’étranger » (KBR, 2018). Au départ, seules les publications en format papier étaient concernées, mais l’usage croissant d’autres supports documentaires, en particulier des supports numériques, a rendu nécessaire la modification du champ d’application de la loi. Ainsi, depuis 2006, le champ d’application du dépôt légal s’étend aux supports matériels numériques, comme les DVD, et aux microfilms (KBR, s. d.-f). Enfin, la loi du 8 juillet 2018 étend le champ d’application du dépôt légal à tous les supports numériques sans égard à leur nature (KBR, s. d.-g). Cette loi entrera en vigueur à la suite d’un arrêté royal qui devait survenir en 2018, mais qui n’a toujours pas été formulé. Ce faisant, le dépôt légal des documents numériques sans support matériel s’effectue présentement sur une base volontaire (KBR, s. d.-b).
Le cadre législatif régissant les bibliothèques publiques de la Communauté française a d’abord été établi à l’aide du décret du 21 février 1978. Le réseau unique ainsi créé est très directif et instaure rapidement « des normes contraignantes en matière de nombre de lecteurs inscrits, de prêts, de livres disponibles, d’horaires d’ouverture, de surfaces accessibles au public » tout en resserrant « les exigences professionnelles requises pour être bibliothécaire » (Service de la Lecture publique, s. d.). Au fil du temps, le décret a été modifié à quelques reprises, mais l’évolution du contexte technologique, le manque d’autonomie des bibliothèques et la rigidité de l’ancien cadre ont fait en sorte qu’une révision majeure du fonctionnement du réseau s’imposait au début du XXIe siècle. C’est dans ce contexte qu’a été promulgué le décret du 28 avril 2009 dont l’orientation principale est le soutien des bibliothèques publiques à l’éducation et à l’apprentissage tout au long de la vie (Service de la Lecture publique, s. d.). De surcroît, ce décret offre aux bibliothèques une plus grande autonomie. Celles-ci peuvent dorénavant élaborer et proposer des plans d’action en fonction des besoins de leur territoire. Ce décret impose aussi des normes à respecter en ce qui a trait au personnel qualifié des bibliothèques publiques. L’accès au financement public d’une bibliothèque est désormais tributaire de son maintien d’un nombre suffisant d’employés permanents détenant certaines formations (D’Hoore et Lemmers, 2013, p. 275).
Bibliographie
Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur. (2020, février). Rapport d’activités 2018-2019. https://www.ares-ac.be/images/publications/rapports-d-activites/ARES-RA-2018-2019-Site-web.pdf
Association Belge de Documentation (ABD-BVD). (s. d.). À propos. https://www.abd-bvd.be/fr/a-propos/a-propos/
Association des Professionnels des Bibliothèques Francophones de Belgique (APBFB). (s. d.). Formations. http://www.apbfb.be/index.php/activites/formations.html
Association des Professionnels des Bibliothèques Francophones de Belgique (APBFB). (2018). Advocacy. http://www.apbfb.be/index.php/blog/item/47-advocacy-advocacy.html
Association des Professionnels des Bibliothèques Francophones de Belgique (APBFB). (2019). Étude d’impact : où en sommes-nous ? http://www.apbfb.be/index.php/blog/item/80-etude-d-impact-ou-en-sommes-nous.html
Vandermotten, C. (s. d.). Belgique – Géographie. Dans Encyclopædia Universalis. https://www.universalis.fr/encyclopedie/belgique-geographie/
Bessem, V. (2014). Le bibliothécaire de formation, cheville ouvrière de la promotion de la lecture. Lectures, (184), p.49-55.
Bibliothèque publique centrale du Brabant wallon. (s. d.-a). Bibliothèques et écoles. http://www.escapages.cfwb.be/index.php?id=3260
Bibliothèque publique centrale du Brabant wallon. (s. d.-b). La réserve centrale. http://www.escapages.cfwb.be/index.php?id=4244
Bibliothèque Interuniversitaire de la Communauté française de Belgique. (s. d.). Missions. https://www.bicfb.be/htm/presentation/missions.php
Bruxelles-J. (s. d.). Les Hautes Écoles. https://www.bruxelles-j.be/etudier-se-former/enseignement-superieur/les-hautes-ecoles/
Conseil supérieur de l’Enseignement de promotion sociale (2013). Bachelier « bibliothécaire- documentaliste » : référentiel de compétences. http://prosoc.be/pdf/section/771110S35D3.pdf
D’Hoore, M. et Lemmers, F. (2013). Les bibliothèques en Belgique. Dans F. Blin (dir.), Les bibliothèques en Europe : Organisation, projets, perspectives (p. 267‑279). Éditions du Cercle de la Librairie. https://doi.org/10.3917/elec.blin.2013.01.0267
École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB). (2016). Travailler en bibliothèque en Belgique. https://www.enssib.fr/services-et-ressources/questions-reponses/travailler-en-bibliotheque-en-belgique#:~:text=Pour%20les%20emplois%20de%20personnel,du%20livre%20et%20des%20biblioth%C3%A8ques
Forum des Bibliothèques Fédérales (BIBForum). (s. d.). Organisation. https://bibforum.fgov.be/fr/organisation
KBR. (s. d.-a) Collections. https://www.kbr.be/fr/collections/
KBR. (s. d.-b) Dépôt légal. https://www.kbr.be/fr/depot-legal/
KBR. (s. d.-c) L’histoire de KBR. https://www.kbr.be/fr/histoire-de-kbr/
KBR. (s. d.-d). L’institution. https://www.kbr.be/fr/linstitution/
KBR. (s. d.-e) Loi du 8 avril 1965 instituant le dépôt légal. https://www.kbr.be/fr/loi-du-8-avril-1965-instituant-le-depot-legal/
KBR. (s. d.-f) Loi du 19 décembre 2006. https://www.kbr.be/fr/depot-legal/historique-de-la-legislation-sur-le-depot-legal/loi-du-19-decembre-2006/
KBR. (s. d.-g) Loi modifiant la loi du 8 avril 1965 instituant le dépôt légal. https://www.kbr.be/fr/loi-modifiant-la-loi-du-8-avril-1965-instituant-le-depot-legal/
KBR. (2018). KBR conservera bientôt toutes les publications numériques. https://www.kbr.be/fr/kbr-conservera-bientot-toutes-les-publications-numeriques/
KBR. (2020). Rapport annuel 2018-2019. https://www.kbr.be/wp-content/uploads/2020/10/Jaarverslag-FR-1.pdf
La Fontaine, H. et Otlet, P. (1908). L’état actuel des questions bibliographiques et l’organisation internationale de la documentation. Dans H. Lafontaine et P. Otlet (dir.), Bulletin de l’Institut international de bibliographie (p. 165-191). https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k884077q
Liesen, B. (2014). Des bibliothèques populaires aux bibliothèques publiques en Belgique. L’émergence d’un service public de lecture dans une société pilarisée. Dans A. Sandras (dir.), Des bibliothèques populaires à la lecture publique (p. 318-363). Presses de l’enssib. https://doi.org/10.4000/books.pressesenssib.12468
Maroquin, A. (2014). Le renouveau d’une bibliothèque scolaire : L’exemple de Saint-Boniface-Parnasse à Ixelles. Cahiers de la documentation – Bladen voor documentatie, (3), 15‑21. https://www.abd-bvd.be/wp-content/uploads/2014-3_Maroquin.pdf
Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. (2020). Présentation de la Belgique. https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/belgique/presentation-de-la-belgique/
Observatoire des publics des établissements scientifiques fédéraux. (s. d.). À propos de nous. http://www.belspo.be/belspo/pubobs/intro_fr.stm
Partenariat Interprofessionnel du Livre et de l’Édition numérique (PILEn). (s. d.-a). Fédération interdiocésaine des Bibliothèques et des Bibliothécaires catholiques. https://pilen.be/federation-interdiocesaine-des-bibliotheques-et-des-bibliothecaires-catholiques-fibbc
Partenariat Interprofessionnel du Livre et de l’Édition numérique (PILEn). (s. d.-b). À propos. https://pilen.be/a-propos/le-pilen
Pôle académique de Bruxelles (s. d.). Faire des études supérieures. https://www.poleacabruxelles.be/aide-a-lorientation/faire-des-etudes-superieures/
Portail de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. (s. d.) Cadastre des Établissements d’enseignement supérieur reconnus par la Fédération Wallonie-Bruxelles. http://www.enseignement.be/index.php?page=28260&navi=4596
Service de la Lecture publique. (s. d.) À propos. http://www.bibliotheques.be/index.php?id=17742
Service de la Lecture publique. (2017). Les développements culturels du territoire. http://www.bibliotheques.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=e6f6a438e623543a54ce668a5dca387840276c87&file=fileadmin/sites/bibli/upload/bibli_super_editor/bibli_editor/documents/PDF/Developpements_culturels_2017.pdf
Service Public Fédéral Belge. (s. d.). La Belgique depuis 1830. Belgium.be. https://www.belgium.be/fr/la_belgique/connaitre_le_pays/histoire/la_belgique_a_partir_de_1830
Wallez, Natacha (2014). Le métier de bibliothécaire en Fédération Wallonie-Bruxelles. Lectures, (184), p. 56-59.
Wallonie-Bruxelles Enseignement. (s. d.) Projets pédagogique et éducatif de l’enseignement organisé par la Communauté française. https://www.w-b-e.be/fileadmin/sites/wbe/uploads/Documents/projets_educatif_et_pedagogique.pdf