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10 Corée du Sud

(Andrée-Ann Cormier, Rahel Hadzi, Seeun Kim Chung)

Profil du pays

La Corée du Sud est située en Asie de l’Est. Elle fait, en termes de superficie totale, 100 210 kilomètres carrés. Cette nation occupe la partie plus au sud de la péninsule coréenne et est délimitée par la Corée du Nord au nord, le détroit de Corée au sud, la mer de l’Est à l’est et la mer Jaune à l’ouest. Selon des données de 2019, la population sud-coréenne est de 51 709 098 habitants. Cette population se répartit entre 9 provinces, 6 villes métropolitaines et 2 villes dites « spéciales », soit la capitale sud-coréenne, Séoul et Sejong, une ville qui a été pensée pour servir de deuxième capitale nationale. Environ la moitié des sud-coréens habitent la mégapole de Séoul et 11 villes du pays regroupent plus de ou près d’un million d’habitants (Wikipédia, s.d., Corée du Sud).

La Corée du Sud a intégré plusieurs mœurs et valeurs des nations qui l’ont à maintes reprises colonisée ou contrôlée, mais sous cette couche d’influences se retrouve une fondation propre à cette nation qui continue de s’affirmer dans l’ère contemporaine. La langue officielle du pays est le coréen et son système d’écriture est le hangeul. Presque l’entièreté des Sud-Coréens sont d’origine ethnique coréenne, mais la tendance actuelle est à l’accroissement de l’immigration. En termes de religion et de philosophie, la population sud-coréenne est principalement influencée par le shamanisme, le confucianisme, le bouddhisme et le christianisme (Encyclopædia Britannica, 2020, South Korea). Bien que la majorité de la population sud-coréenne soit orientée vers le progrès technologique, les nouveaux procédés scientifiques, les développements de nouveaux produits et les tendances internationales, la tradition et les coutumes occupent toujours une place importante dans le pays (Schneidewind, 2016, p.7).

L’éducation et la lecture sont au cœur des valeurs partagées par la population sud-coréenne dans son ensemble. En raison de l’importance de l’éducation dans la culture sud-coréenne et de la compétitivité pour l’accès aux études supérieures (Encyclopædia Britannica, 2020, South Korea), les bibliothèques du pays jouent un rôle significatif puisqu’elles sont perçues comme des services favorisant le rehaussement du niveau académique des étudiants. Pour plusieurs, le désir d’accès à l’éducation des sud-coréens est à la base du succès économique du pays (Lee, 2011, p.1).

La Corée du Sud est considérée comme une nation dont le développement économique s’est produit plutôt tardivement, soit à partir des années 1960 (Encyclopædia Britannica, 2020, South Korea). Malgré ses développements économiques relativement récents, ce pays est désormais reconnu comme une force de l’industrie mondiale dont la croissance et le succès économique rapide sont considérés comme exemplaires. Selon Schneidewind (2016, p.5), les habitants de la Corée du Sud ont su contribuer à l’incroyable évolution du pays de par leur fierté envers leur riche héritage culturel, leur ténacité et leur désir affirmé de progresser. Cette vision moderne s’étend également à d’autres domaines d’activité au travers du pays.

Histoire des bibliothèques sud-coréennes

Tout comme pour son économie, le développement de la bibliothéconomie sud-coréenne fut plutôt tardif. Toutefois, il est important de spécifier que bien que le terme de « bibliothèque » soit apparu dans la langue coréenne en 1906, plusieurs types d’institutions sud-coréennes s’adonnaient à des activités de préservation et de diffusion de documents bien avant le 20e siècle (Lee & Jo, 2006, p.3-4). Malgré l’enracinement profond de ces traditions documentaires dans le passé du pays, le développement des bibliothèques sud-coréennes fut chamboulé à maintes reprises par l’histoire chaotique de cette nation.

Au début du 20e siècle, la Corée (alors indivisée) fut colonisée par le Japon suite à une victoire japonaise dans un conflit avec la Russie (Murphey, 2007, p.319). De l’officialisation controversée de son intégration à l’empire japonais en 1910 jusqu’à son émancipation en 1945, la Corée vécut une des périodes les plus sombres de son histoire; le pays fut exploité et dominé avec force brutale par les dirigeants japonais et la culture de ses habitants fut traitée comme une menace à supprimer. Tout document, journal, magazine, ou livre qui était perçu comme apportant un sentiment d’identité culturelle propre au peuple coréen était confisqué ou brûlé (Lee & Jo, 2006, p.4). Cela mena les Sud-Coréens à vouloir préserver à tout prix leur conscience culturelle par des initiatives telles que la création d’un réseau de bibliothèques privées. En 1945, une division entre le nord et le sud du pays fut imposée par les deux puissances mondiales victorieuses de la Seconde Guerre, soit les États-Unis et l’URSS (Murphey, 2007, p.452). La Corée du Sud devra attendre trois ans avant de recevoir son indépendance des États-Unis en 1948. Deux ans après l’établissement du gouvernement sud-coréen en 1948, une autre guerre a lieu entre la Corée du Nord et la Corée du Sud de 1950 et 1953. La Guerre de Corée causa beaucoup de dommages aux bâtiments qui abritaient les collections documentaires de la Corée du Sud. De par l’instabilité de cette période transitoire et chaotique que fut le milieu du 20e siècle, peu de développements majeurs ont lieu pour les bibliothèques sud-coréennes durant cette période. Malgré tout, c’est en 1945 que la Bibliothèque Nationale de Corée (BNC) fut fondée et seulement un an plus tard, une école de formation pour les bibliothécaires du pays voit le jour (National Library of Korea (NLK), s.d., Chronology).

C’est à partir de la deuxième moitié du 20e siècle que la bibliothèque sud-coréenne connaît ses développements les plus importants. Ceux-ci sont principalement rendus possibles grâce au mouvement des bibliothèques sud-coréennes et au développement de campagnes faisant la promotion de la lecture (Lee & Jo, 2006, p.1). Certaines initiatives gouvernementales telles que l’adoption de la Loi sur les bibliothèques en 1963 ont vu le jour durant cette période (Jo & Lee, 2006, p.8). Cette loi devint alors la fondation de l’évolution des bibliothèques sud-coréennes. C’est également vers la fin des années soixante que le mouvement des mini-bibliothèques de villages prend de l’ampleur et se concrétise. Ces dernières comportaient trois éléments bien précis : « small bookshelf whereby books were placed and managed, a reading club that centered on the young people over the age of 14, and collection of 30 books needed to increase level of culture in antiquated agricultural and fishery communities » (Jo & Lee, 2006, p.8).

Depuis le début du 21e siècle, la Corée du Sud continue d’investir dans le développement de ses bibliothèques afin d’en assurer la qualité et la pertinence pour le peuple. Dans leur conférence donnée dans le cadre du 72e symposium de l’IFLA tenu en Corée du Sud en 2006, Lee & Jo (p.3) énoncent bien que cette mission était encore loin d’être remplie : « each public library is not establishing itself as a core institution that supports regional residents’ access to information, education and culture ». Pour ces conférenciers, il apparait clair que les sud-coréens persistent, après plus de cent ans d’obstacles, dans leurs efforts de préservation de l’intégrité du système des bibliothèques du pays. La nation a également procédé au renforcement des campagnes de promotion des bibliothèques et de la lecture mises en place dans la deuxième partie du 20e siècle : « En 2003, le ministre de la culture, du sport et du tourisme a publié le ‘Plan global de développement du réseau des bibliothèques orienté vers la bibliothèque nationale de Corée et les bibliothèques publiques » (Lee, 2011, p.1). De plus, les bibliothèques sud-coréennes ont mis l’accent sur la numérisation et la présence virtuelle afin de desservir adéquatement la population. Comme c’est le cas pour plusieurs autres pays, cette tendance à l’innovation technologique et au développement de services en lignes en bibliothèques est à la hausse en Corée du Sud depuis le début de la pandémie Covid-19.

Types de bibliothèques

Bibliothèque Nationale de Corée

Institution-phare pour les bibliothèques sud-coréennes, la Bibliothèque Nationale de Corée (BNC) est une organisation qui reflète les intérêts et besoins de la population sud-coréenne en termes d’accès à l’information. Son rôle principal, depuis sa fondation en 1945, est de préserver l’héritage culturel, intellectuel et informationnel du pays et de le rendre disponible à la population sud-coréenne (NLK, s.d., Welcome Message). Cet organisme offre également son soutien au réseau des bibliothèques publiques sud-coréennes afin de les guider dans la mise en place de politiques documentaires et de campagnes de promotion de la lecture (Lee, 2011). Il revient à la BNC la fonction de gestion du dépôt légal de documents produits dans l’ensemble de la Corée du Sud. De plus, la BNC publie et met à jour hebdomadairement l’information bibliographique recensée par son service de dépôt légal. Cette liste est tenue à jour afin de promouvoir la collection documentaire nationale et pour son utilisation par les bibliothèques de la Corée du Sud (NLK, s.d., Bibliography Publishing).

L’évolution de la structure organisationnelle de la BNC au cours des années mena à l’émergence de plusieurs divisions qui tiennent en compte certaines préoccupations et aspirations de la population sud-coréenne quant à ses besoins informationnels. Aujourd’hui, cette institution nationale se divise en cinq bibliothèques nationales distinctes : la Bibliothèque Nationale de Corée à Séoul, la Bibliothèque Nationale de Sejong, la Bibliothèque Nationale Jeunesse de Corée, la Bibliothèque Nationale pour les personnes handicapées et la Bibliothèque Nationale digitale (NLK, s.d.).

Bibliothèques publiques

Les réalisations les plus importantes de la bibliothéconomie sud-coréenne proviennent probablement des bibliothèques publiques. Le désir du gouvernement pour améliorer l’accès aux bibliothèques ces dernières années, a révolutionné l’image des bibliothèques publiques en Corée du Sud. Non seulement le nombre des institutions connaît une forte augmentation depuis 2011 (en 2016 le pays comptait environ 1’000 bibliothèques publiques et 1’134 en 2019), mais les programmes et les projets de bibliothèques sont novateurs et conduisent les bibliothèques vers des centres de développement culturel. Dans de nombreuses provinces et villes à travers le pays des rénovations et des constructions de bibliothèques sont en cours. Les gouvernements locaux rénovent et agrandissent les installations pour mieux répondre aux besoins changeants de leurs résidents.

Au sein même des bibliothèques, la dynamique a également changé. Des nouveaux projets sont mis en place pour répondre aux besoins évolutifs de la population et il y a davantage de diversité dans la forme des services aux usagers. Ainsi, des activités multiculturelles et des services de références pour la communauté non sud-coréenne sont instaurés dans des villes ayant un taux important de familles multiculturelles; des programmes qui visent particulièrement les enfants ou les personnes âgées sont mis en place.

L’architecture des bibliothèques en Corée du Sud reflète également les grandes transformations et les efforts pour aller vers une bibliothéconomie plus moderne et axée sur le public. La bibliothèque publique de Gosan dans la ville de Daegu a été construite pour être à la fois une ressource d’information et un espace socioculturel pour la communauté locale. En effet, l’idée est de dissoudre la frontière entre les espaces publiques et la collection à l’intérieur. La bibliothèque est entourée d’un parc public avec des arbres, cet aspect permet d’étendre l’idée de la bibliothèque au-delà de ses murs en utilisant l’espace extérieur pour des événements en plein air. La tendance de sortir les livres des murs des bibliothèques est très forte en Corée du Sud. La Starfield Coex Library (bibliothèque en plein milieu d’un centre commercial), ou encore le Reading-train (un wagon bibliothèque sur différentes grandes lignes de transport ferroviaire), mettent à disposition de leurs usagers respectifs des centaines de livres et de e-books.

Le nombre de bibliothèques publiques ne cesse de croître et l’innovation est au centre des concepts de création en Corée du Sud. Les collections sont elles aussi en augmentation avec une croissance de 3.3% qui revient à environ 115 millions de livres en 2019. Les bibliothèques publiques accueillent environ 284.4 millions de visiteurs en 2019, et le ministère intensifie le prêt de livres en ligne pour l’année 2020 en raison de la crise sanitaire (Yonhap, 2020).

Malgré cette croissance rapide et la nouveauté des projets, les bibliothèques publiques sud sud-coréennes doivent continuer les efforts pour permettre un meilleur accès à l’information pour tous. En effet, une bibliothèque publique dessert 66’000 usagers en Corée du Sud, alors qu’en Suisse et d’autres pays européens on compte environ une bibliothèque pour 10’000 personnes. Il y a environ 3’300 bibliothécaires publiques sud-coréens, soit un professionnel dessert en moyenne 15’000 personnes; ce qui n’atteint pas les recommandations de la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques (IFLA), à savoir 2’500 utilisateurs pour un bibliothécaire (Park, 2013). Dans ce contexte, la focalisation et la personnalisation sont difficiles à atteindre, cependant le lien entre la bibliothèque et l’économie de la connaissance est fortement présent dans la culture sud-coréenne, ce qui confère aux bibliothèques une base solide et une reconnaissance nationale importante.

Bibliothèques universitaires

Le rôle premier d’une bibliothèque universitaire est d’accompagner et de soutenir les activités d’enseignement et de recherche. C’est également cet objectif que se fixent les bibliothèques académiques sud-coréennes. L’éducation est très importante en Corée du Sud et la compétitivité est une valeur ancrée dans la culture. Les bibliothèques ont une importance capitale pour le développement du pays ; ainsi Lee Sook Hyeun affirme en ce sens « libraries take heavy responsibility for raising national competitiveness » (Lee, 2011).

En 2007, la Corée du Sud comptait 438 bibliothèques universitaires. La Korea University, la Seoul National University et la Yonsei University représentent les établissements d’éducation supérieure les plus prestigieux de de la société sud-coréenne. La Seoul National University Library est l’une des bibliothèques les plus importantes du pays. Elle est composée d’une bibliothèque centrale et de 9 branches secondaires, avec une collection d’environ 5.2 millions de livres, 260’000 de journaux et d’e-journaux académiques et plus de 230’000 de non-livres. L’avancée technologique du pays favorise l’utilisation des bases de données, et des services en ligne assurant une éducation permanente. Ainsi avoir accès aux ressources des bibliothèques 24/7 devient la norme. Les heures d’ouverture des institutions sont beaucoup plus étendues que la tendance en Europe, plusieurs sont ouvertes de nuit.

La majorité des bibliothèques universitaires ne possèdent malheureusement pas toutes les mêmes ressources que les bibliothèques des universités phares de la Corée du Sud. En effet, il existe un écart important entre les bibliothèques académiques de la capitale et celles d’autres régions. Le fait que la moitié du pays réside à la capitale et le système de centralisation économique ont un impact important sur le développement des universités. La bibliothèque en tant qu’institution est reconnue vitale pour la performance académique et même si le domaine des sciences de l’information est orienté vers le partage de connaissance, il subsiste encore une grande compétitivité inter-universités. Il existe un réel besoin de partage de ressources et de collaboration au sein des universités du pays, mais avant tout il est nécessaire de créer un système d’évaluation des bibliothèques universitaires (Cho, 2009).

Bibliothèques scolaires

À la suite de la modification de la loi sur les bibliothèques en 2006, la promotion de la lecture en milieu scolaire devient un projet important et bénéficie d’un support législatif. Depuis 2008, le Ministère de l’éducation, des sciences et de la technologie a élaboré un plan de redynamisation des bibliothèques scolaires afin de créer un environnement de lecture, puis propose un deuxième projet en 2009 mettant davantage l’accent sur les bibliothèques et l’éducation à la lecture en milieu scolaire. Ainsi de nombreuses initiatives telles que 10 min de lecture libre accordée aux enfants avant le début des cours, la création de clubs de lecture pour les écoliers mais aussi pour les parents et les enseignants, la création de forums de lecture et de compétitions en littérature ont pour but de sensibiliser à la lecture et de créer un intérêt pour les bibliothèques scolaires.

Le nombre des bibliothèques scolaires augmente chaque année, 458 sont aujourd’hui recensées. La plupart des collèges et des lycées ont leurs propres structures. Pour les écoles élémentaires, cependant, ce n’est pas toujours le cas. Des données récoltées en 2017 montrent qu’à peine 44 % des bibliothèques scolaires ont un bibliothécaire à temps plein ou à temps partiel, ou un membre du personnel connexe (Woo, 2017).

Bibliothèques spécialisées

Les bibliothèques spécialisées en Corée du Sud représentent les bibliothèques musicales, scientifiques, culturelles, académiques, ou encore les bibliothèques dédiées aux personnes vivant avec un handicap. Ces bibliothèques sont souvent affiliées à des organismes privés ou publiques. En 2019, la Corée du Sud comptait 611 bibliothèques spécialisées dans les domaines scientifiques, technologiques ou encore législatifs. 52 bibliothèques de prisons en 2019 et 36 bibliothèques en braille en 2018 sont également recensées. Elles ont pour mission de mettre à disposition de leur communauté respective des collections concernant un domaine de connaissance spécifique. Ainsi, la Hyundai Card Music Library + Understage met à disposition plus de 10’000 disques vinyles et 3’000 publications musicales dont la plupart sont des œuvres rares et d’une grande valeur pour l’histoire musicale de la Corée du Sud. La Naver Library quant à elle est spécialisée dans les domaines du design et de la technologie. Elle propose 17’000 livres sur le web design, 1’300 encyclopédies, 7’000 livres en technologies de l’information et près de 250 revues internationales spécialisées. Elle est un espace de partage de savoirs pour les experts et toute personne intéressée par les domaines des technologies de l’information. À Incheon, ville portuaire en Corée du Sud, 13’000 personnes sont recensées comme non-voyantes en 2017. La ville a donc investi dans sa première bibliothèque qui propose des ouvrages en braille et des livres audios. Elle met également à disposition des machines de transcription en braille, ainsi que des studios d’enregistrement pour les livres audios. Elle porte le nom de plume de l’inventeur du braille coréen, la bibliothèque Song Am (Bahk, 2017).

Petites bibliothèques

En 1980, la Corée du Sud vit un soulèvement sociétal conduit par les étudiants et les syndicats pour mettre fin à la dictature militaire au pouvoir. Ce mouvement a donné naissance à la création de petits centres culturels, d’information et d’éducation pour les résidents et les travailleurs : les « petites bibliothèques ». Au début du mouvement des petites bibliothèques, elles sont gérées à titre privées et représentent des bibliothèques pour les enfants, des centres culturels et des salles de lecture. Elles ont pour mission d’être des lieux de rencontre et d’information pour les résidents qui l’entourent. Dès le début des années 1990, ces bibliothèques s’étendent sur tout le territoire et le mouvement s’engage à demander la construction de plus de bibliothèques en s’appuyant sur la loi sur la promotion des bibliothèques et de la lecture de 1994. Les petites bibliothèques se multiplient et apparaissent dans des églises, des complexes d’appartements, des centres de soins, des bases militaires etc. En 2019, 6’672 petites bibliothèques sont recensées en Corée du Sud. Ces institutions bénéficient du soutien public et leur existence démontre un besoin et un désir de la part des résidents qui n’est visiblement pas comblé par les bibliothèques publiques. Les petites bibliothèques souffrent toutefois de problèmes de gestion par manque de soutien de la part des institutions publiques ; il arrive souvent que les privés qui gèrent une petite bibliothèque doivent utiliser leur fond privé pour la maintenir à flot. (Lee, 2006)

Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques

L’enseignement des sciences de l’information et des bibliothèques en Corée du sud a commencé avec l’école de la Bibliothèque nationale de Joseon (National Joseon Library School), fondée en avril 1946. Elle était caractérisée comme un établissement d’enseignement professionnel plus axé sur les travaux pratiques que sur la théorie. Cependant elle fut fermée en 1951, cinq ans après son ouverture en raison du déclenchement de la guerre de Corée (1950). Les sciences de l’information et des bibliothèques ont été sérieusement étudiées en Corée à partir de 1957, lorsque le département de la bibliothéconomie a été créé à l’Université Yonsei. Les formations s’inscrivent dans le cadre d’un programme de premier cycle de 4 ans, d’un programme de maîtrise et d’un programme d’un an dans une institution affiliée. Pendant cette période, l’enseignement des sciences de l’information et des bibliothèques était principalement donné par des enseignants étrangers, sous l’influence de la bibliothéconomie américaine. Le contenu des manuels et des ouvrages de références dépendait également du matériel américain (Lee Chun Hee, The academy or Korean Studies,1996).

Des départements de bibliothéconomie ont ensuite été créés à l’Université des femmes d’Ewha en 1959, à l’Université Chung-Ang en 1963, puis à l’Université Sungkyunkwan en 1964. Ces départements ont servi de base à la formation professionnelle des bibliothécaires et au développement actif de la recherche en sciences de l’information et des bibliothèques. Jusqu’au début des années 1960, avant la création des départements des sciences de l’information et des bibliothèques dans les universités nationales, le domaine ne pouvait pas échapper aux imitations et à l’introduction des méthodes d’enseignement et de recherche de l’information étrangères. Cependant, à la fin des années 1960, les Coréens ont pris conscience des particularités propres aux bibliothèques coréennes et dès lors, ils se sont orientés de plus en plus vers la tendance à étudier ces problèmes et à développer des méthodes de recherche appropriées pour les résoudre. Cette tendance a conduit à la création de l’Association nationale des bibliothèques en 1970, l’Association des bibliothèques et des sciences de l’information coréennes en 1974, l’Association coréenne de gestion de l’information en 1984 et le Cercle bibliographique coréen en 1985. En outre, des centaines d’articles de recherche sont publiés chaque année dans le cadre de ces quatre conférences nationales.

À la fin de 2020, le Département des sciences de l’information et des bibliothèques a mis en place 36 programmes de premier cycle, 28 programmes de maîtrise, 13 programmes de doctorat dans des universités de 4 ans et 5 départements des sciences de l’information et des bibliothèques dans des universités de 2 ans. Dès 1966, il faut détenir un certificat professionnel de bibliothécaire pour exercer la profession de bibliothécaire en Corée du Sud. On regroupe les professionnels en bibliothécaire de première classe, bibliothécaire de deuxième classe ou un aide-bibliothécaire. Le ministre coréen de la Culture, des Sports et du Tourisme délivre un certificat à une personne qui répond à certaines qualifications conformément à la loi sur les bibliothèques (Article 4).

Après l’obtention du baccalauréat de 4 ans dans les sciences de l’information et des bibliothèques, il est possible d’acquérir un certificat de bibliothécaire de deuxième cycle. Sur la base de ces qualifications, les bibliothécaires peuvent progresser dans les domaines suivants : bibliothécaires, enseignant bibliothécaire, instructeur de lecture, chercheur, responsable des archives, expert en information.

Association de Bibliothèques

L’Association des Bibliothèques coréennes (Korean Library Association, KLA) a été créée en 1945 et est établie à Séoul. Elle a pour mission de fournir des données et des références qui servent à établir les politiques des bibliothèques et à mettre à jour leur situation actuelle. Elle s’occupe également de partager des données statistiques à l’extérieur du pays.

La Commission sur la politique des bibliothèques et de l’information est un comité consultatif placé sous la juridiction présidentielle. Il établit, délibère et coordonne les enjeux principaux liés aux politiques des bibliothèques coréennes. Il a été créé en 2007, lors de la révision de la Loi sur les bibliothèques, et propose tous les 5 ans un nouveau projet de développement des bibliothèques pour apporter des programmes culturels et socio-éducatifs.

L’Association académique pour les sciences de l’information et des bibliothèques coréennes (Korean Biblia Society for Library and information science) a été fondée en 1972 et joue depuis un rôle primordial dans le développement des sciences de l’information et des bibliothèques coréennes en donnant des conférences et des séminaires académiques. Elle publie quatre fois par année son journal académique qui a pour but de contribuer au développement des sciences de l’information par le partage des recherches et des connaissances sur des sujets pertinents. Aujourd’hui, les professeurs de 37 universités coréennes y sont adhérents en plus des bibliothécaires et leur code d’éthique en recherche est établi depuis 2007.

Cadre législatif

La Loi sur les bibliothèques a été promulguée pour la première fois en octobre 1963, 18 ans après l’émancipation de la Corée du joug japonais et il n’y eut pas de révision pendant 25 ans. Durant cette période, les activités des bibliothèques ont stagnées et ce n’est qu’en 1987 que la Loi sur les bibliothèques a finalement été révisée. (Lee Yong-hoon, 2009)

En 1991, lorsque la Loi sur la promotion des bibliothèques a été promulguée, la politique des bibliothèques a été transférée du Ministère de l’Éducation au Ministère de la Culture. Dès lors, la gestion des bibliothèques publiques a été partagée entre les autorités locales et les conseils d’éducation. Dans le cas des bibliothèques publiques, il est prescrit que le directeur soit un bibliothécaire et que la gestion des bibliothèques soit établie sur une base professionnelle.

En 2007, la Loi sur les bibliothèques a été mise en œuvre de manière nouvelle par la création d’un Comité des politiques d’information des bibliothèques chargé d’établir et de coordonner les pratiques essentielles liées à la politique des bibliothèques, et par l’établissement d’un plan de développement complet et d’un plan annuel de mise en œuvre tous les cinq ans pour les bibliothèques.

En septembre 2020, quatre propositions visant à promulguer ou à modifier les lois relatives aux bibliothèques ont été soumises à la 21e Assemblée nationale coréenne. Les lois ont continuellement été révisées en fonction de la situation actuelle, de la volonté politique, de la société civile et des besoins des bibliothèques. Les demandes des citoyens utilisant la bibliothèque, les changements dans les politiques gouvernementales, ou encore le renforcement de l’autonomie locale deviennent des facteurs de changement majeurs. Le processus de promulgation ou de révision des lois et des ordonnances sur les bibliothèques est une partie importante de l’histoire des bibliothèques coréennes car il faut désormais intégrer dans leur contenu la prise en compte des intérêts citoyens.

Article 1 : (Objectif) En vertu de cette loi, la responsabilité sociale de la bibliothèque garantit le droit d’accès aux informations, au savoir et aux éléments nécessaires à l’exercice de son rôle ; elle fournit efficacement des ressources pour l’ensemble de la société en favorisant la promotion et le service de la bibliothèque.

Article 44 : (Aide à la résolution de l’écart de connaissances et d’informations). L’État et les autorités locales doivent établir et mettre en œuvre les politiques suivantes afin que les groupes défavorisés quant à l’accès aux connaissances et aux informations puissent utiliser librement les installations et les services de la bibliothèque. (Révisé 17 février 2012)

Article 45 : (Création de la Bibliothèque nationale pour les personnes handicapées, etc.) Sous la tutelle du Ministre de la culture, des sports et du tourisme, la Bibliothèque nationale pour les personnes handicapées est créée pour soutenir les services de bibliothèque pour les personnes handicapées, en particulier parmi les groupes défavorisés en matière de connaissances et d’informations. (Révisé le 3 décembre 2019)

Informations complémentaires

Selon des statistiques de la Corée en décembre 2019, le nombre d’étrangers séjournant en Corée était de 2,524,656, pour un taux de 4.9 % de la population totale de la Corée. Alors que le « Pays du matin calme » a longtemps été une société traditionnelle basée sur une idéologie de l’homogénéité, les liens consanguins et les affinités régionales, avec la mondialisation systématique des années 1990 la Corée s’est transformée en une société qui inclut diverses races et ethnies, de sorte que la discussion sur le multiculturalisme se répand rapidement dans les politiques de la culture (Jang Duk-Hyun, 2015). Les bibliothèques coréennes s’intéressent à leur rôle et leur orientation pour mieux desservir une société de plus en plus multiculturelle. Dans les bibliothèques publiques, les programmes sont offerts aux femmes et aux enfants immigrants comme le cours de langue et de culture coréennes. La Bibliothèque nationale offre également un service multilingue. En 2017, le Ministère de la Culture et des Sports de la Corée a apporté son soutien financier à 146 bibliothèques publiques sélectionnées en fonction des programmes multiculturels proposés; et il continue de promouvoir la création de programmes et de services multiculturels dans les bibliothèques publiques coréennes afin de combler le fossé informationnel en tenant compte des situations défavorisées des familles immigrées.

En cette période de pandémie, le défi posé aux bibliothèques coréennes est le même qu’ailleurs dans le monde et elles doivent fermer leurs portes. Pourtant elles n’arrêtent pas pour autant les services en ligne tels que les ressources électroniques (livres, documents audios). Plusieurs bibliothèques publiques mettent en œuvre le système Book Drive-Thru, le prêt-retour des livres par ramassage en voiture, qui est l’équivalent de l’application Capira Curbside (service de collecte sans contact et simplifié, tant pour les utilisateurs que pour le personnel de la bibliothèque). Les utilisateurs peuvent réserver en ligne à l’avance et ramasser les documents dans un point de service.

Références

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