26 Nigéria
(Anabel Hébert, Élisabeth Chiasson et Julia Elisa Reyes-Cerritos)
Profil du pays
Le Nigéria, ou la République fédérale du Nigéria de son nom officiel, est un pays d’Afrique de l’Ouest ayant comme superficie 923 768 km². Longeant le golfe de Guinée, il est entouré à l’ouest par le Bénin, au nord par le Niger et le Tchad et à l’est par le Cameroun. (Population Data, 2019) Le Nigéria est le pays le plus peuplé de son continent, et le 6e plus peuplé au monde avec 214 028 302 habitants en juillet 2020. Sa capitale est, depuis 1991, Abuja, située au centre du pays, mais ses villes les plus importantes sont Lagos (avec 22,8 millions d’habitants), Ibadan (5,8 millions d’habitants) et Kano (4,9 millions d’habitants). Le Nigéria est divisé administrativement en 36 États et 1 Territoire fédérés et, bien que la langue officielle y soit l’anglais, les langues courantes sont principalement les dialectes Haoussa, Yorouba, Igbo et Pidgin. (Central Intelligence Agency, 2020) Le Nigéria est un pays indépendant depuis le 1er octobre 1960, date à laquelle le pays est libéré du Royaume-Uni qui en était protecteur depuis 1886. À la suite de son indépendance, le Nigéria a connu plusieurs décennies de guerres civiles et d’instabilité politique, notamment en raison des diversités religieuses. Aujourd’hui, le Nigéria est la première économie de l’Afrique de l’Ouest, son PIB représentant 25% du continent en 2019, ce qui le place au 26e rang mondial. (France Diplomatie, 2019) Plus grand producteur de pétrole du continent africain (13e au niveau mondial), le Nigéria est dépendant économiquement du secteur pétrolier. L’économie nigériane est également très marquée par l’agriculture et l’industrie de télécommunications. Bien que le Nigeria ait une grande importance économique pour le continent africain, les inégalités sociales et financières y sont très marquées alors que la classe moyenne représente environ 20% de sa population et que plus de la moitié de ses habitants vivent sous le seuil de la pauvreté. Cette pauvreté présente au Nigéria peut expliquer les problèmes liés à l’éducation et à l’alphabétisation au sein du pays : l’UNESCO estime que « 10,1 millions d’enfants ne suivent aucun enseignement scolaire et 26 % des élèves ne terminent pas l’école primaire. » (Nations Unies, 2017) Le taux d’alphabétisation au Nigéria est de 66,7% en 2015. (Population Data, 2019)
Histoire des bibliothèques
L’histoire des bibliothèques du Nigéria est relativement récente. La première bibliothèque développée au pays fut la bibliothèque de Lagos, ouverte le 27 septembre 1932. Le Nigéria de l’époque étant toujours sous protectorat britannique, le British Council joue un rôle important dans l’histoire des bibliothèques nigérianes puisque la bibliothèque de Lagos était sous son entière responsabilité. (Akporhonor, 2005) Le peuple nigérian à l’époque étant très peu lettré, les premières bibliothèques se voulaient un espace où l’on introduisait la littératie à la communauté dans un objectif éducatif. L’origine des premières bibliothèques au Nigéria se trouve dans des « salles de lectures », des bâtiments où, durant la période d’après-guerre, reposaient sur des étagères de vieux journaux et livres et où se trouvaient quelques chaises et fauteuils. La croissance des bibliothèques publiques découle de ses emplacements, puisque ces salles de lectures se sont transformées en bibliothèques régionales. (Adegoke, 1973)
Le séminaire Public Library Development in Africa de l’UNESCO tenu en 1953 à Ibadan se veut le point de départ de l’histoire des bibliothèques du Nigéria. (Saleh, 2012) La formation de comités chargés du développement de bibliothèques a été la principale recommandation de ce séminaire. (Olden, 1985) La West African Library Association (WALA) est alors créée en réponse à ce séminaire, puis appuiera également les propositions de l’UNESCO. En 1959, l’association recommande la création de comités consultatifs qui aideraient les gouvernements à créer des ressources pour implanter un réseau de bibliothèques valable et qui répondrait aux besoins intellectuels de l’époque. (Enyia, 1998)
Types de bibliothèques
Bibliothèque nationale
En 1959, le comité consultatif Library Advisory committee mis en place à la suite des recommandations de l’UNESCO et de la WALA, propose au gouvernement nigérian la création d’une bibliothèque nationale. La Ford Fondation of America viendra appuyer cette recommandation et appuiera également financièrement le gouvernement dans le développement de cette idée, notamment par l’embauche des professionnels et d’experts. (National Library of Nigeria, 2020) Le 2 décembre 1960, le comité annonce officiellement la création d’une bibliothèque nationale, puis en mars de l’année suivante, remet un rapport qui énonce les fonctions prévues de cette bibliothèque, notamment de servir de centre bibliographique national et de service de bibliothèques au gouvernement nigérian. (Enyia, 1998)
La construction de la bibliothèque nationale du Nigéria a débuté au printemps 1962, à Lagos. Le National Library Act de septembre 1964 (aujourd’hui remplacé par le National Library Decree No 29 of 1970) lui permet de voir le jour et d’ouvrir ses portes au public le 6 novembre 1964. (Enyia, 1998 ; National Library of Nigeria, 2020)
Aujourd’hui financée par son gouvernement fédéral, la bibliothèque nationale du Nigéria a pour mission de garantir à sa population un accès à l’éducation en mettant à sa disposition des ressources d’information facilement accessibles qui lui permettront de s’instruire et de s’informer. (National Library of Nigeria, 2020) On compte 27 succursales de la bibliothèque à travers le pays, dont le siège social se trouve à Abuja, la capitale. L’objectif serait d’étendre les succursales aux 36 États du pays, ce qui n’est actuellement pas possible dû au manque de financement. (Enyia, 1998 ; National Library of Nigeria, 2020)
Bibliothèques publiques
Le développement des bibliothèques publiques au Nigéria est parvenu grâce au British Council, à l’UNECSO et à la WALA, qui ont permis, deux ans après le séminaire tenu par l’UNESCO, d’annoncer la première loi sur les bibliothèques publiques au Nigéria (Opara, 2008). Aujourd’hui, on compte environ 316 bibliothèques publiques au Nigéria à travers les 36 États (Okojie & Okiy, 2019). Leur rôle est d’assurer le développement national du Nigéria en mettant à la disposition des Nigérians et Nigérianes des informations politiques et économiques, un environnement favorable à la recherche, des programmes enrichissants, tout en faisant la promotion de la culture et des loisirs. (Folorunso, 2010) L’approvisionnement des services de bibliothèques publiques est sous la responsabilité de chacun des États. Le système de bibliothèque des États est divisé en un siège social et des succursales : le siège social étant situé dans la capitale de l’État, et les autres branches dans les centres urbains, semi-urbains et ruraux (Opara, 2008). Nous aborderons les questions législatives relatives aux bibliothèques publiques plus bas.
Bibliothèques scolaires
Au Nigéria, l’objectif de l’éducation de base est de doter l’individu de connaissances, de compétences et d’attitudes qui lui permettront de vivre une vie significative et épanouie ainsi que contribuer au développement de la société tout en remplissant leur obligation civile. (Federal Ministry of Education, 2020) Le 30 septembre 1999, le gouvernement fédéral lance le Universal Basic Education Program qui fait la promotion des littératies, fondements nécessaires pour valoriser l’apprentissage ainsi qu’une bonne habitude de vie. Cela comporte l’acquisition de compétences en écriture, lecture, communication, gestion de l’information et numératie. Ces compétences permettent le développement d’une pensée rationnelle (analyse, recherche et résolution de problème), d’un jugement éthique et d’un esprit créatif. Pour atteindre ces grandes visées, le pays a besoin des bibliothèques scolaires. (Oyetola & Adio, 2020) Elles sont un instrument fondamental dans le développement des littératies et pour soutenir le cursus scolaire autant au primaire qu’au secondaire. (Makinta, 1993) Les bibliothèques scolaires sont au service des élèves en fournissant du matériel pour répondre à leurs divers besoins, et ce, en permettant un accès à l’information efficace et en offrant des services d’accompagnement. (Oyetola & Adio, 2020)
Malgré des objectifs nobles où l’enfant est au centre des préoccupations des politiques éducatives, Usoro et Usanga dépeignent un portrait sociodémographique des usager.ères des bibliothèques scolaires où la plupart des enfants expérimentent pour la première fois les littératies lors de leur rentrée scolaire, particulièrement au nord, en zones rurales ou dans les milieux économiquement défavorisés. Cela peut s’expliquer par une culture traditionnellement orale, une méfiance envers le système d’éducation occidentale et un accès limité aux ressources. (BBC, s. d. ; Usoro & Usanga, 2007)
Historiquement, l’éducation occidentale a commencé au Nigéria en 1842, mais la première génération d’écoles n’était pas connue pour posséder des bibliothèques scolaires. (Apeji, 1990) La notion de bibliothèque scolaire est introduite pour la première fois en 1944 par le British Council. Ensuite, en 1957, la Carnegie Corporation de New York accorde une subvention de 88 000 $ pour mettre en place l’Ibadan Library School pour entre autres former des bibliothécaires scolaires. En 1962, deux ans après l’indépendance du Nigéria, le gouvernement fédéral invite l’UNESCO à donner des conseils sur le développement des bibliothèques scolaires. (Makinta, 1993) Cependant, cette collaboration est contrée par l’instabilité sociale et les tensions qui ne cesseront de s’accumuler jusqu’à ce jour. (Descôteaux-Dupré, 2020 ; Makinta, 1993) En 1991, seulement quelques états – Anambra, Bendel, Imo, Kaduna et Rivers – ont des services de bibliothèques scolaires structurés. Pour la majorité des états, les bibliothèques scolaires sont gérées localement. (Makinta, 1993)
En résumé, l’histoire de l’éducation et des bibliothèques scolaires du Nigéria peut se décrire comme une série de vaines tentatives pour structurer et uniformiser les visées en éducation. En 2020, le Nigéria détient le taux de scolarisation le plus bas au monde bien que l’enseignement primaire soit gratuit. Malgré que le pays soit la première puissance économique africaine, le gouvernement laisse à l’abandon son système d’éducation qui est sous-financé, surchargé et désuet ; cette situation a un impact direct sur l’état des bibliothèques scolaires du pays. (BBC, s. d.; Descôteaux-Dupré, 2020; Makinta, 1993) Compte tenu du coût élevé des ressources d’information et de la diminution de l’aide gouvernementale, d’autres parties prenantes doivent être sollicitées pour réaliser les objectifs en éducation et contribuer à la mission des bibliothèques scolaires. (Ajegbomogun & Salaam, 2011)
Bibliothèques universitaires
Dans cet État d’Afrique subsaharienne, selon Lawal, 89 universités du pays comptent une bibliothèque universitaire au sein de leur institution. (2007, cité dans, Abubakar, 2011) Plus précisément, Singh et Kaurl mentionnent que la mission des bibliothèques est de donner accès à l’information et de préserver les connaissances, tout en appuyant la mission d’enseignement et de recherche de l’institution où se déroulent ses activités. (2005, cité dans, Momodu, 2015) Les bibliothèques sont le cœur des institutions autour duquel toutes les activités académiques gravitent. (Yusuf & Iwu-James, 2010) Les bibliothèques sont alors des alliées de choix pour les universités, et ce, en offrant des services d’information et d’accompagnement aux étudiants, aux enseignants et aux chercheurs. (Abubakar, 2011)
La gouvernance des bibliothèques universitaires est chapeautée par l’université affiliée. De son côté, l’université est supervisée par la National Universities Commission (NUC), instance paragouvernementale sous la direction du Federal Ministry of Education. (Abubakar, 2011) Les bibliothèques dites académiques (polytechniques, collèges et universités) reçoivent leur financement autant du niveau fédéral que provincial. Cependant, seules les bibliothèques des universités nationales ont un financement récurrent. En fait, depuis 1993, elles reçoivent un montant représentant 10% du budget annuel dédié aux institutions de cycle supérieur pour l’acquisition et la gestion de collections. (Akporhonor, 2005)
Les bibliothèques universitaires nigérianes d’aujourd’hui s’inscrivent dans une volonté de transition numérique considérant que les besoins informationnels des usagers.ères et le contexte mondial ont évolué. On souhaite que l’environnement numérique vienne compléter l’offre de services de la bibliothèque dite traditionnelle. En fait, la communauté exige un accès à des ressources et des technologies qui diffusent rapidement l’information recherchée. (Oluwaseye & Abraham, 2013) Okiy rajoute que cette facilitation de l’accès à l’information passerait également par des collaborations entre milieux académiques et des regroupements pour ainsi réaliser un réseau de bibliothèques universel. (2005, cité dans, Abubakar, 2011) On passe donc d’un concept de propriété intellectuelle vers un concept du commun du savoir.
Malgré une volonté de mettre en œuvre une nouvelle bibliothéconomie tournée vers les possibilités infinies du numérique, la réalité économique et humaine du pays freine leurs ambitions. Les bibliothèques universitaires opèrent dans un contexte de coupures autant matérielles que financières ; les administrateurs réattribuant le budget à d’autres fins. Ainsi, ils sont assujettis à un service internet irrégulier et à une absence de technologie. De plus, la possibilité d’acquisition de livres et de périodiques de l’étranger est difficile dû à un coût trop élevé. (Abubakar, 2011 ; Yetunde, 2008) En résumé, la situation difficile des bibliothèques universitaires met à mal la qualité, la diversité et l’accès aux ressources autant numériques qu’analogiques, des ressources pourtant nécessaires pour répondre à leur propre mission et la mission des institutions.
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
La formation en bibliothéconomie au Nigéria s’implante à la suite du séminaire d’Ibadan de 1953. Auparavant, les aspirants bibliothécaires devaient se rendre en Grande-Bretagne pour recevoir une formation. (Saleh, 2012) La première école de bibliothéconomie du Nigéria est établie à l’University College Ibadan en 1960. (Saleh, 2012) Le cursus est pensé par John Harris, bibliothécaire de l’institution depuis 1948. (Saleh, 2012) Deux grandes écoles de bibliothéconomie prennent place avec des philosophies et approches très différentes l’une de l’autre : l’Institute of Librarianship de l’Université d’Ibadan et l’Ahmadu Bello University Zaria, depuis 1968. (Saleh, 2012) Les diplômes discernés par les deux institutions ne correspondent pas au même niveau d’étude, la première offrant des études de deuxième cycle et la seconde des certificats ou baccalauréats. (Saleh, 2012) Deux autres écoles ouvrent leurs portes en 1977 et 1978, soit à Bayero University Kano et à l’University of Maiduguri. Avec les années, plus d’une cinquantaine d’institutions offrent des formations en bibliothéconomie, mais encore une fois, avec des qualifications et diplômes variables. (Saleh, 2012) En d’autres mots, on retrouve différents paliers de diplomation qui vont du premier cycle au cycle supérieur. Saleh souligne également qu’avec les années, les employeurs éventuels souhaitent des changements au niveau de la formation offerte afin qu’elle soit plus adaptée aux besoins du marché du travail. (Saleh, 2012) Okoye mentionne que les enseignants des écoles de sciences de l’information au Nigéria peuvent bénéficier d’une formation continue afin de développer des compétences informationnelles et techniques puisque sa recherche soulève que les professeurs n’ont pas œuvré longtemps en bibliothèques avant d’enseigner. (Okoye, 2012) Il recommande notamment que les professeurs travaillent de concert avec les employeurs du domaine des sciences de l’information pour rendre la formation plus pertinente. (Okoye, 2012)
Quant au rapport entre le Nigéria et l’international, des tentatives de collaboration avec des bibliothèques d’autres pays ont été menées, notamment entre la bibliothèque Nimbe Adedipe (spécialisée en agriculture) du Nigéria et la Valley Library en Oregon. (Onifade & Bridges, 2018) Cette rencontre est, selon l’article d’Onifade et Bridges, encore embryonnaire, plutôt constituée de partage que de réelle collaboration puisque la disparité des moyens technologiques nuit aux échanges. (Onifade & Bridges, 2018) Il faut se rappeler que les bibliothèques au Nigéria sont plus jeunes historiquement que celles d’autres parties du monde. En somme, une grande majorité des publications relatives à la formation en bibliothéconomie du Nigéria soulève des problèmes et des solutions face à l’état du cursus pour les futurs bibliothécaires. Il faut également souligner le fait que l’association des bibliothèques nigérianes offre de la formation pour les bibliothécaires tout au long de leur carrière, selon leurs intérêts, ce que nous détaillerons dans la prochaine section.
Association de bibliothèques
La Nigerian Library Association (NLA) était à l’origine une division de la West African Library Association (WALA), établie en 1954 à la suite du séminaire de l’UNESCO sur le développement des bibliothèques africaines tenu à Ibadan en 1953. (Gbaje, 2013, p. 31) En d’autres mots, depuis 1955 environ, un effort coopératif relie les bibliothèques nigérianes. (Ozowa, 1993, p. 36) C’est en 1962 que la NLA est mise en place. (Gbaje, 2013) Cette association comporte aujourd’hui environ 5000 membres divisés en 37 états territoriaux et 13 groupes d’intérêts. (Gbaje, 2013)
Ces groupes d’intérêts sont associés aux différents types de bibliothèques. En voici la liste, tirée du site web de la NLA :
1. Academic and Research Libraries (ARL)
2. Association of Government Libraries (AGOL)
3. Association of News Media Librarians of Nigeria (ANLON)
4. Association of Women Librarians in Nigeria (AWLIN)
5. Cataloguing, Classification and Indexing (CAT & CLASS)
6. Nigerian Association of Law Libraries (NALL)
7. National Association of Library & Information Science Educators (NALISE)
8. Public Libraries Section (PLS)
9. Information Technology Section (ITS)
10. Nigerian School Library Association (NSLA)
11. Association of Libraries for Visually Handicapped (ALVH)
12. Preservation and Conservation Section (PCS)
13. Medical Libraries Section (MDLS)
Source : (NLA, 2017)
La NLA compte plusieurs objectifs comme la centralisation des gens intéressés par les bibliothèques, la bibliothéconomie et les services d’information. (NLA, 2017) L’association se donne aussi une mission d’advocacy, soit de défendre les intérêts professionnels des bibliothécaires et du développement des bibliothèques. La NLA s’intéresse de près à la législation entourant les institutions, que ce soit au niveau de la gestion ou de la régulation. L’association encourage les études bibliographiques, la recherche et la coopération entre bibliothèques. (NLA, 2017)
Notamment, les institutions universitaires du Nigéria se sont concertées pour mettre en place une structure d’achat groupé pour les périodiques savants. (Ozowa, 1993, p. 37) Malgré tout, la coopération des bibliothèques n’est pas établie complètement selon Ozowa et comporte de nombreux défis pour s’améliorer. Les obstacles majeurs à cette coopération des bibliothèques soulevés par Ozawa dans l’article « Effective Library Co-operation » sont le manque de financement, le manque des ressources à partager, l’inaccessibilité bibliographique dans certaines disciplines (par exemple en sciences et technologies selon des données datant de 1993) et les difficultés reliées à la communication entre les bibliothèques. (Ozowa, 1993)
La Nigerian Library Association joue un rôle important au niveau de la formation de ses membres en offrant des formations par groupes d’intérêts comme la section des technologies de l’information. De plus, l’Association se rencontre pour des conférences annuelles portant sur des thématiques variées. (Gbaje, 2013) Par exemple, en septembre 2007, plus de 400 délégués représentant 30 des 37 états impliqués dans la Nigerian Library Association étaient réunis à leur conférence nationale intitulée « Nigerian libraries for the future : progess, development and partnerships ». (Ogugua et al., 2007, p. 11) Aussi, il est manifeste que la NLA suit les recommandations de l’IFLA pour favoriser le développement des bibliothèques nigérianes. (NLA, 2017)
Cadre législatif
La bibliothèque est un acteur vital pour soutenir le développement culturel et intellectuel des citoyens d’une communauté donnée. (Edem et al., 2017; Opara, 2008) La bibliothèque peut aider, par sa structure et ses services, dans une large mesure, le développement de toute personne ou de tout groupe. Cependant, la bibliothèque publique doit se fonder sur une législation garantissant leur pérennité. La mission de la bibliothèque est destinée à rehausser la grandeur d’une nation, mais cela ne peut être réalisé que par la mise en œuvre de la législation sur les bibliothèques publiques. Edem, Eke et Usoro citent le père de la bibliothèque nigériane, le professeur John Harris, qui a déclaré : « the permanence and development of public library should be measured by appropriate legislation ». (Edem et al., 2017)
En 1953, le séminaire de l’UNESCO à Ibanan pose les bases d’un cadre législatif. Cet événement aide à stimuler les gouvernements africains à adopter des législations sur les politiques publiques. (Edem et al., 2017; Opara, 2008) Ainsi, la période allant de 1955 à 1980 au Nigéria se définit comme une période florissante par rapport à la reconnaissance immuable des bibliothèques et le support qu’elle obtient de la part de l’élite politique et intellectuelle. (Opara, 2008) Mambo mentionne qu’elles obtenaient à cette époque autant d’attention que le secteur de la santé et de l’éducation. (1998, cité dans Opara, 2008) Il y a une urgence sociale, économique et politique, surtout après l’indépendance du pays, de s’émanciper politiquement, mais également un grand besoin d’alphabétisation. (Zeleza, 2000, cité dans Opara, 2008 ; Azikewe, 1937, cité dans Opara, 2008)
L’ancien gouvernement régional du Nigéria oriental décrète, en 1955, la première loi sur les bibliothèques publiques au Nigéria. (Edem et al., 2017; Opara, 2008). Cette loi énonce les principes fondamentaux et les visées éthiques des bibliothèques nigérianes. Elle est un guide pour les bibliothécaires et les décideurs, tout en invitant le gouvernement à s’impliquer. (Edem et al., 2017) Par la suite, les gouvernements des régions de l’Ouest et du Nord adoptent respectivement des lois sur le dépôt légal en 1957 et 1964. Le siège du Conseil des bibliothèques du Nigéria oriental est fondé en 1959. Sa fonction est de superviser les bibliothèques des départements gouvernementaux. (Edem et al., 2017; Opara, 2008) Avant le déclenchement de la guerre civile nigériane en 1967, le Conseil avait construit et ouvert des bibliothèques divisionnaires à Umuahia, Onitsha, Ikot-Ekpene et Calabar. (Opara, 2008) Aujourd’hui, la plupart des États de la fédération ont adopté des lois et ont créé des conseils de bibliothèques publiques, mais qui légifèrent à divers degrés d’efficacité. (Edem et al., 2017)
Information complémentaire
Le système de bibliothèques au Nigéria s’inscrit dans un contexte postcolonial. En effet, au lendemain de l’indépendance, la bureaucratie coloniale est conservée en majeure partie pour éviter un chaos organisationnel, tout en priorisant une « africanisation » de ces institutions. (Iliffe, 2016, p. 525) Ce processus est continu avec l’appropriation de la culture informationnelle par les bibliothèques nigérianes. Notamment, la Nigerian Library Association se proposait en 2018, dans le cadre de sa conférence annuelle, d’aborder la bibliothèque comme un agent de changement au Nigéria. Les sujets variaient au niveau des institutions privées et publiques, de l’éducation, de l’intégration nationale et plus encore. (NLA, 2018) Prenons un exemple de décolonisation qui est toujours d’actualité aujourd’hui et dans lequel la bibliothèque a un rôle à jouer : la culture. La culture nigériane a été influencée par la colonisation et l’imposition d’un modèle anglais auprès de la société du Nigéria. (Makinta, 1993) Makinta souligne quelques résultats de cette colonisation : l’aliénation, l’hostilité et un sentiment d’infériorité, entre autres choses. (Makinta, 1993) Face à cela, la bibliothèque publique a un rôle de projection, de mise en valeur de la culture nigériane et elle participe à l’élaboration identitaire nigériane. Que ce soit au niveau des connaissances ancestrales, de la tradition orale, des arts ou des dialogues interculturels, la bibliothèque se doit de les faire connaître. (Makinta, 1993) En 1937, Azikiwe avançait que les Africains n’avaient pas seulement besoin d’émancipation politique, mais aussi d’être libérés de l’ignorance et de l’analphabétisation. Dans ce contexte, la bibliothèque est un instrument crucial pour apporter littératie et éducation à la population. C’est ce que nous entendons aussi par propager la culture : non seulement la promouvoir, mais en assurer l’accès. (Opara, 2008) La culture est un bon exemple pour traiter des bibliothèques puisqu’elle est constamment en mouvance. Dans le cas nigérian, la culture traditionnelle s’est modifiée avec la colonisation, puis à nouveau avec la décolonisation et encore avec l’urbanisation de la population. (Makinta, 1993) En somme, les bibliothèques ont le rôle au Nigéria notamment de valoriser la culture et la littératie dans un contexte postcolonial.
Bibliographie
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