27 Norvège
(Patricia Bossé, Valérie Corriveau et Karolanne O’Keefe)
1. Profil du pays
Reconnue pour ses fjords, la diversité de ses paysages insulaires et son climat tempéré, la Norvège est un pays situé au nord de l’Europe (OMS, 2020). Sa capitale est Oslo. Elle partage des frontières avec la Suède, la Finlande et la Russie (Université Laval, 2015). Souvent comparée à l’Italie en termes de superficie, sa population totale s’élève à 5 255 000 millions d’habitants répartis de manière assez inégale au sein de 19 comtés administratifs (OMS, 2020). Au plan linguistique comme ethnique, la Norvège est relativement homogène ; 97% de la population parle le norvégien (variantes ; bokmål et nynorsk) et si elle enregistre des taux d’immigration de plus en plus marqués depuis 2012, une diminution est observable ces dernières années (Université de Sherbrooke, 2019). Le plus souvent associée à des valeurs d’égalité, d’ouverture et de progressisme dans les représentations collectives, elle obtient l’un des indices les plus hauts quant à la démocratie (9.9) et présente un taux très bas d’inégalités sociales et de chômage (3,9% en 2019) (Université de Sherbrooke, 2019 ; OMS 2020). Prospère également au niveau économique, elle regorge de ressources naturelles, dont le pétrole qui représente une part importante de ses revenus générés et compte un PIB parmi l’un des plus élevés au monde (Le nouvel observateur, 2011). Enfin, les pratiques culturelles sont tournées vers la lecture et la valorisation des littératures, domaine dans lesquelles les femmes se sont particulièrement illustrées suite à la Seconde Guerre mondiale.
2. Histoire
Une histoire contemporaine marquée par des politiques culturelles axées sur l’éducation des enfants/jeunes
À l’image de sa politique sociale très développée, notamment en matière de développement de ses services publics (CIRDIS, 2012), la Norvège possède un vaste réseau de bibliothèques publiques, modernes et accessibles à tous, proposant à la fois des initiatives inclusives et innovantes tournées vers l’éducation (IFLA, 2005 ; Brygfjeld, 2019). Si c’est d’abord sous la forme de petites sociétés de lectures portant les grands idéaux des Lumières au 18e siècle que se sont développés ces lieux de cultures, c’est aussi très tôt, soit en 1851, que les bibliothèques seront subventionnées par le gouvernement et qu’elles occuperont une place importante dans les politiques de réductions des inégalités (IFLA, 2005).
Plus particulièrement, c’est au lendemain des années 70, période de (re)conceptualisation des périodes de la vie, que la jeunesse a été mise au premier plan des stratégies politiques (Galland, 2001 ; Brougère & Vandenbroeck, 2007), afin d’investir le futur de la société. Ce fort engagement politique en matière d’éducation a conduit, un peu naturellement, à s’intéresser aux bibliothèques comme lieux d’apprentissage, de loisirs et de développement de l’individu. La Norvège s’est aussi inspirée du modèle de services américain qui met l’accent sur les connaissances en littérature enfantine et sur le développement de sections jeunesse comme stratégies d’innovation dans les changements en cours (IFLA, 2005). À ce jour, les bibliothèques publiques sont soumises à plusieurs obligations, dont celles de faire partie du réseau des bibliothèques norvégiennes tout en travaillant ensemble à mettre en place des actions communes pour être accessibles à tous (ex. : prêt inter établissement). Plus particulièrement, il s’agit de développer des partenariats avec les écoles pour soutenir le plaisir de la lecture, et « des conditions d’égalité libres de toute influence commerciale » (IFLA, 2005). La coopération en réseau et la collaboration quotidienne entre les différents acteurs éducatifs locaux, allant du bibliothécaire, de l’écrivain et de son éditeur jusqu’à l’enseignant pour créer des espaces d’échanges et de cocréation des savoirs, permet de tendre vers une pédagogie personnalisée centrée sur l’apprenant, et ce dans un rapport enfant/adulte pensé sur le mode horizontal (IFLA, 2005 ; PIE, 2020).
3. Types de bibliothèques
3.1 Bibliothèques scolaires
En Norvège, la Loi sur l’Éducation et ses Règlements de 1998-1999 impose aux écoles que « tous les élèves aient accès à une bibliothèque scolaire » (Rafste et al., 2005, p.3) et planifie également une coopération avec les bibliothèques publiques, ce dernier point ayant été retiré de la loi en 2013. Néanmoins, en raison du système politique décentralisé de la Norvège et de priorités politiques qui diffèrent au niveau local, les bibliothèques scolaires reposent sur des assises extrêmement variables d’une école à l’autre. (Rafste et al., 2005, p.4) En effet, il n’existe pas de directives claires concernant, entre autres, « le personnel, les budgets, l’espace et l’équipement de ces bibliothèques scolaires » (Rafste et al., 2005, p.3).
Plusieurs programmes, à résultats variables, ont été lancés à l’échelle nationale pour tenter de renforcer l’utilisation de la bibliothèque scolaire comme outil éducatif. Ainsi, le programme « De la place pour la lecture », de 2003 à 2007, avait pour but d’améliorer les compétences de lecture et le plaisir de lire des élèves norvégiens des niveaux primaire et secondaire. Ce programme « a mené à un plus grand investissement dans les bibliothèques scolaires partout dans le pays. » (Ingvaldsen, 2014, p.3) Il y a aussi eu le Norwegian School Library Program de 2009 à 2013 impliquant 210 projets dans 173 écoles primaires et secondaires (Ingvaldsen, 2014, p.1). Ce programme, « par ses projets, visait l’intégration de la bibliothèque scolaire comme outil pédagogique dans l’apprentissage de la lecture et la promotion des compétences informationnelles » (Ingvaldsen, 2014, p.1). Cependant, les résultats montrent qu’à l’échelle nationale, « le nombre d’écoles utilisant la bibliothèque comme outil pédagogique n’a pas augmenté et qu’un peu moins de la moitié des écoles primaires n’emploient pas de bibliothécaires scolaires professionnels » (IFLA, 2014, p.6). Des stratégies floues, une législation faible et un manque de priorisation politique ont été identifiés dans le rapport de la NIFU (Nordic Institute for Studies in Innovation, Research and Education) pour expliquer la stagnation des bibliothèques scolaires à l’échelle nationale (IFLA : Ingvaldsen, 2014, p.6).
3.2 Bibliothèques publiques
La Norvège compte actuellement 422 bibliothèques publiques. (Ministry of Culture & Ministry of Education and Research, 2019, p.10) En Norvège, les bibliothèques publiques sont des institutions municipales dont « la municipalité en est le financeur exclusif […] » (Mäkinen, 2013, p.198). La Norvège comptant 430 communes (Levreaud, 2011) comportant de fortes disparités en termes d’habitants, les bibliothèques publiques sont adaptées en fonction de leur communauté. Cependant, chaque municipalité est tenue de détenir une bibliothèque publique par la Loi sur les bibliothèques publiques (Chapitre II, section IV).
Outre les missions traditionnelles associées à la bibliothèque publique telles que la promotion de l’accès à l’information, à l’éducation et aux autres activités culturelles par la formation et l’accès gratuit aux ressources informationnelles, cette même loi souligne que « les bibliothèques publiques doivent être des endroits de rencontre indépendants et des arènes de discussions publiques et de débats » (Loi sur les bibliothèques publiques, Chapitre I, section I). Les bibliothèques publiques de Norvège ont donc bien intégré le concept de bibliothèque troisième lieu au sein de leur mission, elles constituent d’ailleurs, avec les autres pays scandinaves, des modèles en la matière. Les bibliothèques qui sont rénovées ou créées se caractérisent par la création d’espaces autres que ceux retrouvés traditionnellement dans une bibliothèque publique. Par exemple, le comté de Troms a mis en place le « Space project », apportant des changements dans l’utilisation des bibliothèques de 15 municipalités. Ce projet reprenait le modèle danois des quatre espaces en bibliothèques publiques, soit « l’espace inspiration », « l’espace éducatif », « l’espace rencontre » et « l’espace performance » (IFLA : Somby, 2017), l’objectif étant de penser la bibliothèque moins en termes de « collection » que de « connexion » entre les membres de la communauté.
3.3 Bibliothèque nationale
La Norvège étant un jeune pays, ses institutions nationales le sont également. Jusqu’en 1989, la Bibliothèque nationale faisait partie de l’université d’Oslo. À partir de ce moment, la Bibliothèque nationale partage ses locaux entre d’anciens locaux de l’université d’Oslo et la ville de Mo i Rana où est établi le dépôt légal. Elle acquiert de plus en plus de responsabilités de la part du Ministère de la Culture de la Norvège. Depuis 2010, « la Bibliothèque nationale de Norvège est à la fois la bibliothèque de référence et l’organisme gouvernemental en charge du développement des bibliothèques. » (Mäkinen, 2013, p.196) Son mandat, clarifié en 2011 par le Ministère de la Culture, la place comme « une infrastructure clé pour toutes les bibliothèques norvégiennes au travers de l’établissement de normes bibliographiques, de la production de bibliographies nationales et autres bibliographies spécialisées, et du fonctionnement de la bibliothèque de dépôt. » (Mäkinen, 2013, p.195) La Bibliothèque nationale a aussi la charge, depuis 2009, de développer la Bibliothèque numérique norvégienne et l’accès aux ressources numériques dans les bibliothèques du pays. (Levreaud, 2011, p.23).
3.4 Bibliothèques de recherche
Les bibliothèques universitaires et collégiales de Norvège visent à « garantir aux chercheurs et aux étudiants l’accès à des sources de connaissances actuelles et de qualité et à aider à améliorer la qualité de l’éducation et de la recherche (Ministry of Culture & Ministry of Education and Research, 2019, p.11). Les bibliothèques de recherche de Norvège sont aussi grandement concernées par le libre accès. En effet, le gouvernement norvégien a fourni des lignes directrices pour atteindre le but fixé de rendre disponible en libre accès tous les articles de recherche norvégiens payés par le financement public. On s’attend notamment à ce que la communauté de recherche en particulier « promeuve le libre accès par le biais de leurs réseaux nationaux et internationaux, et convertisse les revues importantes dans leurs domaines thématiques, pour l’instant disponibles sur abonnement, en libre accès » (Ministry of Education and Research, 2017).
3.5 Bibliothèques spécialisées
En Norvège, les bibliothèques spécialisées et les bibliothèques de recherche n’ont pas des objectifs très différents. Par exemple, dans sa stratégie nationale pour les bibliothèques de 2020 à 2023, le Ministère de la Culture et le Ministère de l’Éducation et de la Recherche ne les traitent pas séparément. Les bibliothèques spécialisées incluent les bibliothèques scientifiques, les bibliothèques des institutions de santé, les bibliothèques de ministère et du parlement, les bibliothèques de musées et d’archives, ainsi que d’autres bibliothèques spécialisées publiques et privées.
3.6 La Norwegian Library of Talking Books and Braille: une inclassable
À mi-chemin entre la bibliothèque publique et la bibliothèque académique, la Norwegian Library of Talking Books and Braille (NLB) est inclassable. Administrée sous l’autorité du Ministère de la Culture, elle a pour mission sociale d’assurer l’accès sans discrimination à la littérature et à l’information pour les personnes ayant un handicap rendant difficile la lecture de textes imprimés (Ministry of Culture & Ministry of Education and Research, 2019, p.12.). La NLB produit chaque année 1100 nouveaux livres sonores et 400 livres en braille et prête des livres sonores et en braille pour les enfants et les adultes. (NLB, s.d). Entre 2019 et 2024, la NLB prévoit, entre autres, collaborer avec les bibliothèques publiques et les écoles pour assurer à ces clientèles un meilleur accès à leurs ressources.
4. Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
Un système éducatif qui supporte une professionnalisation en tension entre une tradition technique adaptée au marché du travail et une formation théorique universitaire
Contrairement aux autres pays nordiques, les systèmes éducatifs de la Norvège et de la Suède ont en commun l’hybridation de leurs filières de formation, divisée entre les universités publiques et les grandes écoles (privées) (BBF, 2005). C’est en 1995 que le monopole national sur la formation en bibliothéconomie prend fin et en 2003, lors de la réforme de Bologne que les programmes ont été intégrés au système national de diplômes, rompant ainsi ses derniers liens avec la dominance technique de la formation jusqu’alors dispensée (IFLA, 2005).
En Norvège comme ailleurs dans les pays nordiques, il semblerait que la tendance soit à l’affaiblissement d’une professionnalisation disciplinaire très stricte au profit d’une approche éducative multidisciplinaire; on retrouve, à l’intersection des cours de bibliothéconomie dits plus « classiques » des cours de pédagogie, d’informatique, d’analyse littéraire ou de sociologie appliquée à la discipline (BBF, 2020 ; IFLA 2005). Le cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques, ainsi formulé, tend à se rapprocher au plus près des impératifs du marché du travail actuel (mondial) reconfiguré autour de la multidisciplinarité comme atout du travailleur, mais demeure en même temps attaché à préserver ses spécificités disciplinaires pour imposer sa fonction sociale et économique selon d’où l’on regarde. L’École d’Oslo demeure la plus « traditionnelle » dans ce domaine au sens où elle conserve davantage de ses aspects techniques dans la formation offerte (IFLA, 2005). Mentionnons que le « pragmatisme scandinave » tel qu’il se déploie, n’échappe pas aux questionnements, soulevés à juste titre, concernant les nouvelles mesures d’évaluation d’efficacité des financements des établissements. En effet, même si le taux de diplomation/placement des étudiants notamment en sciences de l’information et des bibliothèques atteint les 90% (BBF, 2020), démontrant une certaine réussite du modèle, la montée d’une logique actuarielle occasionne aussi son lot de paradoxes (Stensaker, 2014, IFLA, 2005).
Enfin, la formation continue occupe une place très importante chez les professionnels de l’information. À titre d’exemple, 11% des activités de l’école d’Oslo sont consacrées chaque année à la mise à jour des connaissances et compétences professionnelles des travailleurs (BBF, 2020). Toujours dans l’optique de réduire l’écart entre les milieux de la recherche et du marché de l’emploi (IFLA,2005), tous les deux ans se réunissent bibliothécaires et enseignants des écoles de bibliothéconomie pour échanger sur les défis à venir, et partant de là, les projets à développer en commun. Sur le plan international, le dynamisme de la coopération professionnelle est visible par la collaboration à plusieurs travaux de l’IFLA, de l’ISO et de la FID, et de nombreux échanges étudiants sont faits entre Oslo, Liverpool et les écoles britanniques et américaines (BBF, 2020).
5. Association des bibliothèques
La principale association représentant les bibliothèques de Norvège est la Norsk Bibliotekforening (Association norvégienne des bibliothèques). Fondée à Oslo en 1913, son rôle est de promouvoir et développer des politiques pour l’ensemble des bibliothèques et des services d’informations, toutes catégories confondues (Indergaard, 2005, p.133). Ses membres jouent un grand rôle dans la collaboration entre les bibliothèques et le gouvernement en tant que principaux défenseurs et instigateurs des principes fondamentaux pour les bibliothèques. En date d’aujourd’hui, l’Association compte près de 3000 membres, incluant politiciens, auteurs et bibliothécaires en tant que membres individuels, ainsi que plusieurs bibliothèques, universités et municipalités en tant que membres institutionnels (Association norvégienne des bibliothèques, 2020). Les priorités de l’Association sont de souligner l’importance des bibliothèques dans le processus démocratique, de promouvoir la liberté d’expression et d’accès à l’information, de promouvoir la connaissance, l’information, la culture, l’éducation, la recherche et l’innovation, d’assurer le développement et l’innovation numérique, de travailler pour le financement par l’État des licences nationales et d’accroître le soutien au libre accès et enfin de construire des alliances avec les organisations nationales et internationales. L’Association comprend six groupes professionnels travaillant sur différents projets : jeunesse, prêts entre bibliothèques et référence, Mobilis (bibliothèque mobile), écoles, bibliothèques multiculturelles et médecine et sciences de la santé.
La Norsk Fagbibliotekforening (Association norvégienne des bibliothèques spécialisées) travaille dans l’intérêt des bibliothèques spécialisées et de recherche. L’association principale est située à Oslo et comprend deux branches locales situées à Bergen et Trondheim (Association norvégienne des bibliothèques spécialisées, 2020).
La Bibliotekarforbundet (Association des bibliothécaires) de Norvège, également fondée à Oslo en 1993, compte environ 1800 membres. Ses objectifs sont de rassembler les bibliothécaires de tous les secteurs et les étudiants en bibliothéconomie, de promouvoir la profession de bibliothécaire et de revendiquer de bonnes conditions de travail (Association des bibliothécaires 2020).
Il existe une importante coopération entre pays nordiques (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède) en bibliothéconomie. La Nordisk vitenskapelig bibliotekarforbund (Association des bibliothécaires de recherche des pays nordiques), fondée en 1947, est toujours à l’œuvre aujourd’hui sous la forme d’un réseau de petits groupes de travail (Mäkinen, 2013, p. 183). Également, l’ARLIS/Norden (Art Library Society/Norden), est une association fondée à Oslo en 1986 spécifiquement pour les bibliothèques et les bibliothécaires spécialisées dans l’art, l’art industriel, le design, l’architecture, la photographie et autres domaines connexes. Ses principaux objectifs sont de promouvoir les intérêts professionnels en matière d’éducation, d’activités de recherche et de publications. Elle regroupe des membres institutionnels et individuels provenant des cinq pays nordiques (ARLIS/Norden, 2020).
6. Cadre législatif
En Norvège, le domaine de la bibliothéconomie relève en plus haute instance du Ministère de la culture. Il est intéressant de mentionner l’existence temporaire du ABM-utvikling ou Statens senter for arkiv, bibliotek og museum (Centre national des archives, bibliothèques et musées), une agence gouvernementale relevant du Ministère de la culture. Fondée en 2003, suite à la fusion de la Direction norvégienne des bibliothèques publiques, de l’Autorité norvégienne des musées, des Archives norvégiennes et de l’Office national de la recherche et des bibliothèques spécialisées, elle a été dissoute en 2011. Les compétences de l’agence sont maintenant sous l’égide de la Bibliothèque nationale (Mäkinen, 2013, p. 191).
En 1935, la Norvège a adopté sa première Loi sur les bibliothèques publiques. En 1947, la loi stipule que chaque commune doit se doter d’une bibliothèque publique. En outre, elle se base sur trois autres principes dont la gratuité de l’accès et des prêts, les bibliothèques en réseau et la compétence du personnel (Mäkinen, 2013, p. 188). La loi a ensuite été modifiée à plusieurs reprises dont en 1985 (Ministère de la culture, 1985) et la dernière refonte a été annoncée en 2013 (Ministère de la culture, 2013). Un des principaux points discutés dans les objectifs de la loi est la valorisation de la bibliothèque publique comme lieu de socialisation.
La Loi sur l’éducation de 1998-1999, mise à jour en 2019 (Ministère de l’éducation et de la recherche, 2019), impose l’accès à une bibliothèque scolaire pour chaque élève de niveau primaire et secondaire. Dans le même sens, la Loi relative aux universités et aux collèges universitaires déclare que tous les établissements d’enseignement supérieur doivent se doter de leur propre bibliothèque et fournir des services appropriés (Mäkinen, 2013, p. 188). Le Ministère de l’éducation et de la recherche peut également donner à certaines institutions le mandat de développer, gérer et maintenir des bibliothèques de recherche, des répertoires de connaissances ou des bases de données spécifiques (Ministère de l’éducation et de la recherche, 2005).
C’est en 1893 que la Norvège s’est jointe à la Convention de Berne et a entériné sa nouvelle loi en matière de protection des droits intellectuels, soit la Loi sur le droit des auteurs et des artistes (Bureau international, 1894). En 1961, le gouvernement norvégien adopte la Loi relative au droit d’auteur pour les œuvres littéraires, scientifiques et artistiques, qui a été remplacée en 2018 (Ministère de la culture, 2018). Il y est entre autres établi que les œuvres publiées par les auteurs norvégiens deviennent libres de droit 70 ans après la mort de leur créateur.
La Norvège est le deuxième pays, suite au Danemark, à s’être doté d’une politique de droit de prêt public (Ministère de la culture, 1987). Ce droit juridique, adopté en 1947, accorde aux auteurs une compensation financière du gouvernement en échange de la gratuité du prêt de leurs ouvrages dans les bibliothèques publiques (Mäkinen, 2013, p. 193). Les pays nordiques sont des précurseurs à ce sujet, l’assemblée de la Nordic Author’s Association ayant voté une résolution en 1919, enjoignant les gouvernements à verser une contribution pour le prêt de leurs ouvrages dans les bibliothèques. En Norvège, comme il ne relève pas de la Loi sur le droit d’auteur, le droit de prêt public est versé uniquement aux auteurs écrivant dans la langue nationale (Parker, 2018, p. 4-8).
7. Information complémentaire/particularités
Depuis 2009, les services des bibliothèques publiques sont étendus à la totalité des prisons de Norvège, suite à une annonce du gouvernement promettant à tous les détenus l’accès à une bibliothèque. L’objectif de cette mesure est d’améliorer les compétences en lecture des détenus en vue de leur libération. En outre, la bibliothèque fait office de refuge où ils peuvent socialiser, jouer ou lire les journaux. Malgré les différents défis occasionnés par la définition des conditions d’utilisation et les différences d’éducation des usagers, les statistiques de plusieurs bibliothèques témoignent, en 2007, qu’un détenu en prison empruntait 18 fois plus de documents qu’un usager moyen dans les bibliothèques publiques (Ljødal, 2009).
La Helsebiblioteket (Bibliothèque de santé numérique) de Norvège est une base de données fournissant un accès gratuit à une multitude de ressources en ligne destinées aux professionnels de la santé. Lancée en 2006 par le Ministère de la santé et des soins, on y retrouve des procédures professionnelles, des encyclopédies, des bases de données, des revues et d’autres types de ressources. Le service est financé par les fonds publics et opéré par l’Institut norvégien de la santé publique (Holtermann, 2016). Ces ressources, souvent offertes uniquement aux chercheurs et aux étudiants universitaires, sont particulièrement onéreuses et souvent inaccessibles pour les professionnels en région.
8. Références
ARLIS/Norden. (2020). Association.
http://www.arlisnorden.org/association.html
Association des bibliothécaires norvégiens. (2020). Norwegian union of Librarians. https://www.bibforb.no/en/norwegian-union-of-librarians/
Association norvégienne des bibliothèques. (2020). About Norwegian Library Association. https://norskbibliotekforening.no/in-english/
Association norvégienne des bibliothèques spécialisées. (2020). Norsk Fagbibliotekforening. https://norskbibliotekforening.no/faggruppe/norsk-fagbibliotekforening/
Brougère & Vandenbroeck (2007). Repenser l’éducation des jeunes enfants. Bruxelles : PIE Lang. 288p.
Bulletin des bibliothèques de France (BBF). (2020). La formation professionnelle des bibliothécaires dans les pays nordiques. https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1984-04-0322-001#note-*
Bureau international pour la protection des œuvres littéraires et artistiques. (1894). La protection des droits d’auteurs dans les pays scandinaves : Norvège, Danemark. Le droit d’auteur, 7(1), 1-3. https://www.wipo.int/edocs/pubdocs/fr/copyright/120/wipo_pub_120_1894_01.pdf
Centre interdisciplinaire de recherche en développement international de l’UQAM. (2012). L’aide publique au développement de la Norvège-Fiche technique no 2012-04.
Galland, (2001). Adolescence, post-adolescence, jeunesse : retour sur quelques interprétations. Revue française de sociologie, vol 42(4). 31p.
Holtermann, M. (2016). The Norwegian electronic health library. https://www.helsebiblioteket.no/om-oss/english
IFLA (2005). World Library and information Congress : 71th IFLA general conference and council-Libraries a voyage of discovery. Aperçu des bibliothèques publiques norvégiennes
Indergaard, L. H. (2005). A voyage through the Norwegian library landscape and some challenges on the horizon. IFLA Journal, 31(2), 133–145. https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/0340035205054877
Levreaud, P. (2011). Norvège : Politique d’État et autonomie communale. Bibliothèque(s) – Revue de l’Association des bibliothécaires de France, (55), 21-23. https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/notices/59965-dossier-pays-nordiques
Ljødal, H. K. (2009). Prison libraries – a contribution to punishment that works? Scandinavian Library Quarterly, 42(2). http://slq.nu/index2de6.html?article=norway-prison-libraries-a-contribution-to-punishment-that-works
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