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1 Afrique du Sud

(Sandrine Julien, Julie Langlois Côté et Gregory Sides)

Profil du pays

La République d’Afrique du Sud, comme son nom l’indique, se trouve dans la région australe du continent africain. En plus de se situer à l’extrémité de l’Afrique, ce pays a la particularité géographique de complètement entourer le territoire d’une autre nation ; le royaume du Lesotho. L’Afrique du Sud a une superficie de 1 221 000 km2, est constituée de neuf provinces et possède trois capitales (Le Cap, Pretoria, Bloemfontein) (Encyclopédie Larousse, s. d.). La ville la plus populeuse est toutefois Johannesburg, et le christianisme est la religion la plus pratiquée. En 2020, l’estimation du nombre d’habitants est de 56 463 617 Sud-Africains, l’espérance de vie est de 65 ans alors que les langues les plus parlées sont le zoulou, suivi par le xhosa, puis l’afrikaans. L’anglais arrive au sixième rang, étant la langue principale de 8% des habitants (Central Intelligence Agency [CIA], s. d.). La République d’Afrique du Sud est membre du Commonwealth, du Groupe des vingt (G20) et de l’association BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). La richesse en minéraux des terres sud-africaines a favorisé le développement du pays. L’exploitation des diamants, du chrome, du titane, du manganèse et du charbon a permis à l’Afrique du Sud de se démarquer en tant que puissance économique au sein du continent (CIA, s. d.).

Histoire

La position géographique stratégique du territoire sud-africain a été remarquée par les Britanniques qui se sont emparés de force de la colonie du Cap en 1795 (BBC News World, 2018). La lutte pour l’indépendance de l’Afrique du Sud fut longue et ardue. Vers le milieu du XIXe siècle, un immense mouvement migratoire, nommé le Grand Trek, fut effectué par le peuple sud-africain. Il s’agit là d’un acte politique exprimant leur désir d’affranchissement (Cobbing, s. d.). Quelques décennies plus tard (1899-1902), la guerre de l’Afrique du Sud, aussi nommée seconde guerre des Boers, éclate. Les deux républiques de l’Afrique du Sud impliquées dans le conflit perdent contre la Grande-Bretagne. Le pays est alors intégré à l’Empire britannique jusqu’en 1910, date de l’Union d’Afrique du Sud. Un acte d’indépendance est produit en 1934, mais ce n’est toutefois qu’en 1961 que le pays se dissocie entièrement de la Grande-Bretagne (BBC News World, 2018). La politique de l’apartheid qui fut en place pendant la deuxième moitié du XXe siècle séparait la population selon des critères raciaux. Ce régime discriminatoire fut aboli quatre ans après la libération de Mandela ayant passé 27 ans en prison, c’est-à-dire en 1994 alors qu’il devient président du pays (Teulié, 2019). Le chef d’État actuel, Ramaphosa, succéda à Zuma alors que ce dernier démissionne à la suite de maints scandales et de nombreuses accusations de corruption (Cobbing, s. d.).

Naturellement, l’histoire des bibliothèques sud-africaines est étroitement liée au développement du pays lui-même. Les institutions publiques ont d’abord été une manière de fournir une éducation plus complète au peuple ; moins axée sur la religion. L’évolution des bibliothèques en Afrique du Sud est donc un long processus partant des sociétés de lecture privées jusqu’aux institutions publiques accessibles de nos jours. Le niveau de vie et d’éducation varie beaucoup au sein de la population sud-africaine depuis l’apartheid. Cette différence influence la présence des usagers en bibliothèques. Les institutions de certaines régions du pays, où le taux de fréquentation des écoles est plus élevé, attirent habituellement une clientèle plus nombreuse, tandis que les personnes vivant dans des secteurs plus pauvres sont moins portées à se rendre en bibliothèques. À partir du XXe siècle, diverses initiatives font leur apparition. Ces nouveaux services et projets ont comme objectif de valoriser les ressources proposées par les bibliothèques de l’Afrique du Sud. Plusieurs activités encouragent les femmes, souvent moins enclines à la lecture, particulièrement dans les milieux ruraux, à emprunter des livres, puis à discuter de leurs lectures (Dick, 2007).

Types de bibliothèques

La bibliothèque en Afrique du Sud connaît un grand changement depuis la chute du gouvernement de l’apartheid en 1994. Avant cette année, la responsabilité des services bibliothécaires était entièrement entre les mains du secteur privé (Helling, 2012, p. 40). Même aujourd’hui, la distribution des services de bibliothécaires est fortement marquée par la discrimination du régime de l’apartheid, avec un écart important entre les grandes villes et les régions dans la qualité des services disponibles (Stilwell, 2007, p. 92). Deux grands thèmes caractérisent presque chaque aspect du système des bibliothèques en Afrique du Sud : la décentralisation et de grandes inégalités systémiques. Une inégalité qui touche tous les types de bibliothèques est l’inégalité raciale, qui se complique à cause de la diversité linguistique. La bibliothèque étant à l’origine une institution des colonisateurs blancs, les bibliothèques du pays font face au défi d’adapter leurs services aux besoins de l’ensemble de la population.

Le nombre de bibliothèques en Afrique du Sud est très instable, compliquant les tentatives de faire le recensement de ces établissements. Les raisons de cette instabilité sont les réformes, les fusionnements et les divisions qui s’effectuent à chaque palier du gouvernement pendant que les effets racistes du système de l’apartheid se font toujours sentir. En 1999, le pays comptait environ 11 372 bibliothèques, dont 1 253 bibliothèques publiques ou communautaires, 456 bibliothèques spécialisées, 90 bibliothèques gouvernementales et 36 bibliothèques universitaires (Stilwell, 2007, p. 92–93).

Bibliothèque nationale

L’organisation de la bibliothèque nationale d’Afrique du Sud reflète le caractère polycentrique qui distingue la plupart des institutions du pays. La bibliothèque actuelle est née de la fusion en 1999 de la South African Library à Cape Town et la State Library à Pretoria (Lor et van der Walt, 2003, p. 2084).

Gérée par un conseil de neuf membres, nommés par le Ministry of Arts, Culture, Science and Technology, la bibliothèque nationale jouit d’une considérable autonomie pour établir ses priorités (Lor et van der Walt, 2003, p. 2085). Les fonctions de la bibliothèque nationale s’organisent en deux sections : celles qui concernent directement la bibliothéconomie et celles qui concernent la culture de façon générale. En 2003, la bibliothèque nationale mène plusieurs programmes nationaux pour remplir ses fonctions : la gestion des collections, les services bibliographiques, les services informationnels, les services d’approvisionnement des documents, les services de préservation et la valorisation du patrimoine.

Le campus à Pretoria gère le Southern African Interlending Scheme (Programme sud-africain de prêt entre bibliothèques) qui organise le partage de ressources entre plus de 700 bibliothèques en Afrique du Sud (Stilwell, 2007, p. 93). De son côté, le campus au Cap comprend le Center for the Book (CFB, Centre pour le livre). Inspiré par l’institution du même nom aux États-Unis (Lor et van der Walt, 2003, p. 2088), le CFB est l’unité de diffusion et valorisation de la bibliothèque nationale. Il fait la promotion de la lecture, de l’écriture et de l’édition dans les langues autochtones (Satgoor, 2015, p. 102).

En collaboration avec les archives nationales d’Afrique du Sud, la bibliothèque nationale implémente le Digital Imaging Project of South Africa (DISA, Projet sud-africain pour l’imagerie numérique) avec le double mandat de numériser le patrimoine sud-africain et de former les professionnels dans les techniques de l’imagerie numérique. Le DISA participe à des collaborations internationales pour partager ses compétences et infrastructures avec d’autres pays du sud de l’Afrique (Tsebe, 2005).

Bibliothèques publiques

En 2013, l’Afrique du Sud comptait neuf réseaux de bibliothèques provinciaux et six réseaux municipaux (Satgoor, 2015, p. 103). À l’exception des bibliothèques nationales, le réseau des bibliothèques publiques relève de la compétence des provinces, qui délèguent certains pouvoirs aux municipalités – le résultat étant une situation qui complique le développement et l’application de normes nationales. Les tâches aussi fondamentales que le financement des infrastructures se complexifient également (Stilwell, 2007, p. 89).

Le paysage des bibliothèques publiques en Afrique du Sud porte encore les traces des injustices du gouvernement de l’apartheid. Si les banlieues riches et blanches sont relativement bien desservies par les bibliothèques, les townships et communautés rurales, où la majorité de la population est pauvre et noire, manquent souvent de ressources fondamentales. Depuis la chute du régime de l’apartheid, beaucoup de bibliothèques publiques en Afrique du Sud, surtout dans les communautés pauvres, ont changé leur nom pour devenir des community libraries (bibliothèques communautaires). Ce changement témoigne d’une part d’une réalité organisationnelle après le fusionnement de plusieurs services communautaires avec les bibliothèques, mais d’une autre part il reflète la méfiance de la population à l’égard de la public library (bibliothèque publique) qui est toujours perçue comme une institution de l’apartheid (Lor et al., 2005, p. 267).

Le rôle des bibliothèques publiques dans le combat contre les inégalités numériques est d’autant plus important parce qu’elles sont souvent le seul établissement dans les régions défavorisées qui offre l’accès gratuit à Internet (Raju et Raju, 2010, p. 6). L’identité de la bibliothèque publique est actuellement remise en question à cause des efforts pour rendre les services pertinents aux Sud-Africains de tous les milieux ethnoculturels et socio-économiques. Au niveau matériel, les collections souffrent d’un manque de ressources dans les langues autochtones — voire, toutes les langues sauf l’anglais et l’afrikaans (Helling, 2012, p. 44). Ce manque de ressources dans les langues autochtones est attribuable à trois raisons : (1) un manque d’intérêt de la part du public, (2) la difficulté de gagner un revenu viable comme écrivain à temps plein, (3) la réticence des maisons d’édition de publier les livres dans ces langues (Raju et Raju, 2010, p. 9). Au niveau politique, les bibliothèques publiques véhiculent trop souvent une conception eurocentrique de leur mission, visant seulement un public qui lit pour le divertissement dans son temps libre (Raju et Raju, 2010, p. 6).

Bibliothèques universitaires

L’Afrique du Sud possède 23 établissements d’enseignement postsecondaire, dont 11 universités traditionnelles, six comprehensive universities (université à mandat populaire) et six universités de la technologie (Satgoor, 2015, p. 105).

Bibliothèques scolaires

Le système scolaire en Afrique du Sud est marqué par la même décentralisation qui caractérise aussi les bibliothèques publiques. Le département de l’éducation nationale établit les normes et les politiques qui concernent les bibliothèques scolaires, alors que la responsabilité de leur mise en œuvre relève du gouvernement national, des départements de l’éducation provinciaux et des autorités scolaires locales (Stilwell, 2007, p. 91).

Des 22 556 écoles en Afrique du Sud en 2002, 25% possédaient une bibliothèque centrale pendant que 17% avaient une boîte à livres ou autre collection informelle (Stilwell, 2007, p. 92–93), mais la situation varie énormément selon le type d’établissement ; en 2007, seulement 8% des écoles publiques possédaient une bibliothèque, dont la majorité se trouvait dans les banlieues nanties (Hart, 2011, p. 3). Le manque de bibliothèques scolaires fait partie d’un contexte de manque général d’infrastructures scolaires. En 1997, moins de la moitié des écoles avait l’électricité, mais la situation variait selon la province : le Cap-Nord comptait 3 280 écoles sans électricité alors que le Cap-Ouest en comptait 191 (Boekhorst et Britz, 2013, p. 68).

Pour répondre au besoin de bibliothèques particulièrement criant dans les régions rurales, plusieurs organismes ont financé des projets pour implémenter un nouveau type de bibliothèque, la bibliothèque communautaire-scolaire, qui fusionne les mandats des deux établissements (Hart, 2011, p. 5–6). La situation se complique par un manque de personnel qualifié. Les bibliothèques à double mandat ont recours à des bibliothécaires-enseignants qui, en réalité, étaient souvent des enseignants à temps plein qui ne possédaient ni le temps ni les compétences pour s’occuper de la bibliothèque (Hart, 2011, p. 20). Malgré les problèmes associés, ces établissements ont aussi connu un certain succès. Une bibliothèque communautaire-scolaire dans une région rurale de la province de Mpumalanga a réussi la transition de projet-pilote à bibliothèque permanente gérée par la communauté (Le Roux et Hendrikz, 2006, p. 637–638).

Autres bibliothèques

La South African Library for the Blind (Bibliothèque sud-africaine pour les aveugles) à Grahamstown est une bibliothèque financée par le Department of Sport, Arts and Culture qui dessert la communauté des aveugles et des personnes incapables de lire les imprimés à l’échelle nationale (South African Library for the Blind, s. d.).

La Library of Parliament (Bibliothèque du parlement) au Cap dessert le parlement national. Sa collection comprend 96 506 livres et toutes les publications gouvernementales à partir de 1910 (Mostert, 2005, p. 56). Les parlements provinciaux disposent eux aussi de leurs propres bibliothèques (Mostert, 2005, p. 56).

Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques

La formation en sciences de l’information en Afrique du Sud commence en 1933 lorsque l’association professionnelle de l’époque introduit des cours par correspondance, principalement avec la Grande-Bretagne. Quelques années plus tard, en 1938 et 1939, les premiers programmes de bibliothéconomie au pays sont ouverts à l’Université Pretoria et l’Université Cape Town (Raju, 2005, p. 74). Dans les décennies suivantes, une multiplication des programmes est observée. Cependant, il n’existe pas de standards et des formations de différents niveaux et durées amènent une variété d’employés dans les bibliothèques. C’est à la fin des années 70 que le besoin de distinguer les professionnels se fait sentir. Les associations professionnelles de l’époque se penchent également sur la question en développant des standards qui établissent notamment que les bibliothécaires doivent être formés à l’université (Raju, 2005, p. 75).

La prise du pouvoir par le Congrès national africain (ANC) en 1994 amène une vague de changements, entre autres dans le secteur de l’éducation, alors qu’une restructuration de l’éducation supérieure est faite. Ces transformations, ainsi qu’une baisse d’étudiants, entraînent la fermeture de plusieurs programmes. Alors que le pays avait 18 écoles en 2000, il existe actuellement dix institutions d’enseignement supérieur à travers le pays offrant des programmes en bibliothéconomie et sciences de l’information (Hlongwane, 2019, p. 79). La restructuration de l’éducation supérieure a également engendré la fusion d’établissements. Dans ce contexte, les programmes en bibliothéconomie et sciences de l’information se sont majoritairement affiliés aux écoles d’éducation ou de communications (Nalumaga, 2016, p. 21). Ces formations couvrent tous les niveaux universitaires, du premier cycle au doctorat. Il n’existe pas d’uniformité entre les programmes des différentes universités en ce qui a trait à la terminologie utilisée et les cursus offerts, ce qui crée un certain désordre pour les professeurs, les étudiants et les employeurs (Satgoor, 2015, p. 107). Toutefois, il est possible d’observer qu’à partir de 2019, tous les départements ont dans leur nom la notion d’information studies/science et que la moitié d’entre eux conservent la notion de library dans leur appellation (Hlongwane, 2019, p. 79).

Ensuite, les modes d’enseignement changent selon les institutions scolaires, que ce soit totalement en ligne, multimodal, en forme accélérée, etc. De plus, certaines universités semblent se pencher davantage sur certains angles du domaine d’étude pour en faire leur spécialisation, comme la gestion des connaissances, la maîtrise de l’information, l’aspect multimédia ou encore les bibliothèques scolaires (Stilwell, 2009, p. 8). Par exemple, le département de l’Université de Pretoria, le plus grand au pays, a embrassé la révolution de l’information en prenant rapidement conscience de l’importance des nouvelles technologies tout en conservant des cours de bibliothéconomie (Nalumaga, 2016, p. 21). Il est toutefois possible d’établir un tronc commun entre les programmes par ces thématiques : « information and knowledge management, information storage/seeking and retrieval, knowledge organisation, knowledge representation and ICTs » (Stilwell, 2009, p. 8).

Finalement, le titre de bibliothécaire professionnel est contrôlé en Afrique du Sud par l’association professionnelle dont il sera question dans la prochaine partie. Il existe deux options pour remplir les exigences académiques. D’une part, un diplôme de premier cycle de trois ou quatre années d’études dans le domaine. D’autre part, un diplôme de premier cycle quelconque accompagné d’un diplôme d’études supérieures dans le domaine (LIASA, s. d.).

Association de bibliothèques

La première association professionnelle de bibliothèques est fondée en 1930 sous le nom de South Africa Library Association (SALA). Elle publie, dès 1933, sa propre revue intitulée South African Libraries, qui est l’ancêtre du Journal of South African Libraries and Information Science, toujours publiée aujourd’hui (Walker, 2006, p. 26). En 1994, alors que le pays connut ses premières élections démocratiques, il existait deux organisations professionnelles basées sur la race, la African Library Association of South Africa (ALASA) et la South African Institute for Library and Information Science (SAILIS). La fusion s’est fait en 1997, deux ans après le début des démarches, avec la fondation de la Library and Information Association of South Africa (LIASA) qui est un organisme à but non lucratif (Satgoor, 2015, p. 107). La même année, la LIASA est reconnue officiellement comme nouveau membre par la Fédération Internationale des Associations et Institutions de Bibliothèques (IFLA). Après une décennie de changements et d’adaptation, la LIASA obtient une belle marque de reconnaissance internationale par la tenue, en 2007, du congrès mondial de l’IFLA en Afrique du Sud (Walker, 2006, p. 36).

Sa vision, comme indiqué dans leur Constitution, se définit ainsi : « the Association strives to unite, develop and empower all people in the library and information field into an organization that will provide dynamic leadership and that will transform, develop and support library and information services for all the people in South Africa » (LIASA, 2018). Pour accomplir cette vision, l’organisation est impliquée de plusieurs façons notamment avec les départements nationaux qui sont chargés des bibliothèques dans différents milieux comme les bibliothèques publiques et scolaires. En partenariat avec les différents acteurs du milieu, elle s’occupe de plusieurs projets comme la semaine de lecture sud-africaine, la conférence annuelle ainsi que la formation continue offerte aux professionnels (Satgoor, 2015, p. 107). Alors que ces projets existent toujours aujourd’hui, l’organisation continue à en développer d’autres, par exemple la journée sud-africaine des bibliothécaires depuis 2015 et le mois des amateurs de bibliothèque depuis 2018. L’association a aussi élaboré un code de conduite et d’éthique et elle fait paraître trois publications, c’est-à-dire une revue officielle, un magazine destiné aux membres et une newsletter. Elle offre aussi plusieurs ressources à ses membres en plus d’attribuer annuellement des prix pour souligner leur travail (LIASA, s. d.).

Depuis 2014, l’autorité de la LIASA est augmentée puisque l’association a été reconnue comme un organisme professionnel par la South African Qualifications Authority (SAQA), ce qui lui confère notamment le rôle d’enregistrer et de contrôler ceux et celles portant le titre de bibliothécaire professionnel (Satgoor, 2015, p. 107). En plus de son conseil représentatif et de son comité exécutif, l’association est divisée géographiquement en différents secteurs et possède également plusieurs groupes d’intérêts qui se concentrent sur des thématiques particulières comme des groupes d’usagers ou des types d’institutions (LIASA, s. d.).

Cadre législatif

Le NCLIS (National Council for Library and Information Sciences) coordonne les politiques des bibliothèques sud-africaines. Les membres du conseil collaborent avec le Ministère de l’Éducation et le Ministère des Arts et de la Culture afin d’élaborer les règlements et la législation. Les objectifs de cette association de spécialistes des sciences de l’information sont d’offrir un meilleur accès aux ressources disponibles et de favoriser le développement de tous les groupes sociaux du pays (Nicholson, s. d.). L’encadrement législatif des bibliothèques en Afrique du Sud est important puisqu’il participe à l’instauration de mesures démocratiques dans le pays. La gratuité des services et l’éducation des membres des diverses communautés sont donc une priorité. Il existe un grand nombre de lois (Stilwell, 2007, p. 88-91), portant notamment sur les institutions publiques, scolaires et nationales ainsi que sur le numérique, les droits d’auteur et de publication. Un travail collaboratif entre les différentes zones de l’Afrique du Sud et le gouvernement central est nécessaire afin de réduire les inégalités entre les institutions situées dans des métropoles et celles dans des régions rurales (Withers, 1975, p. 171-182). Au fil des années, plusieurs lois sont modifiées ou remplacées par de nouvelles versions qui correspondent mieux aux besoins et aux enjeux de l’époque.

Le NCLIS Act No. 6 (2001) est une présentation du conseil, de ses fonctions et des objectifs visés. Les procédures et le déroulement des séances ainsi que le rôle des membres y sont décrits. Le Legal Deposit Act (1997) traite de la préservation, du catalogage et de la publication des documents. Les démarches pour la création de dépositaires officiels et pour la gestion du patrimoine intellectuel et culturel s’y retrouvent. Les notions de contrôle bibliographique, de collections et d’accès aux ressources sont également abordées dans cet acte. Le National Library Act of South Africa No. 92 (1998) promeut l’héritage national et propose des manières de célébrer ce dernier en facilitant l’accès aux documents lui étant rattachés. Certaines règlementations s’adressent à des types d’institutions et d’usagers particuliers ; c’est le cas, par exemple, de SA Library for the Blind Act No. 91 (1988) qui détermine les mesures d’accommodations en bibliothèques pour les personnes ayant une déficience visuelle. Les bibliothèques scolaires ont, elles aussi, des responsabilités propres à leurs institutions énoncées par des lois rejoignant les missions du Ministère de l’Éducation. Plusieurs législations ont pour sujet principal l’accès à l’information et la lutte contre les inégalités (Promotion of Acces to Information Act, 2000 ; SA Public Libraries and Information Services Bill, 2012 ; National Policy for Library and Information Services in South Africa, 2018). La septième édition de la Transformation Charter (2014) énonce une série de défis, d’atouts et de recommandations pour améliorer les bibliothèques sud-africaines ainsi qu’une méthodologie pour la gestion des établissements, des services et des ressources. Pour les bibliothèques universitaires, la charte propose, entre autres, de développer de nouvelles stratégies afin d’éliminer, ou du moins diminuer, les inégalités. Une plus grande utilisation des outils numériques et l’ouverture des établissements aux communautés locales sont des propositions mentionnées dans le document. L’objectif est ainsi toujours de partager les connaissances de façon efficace et de répondre aux besoins d’information des citoyens. Les bibliothèques de l’Afrique du Sud s’inspirent du Plan de Développement National (NDP), similaire à l’Agenda 2030 de développement durable des Nations Unies, comme source de motivation afin d’établir des buts à atteindre au cours des prochaines années. Cape Town Declaration (2015) est un document officiel de l’IFLA (Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques) exposant l’état des bibliothèques africaines et présentant quels sont les éléments à améliorer pour satisfaire les exigences (Nicholson, s. d.).

Informations complémentaires

Entre 1950 et 1970, le régime de l’apartheid brûla des milliers de livres jugés inférieurs par le groupe discriminatoire au pouvoir. Les documents étaient détruits pour leurs propos politiques, moraux et religieux considérés impertinents. La plupart des bibliothécaires ne pouvaient résister aux autorités, tandis que certains participaient volontairement (Dick, 2018). La question de liberté d’expression et d’opinion demeure encore fragile en Afrique du Sud. Les conséquences de l’apartheid touchent toutes les sphères de la société et certaines répercussions affectent, encore aujourd’hui, le domaine de la bibliothéconomie. Une difficulté persiste dans l’élaboration des collections puisqu’il y a peu de ressources en ce qui a trait aux populations indigènes. Ce manque de diversité quant aux documents offerts en bibliothèques contrevient à plusieurs actes et constitutions des institutions sud-africaines. L’accent est donc mis sur les mesures d’inclusion et la prise en considération des diverses langues, ethnies et cultures afin que les bibliothèques de l’Afrique du Sud parviennent à atteindre les objectifs énoncés dans leurs politiques législatives (Mhlongo et Ngulube, 2018).

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Bibliothèques à l'international : un manuel ouvert. Tome 1 Droit d'auteur © 2025 par Lina Angers; Olivier A.-Savoie; Camille Archambault; Alexis Baribeault St-Germain; Lucile Bernard; Sarah Bissonnette; Patricia Bossé; Cristina Cernopolc; Irina Buian; Élisabeth Chiasson; Mariette Cliche-Galarza; Caroline Corbières; Valérie Corriveau; Audrey-Anne Côté; Antoine Cotnoir; Sophie Courchesne; Diana Maude Couture; Camille Demers; Nellie Demers; Karine Desroches; Patricia Duchesne; Isabelle Fontaine; Caroline Fortin; Audrée Frappier; Charles-Antoine Fugère; Audrey Gan-Ganowicz; Alexandre Gauthier; Rahel Hadzi; Wahida Haouaoussa; Anabel Hébert; Nathan Herbaut; Virginie Houde; Sara Itani; Laurie Jetten-Vigeant; Sandrine Julien; Ariane Labelle; Joanie Lacas; Jordan Lajeunesse; Philippe Lamontagne; Charlie Laviolette; Christelle Magalie Louamba-Louzolo; Marie-Pier Landry; Julie Langlois Côté; Vicky Laporte-Torres; Gemma Lavoie; Jessica Legault; Olivier Lirette Teoli; Carl-Éric Magnan; Clabèle Julie Noutchitou Mbom; Romy Otayek; Marc-André Ouellette; Constance Poitras; Thomas Poulin; Gabriel Reid; Julia Elisa Reyes-Cerritos; Karine Robertson; Pierre-Emmanuel Roy; Mathilde Sainte-Marie; Véronique Savoie; Gregory Sides; Julie Lise Simard; Guyllaume Soucy-Jalbert; Marie-Hélène Tanguay-Bérubé; Rosine Tétreault; Hélène Théoret; Philippe Antoine Tremblay; Alexandre Trépanier; Sammie Wilcox-Gélinas; Ilda Carmélia Lopes; Julia Paquin-Domingues; Julie Morin; Mathieu Bureau Meunier; Mégane Ollivier; Seeun Kim Chung; et Emmanuelle Roy est sous licence License Creative Commons Attribution - Pas d’utilisation commerciale - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International, sauf indication contraire.

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