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5 Arménie

(Noë Cropsal, Cédric Dolarian)

« Si nous avons conquis, ce n’est que grâce à nos livres. »

(Sevak, 1961, traduction libre)

Profil du pays

Ancienne République socialiste soviétique devenue indépendante en 1991, l’Arménie est un pays démocratique d’Asie occidentale dont les frontières terrestres sont partagées avec la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Iran et la Turquie. De fortes tensions existent toutefois entre l’Arménie, la Turquie et l’Azerbaïdjan, si bien que leurs frontières terrestres sont officiellement fermées. Ce pays couvre une superficie de 29 800 km², pour une population d’environ 3 millions d’habitants. Sa capitale, Erevan, avec un million d’habitants, est, de loin, la plus grande ville du pays. Bien que située dans le Caucase, l’Arménie est considérée comme faisant partie, « culturellement, historiquement et politiquement parlant » (Wikipédia, Arménie, 2020) de l’Europe. La candidature de l’Arménie pour intégrer l’Union européenne a été étudiée en 2015.

L’Arménie est un pays de montagnes et de vallées, situé en moyenne à plus de 1000 mètres d’altitude. Les Arméniens composent 96% de la population du pays, suivis de loin par les Kurdes, les Azerbaïdjanais et les Russes. Mais il faut noter qu’une diaspora arménienne composée d’environ cinq millions de personnes vit à l’étranger, principalement dans les anciens états de l’URSS, mais aussi aux États-Unis, en France et au Liban.

L’arménien est une langue indo-européenne dite isolée, elle ne partage donc aucune relation génétique avec d’autres langues, bien qu’elle « ait subi, au cours de son histoire, certaines influences lexicales, notamment de la part du persan, du grec et du russe. » (Leclerc, 2017) Son alphabet a été inventé en 401 par Mesrop Machtots dans le but de traduire la bible et de protéger le christianisme contre le zoroastrisme. Avant l’invention d’un alphabet propre à leur langue, les érudits arméniens employaient le grec ou l’araméen. « Au cours des siècles, la langue arménienne s’est fragmentée en un grand nombre de variétés dialectales. » (Leclerc, 2017) On distingue encore aujourd’hui l’arménien classique, celui des livres, des dialectes parlés.

Histoire

L’un des peuples les plus anciens du monde, des traces d’habitation humaine en territoire arménien remontent au IIIe millénaire avant notre ère (Johnson, p. 50). Les régions que les Arméniens ont habitées au fil des millénaires, traversées par la route de la soie, se trouvent au carrefour de grands empires qui, à tour de rôle, les ont conquises puis perdues : Perses, Séleucides, Parthes, Romains, Sassanides, Byzantins, Arabes, Mongols, Turcs, Russes et Soviets (CEFAN, 2020). C’est ainsi que les Arméniens, d’histoire récente, n’ont pu connaître d’autonomie politique que depuis la chute de l’URSS en 1991, marquant l’indépendance du pays que nous connaissons aujourd’hui.

D’importantes collections de manuscrits arméniens auraient disparu ou été pillées lors de conquêtes dévastant le territoire, surtout au cours du Moyen-Âge (Johnson, 2013, p. 55 ; Matenadaran, 2020). La plupart des manuscrits arméniens ayant traversé les époques sont aujourd’hui conservés à l’Institut Mesrop Machtots de recherches sur les manuscrits anciens, plus informellement appelé Matenadaran, signifiant « gardien de manuscrits » en arménien classique. Cette institution date du Ve siècle de notre ère, lorsque l’alphabet arménien a été créé ; les premiers textes ont alors été traduits en arménien et les historiens de l’époque ont commencé à documenter l’histoire du peuple arménien. Un lieu de dépôt de manuscrits s’est donc avéré nécessaire et c’est au cours de ce même siècle que le premier matenadaran a été construit à Vagharchapat (aujourd’hui Etchmiadzin). D’autres matenadarans verront le jour dans des monastères et couvents au fil des siècles.

C’est en 1511, à Venise, que paraît le premier livre imprimé en arménien et en 1666, à Amsterdam, que la première bible arménienne est imprimée. Celle-ci sera d’ailleurs offerte en présent à Louis XIV (Vernay-Nouri, 2007, p. 11).

Les manuscrits de Vagharchapat seront transférés à la bibliothèque publique d’Erevan en 1939, puis au Matenadaran d’Erevan (aujourd’hui le plus connu), inauguré en 1957 pour favoriser la sauvegarde des manuscrits. Deux ans plus tard, le Matenadaran sera restructuré pour en faire un institut de recherche scientifique avec des départements spéciaux de conservation, d’étude, de traduction et de publication des manuscrits (Matenadaran, 2020). Il héberge aujourd’hui plus de 10 000 manuscrits et fragments de manuscrits parmi les 30 000 manuscrits arméniens répertoriés dans le monde (Wikipédia, Miniature arménienne, 2020).

Types de bibliothèques

« Le système de bibliothèques en Arménie est décentralisé et en phase de développement. » (IFLA, 2020) On y retrouve des bibliothèques nationales, académiques, publiques, scolaires, et spécialisées. Selon la Library map of the world de l’IFLA (2016), le réseau des bibliothèques d’Arménie comporte 2205 bibliothèques, soit une bibliothèque pour 1300 habitants.

Bibliothèques nationales

La Bibliothèque nationale d’Arménie a été fondée en 1832 à Erevan. « [Elle] se définit par ses activités de recherche et comme centre de référence national pour la culture arménienne et sa préservation, car elle contient la plus grande collection mondiale d’ouvrages en arménien. » (Wikipédia, Bibliothèque nationale d’Arménie, 2020)

Une Chambre du livre a été fondée par le Commissariat du peuple d’Arménie en 1922, calquée sur le modèle des soviets russes, pour coordonner les affaires bibliographiques (Aslyanyan, 1986, dans Johnson, 2013, p. 51). Selon Johnson (2013, p. 51-52), la Chambre nationale du livre d’Arménie a été responsable de la bibliographie nationale, des informations bibliographiques et des statistiques, de la centralisation du catalogage, des collections d’archives des publications arméniennes ainsi que de la préservation de ces collections. Elle a ainsi acquis une collection de 1,5 million de pièces, comprenant livres, journaux et magazines, musique imprimée, pièces littéraires décoratives, cartes, matériel de conférence, programmes de manifestations théâtrales et culturelles, cartes d’invitation, etc.

Depuis 2017, la Bibliothèque nationale d’Arménie s’occupe de répertorier les publications arméniennes, ce travail étant auparavant confié à la Chambre du livre de l’Arménie (Wikipédia, Bibliothèque nationale d’Arménie, 2020).

La bibliothèque arménienne de musicologie est, elle aussi, financée par le gouvernement. « Les dépôts légaux se font via la bibliothèque nationale, mais le budget d’acquisition est minimal. » (Hellen, 2008) Jusqu’en 2017, les conditions d’entreposage et de catalogage sont restées très archaïques, rien n’était informatisé, mais « le service continuait malgré les subventions minimales, et était donné par un personnel expert et dédié à leurs tâches […]. » (Hellen, 2008) Depuis, l’établissement a fermé ses portes et sa collection a été transférée à la Bibliothèque nationale et à la bibliothèque du Musée Komitas.

Selon la Library map of the world de l’IFLA, en 2016, ces deux bibliothèques comptaient quelques 400 employés, 50 000 abonnés, 500 000 visites, 2 millions de prêts physiques et presque 15 000 prêts numériques. Toutes deux offraient un accès à Internet.

Une troisième bibliothèque nationale sera décrite plus loin dans le texte, à la section portant sur les bibliothèques scolaires : il s’agit de la Bibliothèque nationale pour enfants Khnko Aper.

Bibliothèques universitaires

Les bibliothèques universitaires ont joué un rôle crucial dans la modernisation des universités, en « offrant les ressources et les services nécessaires à la démocratisation et l’amélioration des occasions d’apprentissages. » (Johnson, 2013) Ce rôle a été rendu possible grâce à plusieurs aides étrangères qui se sont échelonnées depuis l’indépendance en 1991. Comme le rapporte Johnson (2013, p. 54), les Allemands ont aidé la rénovation de la Bibliothèque de l’université d’état d’Erevan en 1994. La fondation Carnegie a octroyé une bourse de 125 000$ pour un projet servant à améliorer l’accès à l’information dans les bibliothèques universitaires. L’OCLC a donné des accès temporaires à ses bases de données. L’ALA a négocié à la baisse l’achat de logiciels comme ARIEL pour connecter les bibliothèques entre elles. Malgré les efforts de la communauté internationale et des bibliothécaires arméniens, le réseau reste sous financé.

Selon la Library map of the world de l’IFLA, en 2016, l’Arménie comptait 91 bibliothèques universitaires employant presque 400 employés et 700 bénévoles, desservant 130 000 abonnés, pour 2,5 millions de visites, 7 millions de prêts physiques et presque 3 millions de prêts numériques. Toutes ces bibliothèques universitaires offraient un accès à Internet.

Bibliothèques publiques

La première bibliothèque publique d’Arménie fut fondée à Erevan au milieu du 19e siècle. Le nombre de bibliothèques publiques n’a cessé d’augmenter durant l’ère soviétique, jusqu’à atteindre le point culminant de 1331 bibliothèques en 1976. Depuis l’indépendance, le pays est aux prises avec plusieurs difficultés financières qui ont obligé de nombreuses bibliothèques à fermer. Ces problèmes ont été accentués par la décentralisation des pouvoirs qui a eu lieu à la fin des années 1990. « Opérant souvent sans électricité, sans chauffage, sans toilettes, ou avec une collection jamais renouvelée depuis 20 ans, il est évident que les bibliothèques arméniennes ont été oubliées et négligées depuis l’indépendance […] » (Alvandian, 2018) Le gouvernement et les municipalités se renvoient la balle, aucun ne voulant la responsabilité du financement des bibliothèques publiques. « Les bibliothèques sont entretenues de manière inégale dans notre pays. Si nous examinons les 12 bibliothèques relevant du ministère, nous constatons qu’elles sont modernes et continuellement mises à jour » (Aghbalyan, 2019), explique Mme Hovasapyan, spécialiste principale du département du patrimoine culturel, à M. Aghbayan, journaliste d’enquête.

« Il semblerait que les autorités provinciales d’Arménie n’aient aucune idée de l’état réel des bibliothèques sur leur territoire. » (Aghbalyan, 2019)

Les informations suivantes sont par conséquent présentées sous toute réserve. Selon la Library map of the world de l’IFLA, en 2016, l’Arménie comptait 800 bibliothèques publiques employant 1700 employés et 500 bénévoles, desservant 400 000 abonnés, pour 3.8 millions de visites, 6.5 millions de prêts physiques et aucun prêt numérique. Un peu moins d’une bibliothèque publique sur cinq offrait un accès à Internet.

Bibliothèques scolaires

Selon Johnson (2013, p. 53), la situation précaire des services en bibliothèque publique ouvre la porte à des solutions alternatives qui doivent être envisagées, comme des bibliothèques mobiles et/ou des bibliothèques scolaires et publiques à usage commun.

Avant 1991, les habitants de la République socialiste soviétique d’Arménie ont bénéficié d’une mise à disposition généralisée de bibliothèques universitaires, publiques et scolaires (Serov, 1980, dans Johnson, 2013, p. 53). La quasi-totalité de la population arménienne était alors abonnée aux services d’au moins une bibliothèque (Johnson, 2013, p. 53).

L’effondrement de l’Union soviétique a cependant entraîné des changements socioéconomiques dont l’impact est important (Richards, 1999, dans Johnson, 2013, p. 53) pour les bibliothèques, et celles scolaires ne font pas exception. Leurs services se sont dégradés au point de n’en faire que de simples lieux de distribution de manuels scolaires (Johnson, 2013, p. 54). Car s’il existe 1349 bibliothèques scolaires sur le territoire, dont les collections totalisent 18,4 millions de documents, 10 millions de ces documents sont en fait des manuels scolaires (Manoogian, 2010, dans Johnson, 2013, p. 54).

La Bibliothèque nationale pour enfants Khnko Aper est située dans le quartier central d’Erevan. Hébergeant aujourd’hui quelque 500 000 livres et fournissant un accès à Internet, elle dispose d’installations pour l’enseignement des technologies de l’information et comprend des départements distincts pour la musique et l’écoute de documents audio (Johnson, 2013, p. 54). Elle a été fondée en 1933 et renommée en 1935 en hommage à l’écrivain de littérature jeunesse Khnko Aper (il s’agit de son nom de plume, son nom à la naissance étant Atabek Khnkoyan) (Wikipédia, Khnko Aper, 2020). À son apogée durant l’ère soviétique, étant désignée comme dépositaire national des livres pour enfants arméniens, la Bibliothèque Khnko Aper publiait plus d’un million de livres par année (Danielyan, 1985, dans Johnson, 2013, p. 54). Sa situation s’est toutefois, elle aussi, largement détériorée, son financement et sa collection étant insuffisants (Hellen, 2008, dans Johnson, 2013, p. 54).

Selon la Library map of the world de l’IFLA, l’Arménie comptait en 2016 environ 1300 bibliothèques scolaires employant 1000 employés et 1300 bénévoles, desservant 196 000 abonnés, pour 230 000 visites, un million de prêts physiques et 9000 prêts numériques. La moitié de ces bibliothèques offraient un accès à Internet.

Bibliothèques spécialisées

L’Arménie soviétique bénéficiait de réseaux de bibliothèques spécialisées desservant les communautés scientifiques et techniques (agriculture, médecine, etc.) (Serov, 1980, dans Johnson, 2013, p. 53). Selon Johnson (2013, p. 54), les bibliothèques scientifiques se sont particulièrement développées en Arménie au cours de la Seconde Guerre mondiale. Celles-ci ont été mises à contribution pour fournir des services aux organisations scientifiques et militaires de l’URSS, dont une part significative avait été évacuée à partir d’autres républiques vers l’Arménie. L’épreuve de la guerre a modifié la structure et le travail quotidien de ces bibliothèques scientifiques.

Ces bibliothèques spécialisées ont reçu de nouveaux soutiens gouvernementaux vers la fin des années 1970, soutiens essentiellement axés sur la diffusion d’informations scientifiques dans le cadre des tentatives de modernisation de l’économie de l’Union soviétique (Johnson, 2013, p. 54). Par contre, des pressions financières, doublées de réformes économiques dans le contexte de la perestroïka de Gorbatchev, lors de la seconde moitié des années 1980, ont amené l’Institut arménien de recherche sur l’information scientifique et technique à proposer, moyennant rémunération, des services de consultation en information (Sarukhanyan & Darbinyan, 1990, dans Johnson, 2013, p. 54).

D’autres soutiens, cette fois issus de l’étranger, ont précipité le développement de bibliothèques médicales suite au tremblement de terre de 1988 (Johnson, 2013, p. 54), lequel a fait près de 30 000 morts dans la région de Spitak, dans le nord de la république. C’est dans ce contexte que les services fournis par la Bibliothèque médicale scientifique de la République arménienne, à l’époque l’une des trois plus grandes bibliothèques du pays, ont pu être améliorés (Johnson, 2013, p. 54) et sa fréquentation multipliée par dix entre 1991 et 1995 (Braude & Shirinian, 1995, dans Johnson, 2013, p. 54).

En ce qui concerne les services d’informations agricoles, une étude réalisée en 2007 (Shatberashvili & Maru, 2008, dans Johnson, 2013, p. 54) a identifié des insuffisances en lien avec l’acquisition de publications internationales dans le domaine, justifiables par les coûts importants de telles publications. L’accès à des informations électroniques et à des sources en libre accès via Internet (FAO-AGORA, Bibliothèque nationale agricole des États-Unis, réseau AgroWEB, BioOne, etc.) serait cependant largement pratiqué.

Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques

Les premières formations en bibliothéconomie remontent à l’ère soviétique. Deux écoles voient le jour dans les années 1930. Le Saint-Siège du collège bibliothécaire d’Etchmiadzin offre un enseignement professionnel secondaire. Cette formation permet d’accéder aux premiers échelons de la profession de bibliothécaire, mais sans pouvoir accéder aux suivants. La faculté de philosophie et de culture de l’Université pédagogique nationale Khachatour Abovyan, à Erevan, offre un baccalauréat en bibliothéconomie avec spécialisations en bibliothéconomie ou en bibliographie. Cette formation permet d’accéder aux postes hiérarchiques les plus élevés en bibliothèque. Jusqu’à la fin du 20e siècle, le système d’éducation arménien continue de s’inspirer du modèle soviétique en ce qui a trait aux admissions, frais de scolarité, cursus, gouvernance, etc. Malgré une réforme majeure en 1960, peu est fait pour s’adapter aux transformations technologiques et sociétales. « Au début des années 1990, plusieurs bibliothécaires arméniens visitent les États-Unis pour y suivre une maitrise en science de l’information ». (Johnson, 2013) À leur retour, ils occuperont des postes de décideurs. Comprenant les enjeux modernes des sciences de l’information, notamment l’importance de l’informatisation du réseau des bibliothèques, leur constat est très clair : les formations actuelles ne répondent pas aux besoins. Il faudra attendre les années 2000 et la création de l’Espace européen de l’enseignement supérieur pour qu’un réel changement s’installe. Poussées par les exigences du processus de Bologne, qui cherche à uniformiser l’enseignement supérieur européen, notamment « en généralisant une division en trois cycles (études graduées, post-graduées et doctorales) » (Wikipédia, Processus de Bologne, 2020), les universités arméniennes commencent à harmoniser leurs pratiques avec celles de l’Europe. L’Université pédagogique nationale Khachatour Abovyan ouvre, en 2009, un programme de maîtrise en Sciences de l’information. Également en 2009, l’Académie nationale des sciences, fondée en 1921 dans la petite ville d’Etchmiadzin, profite du programme européen TEMPUS (Trans European Mobility Program for University Studies) pour développer une maîtrise en Sciences de l’information qui respecterait les nouvelles normes. Leur programme de doctorat, créé en 1997, est lui aussi repensé.

Jusque dans les années 1990, la formation continue était presque inexistante pour les bibliothécaires. En 1995, l’Association des bibliothécaires d’Arménie est créée. Rapidement, ses membres commencent à organiser des séminaires, des colloques, des formations intensives, etc. Leur but est à la fois très simple et très ambitieux : moderniser le réseau des bibliothèques ainsi que les pratiques des bibliothécaires. Pour réaliser cet objectif, en plus de la formation continue, l’organisme essaiera de faire pression sur le gouvernement.

En 2013, une loi émise par le Ministère de la culture dicte les critères nécessaires à l’obtention d’un poste comme employé d’une bibliothèque. Ces critères sont spécifiés dans l’« Ordonnance du ministre de la Culture de l’Arménie sur l’approbation des normes de qualification professionnelle des employés de la bibliothèque » (2013) et dictent notamment ce qui suit :

Pour être chef de service, directeur de succursale ou bibliothécaire en chef, l’appliquant doit avoir une maitrise en « Library and information resources » et au moins un an d’expérience dans le poste hiérarchiquement inférieur à celui qu’il convoite.

Pour être bibliothécaire de premier plan ou bibliothécaire de première classe, l’appliquant doit avoir un baccalauréat en « Library and information resources » et au moins un an d’expérience dans le poste hiérarchiquement inférieur à celui qu’il convoite.

Pour être bibliothécaire de deuxième classe, l’appliquant doit avoir un baccalauréat, sans exigences d’expérience professionnelle.

Pour être bibliothécaire, l’appliquant doit avoir complété un enseignement professionnel secondaire, sans exigence d’expérience professionnelle.

Cette loi encadre aussi les postes de bibliographe, spécialiste des technologies modernes, restaurateur de livres et relieur.

Associations de bibliothèques

Les associations professionnelles étaient interdites durant l’ère soviétique ; des initiatives de collaboration entre bibliothécaires ont cependant commencé à émerger durant la perestroïka, au milieu des années 1980 (Johnson, 2013, p. 57).

L’Association des bibliothèques arméniennes a été fondée en 1995 (Johnson, 2013, p. 57). Selon l’IFLA (2020), il s’agit de la seule association professionnelle représentant aujourd’hui les intérêts des bibliothécaires au pays. Elle comprend 200 membres. Son objectif étant de contribuer à l’amélioration de la bibliothéconomie au pays, cette association déploie les moyens suivants pour y parvenir :

en développant des partenariats avec des bibliothèques et associations de bibliothécaires étrangères ;

en participant à des projets liés aux principes et aux documents programmatiques et normatifs portant sur la bibliothéconomie en Arménie ;

en mettant en œuvre des initiatives visant à renforcer l’autorité et la réputation des bibliothèques ;

en s’engageant dans le développement professionnel des bibliothécaires ainsi que dans l’amélioration des politiques et des normes liées au secteur des bibliothèques, notamment en ce qui concerne le travail en bibliothèque ;

en organisant des événements (semaine nationale des bibliothèques, journée des bibliothécaires, foires, etc.) ;

en sensibilisant la population aux enjeux liés aux bibliothèques et à la bibliothéconomie ;

en organisant des conférences et des séminaires professionnels portant sur les bibliothèques, à l’échelle locale et internationale.

Tel que précisé sur la Library map of the world (IFLA, 2020) depuis 2002, l’Association des bibliothèques arméniennes organise une semaine nationale des bibliothèques. Cet événement a pour objectif de souligner l’importance du travail des bibliothécaires ainsi que l’importance culturelle des livres. Cette semaine est aussi une occasion de rappeler au gouvernement les difficultés rencontrées par les bibliothèques. Toutes les bibliothèques de la République sont invitées à participer à cette semaine de festivités en organisant divers événements dans leurs établissements.

Selon Johnson (2013, p. 57), malgré les efforts progressifs de modernisation de la pratique bibliothéconomique en Arménie, la formation des bibliothécaires s’avère encore aujourd’hui inadéquate et ne répond que partiellement à de nombreuses nouvelles tâches qui incombent aux bibliothécaires. C’est en ce sens que l’Association des bibliothèques arméniennes a priorisé l’organisation de formations continues (Manoogian, 2010, dans Johnson, 2013, p. 57), notamment en développant des projets avec le soutien de la succursale arménienne de l’Open Society Institute.

Cadre législatif

Notons avant tout que l’article 5 de la Loi sur la langue, une loi adoptée par le président de la République d’Arménie (Levon Ter-Petrosyan, à l’époque) en avril 1993 et portant sur « la mise en œuvre de la politique linguistique de l’État », établit ce qui suit : « La République d’Arménie doit encourager les publications en arménien, la presse aussi bien que la préparation des manuels, les modes d’emploi, les textes scientifiques ou méthodologiques, les références et la vulgarisation scientifique. » (CEFAN, 2020, Arménie : loi sur la langue (1993))

Le cadre législatif concernant les bibliothèques est élaboré par le Ministère de l’éducation, des sciences, de la culture et des sports de la République d’Arménie (IFLA, 2020, Armenia: Policy & Legislation). Ce qui concerne le droit d’auteur est plutôt encadré par l’Agence de la propriété intellectuelle du Ministère de l’économie.

Une loi dont la portée est plutôt générale a été adoptée par le gouvernement arménien en 2002 : il s’agit de la Loi sur les fondements de la législation culturelle, laquelle mentionne expressément l’inclusion des bibliothèques, des archives et du secteur de l’édition dans sa portée. Elle témoigne des objectifs de la politique culturelle de la République :

la reconnaissance de la culture comme moyen de développement de la société ;

la recherche de nouvelles valeurs et de nouvelles idées ;

la création des conditions de reproduction et de développement du potentiel créatif de la société ;

la formation de la société civile.

En octobre 2005, le parlement arménien a publié un décret exigeant que tous les éditeurs enregistrés déposent un exemplaire de chaque publication à la Chambre du livre et un autre à la Bibliothèque nationale, et ce à partir de 2007 (Hakobyan, 2010, dans Johnson, 2013, p. 52). Cette Loi sur les copies obligatoires de documents couvre les documents imprimés, non publiés (tels que les rapports de recherche et les documents d’archives), audiovisuels et électroniques sur support physique. Elle définit également les responsabilités en matière de préservation, de description et d’utilisation. La Bibliothèque nationale donne accès aux documents déposés sur place et en ligne, conformément aux dispositions de la Loi nationale sur le droit d’auteur, qui permet l’accès à l’enseignement et à la recherche (IFLA, 2020, Armenia: Policy & Legislation).

Suite à la création d’une agence nationale du droit d’auteur en 1993, une première loi sur le droit d’auteur est adoptée par le parlement arménien en 1996 (Pilch, 2005, dans Johnson, 2013, p. 52). L’IFLA (2020, Armenia: Policy & Legislation) précise que la version la plus récente de cette loi, appelée Loi sur le droit d’auteur et les droits associés, adoptée en 2006, est de nouveau en cours de modification. Celle-ci autorise les activités de base des bibliothèques, y compris le prêt, la copie et la conservation, ainsi que la copie à des fins d’éducation et de recherche, mais ne tient pas compte des utilisations numériques. Cette loi permet cependant aux bibliothèques de faire des copies d’œuvres dans un format accessible aux personnes ne pouvant lire les documents imprimés.

Plus précisément, l’article 24.3 de la Loi sur le droit d’auteur (Présidence de la République d’Arménie, 2006, traduction libre) nous indique que :

Sans le consentement de l’auteur et sans rémunération ni but lucratif, mais avec mention obligatoire du nom de l’auteur et de la source de l’œuvre, sont permis :

a) la reproduction reprographique d’une œuvre publiée licitement par les bibliothèques et les archives, les institutions éducatives et culturelles, en vue de restaurer ou de remplacer les exemplaires perdus ou endommagés (en un seul exemplaire), ainsi que, en cas de perte d’un exemplaire de l’œuvre dans les autres bibliothèques, pour mettre l’exemplaire à leur disposition si, dans les conditions ordinaires, l’obtention d’un tel exemplaire par d’autres moyens est impossible ;

b) la reproduction reprographique (en un seul exemplaire) d’articles indépendants, d’œuvres succinctes légalement publiées dans des collections, journaux et autres publications périodiques, et de courts extraits d’œuvres écrites légalement publiées par les bibliothèques et archives (à la demande des personnes physiques) à des fins d’étude et de recherche, ainsi que par les établissements d’enseignement, à l’exception des programmes informatiques ;

c) la reproduction reprographique (en un seul exemplaire) de l’ensemble de l’ouvrage si celui-ci est épuisé depuis au moins deux ans ;

d) la reproduction (en un seul exemplaire) d’une édition graphique d’une œuvre musicale par transcription manuscrite.

Une Loi sur les bibliothèques a été adoptée par l’Assemblée nationale arménienne en 2012. Il s’agit de la toute première législation nationale dans ce domaine (Johnson, 2013, p. 59). Cette loi couvre les objectifs, la supervision, la gestion et le financement des bibliothèques, ainsi que les responsabilités des autorités locales en lien avec les bibliothèques de leur région (IFLA, 2020, Armenia: Policy & Legislation).

Information complémentaire/particularités

En 2004, le gouvernement arménien décrète que le 7 octobre est officiellement le jour des bibliothécaires. C’est une journée pour célébrer le rôle des « bibliothèques et des bibliothécaires à l’ère des technologies modernes » (IFLA, 2020, Armenia : Education & Events). Toute une panoplie d’activités a lieu ce jour-là : « tables rondes, matinées littéraires, discussions sur des questions relatives aux bibliothèques, rencontres avec des représentants notoires des universités et de la culture, ainsi que des cérémonies d’encouragement des meilleurs bibliothécaires. » (IFLA, 2020, Armenia : Education & Events)

Références

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Hellen, R. (2008). Music libraries in Armenia: October 2006. Fontes Artis Musicae, 55(2), 270-273. Retrieved December 11, 2020, from http://www.jstor.org/stable/23512435

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Johnson, I. (2013). Library development in Armenia: Problems and progress since the dissolution of the USSR. The International Information & Library Review, 45(1-2), 50-62. https://doi.org/10.1016/j.iilr.2013.08.003

Leclerc, J. (2017, 07 octobre). Arménie – Situation générale. L’aménagement linguistique dans le monde. https://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/armenie1-genrl.htm

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http://www.flib.sci.am/eng/Master/curriculum(e).html

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