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15 Hongrie

Profil du pays

La Hongrie est un pays d’Europe centrale d’une superficie de 93 030 km2 pour une population estimée à 9,8 millions d’habitants en juillet 2020. Près de 1,8 million de personnes habitent la région de Budapest, sa capitale. Enclavée, elle partage ses frontières avec sept pays: la Slovaquie, l’Ukraine, la Roumanie, la Serbie, la Croatie, la Slovénie et l’Autriche. Sa langue officielle est le hongrois et sa religion principale, le Catholicisme romain (37,2%). Bien qu’il s’agisse d’une population difficile à dénombrer, il est estimé que les Roms pourraient représenter de 5 à 10% de la population hongroise (Central intelligence agency, 2020).

La Hongrie est une république parlementaire. Elle a connu un régime communiste depuis la fin des années 1940 à la chute de l’URSS en 1989. Les années 90 ont donc vu la Hongrie passer d’un modèle soviétique d’économie planifiée à une économie de marché de type capitaliste. Cela l’a rapprochée des États d’Europe occidentale et elle est devenue membre de l’OTAN en 1999 et de l’Union européenne en 2004 (École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, 2020).

Histoire

Les premières bibliothèques: clergé et monarchie

L’histoire des bibliothèques de Hongrie débute avec la fondation du Royaume de Hongrie au 11e siècle, qui a vu le catholicisme devenir la religion d’État. À cette époque, c’est dans les monastères qu’on retrouve les premières bibliothèques, dont la plus célèbre est celle de Pannonhalma, dans l’abbaye du même nom, fondée en 1001 et qui existe encore de nos jours (Radics, 2009; Virágos, 2013). Les premières Universités apparaissent au 14e siècle (Radics, 2009) et leurs bibliothèques contiennent des codices, ouvrages manuscrits décorés d’enluminures commandés par les rois ou l’Église (Virágos, 2013).

Sous l’impulsion du mouvement humaniste, c’est au 15e siècle que les livres cessent d’être réservés à l’Église. C’est aussi à cette époque qu’apparaissent les premières presses d’impression en Hongrie (Sargeant, 1979). Mathias 1er Corvin, roi humaniste, fait construire une grande bibliothèque, la Bibliotheca Corviniana, qui contenait entre 2000 et 2500 codices appelés des corvinae. Celle-ci était célèbre dans toute l’Europe et des savants de partout se rendaient en Hongrie pour visiter sa large collection scientifique et philosophique (Radics, 2009; Virágos, 2013). Cependant, elle n’a pas été maintenue par ses successeurs et lors de son démantèlement suite à la conquête ottomane, la majorité de sa collection était déjà dispersée dans toute la Hongrie (Radics, 2009).

Entre 1541 et 1699, la Hongrie est partiellement sous occupation de l’Empire ottoman, qui y interdit l’impression. Cependant, la culture hongroise continue de fleurir dans les zones détenues par l’Autriche et la Transylvanie (Radics, 2009). L’impression et la culture du livre en général continue de s’y développer, particulièrement stimulée par les périodes de réforme et de contre-réforme. Des bibliothèques se retrouvent dans les collèges et les écoles protestantes. Pour ne pas être en reste, l’Église Catholique s’offre le collège des Jésuites de Nagyszombat en 1635, qui contenait une grande bibliothèque (Sargeant, 1979; Virágos, 2013).

Les bibliothèques publiques: un héritage aristocratique

La fin de la domination ottomane a laissé la place à une domination autrichienne qui perdurera jusqu’à 1867 avec le compromis austro-hongrois (Virágos, 2013). Au courant des 17e et 18e siècles, le clergé et les aristocrates ont l’habitude de construire de grandes et luxueuses bibliothèques personnelles (Radics, 2009; Sargeant, 1979). Le don de certaines d’entre elles par leur propriétaire permettra ensuite la fondation des bibliothèques de plusieurs institutions académiques. Par exemple, en 1865, l’Académie des sciences s’offre une grande bibliothèque ouverte au public grâce à un don du comte Jozsef Teleki. C’est aussi à cette époque qu’est fondée la future Bibliothèque Nationale Széchényi (Virágos, 2013). En 1910, sous l’influence du modèle anglo-saxon des public libraries, la Bibliothèque métropolitaine de Budapest est ouverte au public, devenant en quelque sorte la première bibliothèque publique moderne de Hongrie (incluant une section jeunesse!) (Virágos, 2013).

La bibliothèque comme droit civique: période communiste

La période des deux guerres mondiales a été un coup dur pour le développement des bibliothèques de Hongrie. Plusieurs d’entre elles ont été détruites ou grandement endommagées, en plus d’être sous-financées (Radics, 2009; Virágos, 2013). Suite à la Deuxième Guerre mondiale, la Hongrie connaît un régime communiste qui se termine en 1989 avec la chute de l’URSS. Cette période semble avoir représenté un âge d’or des bibliothèques, qui ont joué un rôle clé dans un large projet d’instruction publique (Radics, 2009; Sargeant, 1979; Virágos, 2013). Le régime entreprend notamment la reconstruction et l’élargissement de la Bibliothèque Nationale Széchényi, durement touchée par la guerre (Radics, 2009). Pour répondre à un objectif de maximisation de l’accès à la culture et au savoir pour les classes ouvrières, un réseau étendu de bibliothèques publiques et de bibliothèques de villages se développe (Sargeant, 1979). On retrouve aussi des bibliothèques dans les hôpitaux et des bibliothèques mobiles pour rejoindre des régions éloignées. On estime qu’en 1953, il existe près de 10 000 bibliothèques contenant plus de 27 millions de volumes et servant 1,2 million d’usagers (Radics, 2009).

Un type de bibliothèques propre à cette période et qui ne semble pas y avoir survécu est la bibliothèque syndicale (Radics, 2009; Sargeant, 1979; Virágos, 2013). Héritières de mouvements syndicaux ayant précédé le régime communiste, ce dernier les a grandement développées. Ces bibliothèques présentes sur les lieux de travail et servant les employés et leurs familles (et parfois la communauté plus largement) étaient tantôt indépendantes, tantôt rassemblées en réseau avec un système de bibliothèques centrales permettant la circulation de documents entre différentes branches. Certains lieux de travail comptaient aussi des salles de lecture donnant accès à des centaines de journaux et de revues et servant aussi d’espaces pour des échanges et des cours de langue (Sargeant, 1979).

Cette période correspond aussi à une ère de nationalisation et de centralisation. Les collections privées appartenant aux élites et à l’Église sont confisquées par l’État, parfois détruites, mais aussi intégrées à la Bibliothèque nationale (Radics, 2009). En 1951 un Centre national des bibliothèques est fondé pour organiser la formation des bibliothécaires, offrir une assistance aux nombreuses bibliothèques du pays, surveiller l’implantation de nouvelles bibliothèques et assurer la planification centralisée du service. En 1956, le Décret sur l’instruction publique affirme comme droit civique celui de l’usage libre des bibliothèques (Virágos, 2013).

Les défis de la transition capitaliste

La chute du régime communiste a représenté un défi important pour les bibliothèques de Hongrie. Celle-ci a ébranlé leur cadre juridique et politique, qui était à revoir. Une partie des collections et des fonds qui avaient été nationalisés retournent à leurs propriétaires et les bibliothèques syndicales disparaissent (Radics, 2009). Les bibliothèques font aussi face à un manque de financement, à une certaine perte de pouvoir et à la disparition de leur support central (Kiszl et al., 2018). Toutefois, le passage à une économie capitaliste a permis de développer davantage de liens à l’international (Virágos, 2013). Il a aussi fallu rattraper un certain retard dans le domaine technologique (Radics, 2009). C’est à cela que se sont entreprises les bibliothèques hongroises au courant des années 1990 et 2000, développant les réseaux actuels de bibliothèques. Les bibliothèques ont notamment joué un rôle primordial pendant cette période pour populariser l’usage d’internet dans le pays (Kiszl et al., 2018).

Types de bibliothèques

Bibliothèque nationale

La bibliothèque nationale de Hongrie a vu le jour en 1802 à la suite d’un don du comte Széchényi, dont elle a pris le nom (la Bibliothèque Nationale Széchényi, raccourcie par l’abréviation OSZK) (Virágos, 2013). Elle était à l’origine installée du Musée National de Hongrie, institution dont elle faisait partie, mais dont elle s’est séparée en 1949 (Radics, 2009). En 2013, on estimait qu’elle recevait quotidiennement 1600 visiteurs, dont 65% d’étudiant.e.s et 10% de chercheur.e.s (Virágos, 2013). Elle a une mission de conservation du patrimoine hongrois auquel elle donne accès au public, qui peut consulter ses collections sur place à l’achat d’une entrée quotidienne ou d’une carte de membre (Radics, 2009). Elle met aussi en valeur les pièces les plus précieuses de sa collection dans des expositions temporaires (Radics, 2009). Elle possède notamment 32 corvinae préservés de la collection de la Bibliotheca Corviniana, en plus de nombre de textes anciens en langue hongroise rédigés sur du parchemin ou papier, ou encore numérisés (Radics, 2009; Virágos, 2013). Finalement, la Bibliothèque Nationale Széchényi est responsable du MOKKA un catalogue commun réunissant les collections des plus grandes bibliothèques du pays. Elle s’occupe aussi du logiciel derrière le système national de prêt entre bibliothèques (Radics, 2009).

Bibliothèques publiques

En 2018, la Hongrie comptait 3 384 bibliothèques publiques (Kiszl et al., 2018). La capitale, Budapest, a sa propre bibliothèque centrale, la Bibliothèque Szabó Ervin, qui dessert un réseau de bibliothèque métropolitain. Cependant, tous les départements et municipalités du pays sont tenus de permettre l’accès à une bibliothèque à leur population (Radics, 2009). Certaines localités plus petites choisissent de s’allier dans une même bibliothèque (Németh, 2014) ou elles peuvent également demander les services du système de service en zones rurales (Radics, 2009; Virágos, 2013). La Hongrie compte aussi un système de bibliothèques mobiles qui desservent les régions les moins peuplées (Radics, 2009).

Une instance nationale rattachée à la bibliothèque nationale Széchényi, l’Institut des bibliothèques, est responsable de soutenir le réseau de bibliothèques publiques. Il leur offre un soutien technique et méthodologique (formation des aides-bibliothécaires et formation continue des bibliothécaires et appui au développement de collection) et est porteur d’une vision plus globale du développement des bibliothèques (par la collection de statistiques et l’élaboration de normes et directives). L’institut des bibliothèques maintient aussi une bibliothèque spécialisée en sciences de l’information et des bibliothèques (Virágos, 2013).

Bibliothèques universitaires

Les données en anglais au sujet du nombre de bibliothèques universitaires en Hongrie sont rares,mais il semble qu’au courant des années 2000 celui-ci se soit maintenu autour de 200 (Németh, 2014; Radics, 2009; Virágos, 2013). Les années 1990 et 2000 ont connu une forte augmentation de la population étudiante aux études supérieures, donc l’usage des collections et des services des bibliothèques universitaires a augmenté de façon significative (Virágos, 2013). Pendant cette période, il y a eu aussi un mouvement de fusion d’universités et de collèges. Cela a obligé ces établissements à accentuer leur partage des ressources et leur coopération (Németh, 2014). Les bibliothèques universitaires ont aussi développé une expertise de divers services en ligne. Elles ont des projets de numérisation, offrent l’accès à des périodiques électroniques et à des bases de données et gèrent des contrats de licences et diverses ressources électroniques (Virágos, 2013). Les bibliothèques ont une fonction rassembleuse pour la communauté universitaire, notamment par leur architecture, mais aussi en abritant des librairies, des boutiques thématiques et en offrant des services tels que la vente des tickets de transports en commun (Németh, 2014).

En 2009, les trois plus importantes universités de Hongrie, l’Université Eötvös Loránd, l’université Attila Jözsef et l’Université Janus Panonius comptaient respectivement des collections d’environ 3.5, 1.2 et 1,6 million de volumes (Radics, 2009). L’Université centrale européenne (CEU), dont le centre est à Vienne, mais qui a une antenne à Budapest compte quant à elle, une large collection anglophone (CEU library, s.d.).

Bibliothèques spécialisées

La Hongrie compte plusieurs grandes bibliothèques spécialisées. La plus célèbre et la plus ancienne est probablement la bibliothèque de l’Académie des sciences de Hongrie. Cette bibliothèque de recherche possède des collections spéciales d’études orientales, d’histoire et de sciences (Radics, 2009). Parmi les bibliothèques de recherche spécialisées rattachées à des instituts de ce type, mentionnons aussi la bibliothèque du Centre national d’information technique, la Bibliothèque Nationale de la santé, la bibliothèque du Centre national d’information agricole et la Bibliothèque et Musée pédagogique national (Radics, 2009). Certaines d’entre elles (notamment la bibliothèque de l’Académie des sciences) participent au réseau national de prêt entre bibliothèques et donnent ainsi accès à leur collection au public hongrois. Elles contribuent aussi à l’élaboration de notices pour le MOKKA, le catalogue collectif qui rassemble les collections de plusieurs bibliothèques du pays (Németh, 2014).

La bibliothèque du Parlement hongrois, quant à elle, possède une collection axée sur le droit, la documentation gouvernementale (notamment celle produite par l’Union européenne, dont elle est dépositaire) et les sciences sociales (Radics, 2009). Finalement, la Hongrie compte aussi des bibliothèques dans différents musées, hôpitaux, entreprises privées et organisations à but non lucratif (Virágos, 2013).

Bibliothèques scolaires

Les bibliothèques scolaires sont sous la tutelle de la Bibliothèque et Musée pédagogique national, qui leur sert notamment de centre de référence. Depuis 1995, l’enseignement des «compétences documentaires» fait partie du programme d’éducation national (Radics, 2009; Virágos, 2013). En principe, la loi indique que les écoles publiques devraient compter une bibliothèque et au moins un.e bibliothécaire (rôle qui peut être occupé par un.e professeur.e). Toutefois, le financement peut manquer et il arrive que les équipements se fassent vétustes (Radics, 2009). En 2014, on comptait près de 4000 bibliothèques scolaires en Hongrie (Németh, 2014).

Bibliothèques numériques

La Hongrie compte plusieurs bibliothèques numériques importantes, certaines d’entre elles étant hébergées par la Bibliothèque Nationale Széchényi. La bibliothèque électronique hongroise (Magyar Elektronikus Könyvtár ou MEK) conserve en libre accès des ressources numériques axées sur la Hongrie et l’Europe centrale, particulièrement dans les domaines de la culture, l’éducation et la recherche. Fondée en 1994 par un groupe de bibliothécaires, elle a été absorbée par la Bibliothèque Nationale Széchényi dont elle est maintenant un des départements (Virágos, 2013). Un autre projet ambitieux de la Bibliothèque Nationale et soutenu par l’UNESCO a été la Bibliotheca Corviniana Digitalis, qui visait la numérisation et la mise en ligne des 36 corvinae qu’elle détenait (Virágos, 2013). Entamé au début des années 2000, il semble avoir été abandonné, car en 2018, un seul corvinae s’y trouvait, tandis que l’Université Eövös a effectué la numérisation de ses propres corvinae sans les intégrer à la Bibliotheca Corviniana Digitalis (Kiszl et al., 2018).

Parmi d’autres bibliothèques numériques notables de Hongrie, mentionnons aussi l’EPA, une archive électronique de périodiques hongrois et NAVA, des archives nationales audiovisuelles, les deux en libre accès. La Hongrie compte aussi des archives nationales numériques, le NDA, qui rassemble une cinquantaine d’institutions et dont le catalogue permet d’interroger les fonds de 60 bibliothèques numériques totalisant plus de 300 000 documents (Virágos, 2013).

Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques

Avant le XIXe siècle, en Hongrie, les bibliothécaires ne suivaient pas de formation préalable, et devaient donc développer leurs champs de connaissances et de compétences à travers la pratique. Si le premier programme de cours en bibliothéconomie offert dans le pays a vu le jour en 1898, c’est en 1948 que fut proposé le premier vrai programme universitaire, à l’université de Budapest, suivi des universités Debrecen, Szeged et Pécs (Balogh et Oktatási és Kulturális Minisztérium (Budapest), 2006). Au départ, son cursus, d’une durée de cinq ans, avait une approche principalement historique, mais elle a incorporé à travers le temps des compétences plus pratiques ainsi que l’utilisation d’outils techniques et informatiques à son cursus. (Virágos, 2013).

Depuis les années 50, une formation collégiale est également offerte dans certains établissements. D’une durée de quatre ans et davantage axée sur la pratique que sur la recherche, elle fut d’abord introduite en 1951 par l’Institut de formation des enseignants de Budapest (Balogh et Oktatási és Kulturális Minisztérium (Budapest), 2006). En 2006, l’arrivée d’un nouveau système d’enseignement supérieur hongrois, à la suite de la restructuration globale ayant suivi la mise en place du traité de Bologne, a été accompagnée de la mise en place d’une majeure ainsi que d’une maîtrise. Cette dernière offre de bonnes perspectives d’emplois dans les bibliothèques, les institutions de la mémoire et certains fournisseurs d’accès à l’information, mais n’est offerte que dans un nombre limité de départements de sciences de l’information et bibliothéconomie (Németh, 2014).

Aujourd’hui, 10 établissements d’enseignement supérieur hongrois offrent des programmes de baccalauréat et de maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information. Chaque institution offre essentiellement le même cursus, qui met notamment l’emphase sur les compétences de littératie numérique. Généralement, les formations offrent aussi plusieurs options de spécialisation (Varga, 2015).

Depuis l’implantation de la loi CXL, en 1997, les bibliothécaires doivent également suivre une formation continue d’une durée minimale de 120 heures par période de 7 ans, en choisissant parmi une liste de programmes reconnus par la Commission d’accréditation des sciences de l’information et des bibliothèques. Les fonds nécessaires sont couverts par le ministère de l’Éducation et de la Culture de Hongrie (Virágos, 2013).

Bien que les différents programmes établis dans ces institutions offrent généralement de bonnes perspectives d’avenir, les départements universitaires de sciences de l’information et bibliothéconomie ont fait face à un manque de popularité dans les dernières années. Entre 2010 et 2013, le nombre d’inscriptions à des baccalauréats a baissé de manière significative, et certaines formations universitaires ont même dû être suspendues. Ce phénomène serait probablement le symptôme de tensions générées par un conflit présent entre les connaissances, les attitudes et les compétences des nouveaux bibliothécaires et la vision encore très conservatrice présente dans plusieurs bibliothèques, qui ont d’ailleurs une image très datée aux yeux de beaucoup de gens. Le manque de promotion des services d’informations n’aurait pas aidé la cause, si bien que le métier de bibliothécaire offrirait peu de prestige au niveau social. Une coopération entre les départements de sciences de l’information et les différents acteurs impliqués dans la diffusion de l’information s’avérait désormais nécessaire pour permettre à ces programmes de formation de regagner en popularité (Németh, 2012).

Associations de bibliothèques

Association des bibliothécaires hongrois

Fondée en 1935, l’Association des bibliothécaires hongrois, ou Magyar Könyvtárosok Egyesülete (MKE), est la plus ancienne association professionnelle du secteur des bibliothèques en Hongrie (Virágos, 2013, p. 96). Il s’agit d’une organisation à but non lucratif regroupant plus de 2000 membres individuels et 60 membres institutionnels (Radics, 2009). L’association se donne sept objectifs principaux:

Participer à l’orientation et à la mise en œuvre des politiques nationales en matière de bibliothèques et d’information;

Représenter le secteur des bibliothèques dans l’élaboration des stratégies de développement;

Défendre les intérêts des professionnels des bibliothèques et de l’information;

Assurer auprès d’eux un rôle de conseil dans la construction de partenariats avec les pouvoirs publics, les bailleurs de fonds et les institutions d’autres secteurs;

Améliorer les relations publiques et la communication des bibliothèques;

Promouvoir la coopération entre bibliothèques aux plans national et international;

Soutenir le développement professionnel des membres du secteur (Virágos, 2013, p. 96).

La MKE organise également une conférence annuellement au mois de juillet. Accueillant de 600 à 800 personnes par année, il s’agit du plus important événement professionnel relié au secteur des bibliothèques dans le pays (Balogh et Oktatási és Kulturális Minisztérium (Budapest), 2006).

Alliance des bibliothèques et de l’information

L’Alliance des bibliothèques et de l’information, ou Informatikai és Könyvtári Szövetség (IKSZ) est une organisation nationale fondée en 1990 (Virágos, 2013) qui inclut environ 230 institutions. Sa mission est d’améliorer les services en bibliothèque et la coopération ainsi que de rehausser le profil des institutions qui en sont membres (Radics, p. 2213). L’organisation est également l’éditeur de la revue Könyvtári Levelző lap (Le correspondant des bibliothèques) ainsi que de quelques livres traitant de la gestion des bibliothèques (Virágos, 2013).

Autres associations

Mis à par la MKE et la IKSZ, les plus importantes organisations représentant des bibliothèques hongroises sont, selon Marta Virágos, l’Association des bibliothécaires universitaires (Egyetemi Könyvtárigazgatók Kollégiuma, EKK), l’Alliance des bibliothécaires des collèges et universités (Főiskolai és Kari Könyvtárigazgatók Szövetsége, FKKSZ), l’Association des bibliothèques ecclésiastiques (Egyházi Könyvtárak Egyesülése, EKE), l’Association hongroise pour la lecture (HUNRA), l’Alliance des bibliothèques médicales hongroises (Magyar Orvosi Konyvtárak Szövetsége, MOKSZ) et le Cercle des bibliothèques hongroises PUBLIKA (PUBLIKA Magyar Könyvtári Kör) (Virágos, 2013). On peut aussi mentionner l’Association des Bibliothèques Scolaires (Könyvtárostanárok Egyesülete, KE) (Dömsödy, Kámán et Pataki, 2017).

Cadre législatif

Une première loi fut mise en place en 1929 afin d’établir quels étaient les missions et les services fournis par les bibliothèques, les musées et les archives en Hongrie. Durant la période communiste, de nouveaux décrets et règlements s’ajoutent afin d’apporter des précisions sur le fonctionnement et l’architecture des bibliothèques. La législation allait cependant subir une importante réforme durant les années 90, et tout particulièrement en 1997 avec l’implantation de la Loi CXL (Virágos, 2013).

Loi CXL

La loi CXL a posé les bases du nouveau système et a énuméré quatre notions de base sur lesquelles ce dernier se base. D’abord, elle pose la bibliothèque comme l’institution pivot de la société de l’information. Ensuite, le réseau des bibliothèques serait essentiel et indispensable à la libre circulation de l’information. De plus, les bibliothèques seraient ouvertes à tous les usagers: tous les citoyens auraient donc droit d’accéder aux services qui y sont offerts. Enfin, le développement du réseau des bibliothèques et les services qu’elles offrent devraient être financés par l’État (Balogh et Oktatási és Kulturális Minisztérium (Budapest), 2006).

La loi a également servi à établir certaines mesures concernant le financement et l’organisation du secteur des bibliothèques dans son ensemble et plusieurs services en réseaux, tels que la mise en place d’un système national de prêt. C’est aussi cette loi qui a introduit la notion de bibliothèque publique comme bibliothèque ouverte à tous les usagers. Elle définit également les deux conditions d’éligibilité, qui sont au nombre de deux: pour obtenir le statut de bibliothèque publique, l’établissement doit non seulement proposer des services aux usagers, mais aussi permettre à tous les citoyens d’y accéder. Ce statut permet notamment d’obtenir du soutien et des subventions d’État. Ces dernières, ajoutées au budget de fonctionnement local, permettent notamment de financer le développement des collections et de l’infrastructure technologique, l’achat d’équipement et la formation du personnel des bibliothèques (Virágos, 2013).

Rôle du Ministère des Ressources nationales

C’est le département des bibliothèques du Ministère des Ressources nationales qui a la responsabilité d’élaborer la législation et les règlements concernant le secteur des bibliothèques en Hongrie. Il s’occupe également de la planification stratégique et de l’allocation des subventions ministérielles. Enfin, elle est responsable de la gestion du système d’inspection professionnel depuis sa réinstauration, en 2002, afin d’assurer la qualité des services fournis en bibliothèque (Virágos, 2013).

Information complémentaire

Plusieurs bibliothèques hongroises importantes font partie de grandes organisations internationales telles que l’IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions), l’EBLIDA (European Bureau of Library, Information and Documentation Associations) et la LIVER (Ligue des Bibliothèques Européennes de Recherches. Les organisations professionnelles hongroises collaborent aussi régulièrement avec celles d’autres pays. Les bibliothèques ont notamment participé à plusieurs projets appuyés par l’Union européenne (Németh, 2014).

Références

Balogh Anna, & Oktatási és Kulturális Minisztérium (Budapest). (2006). Libraries and librarianship in Hungary, 2006. Ministry of Education and Culture.

Central Intelligence Agency. (2020) Hungary. The World Factbook. https://www.cia.gov/library/publications/resources/the-world-factbook/geos/hu.html

CEU Library. (s.d.). Collections. Central European University. https://library.ceu.edu/about/collections/

Dömsödy, A., Pataki, M., & Kámán, V. (2017). Acting together for the civil society and the quality education Acting under checked umbrellas. http://library.ifla.org/1761/

Kiszl, P., Radó, R., & Hubay, M. P. (2018). From Divergence to Convergence in Hungarian Librarianship : Towards a Common Digital Platform. Libri, 68(4), 315‑329.

Németh, M. (2014). Hungarian Libraries and Librarianship, 1990–2013 : An Overview. Library Trends, 63(2), 212‑232.

École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. (2020). Hongrie. Perspective monde. https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/HUN/fr.html

Radics, K. (2009). Hungary: Libraries, Archives and Museums. Dans Bates, M. J. (dir.) et Maack, M. N. (dir.), Encyclopedia of Library and Information Sciences (3e éd., p. 2205-2222). CRC Press.

Sargeant, P. (1979). The Hungarian library system. Journal of librarianship, 11(4), 261‑276.

Vaillant, Pierre. (1961). La lecture publique en U.R.S.S. (d’après les observations recueillies au cours d’une mission accomplie du 15 au 30 novembre 1960), Bulletin d’informations de l’ABF [en ligne]. https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/index-des-revues?id_article=51084

Varga, K. (2015). Information Literacy and Education in Hungary. Przegląd Biblioteczny, 83(2), 193‑208.

Virágos, M. (2013). Les bibliothèques en Hongrie. Dans É. Barret (Trad.), Les bibliothèques en Europe (p. 81‑98). Éditions du Cercle de la Librairie.

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