17 Italie
(Ilana Campellone, Alain Provencher)
Profil du pays
L’Italie, sans nul doute, figure parmi les civilisations qui auront le plus marqué l’histoire notamment en raison de son immense apport culturel, et ce, à chacune des grandes périodes marquantes de l’histoire. L’Italie possède un passé riche en ce qui a trait à ses penseurs et à la création d’une rhétorique philosophique, scientifique et politique avec des érudits comme Giordano Bruno, Galilée et Pic de la Mirandole qui vont apporter de nouvelles visions du monde bien souvent aux dépens de leur vie. L’apport culturel de l’Italie est aussi impressionnant. De grands créateurs ont façonné un art nouveau que d’autres ont suivi, adopté. Locomotive d’innovations et de grandes révolutions artistiques; nous n’avons qu’à penser à des noms comme Giulio Caccini, Giovanni Battista Pergolesi, Antonio Vivaldi, Ottorino Respighi en musique, Dante Alighieri, Pétrarque, Italo Calvino et Umberto Eco en littérature ou bien encore ce qui allait devenir la grande école de l’opéra italien avec Gioachino Rossini, Giuseppe Verdi, Vincenzo Bellini et Gaetano Donizetti. Le monde des arts visuels n’est pas en reste avec ces Michelangelo, Leonardo da Vinci, Sandro Botticelli pour ne nommer que ceux-là.
L’Italie de par son étendue et sa position géographique présente une variété de milieux climatiques. Ce pays, quasi insulaire, dont une grande partie de son territoire est entouré par les mers du bassin méditerranéen, est stratégiquement positionné bien au centre de l’Europe. Un climat montagnard avec ses quatre saisons pour ses régions plus au nord et un climat méditerranéen pour sa partie centrale et plus au sud ou le continent se retrouve au cœur de la méditerranée.
Huitième puissance économique au monde, l’Italie fait partie des six membres fondateurs de la CEE (Communauté économique européenne) en 1957 qui allait être englobée dans ce qui allait devenir l’Union européenne en 1993. Avec plus de 60 000 000 d’habitants et ses 76 sièges sur 705 au Parlement de l’Union européenne, l’Italie se retrouve en quatrième position en termes d’importance et de voix au chapitre sur les 27 pays qui la constitue (site du parlement européen).
Histoire
Comme c’est le cas pour bien des civilisations, l’histoire des bibliothèques italiennes remonte aux premiers scribes et copistes dont la fonction était de conserver et de diffuser la connaissance. L’accumulation progressive en collections privées de même que l’accès à ces collections par les érudits, les personnes de savoir forgèrent progressivement, notamment à partir de la fin du XIVe siècle, le concept de bibliothèque (Blin et Tammaro, 2013).
Bien avant que la République d’Italie soit instaurée en 1946, à l’époque du royaume d’Italie (1861-1946) l’état des bibliothèques semblait satisfaisant. Une étude réalisée en 1863 sur l’ensemble du royaume italien faisait mention de 210 bibliothèques. 164 d’entre elles étaient ouvertes aux citoyens, les autres privées, et l’on comptait environ 4 500 000 ouvrages ce qui en faisait la plus grande collection d’Europe (Aghemo, 2013). En 1914, la Fédération italienne des bibliothèques populaire (fondée en 1867 à Milan) rapporte 1500 bibliothèques sur le territoire (Blin et Tammaro, 2013).
À la différence de pays comme la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Canada, l’Italie ne possède pas une bibliothèque nationale centrale unique, mais bien deux, une à Florence et l’autre à Rome, investies de missions similaires, dont le rôle de dépôt légal, mais gérer de façon autonome.
En 1875 on voit la création de la Bibliothèque nationale de Rome et inaugurée le 14 mars 1876. Elle rejoint celles de Florence, Naples et Turin. Quelques années plus tard, en 1879, elle fermera ses portes momentanément en raison de problèmes d’approvisionnement et de gestion (ouvrages obsolètes, doublons, etc.). À cette époque, ces quatre institutions se retrouvaient sur un pied d’égalité. En 1885, on nomme Rome et Florence bibliothèques nationales centrales et Naples et Turin comme bibliothèques nationales. La citation qui suit présente les missions de ces bibliothèques telles qu’elles apparaissent dans un règlement du 28 octobre 1885:
« Rassembler et organiser les publications dans le domaine du droit de l’imprimerie, enrichir les fonds littéraires et scientifiques pour présenter de manière exhaustive l’histoire de la pensée italienne; se procurer les œuvres étrangères plus connues pour illustrer l’Italie dans son histoire ou dans sa culture scientifique, artistique et littéraire ; représenter aussi la culture étrangère dans sa continuité. » RD 28 ottobre 1885, n. 3162, Regolamento organico delle biblioteche governative del Regno, art. 4. (Aghemo, 2013).
Les données budgétaires et d’emplois recueillis en 2013 mentionnaient pour la Bibliothèque de Florence un montant de 3 100 871 euros, 188 emplois et 40 postes de bibliothécaires et pour celle de Rome, un budget de 2 686 154 euros, 236 emplois et 74 postes de bibliothécaires (Aghemo, 2013).
Le concept de bibliothèques publiques en Italie voit le jour dans la deuxième moitié du XIXe siècle. La toute première bibliothèque de prêt est fondée par Antonio Bruni (1843-1892), homme de lettres et philosophe, en 1861 à Prato dans la région de la Toscane actuelle. On rapporte que pour environ 30 sous par mois on pouvait emprunter différents documents. Les bibliothèques de cette époque ne sont pas encore financées par l’état, mais principalement par des communautés religieuses. Les bibliothèques sont donc publiques par leur accès possible au grand public et non dans un sens d’institution d’État. On voit les premières subventions de l’état en 1866 et le concept de bibliothèque publique apparaît plutôt sous la forme de bibliothèque populaire, biblioteca popolare, qui vise principalement l’éducation (Blin et Tammaro, 2013).
Les bibliothèques qui avaient connu un essor considérable jusqu’au milieu du XIXe siècle semblent avoir commencé à accuser un certain recul pendant deux périodes consécutives de son histoire. L’unification de l’Italie en 1861 semble avoir été une démarche plus politique qu’une démarche concrète avec des actions visant à unifier et organiser l’ensemble de ces royaumes réunis, laissant seuls à eux-mêmes le sud de l’Italie notamment ou la pauvreté de son peuple était plus grande que celle du nord. La seconde période où la culture ne fut pas au cœur des préoccupations politiques s’amorce avec la montée du fascisme et l’arrivée au pouvoir de Benito Mussolini de 1922 jusqu’en 1943 (Dean, 1983). Bien que la question des bibliothèques publiques et de son financement ait fait l’objet de requêtes et de concertation au sein de l’état italien pendant ces périodes, il faudra attendre l’adoption d’un projet de loi donnant la pleine intendance des bibliothèques publiques aux régions en 1977, projet amorcé en 1974 avec la création du ministère des Biens culturels et environnementaux (Blin et Tammaro, 2013). Ce qui justifie sans doute les inégalités d’une région à l’autre dans le soutien aux bibliothèques publiques.
L’implantation, de même que l’organisation du système bibliothécaire en Italie à évoluer d’une façon plutôt disparate et sans concept d’uniformisation selon l’auteur Aurelio Aghemo ce qui a entraîné au sein de l’AIB (L’Association des bibliothécaires italiens) aux alentours des années 2010, le désir de voir une seule et même bibliothèque nationale et centrale plutôt que deux de même que l’uniformisation des ses politiques et de sa gestion. Toujours selon l’auteur, les bibliothèques publiques italiennes ne devraient plus être sous la responsabilité du ministère du Patrimoine, des Activités culturelles et du Tourisme comme c’en est actuellement le cas, mais bien être gérées de façon autonome. Il n’existe pas de lois qui dictent ou régissent la conduite des affaires relatives aux bibliothèques en Italie, mais une multitude de règlements qui peuvent différer d’une région à une autre. De là le désir d’uniformiser l’intendance d’un bout à l’autre du pays.
L’Italie, plutôt que de construire de nouveaux édifices, préfère rénover des établissements déjà existants en les rendant plus fonctionnels et attrayants de même qu’en insérant ses bibliothèques au cœur même de l’architecture d’édifices patrimoniaux. Cette politique à double effet vise également la revitalisation de quartiers. Selon l’auteur Anna Galluzzi, les villes plus petites arrivent plus facilement à réaliser ces projets de transformation à l’instar des grandes villes. En effet, les grandes villes semblent éprouver plus de difficultés à mener à terme ces grands projets de revitalisation notamment en raison de la volonté politique qui semble freiner voir empêcher l’aboutissement de ces réalisations aussi perdues dans un dédale de procédures bureaucratiques et administratives (Galluzzi, 2009).
Types de bibliothèques
Malgré un sous-financement par les régions en ce qui concerne les bibliothèques publiques, certaines villes et certaines bibliothèques semblent avoir saisi l’importance de ces lieux. Bien que l’Italie semble avoir opté pour une approche de rénovation des bâtiments déjà existants plutôt que la construction de nouveaux édifices, comme partout ailleurs on opte pour des espaces lumineux, dégagés et où les matériaux sont soigneusement choisis afin de faire cohabiter le côté patrimonial et le côté moderne. Que ce soit dans des entrepôts industriels ou dans des immeubles à caractère historique, ces nouveaux lieux se veulent accueillants et accessibles à tous. Par le biais de ces changements, on espère revitaliser les quartiers, attirer de nouveaux utilisateurs, créer la rencontre au cœur de la communauté. Comme un peu partout à travers le monde, le virage social centré sur les besoins des citoyens entrepris par le monde des bibliothèques est ici aussi au cœur des préoccupations. La bibliothèque d’aujourd’hui et de demain se veut à la fois un endroit neutre et sécuritaire où l’information et la connaissance, quelles qu’elles soient, puissent être facilement accessibles aux différents usagers. Un avantage sur d’autres lieux sociaux (McCabe & Kennedy, 2003).
La bibliothèque Sala Borsa de Bologne qui est logé dans un immeuble historique, rénové, au cœur du centre-ville, a ouvert ses portes au public en 2001. Désireuse de vouloir rejoindre la plus vaste majorité de ses citoyens, son offre couvre à la fois l’accessibilité à l’information de même qu’une offre aux dimensions sociales. En plus d’offrir sa collection de livres physiques, elle s’est aussi munie de stations informatiques et est aussi devenue un centre où les usagers peuvent se retrouver. La bibliothèque a voulu faciliter l’expérience pour l’utilisateur en recourant à des classifications plus simples pour ses rayonnages et ainsi briser la barrière complexe de la recherche que peuvent éprouver certains usagers.
La bibliothèque San Giovanni de Pesaro est un fort bel exemple de rénovations et de modernisme. Logé au cœur d’un immeuble historique qui regroupe un couvent et une église, la conception de cette architecture nouvelle a su préserver l’essence patrimoniale de l’établissement extérieur en multipliant les puits et entrées de lumières par les plafonds de même qu’en préservant l’aspect dégagé, non encombré des lieux afin de rendre invitant les espaces réservés aux usagers qui y viennent consulter ou bien encore travailler. Ici aussi, on a voulu simplifier le rayonnage des livres pour les utilisateurs. Souvent classé par ordre alphabétique d’auteur. Une terrasse de type galeries surplombant un parc, équipée de fauteuils et de tables et protégée des intempéries par un toit de verre permettent aux usagers de travailler ou de se rencontrer à l’extérieur.
Le gouvernement italien tarde à vouloir investir du côté de la création de nouvelles infrastructures notamment dans les grands centres urbains. À Milan, le projet de construction de la BEIC (Biblioteca europea di informazione e cultura) tarde à se concrétiser. Mis sur pied à la fin des années 1990, ce vaste projet de bibliothèque physique et virtuel est toujours en attente (Galluzzi, 2009).
Bibliothèques ecclésiastiques
Les bibliothèques ecclésiastiques possèdent non seulement un patrimoine culturel incroyable, mais représentent une présence indéniable en Italie. Avec des origines datant du premier siècle, ces types de bibliothèques, qui incluent notamment toutes les institutions religieuses (églises, couvents, institutions théologiques), font partie intégrante du portrait historique et bibliothéconomique du pays.
Dans son article “The Ecclesiastical Libraries in Italy: History and Present Situation”, Anselmo Mattioli nomme quatre problèmes spécifiques qui surviennent dans ces institutions peu importe leurs tailles (1990). La nature diversifiée de l’ensemble de ces bibliothèques fait que des problèmes de conservation, de gestion et de classification ont fait surface, surtout au cours des années récentes. Plus précisément, on cite l’exemple de la bibliothèque Ambrosiana à Milan qui montrait des difficultés à maintenir sa collection et opérait en sous-effectifs (Mattioli,1990). D’abord, Mattioli explique que ces bibliothèques sont trop souvent trop petites et les bâtiments sont délabrés; la localisation de la bibliothèque dans le bâtiment de celles-ci est difficile d’accès; le manque de personnel; et le manque de financement. Toutefois, des efforts ont été déployés pour améliorer ces points. L’auteur mentionne également l’Association des bibliothécaires ecclésiastiques italiennes (ABEI) qui travaille depuis des années pour ces causes (Mattioli,1990).
Bibliothèques en milieux éducatifs
Selon Guerrini et Frigimelica, la présence de bibliothèques dans les écoles italiennes ne représente pas un grand pourcentage, et pour celles qui en contiennent une, celle-ci n’a pas de structure établie: pas de catalogue, ni de professionnel de l’information dans la majorité des cas. En réponse à ces problèmes, ainsi qu’aux difficultés de financement et de décrochage scolaire, le Ministero della Pubblica Istruzione (Ministre de l’Éducation publique) lance, en 2007, le programme Amico libro (“Livre Ami”) dans le but de promouvoir la lecture dans les écoles (Guerrini et Frigimelica, 2009).
En contraste, dans les milieux universitaires, on parle surtout de réseaux de bibliothèques. En 2006, un recensement a été lancé de la part de Gruppo interuniversitario sul monitoraggio dei sistemi bibliotecari di ateneo (GIM) (Groupe interuniversitaire de veille des réseaux de bibliothèques universitaires) et de Conferenza dei Rettori delle Università Italiane (CRUI) (Conférence de recteurs d’universités italiennes) pour récupérer des données sur les universités italiennes (Guerrini et Frigimelica, 2009). On met également de l’énergie dans le partage des ressources et l’accessibilité des documents. Par exemple, en 2004, 72 recteurs universitaires ont signé le Dichiarazione di Messina (Déclaration de Messina) dans l’objectif de favoriser l’accès à tous. Malgré ces efforts, une telle structure n’a pas été implantée dans toutes les institutions du pays. On note aussi une différence au niveau national en termes d’organisation: il existe une disparité entre le Nord et le Sud (Guerrini et Frigimelica, 2009).
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
En 2009, on notait plus de 80 universités italiennes à travers le pays offrant une formation en bibliothéconomie et archivistique. Nécessitant des études de 2e cycle ou supérieures pour devenir bibliothécaires, les étudiants peuvent choisir parmi des programmes de maîtrise jusqu’au postdoctoral (Guerrini et Frigimelica, 2009). À titre d’exemple, l’Université de Florence et l’Université de Rome « La Sapienza » offrent des parcours dans ce domaine. Le site web de l’Association des bibliothécaires italiens (AIB) donne accès à des cours de formation continue à ses membres professionnels. En naviguant sur le site, sous l’onglet “Formazione” (formation) sont présentés deux objectifs principaux visés par ces formations.
« L’AIB vise à affirmer, accroître, défendre la dignité et la spécialité professionnelle du bibliothécaire; promouvoir, soutenir et développer chaque action permettant de garantir une formation professionnelle de qualité; fournir à ses membres du soutien scientifique et technique pour la formation continue (Statuto, art. 2), par la promotion et l’organisation, en entièreté ou en collaboration avec des tierces parties, des cours, séminaires, rencontres, congrès, conférences, voyages d’étude, activités culturelles et toute autre initiative visée à la mise à jour et la formation continue professionnelle (Statuto, art. 3) » (AIB, 2020, notre traduction).
L’association organise aussi l’“Osservatorio Formazione” (Observatoire de formation), composé de sections régionales, qui lance régulièrement des enquêtes et des sondages afin d’identifier les exigences professionnelles des membres et pour maintenir la qualité des formations offertes ainsi que l’amélioration continue des activités et formations (AIB, 2020). En 2013, celle-ci a mis en place une plateforme de formation à distance, permettant une plus grande flexibilité et accessibilité aux cours. Cette plateforme prend forme d’un portail en ligne: “Portale AIB Formazione” (Portail de formation AIB) (https://www.aibformazione.it/). Voici quelques exemples de cours disponibles: “Bibliothèques et plateformes numériques; avant, pendant et après le COVID”, ‘WebDewey: classification et utilisation de la DDC en ligne” et bien d’autres.
Association de bibliothèques
Association des bibliothèques italiennes (AIB)
Fondée en 1930, l’Association des bibliothèques italiennes (précédemment nommée l’« Association des bibliothécaires italiens » jusqu’à 1933) forme un des plus importants regroupements de personnes et groupes impliqués dans les sciences de l’information au pays (AIB, 2007). Ses origines remontent à une année plus tôt, en 1929, lors du premier Congrès mondial des bibliothèques et bibliographie (World Congress of Libraries and Bibliography) à Rome, date et lieu où la première constitution de l’International Library and Bibliographical Committee est approuvée. Ce dernier devient éventuellement la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques (International Federation of Library Associations and Institutions, IFLA). Suite à la participation de l’Italie dans cette action, l’AIB est née (Buttò et Petrucciani, 2009).
En fait, en 2007, on compte plus de 4,500 membres (AIB, 2007). Les membres participants proviennent de secteurs variés: bibliothécaires, étudiants en sciences de l’information, institutions privées et autres bibliothèques à l’échelle internationale. Par ailleurs, comme mentionné précédemment, cette association offre divers cours de formation continue.
La structure organisationnelle de cette association est divisée en sections régionales. Une condition minimale à laquelle chaque section doit adhérer pour opérer est d’avoir au moins vingt personnes associées provenant et habitant dans la région en question. Les sections régionales sont composées d’Assemblées régionales des associés, de Comités exécutifs régionaux et de Directeurs régionaux. Cette structure est reprise au niveau national. Les corps disciplinaires reliés sont: le Conseil national des directeurs régionaux (Consiglio Nazionale dei Presidenti Regionali), le Conseil syndical (Collegio Sindacale) et le Conseil arbitral (Collegio dei Probiviri) (AIB, 2020).
Service bibliothécaire national et Institut central pour catalogage unique
Le service bibliothécaire national, avec ses débuts dans les années quatre-vingt, est créé dans le but d’uniformiser et augmenter l’accessibilité et le partage des ressources à travers le pays. Ce service opère sous le ministère des Biens culturels et est organisé par l’Institut central pour catalogage unique. Il agit aussi en conjonction avec les universités, les régions, ainsi que le ministère de l’Éducation (Mazzola Merola, 1996).
L’institut central pour catalogage unique voit le jour en 1951 sous le nom de Centre national du catalogue unique, créé dans le but de centraliser le catalogage des documents dans le pays (ICCU, 2018). Ce n’est qu’en 1975 qu’on change pour le nom actuel. Le mandat précis de cet institut est le suivant: « Au soutien des tâches de catalogage des bibliothèques italiennes, l’Institut a la responsabilité d’adresser, de produire, de mettre à jour et de diffuser les normes pour le catalogage pour les différents types de documents, que ce soit des manuscrits ou des supports multimédias. » (ICCU, 2018, notre traduction). Par ailleurs, le site web de l’institut présente des statistiques de la SBN pour l’année 2019. En voici quelques données: il y a 18,181,320 de notices bibliographiques dans le système; plus de 100,999,813 localisations existent dans le réseau; et il y 803,000 liens à des ressources numériques (ICCU, 2020).
Depuis son implantation, cette initiative a pris de l’ampleur: en 1996, on comptait jusqu’à 450 bibliothèques associées (Mazzola Merola, 1996), alors qu’en 2018, il y en a plus de 6500 (ICCU, 2018). Au cœur de ce réseau public se trouve Index dans lequel est gardé le Catalogue collectif (Mazzola Merola, 1996). Ceci est ensuite lié aux multiples pôles qui, à leur tour, agissent comme liens pour les bibliothèques qu’ils desservent. Nous assistons encore une fois à une expansion quant au nombre de pôles aux pays: au cours des vingt-quatre dernières années, le total des pôles est passé de 31 à 104. Chacune des régions italiennes a au moins un pôle, sauf la Vallée d’Aoste qui n’en possède aucun (ICCU, 2018). Il est à noter que le nombre varie par région. De même pour le nombre de bibliothèques connectées à ces pôles. Par exemple, la région de Molise a trois pôles, tandis que Piémont en a sept et le “pôle SBN de Molise” (identifié par le code MO1) est lié à dix-huit bibliothèques alors que le “pôle régional piémontais 2” (TO1) représente le lien pour au moins le double de ce dernier.
En prenant compte de la description ci-haut, voici une schématisation de la structure de ce réseau :

Le SBN est aussi doté de bases de données qui contiennent des manuscrits, de la musique, des publications médicales, etc (Mazzola Merola, 1996). Au cours des années, ce système s’est développé pour inclure de plus en plus de capacités et de services. Cette évolution, toutefois, n’a pas été sans difficultés. Par exemple, dans les années 90, le prêt entre bibliothèque présentait des difficultés d’implantation dans les bibliothèques du réseau et représentait ainsi un point à développer (Mazzola Merola, 1996).
Autres associations:
Société promotrice des bibliothèques populaires (1867)
Fédération italienne des bibliothèques populaires (1908)
Agence nationale pour les bibliothèques populaires et scolaires (1932)
Cadre législatif
Selon Anna Maria Tammaro, l’organisation des bibliothèques publiques dans un cadre législatif tel qu’on le connait aujourd’hui a commencé à prendre forme en 1926 avec la création de la Direction générale des académies et des bibliothèques à l’intérieur du ministère de l’Instruction publique. En 1974, on voit l’apparition du ministère des Biens culturels et environnementaux avec lequel s’opérera une transformation sous la forme d’une décentralisation par l’état remettant le pouvoir de financement des bibliothèques aux régions. Les bibliothèques à l’ensemble du pays ne profitent pas du même intérêt de la part de leur région respective et ne reçoivent pas non plus un financement identique, voire adéquat. C’est d’ailleurs là une des grandes difficultés, selon l’autrice Antonella Agnoli, qui attribue au fait qu’il n’y ait pas de volonté gouvernementale nationale de soutenir de façon équitable le développement des bibliothèques de chacune des régions de l’Italie. Le fait que leurs survies dépendent du financement octroyé par des paliers de gouvernance régionale disparate n’a pu rendre celles-ci indispensables.
Aujourd’hui, le réseau des bibliothèques est divisé en quatre grandes familles : les deux bibliothèques nationales soit Rome et Florence sont gérées par le ministère de la Culture (ministère des Biens et des Activités culturelles), les bibliothèques publiques et locales sont gérées, elles, dans une approche régionale, les bibliothèques universitaires, scolaires ainsi que celles des conservatoires de musique sont quant à elles sous le ministère de l’Éducation et finalement tout ce qui a trait aux bibliothèques administratives et parlementaires se retrouve sous la juridiction des ministères dont elles sont l’extension (Agnoli, A., 2014).
Fait important à noter en ce qui concerne le développement des bibliothèques, l’Italie a été durement secouée par une crise économique jusqu’en 2013, tout comme la Grèce. Les effets économiques de cette crise jumelés à cette décentralisation du financement et de la gestion des bibliothèques à l’échelle nationale ont encore plus creusé ce fossé institutionnel entre le nord et le sud. L’absence d’une volonté politique nationale d’uniformiser les bibliothèques et le métier de bibliothécaire tarde à venir. Malgré cela, les bibliothèques italiennes en suivant les modèles européens et ceux qu’on observe de plus en plus à l’échelle internationale réussissent à offrir des lieux qui sont dans l’esprit de missions et des objectifs sociaux, économiques et environnementaux. En 2014, près de 50 % des Italiens n’avaient pas accès à une connexion internet haute vitesse. Là aussi, les bibliothèques sont là pour aider (Agnoli, A., 2014).
Informations complémentaires
L’IFLA et l’AIB se sont joints pour contribuer au “Universal Periodic Review of Italy” dans lequel ces derniers ont soumis un document relatif aux liens entre les droits et les bibliothèques italiennes. On discute particulièrement des droits à la liberté et à l’expression, au droit à l’accès à l’information, ainsi qu’aux droits culturels, qu’aux droits des enfants, et puis, les droits des personnes handicapées (https://www.ifla.org/files/assets/hq/topics/info-society/documents/ifla-aib-submission-on-italy-upr-3rd-cycle.pdf) (AIB et IFLA, s.d.).
Bibliographie
Aghemo, Aurelio, « Les bibliothèques nationales centrales italiennes », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2013, n° 6, p. 43-46.
Agnoli, A. (2014). Les bibliothèques publiques italiennes: une évolution en demi-teinte. 108-112
AIB. (2007). “The Italian Library Association”. https://www.aib.it/aib/cen/presaib-e.htm
AIB. (2020). “Statuto”. https://www.aib.it/chi-siamo/statuto-e-regolamenti/statuto/
AIB. (2020). “Formazione”. https://www.aib.it/attivita/formazione/
AIB et IFLA. (s.d.). “Ifla Submission on Italian Universal Periodic Review”. https://www.ifla.org/files/assets/hq/topics/info-society/documents/ifla-aib-submission-on-italy-upr-3rd-cycle.pdf
Blin, F. et Tamarro, A.-M. (Ed.). (2013). Les bibliothèques en Europe: organisation, projets, perspectives : Les bibliothèques en Italie. Editions du Cercle de la Librairie. 31-43
Buttò, S. & Petrucciani, A. (2009). IFLA & Italy, a long-lasting friendship. Quaderni di libri e riviste d’Italia, 62,19-27. https://www.ifla.org/files/assets/hq/history/ifla-italy-1929-2009.pdf
Carpenter, R. L. (1976). Contrasting developments in Italian libraries. International Library Review, 8(1), 33-49.
Dean, E. A. (1983). The Organization of Italian Libraries from the Unification until 1940. The Library Quarterly, 53(4), 399-419.
Galluzzi, A. (2009). New public libraries in Italy: Trends and issues. The International Information & Library Review, 41(1), 52-59.
Guerrini, M., & Frigimelica, G. (2009). Libraries in italy: a brief overview. Ifla Journal, 35(2), 94–116. https://doi.org/10.1177/0340035209105666
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ICCU – Istituto Centrale per il Catalogo Unico delle Biblioteche Italiane e per le Informazioni Bibliografiche. (2020). “Attività”.
Marcerou, P. (2002). Biblioteche oggi, novembre 2000-décembre 2001. Biblioteche oggi, 2001.
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Mazzola Merola, Giovanna, “SBN, le Catalogue collectif italien”. Bulletin d’informations de l’Association des bibliothécaires français, 1996, n°172 (3), p. 29-30.
McCabe, G. B., & Kennedy, J. R. (2003). Planning the modern public library building. Libraries Unlimited.
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Tammaro, A. M. (2008). User perceptions of digital libraries: a case study in Italy. Performance measurement and metrics.
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Climats.com (2020). Web Site. Repéré à https://www.climats.com/europe.html
Parlement européen (2020). Web Site. Repéré à https://www.europarl.europa.eu/portal/fr
La Jamaïque
rédigé par : Emmanuelle Roy