23 Maroc
(Marie-Hélène Tanguay-Bérubé, Camille Demers)
Profil du pays
Le Royaume du Maroc est un pays membre du Maghreb ainsi que de la Francophonie, situé au nord-ouest de l’Afrique, suivant les côtes de l’océan Atlantique et de la mer Méditerranée sous l’Espagne. Il est bordé par l’Algérie à l’Est et par le Sahara occidental au Sud. La superficie totale est de 446 550 km carrés pour une population de 35 561 654 personnes (World Factbook, 2020).
Le territoire du Maroc actuel fut exploité durant l’Antiquité au profit de l’agriculture et du commerce avec tout le nord de l’Afrique (Servier, 2017). Plusieurs peuples berbères habitaient alors la région, mais à partir du VIIIe siècle, les Arabes les envahirent et leur imposèrent leur langue et leur religion. De ce fait, bien que l’arabe soit aujourd’hui la langue majoritaire, une petite partie de la population parle encore des langues berbères comme le tamazight. L’islam est la religion officielle du pays, qui compte également une minorité de chrétiens et de juifs (World Factbook, 2020).
En 1912, le pays est tombé sous la domination des protectorats français et espagnol, qui implantèrent de nombreuses réformes économiques, politiques et culturelles dont plusieurs conséquences sont encore présentes aujourd’hui. Bien après l’indépendance en 1956, le français est notamment encore utilisé au niveau gouvernemental et diplomatique, de même que l’espagnol dans la région du Nord (Europa world, 2020). Le Maroc est toujours une monarchie constitutionnelle dont les pouvoirs sont distribués entre la monarchie et le gouvernement élu qui siège à Rabat, la capitale du pays (World Factbook, 2020).
Histoire
Le Royaume du Maroc a été perpétuellement reconnu à travers l’histoire pour l’abondante richesse de son patrimoine documentaire lié au monde arabe et islamique (Arkoun, 1990). Sa proximité de l’Espagne musulmane de même que la continuité de son pouvoir politique en tant qu’État musulman sur de nombreux siècles ont largement contribué à faire de ce pays un carrefour d’échanges intellectuels, artistiques et religieux donnant lieu à l’accumulation en son territoire d’une incommensurable richesse documentaire.
L’évolution des bibliothèques marocaines a été fortement teintée de l’influence des institutions religieuses dans les sphères sociales, culturelles et académiques de la société (Idsalah, 2001) de même que de l’attitude altruiste et le goût de l’érudition des souverains marocains, donnant lieu dès le IIe siècle à la naissance de nombreuses bibliothèques royales fondées par ces souverains soucieux de partager leurs richesses culturelles et scientifiques en les rendant accessibles aux étudiants, chercheurs et savants (Benjelloun-Laraoui, 1990). Le rôle des institutions religieuses dans le secteur de l’éducation s’est quant à lui particulièrement illustré par le développement des premières formes de bibliothèques publiques à travers la construction d’un réseau de différents types d’établissements religieux (médersas, mosquées et zaouias) qui, au tournant du XVe siècle, desservait l’ensemble du territoire marocain, et dont les collections furent elles aussi généreusement alimentées de dons directement puisés des fonds de hauts dignitaires (Idsalah, 2001).
L’avènement des protectorats français et espagnols au Maroc en 1912 vint bousculer cette stabilité s’étant développée sur de nombreux siècles, résultant en une scission en deux secteurs documentaires, l’un associé à l’héritage traditionnel, religieux et antique du royaume, l’autre se voulant moderniser les institutions en vue de répondre aux besoins de la colonisation (Idsalah, 2001).
Il fallut attendre 1926 pour assister à la création d’une première bibliothèque nationale au Maroc, soit la Bibliothèque Générale et Archives de Rabat (BGAR) (désormais la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc), constituée à partir des fonds de l’Institut des Hautes Études Marocaines dans l’objectif de centraliser l’entièreté de la littérature portant sur le Maroc (Benjelloun-Laraoui, 1990).
Types de bibliothèques
Bibliothèque nationale
Tel que mentionné ci-dessus, la première instance de bibliothèque nationale a été déployée pendant le Protectorat, les régions sous domination française étant alors desservies par la Bibliothèque Générale et Archives de Rabat (BGAR), tandis que la Bibliothèque Générale et Archives de Tétouan desservait les régions sous domination espagnole (Idsalah, 2001 ; Benjelloun-Laraoui, 1990). En 2003, plusieurs années après l’indépendance, cette bibliothèque a été renommée « Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc » (BNRM) (Association of Middle East Librarians, 2020) et dotée du statut administratif et juridique dont elle jouit actuellement, en vertu duquel elle est responsable du dépôt légal des publications à l’échelle nationale de même que d’un service d’expertise en termes de conservation et gestion des documents d’archives (Lajeunesse, 2008)
La BNRM offre une collection générale d’ouvrages à la fois issus de l’édition nationale et de publications étrangères, de même qu’une série de collections spéciales offrant entre autres la consultation d’une dizaine de milliers de manuscrits, dont une grande partie ont été numérisés et sont accessibles via différents catalogues thématiques en ligne (Lajeunesse, 2008 ; Valerian, 2015). Ces collections spéciales offrent également la consultation de cartes et plans, d’estampes, de photographies et de photogravures. Cependant, certains services, notamment l’accès à certaines salles spécialisées, sont spécifiquement réservés à un public d’étudiants et de chercheurs (Lajeunesse, 2008).
Bibliothèques publiques et privées
Pendant la période précoloniale, ce sont les médersas, les mosquées et les zaouias qui jouent vraisemblablement le rôle de bibliothèques publiques en raison de l’importante fonction culturelle, éducative et sociale que revêtent ces infrastructures dans le partage et la transmission des savoirs pour tous (Idsalah, 2001 ; Benjelloun-Laraoui, 1990). L’avènement du protectorat donne lieu à une scission entre ce réseau de bibliothèques dites « indigènes » et l’établissement d’un réseau de bibliothèques publiques se voulant davantage modernes, œuvrant au service de la colonisation (Cohen, 2008) et dont la plupart sont encore aujourd’hui rattachées au ministère de la Culture (Idsalah, 2001).
Suite à l’indépendance, le Maroc présente la particularité d’avoir assisté parallèlement à une désertion massive de l’utilisation des bibliothèques publiques et au développement d’un important réseau de bibliothèques privées, témoignant ironiquement d’une réappropriation par la population du patrimoine historique et culturel épargné du contrôle intellectuel mené sous le Protectorat (Cohen, 2008). Le très faible engagement du gouvernement marocain à investir pour la réappropriation des infrastructures des bibliothèques publiques se traduit par une situation toujours précaire où l’ensemble des régions géographiques du pays sont inégalement desservies, au détriment des régions rurales et au profit des centres urbains (Idsalah, 2001). Cette situation déplorable donne donc lieu à un glissement des pratiques généralement associées à la bibliothèque publique se manifestant par une préférence pour le secteur privé, dont la plupart des établissements sont soutenus par des fondations (Cohen, 2008). L’une des plus importantes de ces bibliothèques privées se trouve à Casablanca et a été créée par la fondation du Roi Al Saoud ; contrairement aux bibliothèques publiques héritées du Protectorat, cette bibliothèque offre une collection essentiellement constituée d’ouvrages écrits en arabe (Cohen, 2008). Bien que son administration soit privatisée, elle est ouverte au public et est extrêmement riche en documentation sur le Maghreb musulman et son histoire (Rabhi, 2020).
Bibliothèques scolaires
Le réseau des bibliothèques scolaires du Maroc relève de la Direction de la Vie scolaire du ministère de l’Éducation Nationale (Boumzough et Varly, 2016). Peu d’éléments sur l’état des bibliothèques scolaires sont publiés ou disponibles sur le site du ministère, mis à part l’insuffisance apparente des ressources financières et l’absence de l’allocation d’un budget spécifiquement dédié à l’acquisition de matériel destiné à aménager ces espaces, sans compter le fait qu’un peu plus du tiers des écoles primaires ne possèdent tout simplement pas de bibliothèque (Boumzough et Varly, 2016). Face à cette situation, un plan de réforme des établissements scolaires a été développé par le Conseil Supérieur de l’Education de la Formation et de la Recherche Scientifique visant à élargir le réseau des bibliothèques à l’échelle locale en vue d’implanter des services directement dans les établissements scolaires ainsi que de réhabiliter les bibliothèques scolaires déjà en place en leur fournissant davantage de ressources dédiées à l’achat d’équipement et de matériel dédié à promouvoir la lecture (Boumzough et Varly, 2016). Ce plan stratégique vise une amélioration considérable de la situation des bibliothèques scolaires d’ici 2030. En attendant, certaines écoles ont pu profiter du financement du projet BIBLIO’BIC, qui a notamment permis l’inauguration de deux bibliothèques scolaires depuis 2018 au sein d’une campagne de promotion de la lecture (El Haïti, 2019).
Bibliothèques universitaires
Les premières bibliothèques universitaires du Maroc sont nées dans des mosquées, la naissance des universités elles-mêmes s’étant largement déployée au sein des infrastructures religieuses. La première université du Maroc fut fondée au IXe siècle dans la ville de Fès au sein de la mosquée Al-Quarawiyyin, mais c’est plutôt la bibliothèque fondée par l’influent sultan Abu Inan au sein de cette même université plus tard en 1350 qui est conventionnellement reconnue comme étant la première B. U. à avoir vu le jour au Maroc, en raison d’écrits relatant explicitement l’existence d’un espace spécifiquement dédié à servir de bibliothèque au moment de sa construction (Bennaciri, 1993). Autrement, la plupart des bibliothèques universitaires au Maroc sont relativement récentes, leur création étant majoritairement postérieure aux années 1950 (Bennaciri, 1993). Notamment, la première bibliothèque universitaire à avoir vu le jour après l’indépendance du Maroc est celle de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Mohammed V à Rabat ; sa collection compte toujours parmi l’une des plus importantes, comptant plus de 300 000 documents en 2008 (European Association of Middle East Librarians, 2020). Parmi les plus importantes bibliothèques universitaires que compte aujourd’hui le Maroc se trouve également celle de l’Université Al Akhawayn, située dans la ville d’Ifrane et dont le système de classification des collections de même que l’offre de services aux utilisateurs est grandement inspiré des modèles américains, ce qui fait sa particularité (Ameur, 2008).
Aujourd’hui, le Maroc compte un réseau totalisant quatorze universités publiques, auquel s’ajoutent bon nombre d’établissements privés. L’ensemble de ces universités relève du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la recherche scientifique, et leurs bibliothèques sont en transformation constante depuis que le gouvernement a lancé en 2001 un programme de réforme de l’université marocaine, ayant l’objectif de promouvoir à l’échelle du pays le développement de la recherche scientifique (Erhif, 2007). Les objectifs de cette réforme qui sont spécifiques aux bibliothèques incluent notamment la mise en place de partenariats entre les établissements d’enseignement, l’actualisation des systèmes de gestion des collections de même que d’accès aux bases de données par l’introduction de technologies de pointe ainsi que le renouvellement des politiques d’acquisition en vue de répondre le plus adéquatement possible aux besoins des chercheurs de même que des étudiants. Cette réforme aura notamment grandement profité à l’Université Hassan II, qui mena à terme en 2003 la construction de la bibliothèque universitaire centrale de Casablanca (BUC), à la fois dédiée à la recherche scientifique et ouverte au grand public (Erhif, 2007).
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
La formation en sciences de l’information au Maroc est offerte par l’École des sciences de l’information (ESI) de Rabat, qui est la seule école à l’échelle nationale offrant un programme de formation reconnu à l’international (Alaoui, 2018). Cet établissement propose des programmes universitaires de premier, deuxième et troisième cycle (Alaoui, 2018 ; ESI, 2013). Il est pertinent de mentionner que les spécialistes de l’information issus de ces programmes sont communément appelés informatistes après l’obtention d’un diplôme.
Avant 2012, le programme de premier cycle se donnait aux élèves finissant leurs études secondaires et se composait de cours obligatoires en sciences de l’information ainsi que des cours de langues, de sciences sociales et de sciences humaines. À l’obtention de ce diplôme, les étudiants possédaient une formation polyvalente leur permettant d’occuper des emplois en bibliothéconomie et en archivistique (Alaoui, 2018). En raison de l’évolution des technologies de l’information, à l’ascension du numérique et la profusion de données, le programme a subi une réforme pour répondre aux nouveaux besoins et tendances dans le domaine des sciences de l’information. Ainsi, à partir de 2012, le programme universitaire a été modifié pour offrir des spécialités dans le domaine de la gestion de l’information, des contenus et de la connaissance (ESI, 2013). Le programme universitaire propose donc désormais quatre diplômes nationaux offrant une spécialisation dans quatre disciplines distinctes : médiathèque et documents numériques, records management et archivistique, management et ingénierie des systèmes d’information ainsi que veille stratégique et intelligence compétitive (ESI, 2013).
Cette réforme a permis à l’ESI d’égaler le statut des « grandes écoles accessibles après classes préparatoires » de deux ans (ESI, 2013, p. 3), c’est-à-dire que les étudiants admissibles doivent avoir terminé un cheminement en sciences économiques ou en sciences exactes (Alaoui, 2018) avant de pouvoir y être admis. À l’obtention du diplôme de premier cycle, on attribue aux diplômés le titre d’ingénieur de données et de connaissance (Alaoui, 2018). Les étudiants peuvent également entreprendre une maîtrise en sciences de l’information, permettant ainsi à des spécialistes venant d’un autre milieu d’ajouter une expertise en SI à leur formation (ESI, 2013) Avant 2012, le doctorat n’était pas possible à l’ESI, mais depuis la réforme, il est possible pour les diplômés du premier et deuxième cycle de s’y inscrire (ESI, 2013).
Une étude menée par Abderrahim Ameur (2008) révèle un manque de techniciens en documentation au pays, dû à l’absence de formations techniques à l’ESI. Pour répondre aux besoins d’information et de gestion de documents, certains programmes universitaires ont été mis sur place pour former des professionnels qui aideront à la gestion documentaire. La Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université Mohammed V à Rabat ainsi celle de l’Université Hassan II de Aïn Chock à Casablanca offrent des filières du Métier du livre (Ameur, 2008). Ces formations permettent aux diplômés de travailler en bibliothèque, centre de documentation, dans le monde de l’édition du livre et en librairie (Kedanne, 2015).
Associations de bibliothèques
L’association nationale des informatistes (ANI)
L’association nationale des informatistes (ANI) est l’association la plus importante au Maroc. Elle regroupe tous les informatistes possédant un diplôme de premier cycle ou d’un cycle supérieur en archivistique, en bibliothéconomie ou en sciences de l’information (Alaoui, 2018) afin de favoriser les échanges sur les enjeux et défis de leurs professions. Pour faire partie de l’association et être représentés, les membres doivent payer une cotisation annuelle. Cette cotisation aide au développement d’une plateforme numérique rendant accessible de nombreuses publications scientifiques en sciences de l’information ainsi qu’un répertoire des diplômés de l’ESI permettant la communication et la création de réseaux de professionnels (Alaoui, 2018). L’ANI doit promouvoir la profession d’informatiste, défendre les droits de ses membres, travailler à améliorer les conditions de travail dans les milieux documentaires et encadrer la pratique des professionnels en sciences de l’information en mettant à leur disposition un code de déontologie. Elle prend aussi part à des projets de recherche en SI pour favoriser le développement de la bibliothéconomie et de l’archivistique au pays (Alaoui, 2020).
L’association des bibliothèques publiques du Maroc
L’Association des Bibliothèques publiques au Maroc (ABPM) est très récente. Elle a vu le jour en décembre 2018, à la suite d’une formation intitulée « les nouveaux rôles des bibliothèques publiques à la lumière des évolutions en cours » (ABPM, 2020). Elle a comme mandat de contribuer au développement des bibliothèques publiques, de promouvoir leurs fonctions à travers le pays tout en suivant les lois nationales et de mettre en place des moyens concrétisant les politiques publiques internationales en matière de bibliothèque publique (ABPM, 2020). Ses objectifs consistent à démontrer l’importance des bibliothèques publiques dans le développement individuel et communautaire, encourager les municipalités à construire des bibliothèques publiques, favoriser l’accès à l’information pour tous, aux connaissances et à l’apprentissage. L’amélioration des compétences des employés en bibliothèques publiques lui tient aussi à cœur, car un personnel bien formé peut aider à atteindre les objectifs visés, stimuler la discussion et promouvoir l’échange d’expériences (ABPM, 2020).
Cadre législatif
La mise en place d’une première politique publique régissant le système des bibliothèques au Maroc remonte à la période pendant laquelle le pays était sous protectorat de la France et de l’Espagne (Idsalah, 2001). Pendant pratiquement toute la période précédant la colonisation, on relève néanmoins une typologie des bibliothèques basée sur le statut juridique de leurs fonds, les distinguant en deux catégories. D’une part existaient des bibliothèques dites publiques, dont les livres étaient reconnus comme des biens « habous » inaliénables au regard du droit islamique faisant office de loi (Idsalah, 2001), c’est-à-dire des biens confiés à Dieu dont la possession et l’utilisation devaient être strictement dédiées à œuvrer pieusement dans l’intérêt général de la communauté et de l’éducation, notamment religieuse (Barthet, 2020). D’autre part existaient des bibliothèques dites privées, appartenant personnellement à des rois, des dirigeants hauts placés ou encore des érudits tels des théologiens, et dont le prêt des livres n’était soumis à aucune restriction législative (Isdalah, 2001).
Par la suite, la période du Protectorat a d’abord donné lieu à la création de sociétés savantes ainsi que de nombreux instituts publics, éducatifs et de recherche découlant de la juridiction d’instances ministérielles (Idsalah, 2001) chargées de concrétiser la colonisation par la centralisation du plus grand nombre de connaissances possible sur l’histoire et la culture marocaine (Benjelloun-Laraoui, 1990). Les connaissances générées par les activités de recherche de ces institutions ont subséquemment alimenté la mise en place d’un réseau de bibliothèques dites « modernes », accompagnée de l’élaboration d’une première politique publique décrivant un cadre réglementaire concernant l’administration et le fonctionnement de ces établissements, la répartition de subventions financières assurées par l’État envers ceux-ci, l’ensemble des conditions à remplir pour bénéficier de ces subventions de même que l’établissement d’une politique d’acquisition œuvrant à servir non seulement le public, mais également un ensemble de groupes privés des secteurs de l’agriculture, du commerce et de l’industrie répondant aux besoins de la colonisation (Idsalah, 2001).
L’instauration de cette première politique s’est officialisée entre 1926 et 1931 par la publication de deux décrets royaux (Idsalah, 2001). Le premier de ces décrets est le dahir du 1er novembre 1926 (ministère de la Justice du Maroc, 2007) et inaugure l’ouverture d’une Bibliothèque Nationale, responsable du dépôt légal des publications à travers tout le pays (Benjelloun-Laraoui, 1990) ainsi que de la coordination de l’activité de l’ensemble du réseau au regard des principes mentionnés ci-dessus. Le second décret est celui du dahir du 27 janvier 1931 et expose exhaustivement l’ensemble de ces principes (Idsalah, 2001).
Depuis l’indépendance, peu de choses ont bougé au Maroc en termes de politique des bibliothèques, notamment en raison de la plus grande importance accordée à la nécessité de développer un ensemble d’infrastructures administratives, politiques et économiques à même de soutenir adéquatement le fonctionnement du pays (Idsalah, 2001). En 2008, ce sont donc encore ces deux dahirs instaurés pendant le Protectorat qui font office de politique publique (Cohen, 2008), mais aucune structure véritablement apte à concrétiser leur application en dehors du contexte qui avait été mis en place sous le Protectorat n’a été développée, ce qui se traduit par d’énormes lacunes en termes de coordination de l’ensemble du réseau et de ressources financières insuffisantes allouées pour assurer son développement (Idsalah, 2001).
En ce qui a trait à la bibliothèque nationale, son statut d’établissement public lui décernant le pouvoir juridique et la responsabilité morale de remplir les missions d’une bibliothèque nationale fut entériné en 2003 par la publication de quatre décrets royaux, concernant la promulgation de lois relatives à l’institution de la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc de même qu’au dépôt légal (Lajeunesse, 2008; European Association of Middle East Librarians, 2020).
Information complémentaire/particularités
Malgré l’immense richesse de son patrimoine documentaire, l’évolution du système des bibliothèques publiques semble avoir eu un impact alarmant sur l’éducation, l’alphabétisation et la littératie de la population marocaine à l’échelle nationale. Malgré de nombreuses tentatives de réformes stratégiques implantées au sein du réseaux des bibliothèques scolaires et publiques, un récent rapport mené par le Conseil économique, social et environnemental du Maroc (CESE, 2019) semble conclure en un déclin considérable des habitudes de lecture au sein de la population marocaine, qui serait entre autres attribuable aux nombreuses lacunes dont font toujours l’objet les institutions du pays de même que l’insuffisance des ressources allouées à promouvoir la lecture au sein des établissements. Selon ce rapport, seulement 15% des Marocains pratiqueraient quotidiennement la lecture contre moins de 3% des enfants d’âge primaire (CESE, 2019), ce qui aurait même pour effet de nuire considérablement au développement économique de l’édition littéraire. Ce rapport lance donc un cri d’alarme aux instances gouvernementales marocaine dans l’espoir de voir naître un plan d’action concret visant à promouvoir le goût de la lecture à l’échelle du pays (CESE, 2019).
Références
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