8 Estonie
(Marianne Bernier-Goudreault, Virginie Desmeules-Doan, Alexandrine Levasseur et Anne Malloch)
1. Profil du pays
L’Estonie ou la République d’Estonie est un pays d’Europe du Nord, situé dans la région des pays baltes. Le pays partage des frontières avec la Lettonie et la Russie. La mer Baltique se trouve à l’ouest de l’Estonie, et du golfe de Finlande au nord, ce qui donne 3794 km de zone littorale pour un pays de 45 339 km² (Riigiportaal Eesti, 2021). Le pays est divisé en quinze comtés.
L’Estonie est une République démocratique parlementaire, et en date d’aujourd’hui (novembre 2021), le président est Alar Karis et le premier ministre est Kaja Kallas. L’Estonie fait partie de l’Union européenne, sa monnaie est donc l’euro.
Le spécialiste de la langue estonienne, Jean-Pierre Minaudier, nous dit que : « le sentiment national estonien s’est avant tout exprimé à travers sa culture et plus particulièrement sa langue » (Marzona, 2009, p. 1). En effet, l’estonien, langue officielle du pays, est un élément clé de la culture estonienne.
Le pays connait un développement marquant au niveau des technologies de l’information et de la communication qui résultera en un essor économique monumental (Marzona, 2009, p. 2). Si l’année 1993 marque une année phare avec l’inauguration du nouveau bâtiment de la Bibliothèque nationale anciennement réservée à certains groupes de citoyens (Tendermann, 1999), le paysage bibliothéconomique estonien actuel ne se comprend qu’à la lumière de l’innovation numérique enclenchée dès les années 1990.
2. Histoire
L’histoire de la République d’Estonie est étroitement liée à celle de la Lettonie et de la Lituanie, ses deux voisins du sud. Leur histoire commence entre le 5e et le 6e siècle apr. J.-C., au moment où des individus s’y établissent de façon permanente. À l’époque médiévale, la région de l’Estonie actuelle est connue sous le nom de Livonie et celle-ci sera tout au long de son existence en conflit avec ses voisins, notamment en raison des nombreuses croisades de cette époque (Minaudier, 2007, p. 68). Ces conflits se poursuivent d’ailleurs au-delà du Moyen-Âge. En effet, la période de 1558 à 1710, en Estonie, représente le temps des guerres. Pendant cette période, la région connait 70 années de guerre et cinq maitres différents (Minaudier, 2007, p. 93).
La position géographique de ces pays baltes les situe en plein centre des tensions entre les puissances russes et germaniques (Bouchery et al., 2019, p.8). Au tournant du XIXe siècle, la nation estonienne développe sa conscience nationale en réponse à la peur de la germanisation et de la russification (Minaudier, 2007, p. 175). Cela mène l’Estonie à proclamer son indépendance en 1918 (Marzona, 2009, p. 1). Au XIXe siècle, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie sont convoitées par la Russie, et l’Estonie est annexée en 1940 (Marzona, 2009, p. 1). Le pays restera sous l’emprise russe jusqu’en août 1991, où il obtient à nouveau son indépendance, une cinquantaine d’années plus tard suite à un coup d’État (Minaudier, 2007, p. 349). En septembre de la même année, l’Estonie obtient sa place au sein de l’ONU.
La difficulté de l’Estonie à s’affirmer comme nation eut pour conséquence d’en faire une nation fière de sa langue et de sa littérature : « L’Estonie demeure un pays de lecteurs, un pays où […] l’on peut faire l’emplette de recueils de bonne poésie en hypermarché » (Minaudier, 2007, p. 373).
Dans les années 1960 à 1980, les bibliothèques estoniennes sont délaissées. La possession de livres est synonyme de prestige. C’est pourquoi les Estoniens garnissent leur bibliothèque personnelle, plutôt que de fréquenter leur bibliothèque publique (Lepik, 1995). Un renversement se fait toutefois au début des années 1990. L’augmentation du prix des livres a rendu la place de la bibliothèque publique plus importante au sein des communautés, notamment pour les travailleurs et les enfants (Lepik, 1995).
3. Types de bibliothèques
C’est durant la période d’indépendance du pays entre 1918 et 1940 que l’Estonie voit émerger les premiers développements conséquents de ses bibliothèques, avec la fondation des premières bibliothèques et le début de l’enseignement et de la recherche dans le domaine bibliothéconomique (Lepik et al., 2013, p. 157). Durant l’occupation soviétique de 1940 à 1990, le système des bibliothèques d’Estonie connut un lent développement compte tenu de l’emprise et des restrictions idéologiques qui leur sont imposées (Lepik, 2014, p. 184). L’indépendance nouvelle du pays en 1990 engage les bibliothèques dans une période de reconfiguration totale et de transition vers la démocratie, l’autonomie, l’ouverture au monde, la modernisation et les services centrés sur l’usager. (Lepik et al., 2013, p. 158)
En 2013, l’Estonie comptait 986 bibliothèques, dont 50 bibliothèques de recherche, 559 bibliothèques publiques et 377 bibliothèques scolaires (Lepik, 2014, p. 186) Pour l’année 2020, ces établissements ont enregistré 6,9 millions de visites physiques, 8,4 millions de visites virtuelles, 30,8 millions de documents et 2423 employé. es (Kultuuriministeerium, 2020).
Bibliothèque nationale
La Bibliothèque nationale d’Estonie a été fondée en 1918. À ce moment, elle ne possédait que 2000 livres, considérés comme essentiels à la législation et à la gouvernance, et n’était accessible qu’aux membres du Parlement. En 1919, elle devient propriétaire du dépôt légal du pays. Pendant l’occupation soviétique, la bibliothèque nationale est renommée Bibliothèque d’État de la République socialiste soviétique d’Estonie. En 1988, trois ans avant que le pays obtienne son indépendance, la bibliothèque prend le nom de Bibliothèque nationale d’Estonie (National Library of Estonia, s.d. -a). La bibliothèque nationale assume aujourd’hui de multiples missions : elle est à la fois bibliothèque nationale, bibliothèque parlementaire, bibliothèque de recherche en sciences humaines et sociales, centre de formation en bibliothéconomie et centre culturel (Valm, 2004). L’institution « s’impose aujourd’hui comme l’institution de documentation scientifique et culturelle la plus importante du pays » (Valm, 2004, p.7).
L’impressionnant bâtiment de huit étages qui accueille l’institution depuis 1993 à Tallinn (Valm, 2004) fera l’objet d’une reconstruction de 2022 à 2025. Sa réouverture au public est prévue en 2026. Dans un esprit d’accueil et d’accessibilité universelle, le nouveau bâtiment sera doté de cafés et d’une bibliothèque libre-service ouverte 24 heures sur 24 (National Library of Estonia, s.d. -c).
Bibliothèques spécialisées
La plupart des bibliothèques spécialisées d’Estonie sont des bibliothèques institutionnelles (Ministry of Culture, 2019). On compte parmi celles-ci le Centre de littérature jeunesse estonienne. Chargée de l’acquisition de documents de littérature jeunesse (livres, magazines, albums illustrés, etc.) produits en Estonie et à l’international, elle constitue également un centre de recherche sur la littérature jeunesse (Ministry of Culture, 2019). Fondé en 1933, le Centre de littérature jeunesse estonienne passe par différents noms et administration avant de devenir indépendant en 2007 (Eesti Lastekirjanduse Keskus, s.d.).
L’Estonie compte aussi la Bibliothèque dépositaire d’Estonie qui collecte les « little-used publications » du pays (Ministry of Culture, 2019). Administrée et subventionnée par le Ministère de la Culture, l’institution regroupe une large collection de livres audios, de magazines, de journaux, de documents en braille et de livres tactiles pour personnes ayant des troubles visuels ou difficultés de lecture (Ministry of Culture, 2019). Depuis 2010, la Bibliothèque d’Estonie pour les aveugles s’inscrit comme l’un de ses départements. L’organisation, qui est « the largest library to serve blind and other print disabled people in Estonia », est aussi l’un des plus gros producteurs de livres audios et de documents en braille du pays (Eesti Pimedate Raamatukogu, s.d.).
Bibliothèques scolaires
Membre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) depuis 2010, l’Estonie participe aux principaux tests internationaux (dont TALIS et PIAAC) et au Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) depuis 2006. Elle figure dorénavant au premier rang européen du classement PISA et au troisième rang mondial (Kesler, 2017). Cette excellence éducative n’est pas étrangère au fait que le pays prend entièrement part aux avancés des technologies de l’information. Ce primat de la littératie numérique correspondait par ailleurs à l’un des cinq objectifs de la stratégie éducative de 2020 de l’Estonie. Selon Stéphane Kesler, le pays se classe « parmi les systèmes éducatifs les plus performants au monde » (2017). Gérées par le ministère de l’Éducation et de la Recherche, les bibliothèques scolaires et d’enseignement supérieur participent activement au développement d’une « société fondée sur le savoir » (Valm, 2004, p. 7). Pour consolider la collaboration et l’harmonisation des bibliothèques d’enseignement, le ministère de l’Éducation et de la Recherche a mis sur pied en 2003 un Conseil des directeurs des bibliothèques de recherche (Lepik et al., 2013, p. 160).
Selon la Loi sur les écoles primaires et les écoles secondaires supérieures, chaque établissement scolaire se doit de posséder une bibliothèque. En cas contraire, la bibliothèque municipale a l’obligation d’offrir ses services aux élèves (Ministry of Culture, 2019). En 2014, sur les 545 écoles d’éducation générale en Estonie, 377 possédaient une bibliothèque scolaire. Les 168 restantes fournissent à leurs élèves les manuels scolaires nécessaires et la bibliothèque publique la plus proche permet l’accès à tous les autres documents (Lepik, 2014, p. 190).
Bibliothèques universitaires
Les statistiques d’une étude de 2011 témoignent d’un haut niveau de scolarité : 85 % de la population âgée entre 55 et 64 ans était scolarisée au-delà du collège (Kesler, 2017). Cet état balte propose un enseignement supérieur similaire à la Finlande. Les filières d’études proposées sont généralement en estonien, en russe ou en anglais. L’Estonie se démarque particulièrement sur le plan international dans le domaine des sciences et technologies.
Bibliothèque universitaire de Tartu
L’université de Tartu est sans doute l’institution académique la plus importante au pays. Elle est classée parmi les universités les plus influentes au monde par le Times Higher Education (https://www.timeshighereducation.com). Fondée en 1802, elle est, à ce jour, la plus ancienne d’Estonie. Son imposante bibliothèque dispose d’environ 3,7 millions de documents, dont 500 000 sont des livres anciens. L’on retrouve notamment parmi ceux-ci des classiques littéraires et scientifiques, des travaux majeurs en histoire, des ouvrages importants de bibliophilie, et des livres qui ont appartenu à des personnalités notoires. Aux côtés de cette riche collection qui comprend nombre de manuscrits précieux, celle photographique n’est pas en reste : premières photographies, daguerréotypes, voire même les photos réalisées par le savant anglais W.H.F. Talbot, l’inventeur du procédé négatif-positif, la composent. Mais la plus impressionnante des collections graphiques demeure assurément les 10 500 pièces datant du 15e au 19e siècle (https://books2ebooks.eu/fr).
Bibliothèque académique de l’Université de Tallinn
La Bibliothèque de l’université de Tallinn (Tallinna Ülikooli Akadeemiline Raamatukogu) inclut la Bibliothèque de recherche, le Centre d’études (Astra building, Narva mnt 29) et une médiathèque (Wikipédia, 2020). Elle fut fondée en 1946 par l’Académie des Sciences et est rattachée à l’Université de Tallinn depuis 2003. Ses impressionnantes collections, toutes disponibles en ligne, comprennent plus de deux millions d’items. La collection de l’Église Saint-Olaff est d’ailleurs l’une de ses plus anciennes : on dénombre une cinquantaine d’incunables datant du 15ème siècle et des milliers d’ouvrages publiés entre le 16ème et le 19ème siècles. La bibliothèque est aussi abonnée à plus de trois-cents magazines imprimés tout en offrant annuellement l’accès à environ 50 000 périodiques électroniques et 70 000 e-books. La plateforme de recherche EBSCO permet d’accéder à une riche base de données sous licence (https://www.tlu.ee/en). La bibliothèque brille dans tous les domaines de recherche à l’exception du domaine de la construction et de l’agriculture.
Bibliothèques publiques
Le réseau des bibliothèques publiques d’Estonie est instauré depuis les années 1920 et repose sur le principe que les municipalités de plus de 500 habitants doivent posséder au moins une bibliothèque (Lepik, 2014, p.189). Très actives dans la vie de leur communauté, les bibliothèques publiques de plusieurs villages jouent également le rôle de centre communautaire et culturel en plus de fournir quelques services publics à la population. De plus, la totalité des bibliothèques publiques sont équipées de postes informatiques accessibles à la population et d’un accès gratuit à internet (Lepik, 2014, p.190).
4. Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
L’enseignement de la bibliothéconomie en Estonie débute en 1927 à l’Université de Tartu, mais la première université à offrir un parcours complet en sciences de l’information est l’Université de Tallinn dès 1965 (Leipik et al., 2013). L’université offre aujourd’hui une licence et une maitrise en sciences de l’information. La licence, d’une durée de trois ans, exige comme préalable un diplôme d’études secondaires. Ce programme porte sur la gestion et l’organisation des services d’information, la recherche d’informations, la gestion de systèmes d’information et de bases de données, et ceci dans le but de former les étudiants à travailler dans les institutions centrées sur l’information et la mémoire, comme les bibliothèques, les musées et les archives (Université de Tallinn, s.d. -b). L’Université de Tallinn offre également une maitrise dans le domaine des sciences de l’information qui peut être poursuivie par les étudiants ayant obtenu leur licence, en sciences de l’information ou non. Le nombre de places étant limité à 14 étudiants par cycle d’admission, ceux-ci doivent faire une entrevue de sélection et rédiger une lettre de motivation pour être admis. Le programme, d’une durée de deux ans, porte sur les thèmes suivants : la récupération de l’information, la gestion de l’information, l’architecture de l’information et ses conceptions (Université de Tallinn, s.d. -a). Ce programme peut mener directement les étudiants sur le marché du travail ou à des études doctorales en sciences de l’information.
L’Université de Tartu, la plus vieille université d’Estonie, offre également deux programmes qui touchent aux sciences de l’information. Le premier est un diplôme de hautes études professionnelles en gestion de l’information. Il nécessite d’avoir obtenu un diplôme d’études secondaires pour s’y inscrire. Le programme, qui s’étend sur trois années, se divise en plusieurs modules qui portent sur les bases de la gestion d’information, les technologies de l’information, ainsi que des modules complémentaires selon les choix des étudiants. Ceux-ci doivent également réaliser un stage dans le cadre de ce programme. Pour obtenir la spécialisation en bibliothéconomie, les étudiants doivent suivre le cours d’introduction aux systèmes d’information des instituts de mémoire et suivre des cours de bibliothéconomie pour un minimum de 12 crédits (Université de Tartu, s.d. -b). Le second programme offert par l’Université de Tartu est la maitrise en gestion de l’information et des connaissances. Le programme d’une durée de deux ans exige d’avoir obtenu une licence pour pouvoir s’y inscrire. L’étudiant pourra développer des connaissances sur la société de l’information, les théories de l’information, la gestion et l’utilisation des systèmes et des technologies de l’information, et sur les aspects sociaux et entrepreneuriaux de la gestion de l’information. Le futur professionnel devrait alors être en mesure de diriger la gestion de l’information dans plusieurs types d’organisations, dont les bibliothèques (Université de Tartu, s.d. -a). L’université de Tartu offre également aux étudiants qui terminent la maitrise la possibilité de poursuivre des études doctorales, plutôt que de se diriger immédiatement vers le marché du travail.
Pour les bibliothécaires en poste, il est possible de suivre des formations à la Bibliothèque nationale. Ces formations s’adressent principalement aux bibliothécaires qui ne possèdent aucun des diplômes mentionnés plus haut (National Library of Estonia, s.d.-d).
5. Association de bibliothèques
L’Estonie compte plusieurs associations professionnelles : l’Association des bibliothèques, archives et centres de documentation musicaux estoniens (Eesti Muusikakogude Ühendus, EMKÜ), l’Association des bibliothèques d’art estoniennes (Eesti Kunstiraamatukogude Ühendus, EKRÜ) et l’Association des bibliothécaires estoniens (Eesti Raamatukoguhoidjate Ühing, ERÜ) (Lepik et al., 2013).
L’ERÜ est la plus importante parmi celles-ci. Elle permet aux bibliothécaires de s’impliquer dans le développement des bibliothèques. Selon l’article 1.7 du Statut de l’Association des bibliothécaires estoniens de 2008, ses objectifs sont de contribuer au développement des bibliothèques, promouvoir la formation professionnelle des bibliothécaires et défendre les intérêts des professionnels. Depuis 2005, l’ERÜ a le pouvoir d’accorder la certification professionnelle (Lepik, 2014). Elle a accrédité 1026 bibliothécaires professionnels entre 2006 et 2018 (Estonian Librarians’ Association, s.d.).
L’ERÜ a été créée lors du premier Congrès des bibliothécaires estoniens en 1923, mais ses activités ont été suspendues en 1940. Elle a été réinstaurée lors du 5e Congrès des bibliothécaires estoniens en 1988. Cette association est devenue membre de l’IFLA en 1928, puis en 1989 (Estonian Librarians’ Association, s.d.; Lepik et al., 2013).
En plus d’organiser des formations et des événements tels que des conférences, des séminaires et la journée annuelle des bibliothèques, l’ERÜ publie un annuaire professionnel ainsi que la revue Raamatukogu (« Bibliothèque »), qui est coédité avec la Bibliothèque nationale d’Estonie et parait 6 fois par année (Kultuuriministeerium, 2020).
En plus des associations professionnelles, quelques autres associations et conseils sont impliqués dans le domaine de la bibliothéconomie estonienne.
Le Conseil des bibliothèques publiques (Rahvaraamatukogude Nõukogu) est un organe consultatif du ministère de la Culture. Il est composé de représentants de plusieurs bibliothèques et leur offre une plateforme pour exprimer leurs opinions et leurs suggestions par rapport aux enjeux qui concernent les bibliothèques (Kultuuriministeerium, 2020).
Le consortium ELNET (Estonian Library Network Consortium) est une association à but non lucratif qui a pour but de représenter les intérêts publics des bibliothèques et d’encourager et de faciliter la coopération entre les établissements. Il a été fondé en 1996 lorsque sept bibliothèques se sont unies pour la création du catalogue en ligne ESTER. Ce catalogue est aujourd’hui partagé par les plus grandes bibliothèques d’Estonie, incluant des bibliothèques universitaires et spécialisées (ELNET Konsortsium, 2021; Lepik, 2014). Le consortium développe et gère également le système intégré de gestion de bibliothèque, la base de données d’articles Index Scriptorum Estoniae (ISE) et le Dictionnaire estonien des mots clés (EMS) (Kultuuriministeerium, 2020).
Le Conseil pour la numérisation de l’héritage culturel (Digitaalse kultuuripärandi nõukogu) est un organe consultatif du ministère de la Culture s’intéressant aux enjeux de la numérisation et la conservation de l’héritage culturel estonien (Lepik, 2014). En 2018, ce conseil a établi un plan d’action qui vise la numérisation d’un tiers des documents qui constituent l’héritage national de l’Estonie d’ici 2023 ainsi que la mise à jour de l’infrastructure de stockage des institutions de mémoire (Eesti Instituut, 2020).
6. Cadre législatif
Les trois principales lois qui régissent l’exercice des activités des bibliothèques d’Estonie sont la Loi sur les bibliothèques publiques, la Loi sur le dépôt légal et la Loi sur la Bibliothèque nationale d’Estonie (Kultuuriministeerium, 2020).
La Loi sur les bibliothèques publiques (Rahvaraamatukogu seadus) est passée en 1992, puis a été amendée en 1998 et en 2011. Elle fait présentement l’objet d’une révision. Elle établit les lignes directrices pour « l’organisation des activités, des collections, des services, de la gestion et du financement des bibliothèques publiques » (art. 1).
La Loi sur la Bibliothèque nationale d’Estonie (Eesti Rahvusraamatukogu seadus) a été modifiée 6 fois depuis 1998 (Lepik, 2014). La version la plus récente de cette loi est en vigueur depuis 2011. Cette loi établit « le statut légal, la mission, les fonctions, la gestion, le financement et l’administration des activités de la Bibliothèque nationale » (art. 1,1).
Le dépôt légal des publications estoniennes est effectué à la Bibliothèque nationale d’Estonie depuis 1919, mais les lois qui en définissent les termes ont beaucoup évolué au fil des ans. Récemment, la Loi sur l’exemplaire de dépôt légal (Säilituseksemplari seadus) est venue remplacer la Loi sur le dépôt légal (Sundeksemplari seadus) de 1997 lorsqu’elle est entrée en vigueur le 1er janvier 2017 (National Library of Estonia, s.d.-b). On y observe des changements significatifs comparés à l’ancienne loi par rapport au nombre de copies requises et aux institutions chargées de la conservation des exemplaires. La plus importante addition est l’obligation de soumettre un fichier numérique prêt pour la sortie des publications imprimées dans le but d’assurer que les publications estoniennes soient numérisées dans le futur. Selon la loi, quatre exemplaires de chaque publication imprimée doivent être soumis à la Bibliothèque nationale d’Estonie pour être ensuite conservés par la Bibliothèque des Archives du Musée de la Littérature d’Estonie, la Bibliothèque nationale d’Estonie, la Bibliothèque Académique de l’Université de Tallinn et la Bibliothèque de l’Université de Tartu. En vertu de l’article 8.2 de cette loi, si l’éditeur n’est pas en mesure de fournir le fichier à temps, quatre exemplaires supplémentaires doivent être déposés à la Bibliothèque nationale, qui préparera une copie numérique du document à partir d’un des exemplaires.
Le Statut de la Bibliothèque dépositaire estonienne (Eesti Hoiuraamatukogu põhimäärus) régit les activités de la bibliothèque dont elle tient le nom, et dont la mission est de conserver les ouvrages publiés en Estonie qui sont peu ou pas utilisés, de gérer l’échange de livres inutilisés entre les bibliothèques, organismes et individus et d’offrir des livres répondant aux besoins des personnes ayant des troubles visuels. (Compendium of Cultural Policies & Trends, 2019)
Plusieurs documents législatifs supplémentaires contribuent à diriger les activités des différents types de bibliothèques, sans toutefois les mentionner dans leurs titres. La Loi sur l’éducation (Eesti Vabariigi haridusseadus) s’applique à tous les niveaux d’éducation, du primaire aux études supérieures, et affecte ainsi les établissements scolaires et universitaires. La Loi sur l’organisation de la recherche et du développement (Teadus- ja arendustegevuse korralduse seadus) et la Loi sur les Universités (Ülikooliseadus) régissent les activités des bibliothèques de recherche. La bibliothèque de l’Université de Tartu est également affectée par une loi spécifique, la Loi sur l’Université de Tartu (Tartu Ülikooli seadus). La Loi sur les écoles primaires et les écoles secondaires supérieures (Põhikooli- ja gümnaasiumiseadus) régit les activités des bibliothèques scolaires (Lepik 2014).
7. Informations complémentaires/particularités
Les nouvelles technologies ont été le principal levier par lequel l’Estonie s’est reconstruite dès la reconquête de son indépendance postsoviétique. En effet, l’Estonie est le premier pays à offrir le service de vote en ligne et il se décrit comme une société digitale (https://estonia.ee). À cet effet, l’on peut même parler d’un « e-gouvernement », puisque le pays demeure la seule société numérique au monde dotée de son propre État (Berson, 2018). Aujourd’hui, la quasi-totalité des services publics (à l’exception du mariage, du divorce et de la cession de biens immobiliers) est accessible en ligne en tout temps via un portail unique, eesti.ee. Le pays offre l’internet à toute sa population (99 % des services sont en ligne) et il introduit la e-identification et la signature digitale pour ses citoyens. De plus, l’Estonie offre la « e-résidence » ce qui consiste à offrir un certain statut de résident pour un entrepreneur qui souhaiterait s’établir en Europe à partir du Web (Republic of Estonia E-residency, s.d.). Cette grande accessibilité représente non seulement un modèle inspirant sur le plan international en termes d’équité numérique, mais, peut-être plus important encore, elle incarne une transparence étatique exemplaire. Les politiques de cybersécurité de la X-Road (le système d’échange de données par lequel transitent toutes les plateformes gouvernementales depuis 2001) garantissent la confidentialité des citoyens. Cette structure administrative rend donc possible une certaine « redevabilité mutuelle » (Keen, 2018) par principe permise par l’État de droit dans les démocraties libérales, mais difficilement applicables dans ces administrations analogiques (Berson, 2018). Du reste, la faible fracture numérique est davantage révélatrice d’un tout nouveau rapport à la bureaucratie reposant sur un « design de services » que d’une seule transformation numérique (Kaevats, 2020) aussi novatrice soit-elle.
8. Références
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