11 Iran
(Bastien Fontaine, Rolman-James Gobeille-Valenzuela, Mahshid Maleki et Isabelle Pépin)
Profil de l’Iran
L’Iran est un pays d’Asie de l’Ouest bordé au nord par la Mer Caspienne et les golfes persiques et d’Oman au sud. L’Iran possède des frontières communes avec l’Irak et la Turquie à l’ouest, et avec l’Afghanistan et le Pakistan à l’est, et au nord avec le Turkménistan, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. (CNRS, 2013)
La superficie du pays est de 1 648 195km2. Pays de montagne au nord et à l’ouest (Damavand 5610m), de déserts (Lut et Khavir) dans sa partie centrale. Les basses plaines du plateau central et caspien constituent une réserve de terres fertiles. La Basse-Mésopotamie renferme 11,5 % des réserves mondiales de pétrole conventionnel, soit les deuxièmes plus importantes (Sébille-Lopez, 2016).
La population est actuellement estimée à 85 millions de personnes (Worldmeter 2021). On compte plusieurs villes importantes dont Téhéran (près de 20 millions avec sa périphérie), Mahshad, Tabriz, Shiraz, Ispahan. Depuis 1980, plus de 50% de la population iranienne est urbaine. Cette tendance continue à s’accentuer. (CNRS, 2014))
Histoire
L’Iran, qu’on appelait la Perse jusqu’en 1935, occupait jadis des vastes territoires inclus aujourd’hui en Irak, en Afghanistan, et au Tadjikistan. L’Histoire antique de la Perse est issue de la succession de trois grands empires (Achéménide (600-400 av JC), Parthe (247-224 av JC), et Sassanide (224-664) (Hooglund et al. 2008). Cet héritage culturel constitue un solide repère identitaire qui explique la persistance et la distribution de la langue et la culture perse qui dépasse les frontières actuelles (CNRS, 2014).
Installé en Perse dès l’invasion arabe du VIIe siècle (642), l’Islam servira de base à l’institution du premier État Perse au XVIe siècle sous la dynastie des Safavides dont la capitale Ispahan connut à cet époque son apogée. (Hooglund et al. 2008). À cette époque advint le schisme qui brise l’Islam en deux composantes et provoqua l’institution du chiisme en Iran par Shah Ismaël, son fondateur (Djalili et Kellner, 2017).
L’époque Qadjar (1790-1907), se caractérise par renforcement du pouvoir du clergé par rapport à l’autorité politique. Dès le début du XIXe siècle, le courant usuli affirme la suprématie du pouvoir oulémas dans la vie politique en autorisant Fath-Ali Shah à mener la guerre sainte (jihad) contre l’armée du tsar. Le principe du vélayat-e faqih, la « tutelle du juriste théologien » aura des échos jusqu’à l’époque contemporaine (Djalili et Kellner, 2017).
L’Iran ne fût jamais vraiment colonisé malgré des invasions successives. La découverte de ressources pétrolières au début du XXe siècle placera le pays au centre de convoitises. L’exploitation pétrolière par des firmes étrangères (notamment britanniques) y sera florissante.
La dynastie des Pahlavi instituée par Shah Reza en 1921 fut marquée par le développement des transports, l’industrialisation mais aussi par là une tentative de réduire l’emprise du clergé sur l’éducation. Sur le plan culturel, il fonde l’Université de Téhéran en 1935, une bibliothèque nationale et une Académie (Fahrengestan) pour protéger la pureté de la langue perse. Shah Reza travailla à réduire la mainmise des Britanniques sur les ressources pétrolières, et développa la collaboration avec l’Allemagne. Son règne contribua à l’unification nationale par l’affirmation de la domination perse sur les minorités ethniques périphériques (Balouches, Lori).
Inquiétés de la proximité du régime avec l’Allemagne malgré sa position de neutralité déclarée dans le second conflit mondial, les forces anglo-britanniques occupaient l’Iran en 1941 et Shah Reza fût déposé et mourut en exil (Djalili et Kellner, 2017). Il fut remplacé en par son fils Muhammad Reza dont le premier ministre Mohammed Mossadegh qui mena une politique de nationalisation de l’industrie pétrolière, ce qui mena à la chute de son gouvernement (Djalili et Kellner, 2017; Hooglund, 2008; Wikipedia, 2021).
Par la suite le jeune Shah Mohammad Reza dirigea un gouvernement à la fois modernisateur et répressif. D’abord allié des États-Unis, il se rapprocha progressivement de L’Europe pour s’émanciper de l’influence américaine. Des facteurs économiques découlant de la crise pétrolière de 1975, et politique (l’élection de Jimmy Carter) créent une crise économique et sociale en Iran. Les coupes budgétaires dans plusieurs secteurs dont le financement des groupes religieux y jouent un rôle important. Abandonné par ses alliés occidentaux, le régime du Shah s’écroule dans un pays au bord de la guerre civile (Djalili & Kellner, 2017; Hooglund, 2008; Wikipédia, 2021-2).
La révolution iranienne de 1979 à la fois religieuse et sociale porte au pouvoir l’ayatollah Khomeiny. Des diplomates américains sont alors pris en otage au mépris des conventions internationales ce qui provoquera une rupture diplomatique durable entre les deux pays (Boniface et al. 2020). Le régime procédera à l’exécution d’au moins 8000 opposants dans ses 4 premières années. Et le premier ministre nommé, Mehdi Bazargan, se rend vite compte qu’il mène un gouvernement limité à la gestion des affaires courantes. Cette expérience sera répétée par la présidence du réformateur Khatami (1997-2003) (Hooglund, 2008).
L’élection du conservateur Ahmadinejad en 2003 dans des circonstances troubles provoque un mouvement de contestation populaire important de la société civile iranienne qui affirme sa soif de changements (la révolution verte). Inflexible, le régime s’oriente néanmoins vers le développement d’un programme nucléaire et une attitude plus menaçante envers Israël.
Le modéré Rohani élu en 2013 obtiendra la signature d’une entente sur le nucléaire civil qui fait renaître l’espoir sinon d’une réforme du Régime, au moins d’une réintégration de l’Iran dans le jeu international. (Boniface et al. 2020). Mais L’accord sera renié par l’administration Trump qui appliquera une stratégie implacable d’étranglement économique par l’établissement de sanctions qui pèsent depuis lourdement sur les conditions de vie de la population (Boniface et al. 2020). Le récent retour des conservateurs au pouvoir et le durcissement du régime semble avoir mis fin aux espoirs de réforme, et accréditer la thèse de l’illusion réformiste dans un contexte de profond divorce entre les forces progressistes et le pouvoir (Djalili 2001).
Histoire des bibliothèques
Les plus anciennes tablettes cunéiformes en Perse ancien ont été retrouvées sur le site de Susa, à proximité de l’actuelle frontière Irakienne. Cette langue restreinte à la classe dirigeante de l’empire achéménide, la majorité des documents retrouvés sur les sites de Persépolis et Ekbatana sont rédigés en araméen, langue d’échange dans la plus grande partie de l’empire.
Les Empires séleucides et parthe (Arsacide) connurent de véritables bibliothèques entre (320-226 av.J-C) fréquentées par les lettrées du temps. Malheureusement ces sites sont détruits et seuls des fragments éparpillés dans les musées du monde témoignent encore de leur existence.
On en sait davantage sur les bibliothèques de l’Empire sassanide. Ctesiphon, Nishapur, et Salonika sont bibliothèques importantes pour la dissémination du savoir dans l’Antiquités, spécialement dans les domaines de la médecine, de la géographie, de l’astronomie et de la géométrie, mais aussi sur la doctrine du zoroastrisme, une religion ancienne d’Iran.
Durant la période islamique, les perses particulièrement attachés au patrimoine écrit, continuent la tradition de copie et de conservation des manuscrits. Ils constituaient des bibliothèques très bien organisées, prévoyant même le logement et les vivres aux lettrés venus des quatre coins du monde musulmans, consulter leur catalogue parfois riche de plusieurs dizaines de milliers de titres.
La bibliothèque prédominante au 13e siècle était située à Gundeshapur situé dans l’actuelle province du Khuzestan. Sa collection était riche en documents hébreux, grecs et syriens, tant dans les domaines scientifiques que religieux (dont le zoroastrisme et le soufisme). D’autres bibliothèques importantes se développèrent dans plusieurs villes dont Ispahan, Shiraz, Marv et Ghazna, mais plusieurs furent détruites par les invasions tartares (1220-1258) (Hooglund et al. 2008).
La plus ancienne bibliothèque d’Iran toujours existante est la bibliothèque du Sanctuaire de l’Imam Reza à Mashhad. Cette bibliothèque dont une partie est antérieure à 1447 renferme 30 000 manuscrits anciens des époques Aphsar, Qajar et Savafid, dont une copie du Coran datant de 1246 offerte par Mohammad Shah Qajar (1808-1847) (The organization of Libraries and Documents Center Of Astane Qudse Razavi).
Érigée par Shah Reza Pahlavi en 1931 La bibliothèque Nationale d’Iran s’est constituée par des collections de bibliothèques privées du 16e et 17e siècle. En vertu de dispositions de la loi, la Bibliothèque reçoit depuis 1937 le dépôt légal, et constitue la bibliographie nationale (Pourhadi, I. V., 1968).
D’autres Bibliothèques importantes voient le jour au XXe siècle dans la capitale dont la bibliothèque parlementaire Majlis qui fut fondée en 1930, et une Institution privée importante, a bibliothèque Malek (1937), abritant une collection rassemblant 19000 documents datant du 10e au 20e siècle (Ferreira, 2009)
À partir des années 1960 la bibliothéconomie est enseignée en Iran, ce qui permet de recruter des bibliothécaires locaux dans les grandes villes. Mais la profession semble plus ou moins valorisée à l’époque, et les personnes formées tendent à migrer vers d’autres postes institutionnels, alors les budgets sont relativement aléatoires. En 1965 il y a 333 bibliothèques publiques en Iran dont 95 dans la capitale. Les bibliothèques privées jouent également un rôle à cette époque. On peut dire que l’intérêt des bibliothèques jusqu’à cette époque reste essentiellement centré sur la conservation du patrimoine.
Types de bibliothèques
Bibliothèques universitaires
Depuis la période de la dynastie safavide (1501-1736), les écoles sont obligatoirement dotées de bibliothèques enrichies par des donateurs (La Revue de Téhéran, 2010). Vers les années 50 débute le mouvement des bibliothèques modernes en Iran, à la suite des nouvelles approches popularisées par Cutter et Dewey.
La première bibliothèque universitaire moderne est celle de l’Université de Téhéran, fondée en 1950 à la suite du don de la collection du professeur Seyyed Mohammad Meshkat. Cette dernière comprend alors 1329 ouvrages persans et arabes.
À la suite de la Révolution islamique, ayant pris fin en 1979, les universités du pays connaissent une croissance importante et doivent répondre aux besoins de nouveaux étudiants et chercheurs toujours plus nombreux. L’Iran compte actuellement environ 1000 bibliothèques affiliées à des institutions d’études supérieures pour environ 1 400 000 étudiants et 30 000 enseignants, (Moarrefzadeh, 2011, p. 2).
La bibliothèque de l’Université de Téhéran comprend aujourd’hui plus d’un million de documents dans l’ensemble de ses bâtiments et abrite un atelier de rénovation, un laboratoire spécialisé ainsi qu’un département de conservation et de restauration. Un centre de documentation a ensuite été créé afin de conserver les documents non-textuels de différentes organisations et institutions iraniennes et d’ailleurs. La bibliothèque et le centre de documentation font partie de l’IFLA depuis 1967.
Les bibliothèques universitaires iraniennes sont composées d’un système comprenant une bibliothèque centrale ainsi que quelques bibliothèques associées à des facultés et à des départements (Davarpanah, 2003, p. 219).
Dépendamment des universités, les bibliothèques de facultés peuvent être dépendantes ou non des opérations de la bibliothèque centrale, ou l’être partiellement. Les trois types de classification les plus utilisés en bibliothèque universitaire sont ceux de la Library of Congress (LC), la classification nationale de Dewey et la National Library of Medecine, pour les bibliothèques universitaires médicales (Davarpanah, 2003, p. 222).
Actuellement, les bibliothèques iraniennes tendent à utiliser un système de catalogage informatisé, initialement utilisé pour l’impression de fiches de catalogue. Les trois types de classification les plus utilisés en bibliothèque universitaire sont ceux de la Library of Congress (LC), la classification nationale de Dewey et la National Library of Medecine, pour les bibliothèques universitaires médicales. Les règles de catalogage anglo-américaines sont utilisées pour le catalogage descriptif.
Le format IRANMARC a été développé pour le stockage et l’échange de données en farsi. Des normes ont été élaborées en 2005 afin de guider les bibliothécaires professionnels vers un meilleur service des bibliothèques. Elles prennent le nom de Standards of Iran University Libraries.
Bibliothèques nationales
La Bibliothèque nationale d’Iran trouve ses origines dans la création de la Bibliothèque nationale de Ma’âref en 1901, qui résulte en elle-même de la fusion de deux bibliothèques ayant eu lieu vers la fin du XIXe siècle. Il s’agit cependant d’une institution non-gouvernementale considérée davantage comme une bibliothèque publique. Le contenu de la bibliothèque nationale de Ma’âref ainsi que de nombreux ouvrages de la Bibliothèque royale sont ensuite transférés dans la bibliothèque du Musée d’archéologie d’Iran en 1937 (La Revue de Téhéran, 2008). La Bibliothèque nationale d’Iran est inaugurée la même année.
En 1979, les collections d’études iraniennes de la bibliothèque de Pahlavi et le Centre de traitement de livres de Téhéran furent transférés à la Bibliothèque nationale. La bibliothèque fait actuellement plus de 97 000 m², ce qui en fait la plus grande du Moyen-Orient. Son nouveau bâtiment comprend 5 grandes sections consacrées aux sciences, aux sciences humaines, au droit, à la médecine et aux sciences de l’éducation.
En 2004, dans le but de rendre l’institution conforme aux autres bibliothèques nationales du monde, un nouveau bâtiment est construit au nord de Téhéran pour la bibliothèque; qui prend alors le nom d’Organisation des Documents et de la Bibliothèque nationale.
La Bibliothèque nationale d’Iran a pour objectif d’acquérir, préserver, organiser et diffuser l’information par différents moyens, dont la création d’une collection de publications nationales produites au pays ou à l’étranger ainsi que l’acquisition de publications savantes d’études iraniennes et islamiques de provenance internationale. L’institution a également le mandat de fournir des publications de références pour les demandes des usagers et de faciliter la recherche dans tous les domaines de la culture nationale. (Afshar, 2006, p. 2).
Depuis 2006, la bibliothèque nationale d’Iran utilise le système d’étiquetage IRANMARC afin de stocker et de diffuser les données bibliographiques en persan (Khademizadeh et al, 2014). Ce système dérive lui-même du format UNIMARC qui applique les principes de balisage ISBD.
IRANMARC a d’abord été conçu uniquement pour les monographies imprimées mais son usage a été étendu à l’ensemble des documents de la bibliothèque Son fonctionnement est possible grâce à l’utilisation du logiciel RASA qui opère notamment les processus de catalogage, d’indexation, de création de documents, de commandes, de dépôts, d’emprunts, d’échanges entre les bibliothèques et de dons.
Bibliothèques publiques
La toute première bibliothèque publique moderne en Iran serait la bibliothèque de la mairie de Téhéran en 1926 (La Revue de Téhéran, 2015). C’est toutefois au cours des années 60 que les bibliothèques publiques deviennent plus nombreuses.
En 1965, la Loi sur la création des bibliothèques publiques dans les villes du pays est adoptée par le parlement afin de construire de nouvelles bibliothèques. 1,5% des revenus de chaque municipalité est alors investi dans ce projet jusqu’en 1974. Dans chaque ville, un conseil des bibliothèques est formé afin de superviser les activités.
Après la Révolution islamique en 1979, les bibliothèques publiques sont gérées par le Ministère de la Culture et de l’Orientation islamique (Zanjani, 1989, p.347-353). Depuis 2003, c’est la Fondation des bibliothèques publiques d’Iran qui est responsable de leur gouvernance.
Selon les bibliothécaires, les bibliothèques publiques renferment plusieurs problèmes depuis les dernières décennies: collections incohérentes aux préférences des populations locales, faible taux de lecture, espace réduit, personnel peu qualifié, manque d’accessibilité pour les personnes en situation de handicap et inattention de la part de la municipalité et du gouvernement. La politique des bibliothèques publiques mettrait l’emphase sur la promotion des livres et de la lecture, mais pas assez sur les autres aspects et rôles des bibliothèques (Pazooki et Saberi, 2015).
En 2006, l’Institut iranien des bibliothèques publiques est créé afin de construire, équiper, développer, gérer et superviser les bibliothèques publiques dans tout l’Iran (Pazooki et Saberi, 2019, p. 2-10). Les bibliothèques publiques iraniennes resteraient toutefois assez éloignées des standards de l’IFLA, possiblement en raison de la création récente de cette institution. Celle-ci a toutefois contribué à améliorer le statut des bibliothèques publiques, notamment en créant des bibliothèques dans les zones défavorisées et en contribuant au développement des normes.
En 2019, l’Institut iranien des bibliothèques a réalisé certaines activités afin de faire face aux dommages causés par les inondations en livrant des paquets de livres, jouets et fournitures de papeterie aux usagers résidant dans les zones sinistrées (Pazooki et Saberi, 2020, p. 233-244).
Il existe aujourd’hui 3169 bibliothèques publiques réparties en Iran, dont 294 dans la ville de Téhéran. Elles renferment environ 40 millions de livres mais seulement 2,5% de la population ayant accès à ces bibliothèques en seraient membres (Seifi et Soltanabadi, 2019, p. 1).
Bibliothèques scolaires
La présence des bibliothèques scolaires iraniennes est ancienne, elles étaient déjà présentes à l’époque de la dynastie Kadjar (1789-1925). Après la Révolution islamique, le ministère de l’Éducation fonde une nouvelle section axée sur le développement des enfants, nommée « littérature jeunesse et bibliothèque » dont les objectifs principaux sont de promouvoir la lecture et la création de nouvelles bibliothèques scolaires.
En 1998, les bibliothèques scolaires commencent à prendre du terrain, pour atteindre le nombre de 85 000, trois ans plus tard. En 2000, un accord est effectué entre le ministère de l’Éducation et celui des Affaires culturelles afin d’équiper les bibliothèques scolaires en milieu rural (Manouchehr, 2009).
Les bibliothèques scolaires iraniennes actuelles gardent une grande distance avec les standards internationaux. Au cours de l’année 2007-2008, il y avait 145 241 écoles iraniennes, dont seulement 22 118 étaient dotées de bibliothèques. Parmi les bibliothécaires, 92.35% d’entre eux travaillent en ville et 7,65% travaillent en milieu rural.
Les bibliothèques sont critiquées sur de nombreux aspects: absence de bibliothécaire, collections conservatrices trop axées sur la religion, manque de dictionnaires et de livres au goût des élèves, personnel peu qualifié et peu dynamique et espaces insuffisants (Majidi, 2008). Le rôle de bibliothécaire en bibliothèque publique est généralement assuré par des enseignants et parfois par des élèves bénévoles dans les petites écoles. Environ 72% de ces bibliothèques n’ont pas de connexion internet.
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
L’éducation moderne en bibliothéconomie débute habituellement durant le règne du shah Pahlavi I (r. 1925-1941), époque qui voit naître la Bibliothèque nationale d’Iran et des relations académiques plus étroites avec les États-Unis, qui offrent des ateliers généraux en bibliothéconomie (Hayati et Fattahi, 2005. p. 317-318; Nguessan et Moradi, 2021, p. 3).
Une éducation formalisée par le biais d’un programme collégial ou universitaire ne sera d’actualité qu’à partir du début de la deuxième moitié du 20e siècle, alors que l’Université de Téhéran ouvre une licence en bibliothèque en 1964, laquelle sera rapidement transformée en programme de maîtrise deux ans plus tard; d’autres établissement d’enseignement supérieur emboîtent progressivement le pas (Hayati et Fattahi, 2005, p. 319-320; Nguessan et Moradi, 2021, p. 3).
Ces programmes sont initialement peu peuplés et rapidement délaissés: des 37 admis à la maîtrise de l’Université de Téhéran en 1966, seulement 25 suivront les cours, et la majorité des étudiants décrochent du programme en cours de route (Hayati et Fattahi, 2005, p. 320).
À la suite de la Révolution islamique de 1979, les établissements d’enseignement supérieur seront clos de 1980 jusqu’à environ 1983 (Kiani, 2009, p. 18). Or, durant les trois prochaines décennies, plusieurs universités développeront tour à tour des programmes de maîtrise, des mineures, des baccalauréats; le premier doctorat verra d’ailleurs jour en 1991 à l’Université Islamique d’Azad (Kiani, 2009, p. 23; Nguessan et Moradi, 2021, p. 4).
Le curriculum se spécialise, allant outre l’expertise américaine et favorisant le Farsi comme langue d’apprentissage (Nguessan et Moradi, 2021, p. 4). Le nombre de départements universitaires dédiés à la bibliothéconomie passe de sept à vingt entre 1979 et 1995 (Kiani, 2009, p. 18).
Le spectre des programmes offerts et des institutions offrant ceux-ci est, encore à ce jour, très large, allant de la mineure au doctorat; cela crée un flou important quant au degré de professionnalisation requis pour pratiquer la bibliothéconomie en Iran (en général, il est attendu d’avoir au grand minimum un baccalauréat, sa composition étant cependant assez variable en fonction de l’offre académique. La langue favorisée en Iran, le Farsi, est aussi un obstacle subtil à l’emploi, puisque les ressources en bibliothèque sont souvent en anglais et les emplois peuvent exiger une bonne connaissance de cette langue.
En 2013, l’État iranien mobilise un comité national de normalisation des bibliothèques publiques qui recense des thèmes montrant d’emblée les thèmes dominant de la bibliothéconomie contemporaine: bibliothèques mobiles, prêts interinstitutionnels, service des technologies de l’information, services aux personnes handicapées, etc. (Saberi et Pazooki, 2016, p. 6)
En l’espace d’un demi-siècle, le cadre éducatif iranien a su se sortir du carcan américain, mésadapté aux besoins sur le terrain, et offrir une formation de qualité suffisante, variée, régulièrement révisée pour s’aligner avec la réalité et en perpétuelle évolution.
Associations de bibliothèques
Créée en 1966, l’Association des bibliothèques et des sciences de l’information iraniennes (ILISA) est la première association professionnelle de bibliothécaires iranienne et fait suite à la création de la formation de bibliothécaires à l’Université de Téhéran. L’un de ses principaux objectifs étant notamment de faire reconnaître la profession de bibliothécaire.
En 1979, après la Révolution islamique, les activités de l’association prennent fin jusqu’en 1998, période durant laquelle l’Iran n’a connu aucune association de bibliothèques (Khosravi et Akbari-Daryan, p. 2, 2017). Elle regroupe aujourd’hui l’ensemble de la communauté des bibliothèques et centres d’enseignement et de recherche, centres d’archives (https://en.ilisa.ir/).
Des activités telles que des ateliers éducatifs, séminaires et conférences y sont organisées dans les différentes provinces de l’Iran. L’ILISA a notamment pour objectifs de promouvoir les fondements théoriques en sciences de l’information, améliorer le processus de socialisation des bibliothécaires, et de renforcer la position des bibliothécaires dans les situations transitoires impliquant de nouvelles technologies (Khosravi et Akbari-Daryan, 2007, p. 3).
L’ILISA collabore également avec les universités iraniennes dans le cadre de recherches portant sur le développement des sciences de l’information en Iran. Un congrès annuel de l’organisation est organisé chaque année et rassemble près de 500 professionnels.
De nombreuses autres associations de bibliothèques existent en Iran, dont l’Association des bibliothèques publiques iraniennes (IPLA) qui promeut le développement des services dans les bibliothèques publiques ainsi que le partage des expériences professionnelles entre les bibliothécaires (https://hamayesh.ipla.ir/fa/).
Autre association majeure, l’Association des bibliothèques médicales et des sciences de l’information coopère avec le ministère de la Santé, du traitement et de l’éducation médicale dans la planification de l’éducation ainsi que dans le cadre de recherches sur la santé de la population iranienne (https://web.archive.org/web/20100706000031/http://en.imla.ir/).
Cadre législatif
La constitution iranienne, adoptée en 1979, jette les bases sur lesquelles s’assoit le pouvoir législatif iranien. Le droit iranien se base largement sur une structure républicaine française. Ainsi, au sommet de la pyramide politique iranienne s’assoit le chef spirituel de la communauté des chiites duodécimains (religion d’état en vertu de l’article 12 de la constitution) et celui-ci obtient une sorte de droit de véto constitutionnel en toute affaire, aussi petite ou grande soit-elle (Sial, 2019; Zare, 2015).
Le modèle français surgit avec la nomination d’un président de la République assujettis au vote populaire. Le président élu, il siège à un parlement comprenant près de 300 membres élus eux aussi pour des termes de 4 ans (Const. Iran, art. 62 à 70). Cependant, l’ensemble des travaux de la chambre sont soumis à l’étude scrupuleuse du Conseil des Gardiens, laquelle peut bloquer ou autoriser les lois en fonction de leur accord avec la charia (loi coranique) (Zare, 2015).
Aussi, la bibliothéconomie iranienne doit inévitablement se conformer aux obligations qu’impliquent un tel système législatif d’inspiration française, mais incarnée par l’imamat chiite duodécimain. La législation jetant les règles du jeu, les bibliothèques iraniennes ne font pourtant l’objet d’aucune loi, règlement ou jurisprudence spécifique. Le ministère de l’Éducation prend toutefois la charge des programmes d’éducation, notamment en bibliothéconomie.
Depuis 1974, les bibliothèques publiques ne reçoivent aucun dividende en provenance des municipalités; en contrepartie, le parlement adopte tardivement (vers 2007) la création d’un institut des bibliothèques publiques pour appuyer le réseau. (Saberi et Pazooki, 2019). En général, les associations iraniennes entourant la bibliothéconomie peinent à durer dans le temps jusqu’en 1998, alors que l’Association des Bibliothèques Iraniennes et des Sciences de l’Information voit le jour à la suite de deux décennies de difficultés diverses (Khosravi et Akbari-Darvan, 2017).
Les bibliothèques publiques dépendent de l’appui de cet institut et se renforcent au gré des normes et politiques proposés par l’Organisation Internationale de Standardisation (ISO), la Fédération Internationale des Associations de Bibliothèques (IFLA) et la Fondation des bibliothèques publiques Iraniennes (IPLF, fondé en 2013 par le biais du gouvernement et servant comme organe de standardisation en bibliothéconomie), mais les bibliothèques publiques peinent généralement à rencontrer ces normes; en 2019, on constate que les bibliothèques publiques iraniennes sont pauvres en termes de ressources disponibles, de personnel compétent et de zone d’études disponibles (Saberi et Pazooki, 2019).
Législativement laissé à lui-même, le réseau des bibliothèques publiques peut aussi profiter de l’appui de l’ILISA (Iranien library and information science Association), laquelle milite auprès des hautes instances constitutives pour chercher un meilleur financement et une éducation plus robuste en bibliothéconomie (Khosravi et Akbari-Daryan, 2017).
Curieusement, la bibliothèque nationale de l’Iran ne fait pas l’objet d’une loi spécifique pour sa constitution et son rôle, mais détient bien ce rôle de phare de la bibliothéconomie iranienne et appuie proactivement les bibliothèques qui composent le paysage iranien. Les bibliothèques privées et universitaires, quant à elles, profitent d’un budget qui leur est attribué par leurs organisations d’attache et sont soumises aux exigences de celles-ci.
Bibliographie (APA)
Afshar, E. The National Library of Iran: A New Building and a New Future. (2013). Australian Academic & Research Libraries, 37:3, 221-232. https://doi.org/10.1080/00048623.2006.10755338
Boniface, P., Védrine, H et Magnier, J.-P. (2020). Atlas du monde global. A. Colin.
CNRS. Études cartographiques sur l’Iran le monde iranien (2014) http://www.irancarto.cnrs.fr/record.php?q=AI-020503&f=local&l=fr
Constitution of the Islamic Republic of Iran (1989). Repéré à https://publicofficialsfinancialdisclosure.worldbank.org/sites/fdl/files/assets/law-library-files/Iran_Constitution_en.pdf
Davarpanah, M-R. University libraries in Iran: A study based on published sources (2003) 52(5), 218-227 DOI:10.1108/00242530310476733
Djalili, M.-R. (2001). Iran : L’illusion réformiste. Presses de Sciences Po. https://doi.org/10.3917/scpo.djali.2001.01
Djalili, M.-R. et Kellner, T. (2017). Histoire de l’Iran contemporain. La Découverte. Repéré à : https://www.cairn.info/histoire-de-l-iran-contemporain–9782707194541.htm
Fereira, M. (2009). Bibliothèque Malek un joyau au coeur de Téhéran. La Revue de Théhéran, 38. Repéré à http://www.teheran.ir/spip.php?article871#gsc.tab=0
Hayati, Z., & Fattahi, R. (2005). Education for librarianship in Iran before the 1979 Islamic Revolution : A historical review of American roles and influences. Library Review, 54(5), 316‑327. https://doi.org/10.1108/00242530510600570
Hooglund, E. J., Curtis, G. E., & Library of Congress. (2008). Iran : A country study. Library of Congress, Federal Research Division : For sale by the Supt. of Docs., U.S. G.P.O. https://catalog.hathitrust.org/Record/005862785
Khademizadeh, S., & Kokabi М, V. A. (2014). The national library of Iran and IRANMARC. Elixir Library Science, 72, 25466-25472. https://www.academia.edu/11586325/The_national_library_of_Iran_and_IRANMARC
Khadidjeh, N-B. (2015). Les bibliothèques publiques de Téhéran: Présentation de la Bibliothèque Nationale d’Iran http://www.teheran.ir/spip.php?article2115#gsc.tab=0
Khosravi, F., & Akbari-Daryan, S. (2017). Iranian Library and Information Science Association (ILISA) in Service of Civil Society : A Pattern for Middle East Countries. IFLA WLIC 2017 WROCLAW, 11. http://library.ifla.org/id/eprint/1760/1/140-khosravi-en.pdf
Iran Population (2021)—Worldometer. (s. d.). Consulté 21 novembre 2021, à l’adresse https://www.worldometers.info/world-population/iran-population/
Kiani, H. (2009). Education for Library and Information Science in Iran : Current Trends. International Journal of Information Science and Management.
Majidi, M.(2008). Enquête sur les bibliothèques scolaires basée sur une brève enquête sur statistiques officielles de ministre de l’Éducation, trimestriel bibliothéconomie et science de l’information. Repéré à: http://ensani.ir/file/download/article/20120426170503-5183-6.pdf
Manouchehr Alipour. Un petit regard sur la situation des bibliothèques scolaires depuis 30 ans (2009). Livre du mois des généralités. 2(134) https://elmnet.ir/article/737197-12707/%DA%AF%D8%B0%D8%B1%DB%8C-%DA%A9%D9%88%D8%AA%D8%A7%D9%87-%D8%A8%D8%B1-%D9%88%D8%B6%D8%B9-%DA%A9%D8%AA%D8%A7%D8%A8%D8%AE%D8%A7%D9%86%D9%87-%D9%87%D8%A7%DB%8C-%D9%85%D8%AF%D8%A7%D8%B1%D8%B3-%D8%AF%D8%B1-%D8%B3%DB%8C-%D8%B3%D8%A7%D9%84-%D8%AA%D9%84%D8%A7%D8%B4
Moarrefzadeh, A-H. (2011). Current Status of University Libraries. Library Philosophy and Practice (e-journal). 491. https://digitalcommons.unl.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1509&context=libphilprac
Mohammad Reza Pahlavi. (2021). Dans Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Mohammad_Reza_Pahlavi&oldid=188304480in Iran
Mohammad Mossadegh. (2021). Dans Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Mohammad_Mossadegh&oldid=188256825
Nguessan, M., & Moradi, S. (2021). Library and Information Science in the USA and Iran. Journal of Medical Library and Information Science, 2, 1‑8. https://doi.org/10.22037/jmlis.v2i.32386
The Organization of Libraries and Documents Center Of Astane Qudse Razavi, Quranic Collection. (s. d.). سازمان کتابخانه ها، موزه ها و مرکز اسناد آستان قدس رضوی. Consulté le 21 novembre 2021, à l’adresse https://library.razavi.ir/en/63030/quranic-collection
Pourhadi, I. V. (1968). Iran’s Public and Private Libraries. The Quarterly Journal of the Library of Congress, 25(3), 218‑229.
Rafi, A. (2010). Le waqf de livres en islam et le waqf de livres à l’époque des Safavides. http://www.teheran.ir/spip.php?article1222#gsc.tab=0
Saberi, M.-K., & Pazooki, F. (2020). Applying IFLA Standards to Compile National Standards : Standardization Activities in Iran. IFLA Columbus 2016 Conference. Library History/ Multicultural Libraries, Columbus, Ohio. https://digitalcommons.unl.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=7219&context=libphilprac
Saberi, M. K., & Pazooki, F. (2019). A Comparison of the Conditions of Iran Public Libraries with the IFLA Standards. Library Philosophy and Practice (e-Journal), 11. https://digitalcommons.unl.edu/libphilprac/3017/
Sébille-Lopez, P. (2006). Les ressources de Téhéran. Outre-Terre, 16(3), 61‑72.
Seifi, L., & Soltanabadi, M. (2020). Iranian public libraries’ capacities in preserving and disseminating intangible cultural heritage. IFLA journal, 46(4), 359-368. https://doi.org/10.1177/0340035219886608
Sial, Om. (2019). UPDATE: The Legal System and Research of the Islamic Republic of Iran. Repéré à https://www.nyulawglobal.org/globalex/Iran1.html
Zanjani, B. (1989). Public libraries in Iran and their development. International library review, 21(3), 347-353. https://doi.org/10.1016/0020-7837(89)90044-7
Zare, M. (2015). UPDATE: An Overview of Iranian Legal System. Repéré à https://www.nyulawglobal.org/globalex/Iran_Legal_System_Research1.html