16 Pérou
(Sally Sue Beltran, Thomas Duchesneau, Tiphaine Hérault et Jérôme Létourneau)
Profil du pays
La République du Pérou est située à l’ouest de l’Amérique latine entre l’océan Pacifique et cinq pays frontaliers : la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie et l’Équateur. Le pays, dont la capitale est Lima, a une superficie totale de 1 285 216 km² et se divise en 25 régions (Central Intelligence Agency [CIA], 2021). Trois grandes zones géographiques se distinguent : la côte (costa), la montagne (sierra) et la forêt (selva) (Benrubi, 2008, p. 84).
La population de 32 201 224 habitants réside principalement dans les hauts plateaux andins (environ la moitié) ou le long de la côte ouest (environ le tiers) avec une forte concentration dans la capitale (CIA, 2021). En effet, 27,45% de la population y habite (Quispe-Farfán, 2020, p. 102). De façon générale, la population urbaine représente 78,3% de la population (CIA, 2021). Près de 60% des Péruviens sont d’origine « mestizo », alors que 26 % d’entre eux sont d’origine autochtone (CIA, 2021).
Le Pérou compte trois langues officielles et de nombreuses langues amazoniennes dites mineures : l’espagnol est parlé à 82,9%, le quechua à 13,6%, et l’aymara à 1,6% (CIA, 2021). Bien qu’ayant considérablement baissé au cours de la dernière décennie, le taux de pauvreté reste à environ 30% (plus de 55% dans les zones rurales), et le chômage des jeunes atteint 12,6% (il est de 6,58% dans la population générale) (CIA, 2021). En 2020, les dépenses d’éducation représentaient 4,2% du PIB, alors que le taux d’alphabétisation était de 94,5% (CIA, 2021).
Histoire
Jusqu’en 1533 et la colonisation du territoire par les Espagnols, plusieurs civilisations andines, parmi lesquelles les Incas, forment l’ancien Pérou (Chaparro-Univazo, 2017, p. 3606). S’appuyant sur une forte tradition orale, elles utilisent comme support d’information le quipu, à savoir un système de cordelettes et de nœuds destiné à consigner leurs savoirs (Chaparro-Univazo, 2017, p. 3606). Le livre, par le biais de collections privées et monastiques, est donc introduit par les Espagnols au XVIe siècle (Chaparro-Univazo, 2017, p. 3606).
Le 28 juillet 1821, le Pérou déclare son indépendance de l’Espagne. Un mois plus tard, José de San Martín (1778-1850), général argentin et héros des indépendances sud-américaines, fonde la Bibliothèque nationale du Pérou (BNP) (Benrubi, 2008, p. 85). Surnommé le « Libertador », il crée cette bibliothèque à partir de sa collection personnelle pour l’usage de tous (Benrubi, 2008, p. 85). Son ambition : émanciper le peuple de l’ignorance volontairement entretenue par l’Espagne (Benrubi, 2008, p. 85). Ce n’est d’ailleurs qu’en 1824 que les dernières troupes espagnoles sont vaincues (Chaparro-Univazo, 2017, p. 3606).
Au XXe siècle, les bibliothèques du pays connaissent une importante expansion sous l’ère de Jorge Basadre Grohmann (1903-1980), dit Basadre (Benrubi, 2008, p. 87). Considéré comme « le père de la bibliothéconomie péruvienne » (Flor, 2021), il est directeur de la bibliothèque de l’Université de San Marcos au moment où la BNP est ravagée par les flammes en 1943 (Chaparro-Univazo, 2017, p. 3607). Le président Manuel Prado y Ugarteche lui demande d’en prendre la direction afin de la reconstruire et de la rénover (Flor, 2021). Basadre accepte sous certaines conditions, parmi lesquelles la création d’une école de bibliothécaires (De la Vega, 1984, citée dans Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 193).
En 1968, un coup d’État déstabilise le pays. Pendant douze ans, il sera d’ailleurs sous le joug d’un régime militaire (Bourricaud, Garcia, Labrousse, Mesclier et Robin Azevedo, s. d.). S’il redevient démocratique en 1980, le Pérou est néanmoins toujours marqué par de sombres années jusqu’en 2000 (Benrubi, p. 87). Ce contexte affecte aussi les bibliothèques publiques, car elles ne bénéficient pas d’une réelle attention de la part des dirigeants. Selon Benrubi (2008, p. 87), elles sont mentionnées surtout dans des « lois organiques sur les municipalités » qui, comme nous le verrons plus tard, ne seront pas très contraignantes.
Aujourd’hui, le milieu des bibliothèques péruviennes fait preuve d’une réelle volonté de développer et de moderniser ses réseaux. Plus d’une trentaine de projets constituent d’ailleurs le programme « En route vers les 200 ans », qui souligne le bicentenaire de la BNP, et sont amenés à se déployer d’ici 2023 (Flor, 2021).
Types de bibliothèques
Bibliothèque nationale
La BNP a longtemps été située sur l’avenue Abancay, au cœur historique de la capitale (BNP, s. d.-a). Ses anciens locaux, dont la construction date du milieu du XXe siècle, ont été déclarés Monument Historique par l’Institut national de la Culture (INC) et abritent, désormais, la Grande Bibliothèque Publique de Lima (BNP, s. d.-a). La BNP se trouve aujourd’hui à San Borja, l’un des quartiers chics de la capitale. Les nouveaux locaux ont été inaugurés le 27 mars 2006 et sont considérés comme étant parmi les plus modernes et fonctionnels d’Amérique latine (Flor, 2021).
Ayant fêté en 2021 son bicentenaire de naissance, la BNP a une histoire pour le moins mouvementée. Fondée en 1821, sa collection fut en partie détruite dès 1823 et 1824 par des troupes royalistes qui marchèrent sur Lima (Flor, 2021). En 1881, lors de la guerre du Pacifique, la BNP fut occupée par des troupes chiliennes qui s’emparèrent d’une partie de la collection, soit pour envoyer des livres au Chili, soit pour les vendre comme papier d’emballage aux épiceries (Flor, 2021) ! Ce « crime contre la civilisation », selon les termes de Ricardo Palma (bibliothécaire et homme politique péruvien), ne sera réparé qu’en 2007 lorsque le gouvernement chilien restituera officiellement 3 788 livres à la BNP (BNP, s. d.-b). Enfin, comme nous l’avons vu, un incendie détruisit aussi la bibliothèque en mai 1943.
Également à la tête du Système national de bibliothèques (SNB), elle a pour mission de « mettre en œuvre le système des bibliothèques nationales en tant que réseau […] ; contribuer au développement humain et à l’innovation avec une approche inclusive et interculturelle » (BNP, s. d.-c, traduction libre). Plus largement, son ambition est de « garantir l’accès à l’information pour la recherche, le développement scientifique et technologique et le plaisir du citoyen » (BNP, s. d.-c, traduction libre). Elle offre aussi de multiples services : prêts à domicile, demandes en ligne, bibliothèques virtuelles, réservations de salles, demandes de reproduction numérique, podcasts, évènements culturels. En 2020, 664 événements culturels auraient eu lieu en ses murs (BNP, 2021).
La BNP n’a pas d’environnement conçu pour le travail de groupe, mais dispose néanmoins de neuf salles de lecture générales et spécialisées qui s’adressent à tous types de public (BNP, s. d.‑d). Dans un réel effort d’inclusion, une salle contient des collections avec des formats variés (DVD, CD-ROM, CD-Audio) (BNP, s. d.-d). Les personnes ayant une déficience visuelle peuvent bénéficier de technologies comme la lecture assistée, l’enregistrement et la numérisation de textes, la conversion de fichiers texte en fichiers MP3 et d’ordinateurs avec lecteurs d’écran et loupes. La BNP propose également des livres et des magazines en braille, des livres parlés et des livres numériques accessibles à tous ses usagers (BNP, s. d.-a). Enfin, comme toutes les bibliothèques nationales, la BNP est responsable du dépôt légal et chargée de constituer le patrimoine documentaire du pays (BNP, s. d.-e).
Bibliothèques publiques
Le sort des bibliothèques publiques péruviennes a toujours été étroitement lié à celui de la BNP. Par exemple, lorsqu’il était ministre de l’Éducation en 1947, Jorge Basadre a instauré une taxe sur la vente de bijoux et d’objets de luxe à usage personnel (loi 10847) afin de financer des aménagements de la BNP (Castro Aliaga, 2002, p. 38-39). Avec le solde, il a aussi créé un fonds appelé « Fondo San Martín » grâce auquel les bibliothèques populaires municipales des chefs‑lieux de département et de province ont été subventionnées (BNP, s. d.-b).
En 1983 est créé le Système national des bibliothèques (SNB), un instrument de gestion et un organe d’exécution qui fournit le cadre institutionnel pour la gestion des bibliothèques (dont les bibliothèques publiques) dans le pays (BNP, s. d.-b). Le SNB dépend du ministère de l’Éducation, mais il est placé sous la direction de la BNP. Son rôle est d’assurer la qualité du fonctionnement des bibliothèques du pays et de leurs services d’accès au savoir, à la culture et à l’information, dans le cadre de la politique publique d’inclusion sociale, de construction de la citoyenneté et de développement humain (BNP, s. d.-b).
Le réseau des bibliothèques nationales est donc composé : de la BNP, en tant qu’organe directeur du système des bibliothèques nationales ; de centres régionaux du SNB ; de bibliothèques publiques des gouvernements régionaux, des municipalités de province, des districts et des centres moins peuplés ; des bibliothèques d’organismes publics et d’établissements publics d’enseignement (SNB, s. d.). Selon une typologie établie en 2008 (Benrubi, 2008, p. 87), on peut aussi distinguer trois grands types de bibliothèques publiques au Pérou : les bibliothèques des grandes villes de province, les bibliothèques des arrondissements riches de Lima, ainsi que les bibliothèques des zones rurales et urbano-marginales.
Les bibliothèques publiques sont encore loin de fournir l’« information citoyenne » indispensable à la population (Ponce San Roman, 2000, citée dans Benrubi, 2008, p. 88). Le Conseil national pour la démocratisation du livre et la promotion de la lecture (PROMOLIBRO) a tenté de remédier à la situation. Ce conseil consultatif a œuvré de 2004 à 2010 dans le but de « promouvoir et d’exécuter des politiques de promotion et de soutien à la lecture, à la production et à la commercialisation littéraires nationales » (Progrebinschi, 2017, traduction libre).
En ce qui a trait au nombre de bibliothèques municipales au pays, il est parfois difficile d’obtenir des chiffres fiables, mais selon des données de 2018 (Instituto Nacional de Estadística e Informática [INEI], 2019, p. 145), il y aurait 25,5% des municipalités qui ont déclaré avoir une bibliothèque. Il existe aussi une grande disparité selon les régions. Par exemple, 76,7% des municipalités de la province de Lima ont une bibliothèque, alors que ce pourcentage chute à 7,1% pour celles du département d’Amazonas (INEI, 2019, p. 145).
En 2021, la BNP annonce le projet de catalogue unifié du SNB (El Peruano, 2021). L’idée est de procéder à une réelle décentralisation de la culture. Trente lieux ont été choisis pour participer à l’implantation du système de gestion intégré de bibliothèque KOHA.
Bibliothèques universitaires
Selon l’UNESCO, le système universitaire péruvien est l’un des meilleurs d’Amérique latine (Gonzales, 2020). Deux types d’universités le composent : les institutions privées et publiques (Claux, 2018). 92 universités, dont 56 privées, sont réparties dans le pays (Gonzales, 2020). Les universités aux meilleures réputations sont situées à Lima (Gonzales, 2020). L’Université catholique pontificale du Pérou (PUCP ou la Católica) est l’une des universités privées les plus prestigieuses du pays (Claux, 2018). L’Université nationale principale de San Marcos (UNMSM) est, quant à elle, considérée comme l’université publique la plus ancienne du continent américain, d’après Mario Vargas Llosa (2010, cité dans Martínez Laya, s. d.).
Pour ce qui est des bibliothèques universitaires, elles reflètent grandement le paysage universitaire du pays : très inégal (Benrubi, 2008, p. 89). Cette inégalité peut être observée en comparant les bibliothèques de l’UNMSM et de la PUCP. Par exemple, seule la bibliothèque centrale de l’UNMSM possède un budget d’acquisition (Benrubi, 2008, p. 90). À l’inverse, les neuf bibliothèques de la Católica, ont « [d]es procédures d’achats […] [qui] sont prises en charges par des départements centralisés » (Benrubi, 2008, p. 91). Cette différence pourrait être expliquée par « la complexité administrative du fonctionnement quotidien des organismes publics […] et sans doute la hantise du détournement de fonds » (Benrubi, 2008, p. 90).
Le 25 janvier 2016, la BNP adopte une résolution nationale établissant des normes pour les bibliothèques universitaires (BNP, 2016). Dans ce document, plusieurs standards de qualité sont énoncés. Il devrait y avoir, entre autres, un bibliothécaire, un bibliotechnicien ou un bibliothécaire auxiliaire pour 1000 étudiants inscrits. Pour ce qui est du traitement documentaire (catalogage, classification et indexation), le temps moyen par document devrait être de 30 minutes. L’espace requis, quant à lui, devrait être d’environ un mètre carré par étudiant et la capacité de places assises dans une salle de lecture devrait correspondre à 10% des étudiants inscrits. La bibliothèque devrait aussi être universellement accessible. En ce qui a trait à l’équipement informatique, il devrait y avoir un poste de travail avec ordinateur pour 300 étudiants inscrits, un ordinateur avec accès au catalogue pour 300 étudiants et un ordinateur pour faire les prêts de documents pour 500 transactions quotidiennes. Cependant, si on se fie aux données présentées par l’UNMSM, seulement 852 places de lectures et 74 postes de travail sont offerts aux usagers, ce qui n’équivaut pas au minimum requis par cette résolution nationale (UNMSM, s. d.).
Depuis 1996, il existe un consortium universitaire qui permet aux étudiants et aux professeurs de bénéficier de plusieurs services des universités membres. L’utilisation des services des bibliothèques en font partie. Les quatre bibliothèques qui composent le consortium sont l’UPCP, l’Université Cayetona Heredia, l’Université du Pacifique et l’Université de Lima (Consorcio de Universidades, s. d.).
Bibliothèques scolaires
En mars 2020, la BNP recense 16 000 bibliothèques scolaires dans le pays (BNP, 2020). Elles sont présentes dans la plupart des écoles privées, mais leur qualité varie selon leur financement et leur administration (Chaparro-Univazo, 2017, p. 3608). Tafur Puente et de la Vega Ramírez (2010, p. 35) affirment même que les collections sont obsolètes et ont un contenu limité qui ne répond pas aux besoins informationnels des élèves et des enseignants. Pour aider à résoudre ce problème, le ministère de l’Éducation a produit en 2019 un décret d’urgence (D.U. Nº 003‑2019) qui a pour but de promouvoir le livre et la lecture (BNP, 2020). Le document prévoit notamment l’investissement de 16 millions de sols péruviens (soit environ 5 millions de dollars canadiens) pour la création de bibliothèques scolaires et l’implantation de standards de qualité.
Selon Álvaro Tejada (Cátedra del Perú, 2018), bibliothécaire à la BNP, ces standards sont importants pour : garantir un espace de travail à une classe entière ; avoir dans les collections un équilibre entre la documentation éducative et celle de fiction ; intégrer les livres numériques ; offrir un service minimum pour le prêt et l’accès à Internet ; faire l’éveil et la promotion de la lecture ; avoir du personnel qui a une formation pertinente dans les bibliothèques scolaires.
Parmi les autres initiatives récentes, il y eut, en novembre 2021, les XIIIe Rencontres nationales des bibliothèques scolaires (BNP, 2021b). L’événement, qui était organisé par la BNP et le ministère de l’Éducation, s’adressait principalement au personnel des bibliothèques scolaires dans tout le pays. Il fut notamment question de « design thinking », d’innovations en bibliothèque, de la notion d’inclusion dans les services, ainsi que des ressources numériques qui peuvent être utilisées.
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
En 1944, 37 étudiants entament leur formation dans la toute première École de bibliothécaires du Pérou, mise sur pied par Jorge Basadre (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 193). À l’époque, cette formation d’une durée de cinq mois visait à préparer du personnel compétent, apte à participer à la reconstruction de la BNP et éventuellement à prendre le relais dans diverses bibliothèques publiques (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 193). Aujourd’hui, la formation est offerte dans deux universités de la capitale (Benrubi, 2008, p. 92).
L’UNMSM participe à la formation de futurs bibliothécaires. Les étudiants inscrits en sciences de l’information entament leur spécialisation à leur deuxième année, après une année de cours intégrés avec d’autres étudiants de la faculté (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 195). Offert par cette université publique, le cursus de cinq ans (Benrubi, 2008, p. 92) vise la formation de bibliothécaires avec un important sens éthique (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 195). En plus de s’intéresser au concept de collection, les cours abordent l’analyse, l’accès et la gestion de l’information (UNMSM, 2015, citée dans Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 195). Pour obtenir leur diplôme de bachelier, les étudiants doivent suivre l’ensemble des crédits requis (près de 200) et atteindre une certaine maîtrise de l’anglais (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 197). 360 heures de formation pratique sont aussi prévues (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 197). Depuis 1991, la moyenne de diplômés oscille autour d’une soixante par année, alors que plus de 260 étudiants sont inscrits au programme (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 197). Ce ne sont donc pas tous les inscrits qui terminent cette formation académique.
La PUCP, une institution privée d’enseignement, offre aussi un programme en sciences de l’information depuis 1986 (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 198). Les étudiants y étant inscrits doivent d’abord réaliser quatre semestres dans une autre discipline académique (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 198). Après ce premier programme, ils peuvent se spécialiser dans un des huit champs d’études particuliers des arts et des sciences humaines, parmi lesquels celui des sciences de l’information (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 199). À l’image de celui offert par la UNMSM, le programme vise essentiellement les mêmes enseignements. Plus court, d’une durée de trois ans, il comprend aussi une formation pratique réalisée au cours du dernier semestre (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 199 et 201). L’obtention de 118 crédits et d’une attestation de réussite à un examen d’anglais sont nécessaires pour que l’étudiant puisse devenir bachelier (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 200). Une licence peut également être remise à un étudiant s’il rédige une dissertation qu’il accompagne d’un exposé oral ou encore s’il suit des cours durant une session supplémentaire (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 200). Cette deuxième option est le plus souvent celle retenue. Le nombre d’étudiants inscrits au programme de sciences de l’information varie annuellement entre 20 et 35 (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 201). Plusieurs raisons peuvent expliquer ce faible nombre : les coûts reliés à la fréquentation d’une université privée, les salaires peu intéressants après la diplomation et la difficulté de se trouver un emploi dans le domaine (Talavera-Ibarra et De la Vega Ramírez, 2016, p. 201).
Au Pérou, la bibliothéconomie et sa pratique professionnelle sont encore méconnues. Si les bibliothécaires jouissent d’une belle réputation en raison de la figure historique de Jorge Basadre (Benrubi, 2008, p. 91), ils ont de la difficulté à redéfinir la profession afin qu’elle ne soit pas uniquement perçue comme une discipline pratique (Ramirez Leyva, 1999-2000, citée dans Benrubi, 2008, p. 92). Le nombre réduit de bibliothécaires ayant réalisé une maîtrise et un doctorat complique d’ailleurs l’enseignement, mais aussi la recherche dans la discipline (Ramirez Leyva, dans Benrubi, 2008, p. 92). Un cercle vicieux semble ainsi s’être créé au fil des ans (Ramirez Leyva, dans Benrubi, 2008, p. 92).
Association de bibliothèques
Au niveau international, le Pérou fait partie de l’Association des États ibéro-américains pour le développement des bibliothèques nationales ibéro-américaines (Asociación de Estados Iberoamericanos para el Desarrollo de las Bibliotecas Nacionales de Iberoamérica). Fondée à Mexico le 14 décembre 1989, l’Association regroupe une vingtaine de pays et a comme objectif de coordonner des projets collaboratifs pour diffuser le patrimoine bibliographique ibéro-américain (Bibliothèque nationale d’Espagne, s. d.). Le Pérou participe aussi, avec treize pays, au programme ibéro-américain de bibliothèques publiques IBERBIBLIOTECAS. Ce dernier vise la coopération entre les bibliothèques publiques des pays membres et à faire, notamment, la promotion de la lecture et du libre accès à l’information (IBERBIBLIOTECAS, s. d.).
Dans le pays, l’association de bibliothécaires la plus importante est le Collège des bibliothécaires du Pérou (Colegio de Bibliotecólogos del Perú), fondé le 12 janvier 1990 (Chaparro-Univazo, 2017, p. 3608). Il a remplacé l’Association péruvienne des bibliothécaires (Asociación Peruana de Bibliotecarios) qui avait été créée en 1945. La mission du Collège est de représenter les professionnels de la bibliothéconomie et des sciences de l’information et de les sensibiliser aux aspects académiques, sociaux et éthiques du milieu (Collège des bibliothécaires du Pérou, s. d.). Même s’il s’agit avant tout d’une association professionnelle, le Collège tente autant que possible de développer des projets de recherche. Le manque de membres et de moyens serait toutefois un frein à ceux-ci (De la Vega Ramírez, 2019, p. 175). Notons aussi qu’un congrès se tient tous les deux ans pour que les membres puissent se rencontrer et échanger. Selon le site Internet du Collège (Collège des bibliothécaires du Pérou, s. d.), des liens ont été créés avec le Conseil national des Doyens des Collèges professionnels du Pérou (Consejo Nacional de Decanos de los Colegios Profesionales del Perú), ainsi qu’avec la Fédération internationale des associations de bibliothécaires (IFLA).
De plus, il existe une Association des Bibliothécaires du Pérou (Asociación de Bibliotecólogos del Perú) qui a été créée récemment. Elle se présente comme une institution autonome à but non lucratif composée de membres élus démocratiquement et représentatifs de la profession de bibliothécaire au pays (Association des Bibliothécaires du Pérou, s. d.). Sa mission : revaloriser et renforcer le développement de la bibliothéconomie et des sciences de l’information au niveau national et international. Dans un entretien donné à un journaliste, Paul Pajuelo, le président, estime que l’Association peut cohabiter avec le Collège et que plus ils seront nombreux à défendre le métier de bibliothécaire, mieux ce sera pour la profession (Chumbiauca, 2020).
Cadre législatif
Le cadre législatif entourant les bibliothèques péruviennes a beaucoup évolué au fil des ans. Après des débuts timides qui représentaient davantage l’expression d’une bonne volonté que d’un encadrement concret, la législation, jusqu’à tout récemment, s’est étoffée et développée pour devenir plus efficace.
Officiellement, la première disposition légale d’importance dans ce domaine date du 28 août 1821 avec le décret de création de la BNP (Castro, 2002, p. 30). Il faut toutefois attendre un peu plus de cent ans pour qu’un autre texte de loi s’intéresse directement aux bibliothèques. Le 14 mars 1922, le Congrès adopte la loi 4506 qui crée des « bibliothèques populaires » dans toutes les capitales provinciales (Castro, 2002, p. 31). Il demande aussi aux Secrétaires des conseils municipaux de veiller au bon fonctionnement de ces bibliothèques en s’occupant des locaux, des ressources matérielles et du budget. Le 25 mars 1947, le ministre de l’Éducation Jorge Basadre, dont nous avons déjà souligné l’importance, propose la loi 10847 qui impose au gouvernement péruvien la favorisation de la culture populaire à travers le développement de bibliothèques municipales (Castro, 2002, p. 31). Certains textes sur les municipalités, comme le décret législatif 51 du 17 mars 1981 ou la loi 23853 du 28 mai 1984, mentionnent furtivement l’importance de soutenir les bibliothèques (Castro, 2002, p. 33). En revanche, n’étant pas contraignants, ils n’entraînent pas d’effets significatifs (Benrubi, 2008, p. 87). Ce fut la même chose pour la loi 27972 du 27 mai 2003 qui impose, en théorie, la création d’une bibliothèque dans toutes les municipalités (Talavera-Ibarra et De la Vega, 2015, p. 3).
En ce qui concerne la pratique du métier de bibliothécaire, une première loi est promulguée le 12 janvier 1990. Créant le Collège des bibliothécaires du Pérou, la loi 25189 définit aussi ses statuts, ses règlements et son code d’éthique (Berrocal Q., 2014). Elle est complétée le 11 janvier 2008 par la loi 29181 qui décrit en détail les responsabilités et les fonctions d’une personne évoluant dans le domaine des sciences de l’information ou de la bibliothéconomie (Berrocal Q., 2014).
Toutefois, c’est dans les années 2010 que la loi la plus importante est promulguée. Le 4 juin 2013, la loi 30034 sur le SNB est présentée avec l’intention de faire des bibliothèques publiques de vrais moyens d’inclusion sociale (Talavera-Ibarra et De la Vega, 2015, p. 3). Concrètement, l’article 3 donne à la BNP le rôle d’organe directeur du nouveau SNB qui comprend toutes les bibliothèques provinciales, régionales et municipales, ainsi que celles des organismes publics et des établissements d’enseignement. Autant dire que toutes les bibliothèques du pays sont désormais sous l’autorité de la BNP. Selon l’article 5, cette dernière doit, entre autres, émettre des normes techniques, préparer des propositions de politiques, de plans et de directives au niveau national, et définir des standards de qualité pour l’évaluation des bibliothèques. L’article 7 demande aussi la création d’établissements de formation en bibliothéconomie et en sciences de l’information. Cela répond à une demande des experts du milieu qui avaient identifié le manque de personnel qualifié comme une des raisons expliquant les limitations du système de bibliothèques au Pérou (Talavera-Ibarra et De la Vega, 2015, p. 3). Parmi les autres lois qui concernent la BNP, notons la loi 30570 du 12 mai 2017 qui la définit comme l’institution qui est le « centre dépositaire du patrimoine culturel, bibliographique, numérique, documentaire, filmique, photographique et musical péruvien » (BNP, 2021c).
Information complémentaire/particularités
Les bibliothèques péruviennes feront face à plusieurs défis au cours des prochaines années. Chaparro-Univazo (2017, p. 3609) souligne plus particulièrement l’accès et le coût des ressources électroniques, ainsi que l’importance d’avoir des politiques publiques cohérentes et qui soutiennent davantage le milieu. Cela doit passer par une meilleure collecte des informations, puisqu’à plusieurs reprises, nous avons été confrontés à un manque de données récentes et globales sur les bibliothèques péruviennes. Les renseignements étaient souvent parcellaires et concernaient la plupart du temps les centres urbains et les grandes villes.
La pandémie de COVID-19 a aussi amené son lot de défis et d’aménagements. Comme dans plusieurs pays du monde, les bibliothèques ont été fermées à un moment ou à un autre, ce qui a eu pour effet de rendre « les carences […] encore plus fortes et évidentes » (Huaman Huriarte, 2021). En effet, les établissements qui offraient peu de services numériques étaient pratiquement déconnectés de leur public. À l’inverse, celles qui avaient les capacités de le faire ont aussi réussi à s’adapter et à rejoindre les usagers en diversifiant leur offre numérique. Cela s’est manifesté, par exemple, par une utilisation accrue des « réseaux sociaux pour générer et partager des contenus pour [les] utilisateurs » (Huaman Huriarte, 2021).
Références
Association des bibliothécaires du Pérou. (s. d.). Nosotros. https://www.abp.org.pe/nosotros.php
Benrubi, D.-J. (2008). Un regard sur le livre et les bibliothèques au Pérou. Bulletin des bibliothèques de France, 53(3), 84-92.
Berrocal Q., L. (2014, 24 juillet). El rol del bibliotecólogo a través del marco legal. Infotecarios. https://www.infotecarios.com/el-rol-del-bibliotecologo-traves-del-marco-legal/#.YbkDs_HMK8o
Bibliothèque nationale d’Espagne. (s. d.). ABINIA. http://www.bne.es/es/LaBNE/Cooperacion/CooperacionInternacional/Asociaciones/ABINIA.html
Bibliothèque nationale du Pérou (BNP). (2016, 25 janvier). Resolución Directoral Nacional Nº006-2016-BNP. http://www.bnp.gob.pe/documentos/resolucion_directoral_nacional/2016/rdn-006-2016-bnp.pdf
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