2 Biélorussie
(Tatiana Bobeica Talpa, Rose Carine Henriquez, Daniela Olia Naval, Romane Savard-Guzman)
« Il est impossible d’imaginer un pharmacien qui donne le même médicament à tout le monde. On peut dire la même chose d’un bibliothécaire. »
— Roman Motulsky (dans Ganushkina, 2019)
Profil du pays
La République de Biélorussie (Respublika Bielarus, en Biélorusse) est un ancien État constitutif de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) qui obtient son indépendance en 1991. Situé en Europe de l’Est, le pays est bordé par la Russie au nord-est, l’Ukraine au sud, la Pologne à l’ouest ainsi que la Lituanie et la Lettonie au nord-ouest. Peuplé par 9,4 millions d’habitants (en 2020), sa superficie de 208 000 km2 en fait le plus grand pays enclavé d’Europe (Nations Online, s.d.). Minsk—la capitale de la Biélorussie et la plus grande ville des six régions administratives du pays—se distingue par son imposante architecture stalinienne, où siègent le parlement et le KGB. Les langues officielles parlées sont le russe (70,2%) et le biélorusse (23,4%), avec une minorité parlant le polonais et l’ukrainien (The World Fact Book, 2021).
Représentant plus des trois-quarts des habitants du territoire, les Biélorusses (Slaves orientaux) sont les peuples autochtones de la Biélorussie (Nations Online, s.d.). En 2011, la majorité de la population est orthodoxe (48,3%) ou non-croyante (41,1%), tandis que 10,6% s’identifie au catholicisme ou à d’autres religions (The World Factbook, 2021). Toujours économiquement dépendant du marché Russe, le pays est reconnu comme étant l’un des pays les plus pauvres d’Europe selon tous les indicateurs de richesse, mais est surtout considéré comme étant « la dernière dictature » européenne. Ainsi, le premier et l’actuel président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, maintient la tradition totalitaire de l’ancienne Union soviétique en restreignant les libertés politiques et civiles. Cependant, selon la constitution, la Biélorussie est une république présidentielle (Nations Online, s.d.).
Histoire
La Biélorussie est extrêmement riche en histoire et, tout comme chacune de ses bibliothèques, son évolution fut intimement liée à son propre héritage culturel ainsi qu’à l’influence des peuples avoisinants. De ce fait, les événements historiques décrits ci-dessous eurent une énorme incidence, tant sur le développement de la nation que sur le sort de ses collections (Motulsky, 2015, p. 782).
Entre le IXe siècle et la première moitié du XIIIe siècle, les terres de la Biélorussie sont gouvernées par les Duchés de Polatsk et de Touraw. C’est durant cette période que la première bibliothèque biélorusse voit le jour. Fondée vers 1066, la bibliothèque de la Cathédrale Sainte-Sophie de Polatsk—considérée comme la première prédécesseure de la Bibliothèque nationale—contenait non seulement la collection complète des manuscrits écrits sur le territoire de la Biélorussie, mais aussi plusieurs des livres les plus précieux d’Europe (Motulsky, 2015, p. 781).
De la deuxième moitié du XIIIe siècle jusqu’à la moitié du XVIe siècle, ces terres sont intégrées au Grand-Duché de Lituanie, qui fait du biélorusse sa langue officielle. Au XVe siècle, la Biélorussie entre dans son « âge d’or » : Skaryna édite la Bible en 1517 et les pays de l’Europe occidentale s’inspirent des styles architecturaux biélorussiens (Tieplakoff, 2006, p. 10). Au début de la deuxième moitié du XVIe siècle, deux des plus importantes bibliothèques sont construites, soit la bibliothèque privée de la famille Radziwill et la bibliothèque publique de l’Université de Vilnia (Motulsky, 2015, p. 782).
En 1569, la Biélorussie est absorbée par la République des Deux Nations (État polono-Lithuanien) et le polonais devient la langue officielle (Tieplakoff, 2006, p. 10). En 1579, la bibliothèque de la Cathédrale Sainte-Sophie de Polatsk est détruite par des soldats polonais et les livres ayant survécu furent transportés à l’étranger (Tsybulya, 2005, p. 327-328, dans Motulsky, 2015, p. 781). En 1772, après la première partition de L’État polono-lithuanien, Catherine II de Russie saisit la collection Radziwill, qui ne retournera jamais sur son sol d’origine (Motulsky, 2015, p. 782). En 1795, la Biélorussie tombe sous domination russe et le régime tsariste la renomme « la Province du Nord-Ouest » (Tieplakoff, 2006, p. 10). À la suite des révoltes étudiantes de 1830-1831, l’Université de Vilnia est forcée de fermer et sa collection sera dispersée un peu partout (Motulsky, 2015, p. 783).
Après les nombreux conflits du début du XXe siècle—la Première Guerre mondiale (1914-1918), la révolution russe (1917), la guerre soviéto-polonaise (1919-1921)— « la majorité des bibliothèques et des collections se trouvant sur le territoire de la Biélorussie furent détruites » (Motulsky, 2015, p. 783). Ainsi, durant la période de l’entre-deux-guerres (1918-1939), le nouveau système de bibliothèque soviétique remplace l’ancien, ce qui, au fil du temps, contribuera au développement d’un système moderne ainsi qu’à un nombre important de plusieurs types de bibliothèques (Motulsky, 2015, p. 783-784).
Types de bibliothèques
Bibliothèque nationale de Biélorussie
La Bibliothèque nationale de Biélorussie (BNB) a été fondée en 1922, sous le titre de Bibliothèque d’État et universitaire de Biélorussie. Elle possédait à ce moment-là, près de 60 000 livres. Elle est donc responsable du dépôt légal, ce qui veut dire qu’elle recevait un exemplaire de tous les livres publiés en Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et deux exemplaires des livres publiés en Biélorussie. Peu de temps après, en 1926, la Bibliothèque nationale devient une institution indépendante sous le titre de Bibliothèque nationale de Biélorussie. En 1932, la bibliothèque déménage dans un nouveau bâtiment avec une salle de lecture de 400 places, une salle de chercheurs, un service de prêt et un espace de travail méthodologique (Motulsky, 1998, p.193).
Durant la Deuxième Guerre mondiale, la BNB a été très affectée. Non seulement le bâtiment est gravement endommagé, mais une grande partie de la collection est détruite alors qu’elle est transportée vers l’Allemagne. Ce n’est que quelques années après la guerre que la bibliothèque réussit à reprendre son activité normale. Les collections sont difficilement récupérées, des collections ont été découvertes en Allemagne, en Pologne et en Tchécoslovaquie. Toutefois, la bibliothèque reprend ses forces, développe de plus en plus ses collections et cherche à s’agrandir davantage. (Motulsky, 1998, p.193)
C’est en 1989, lors d’un concours architectural, que les architectes Victor Kramarenko et Mikhail Vinogradov gagnent le prix du meilleur projet avec leur suggestion de ce qui représente l’actuelle bibliothèque. Ce bâtiment en forme de diamant met plusieurs années avant d’être construit, et la bibliothèque ouvre officiellement ses portes en juin 2006. La BNB, qui a la forme d’un petit rhombicuboctaèdre, détient 19 salles de lecture réparties sur 22 étages. Sa forme de diamant représente la valeur de la connaissance ainsi que l’infinité du monde perceptible. La Bibliothèque nationale doit accomplir son rôle de centre national d’information et de culture (Motulsky, 2015, 786).
En plus de ses riches collections, la Bibliothèque nationale cherche à constituer une base de données de sources d’informations électroniques, afin d’être en mesure d’offrir le plus de ressources possibles et ainsi répondre aux besoins d’information des utilisateurs à l’échelle nationale. (Motulsky, 2015, p.790). Actuellement, les utilisateurs de la Bibliothèque nationale de la Biélorussie peuvent consulter le site (https://www.nlb.by/) de la bibliothèque afin de connaître les services offerts et les ressources de la bibliothèque.
Bibliothèques publiques et bibliothèques jeunesse
Étant donné que la Biélorussie est divisée en six régions administratives (Brest, Vitebsk, Gomel, Grodno, Minsk et Mogilev), chaque région a sa propre bibliothèque régionale. Chaque bibliothèque régionale comprend plusieurs bibliothèques publiques, des bibliothèques jeunesse ainsi que des bibliothèques scientifiques et universitaires. En d’autres mots, ces bibliothèques régionales s’efforcent de répondre aux besoins d’information de chaque région. Les collections de ces bibliothèques sont ainsi développées selon les caractéristiques démographiques, naturelles, sociales, économiques ou encore culturelles de chaque région (Motulsky, 2015, p. 786).
À Minsk par exemple, il y a deux systèmes centraux qui regroupent les bibliothèques. Le premier est le système central des bibliothèques publiques qui comprend les 24 bibliothèques de la ville et possède près de 185 000 documents. Le deuxième est le système central de bibliothèques jeunesse, qui comprend 23 bibliothèques et possède environ 120 000 documents (Motulsky, 2015, p. 787).
Bibliothèques scientifiques
Le système des bibliothèques scientifiques et techniques comprend toutes les bibliothèques d’entreprises et d’institutions de différents domaines. Par exemple, le réseau des bibliothèques médicales ou encore le réseau des bibliothèques du complexe agro-industriel. À la tête des bibliothèques scientifiques en Biélorussie se trouve la bibliothèque scientifique centrale Yakub Kolas de l’Académie nationale de sciences de Biélorussie. Celle-ci possède la plus riche collection dans tout le pays. (Motulsky, 2015, p. 786).
Le réseau des bibliothèques médicales comprend plus de 200 bibliothèques. La bibliothèque principale est la Bibliothèque scientifique médicale républicaine. Elle possède une collection de plus de 90 0000 documents et joue un rôle très important dans la recherche scientifique. Elle est membre de l’Association internationale des bibliothèques médicales et constitue un centre régional de l’Organisation mondiale de la Santé (Motulsky, 1998, p.196).
Le réseau des bibliothèques agricoles comprend près de 200 bibliothèques et la bibliothèque centrale, Bibliothèque agricole biélorusse, fait partie de l’Académie des sciences agricoles qui découle à son tour du ministère de l’Agriculture et de l’alimentation. Elle est le centre national d’information agricole et répond aux besoins des professionnels agro-industriels (Motulsky, 1998, p.196).
Bibliothèques universitaires
Le réseau des bibliothèques universitaires compte 54 bibliothèques réparties dans 32 universités, 11 instituts, 7 académies et 4 collèges à travers le pays. La collection de ces 54 bibliothèques s’élève à approximativement 29 millions de documents. La bibliothèque centrale est la Bibliothèque fondamentale de l’Université d’État biélorusse. Cette dernière est l’une des plus anciennes (1922) et possède une collection de plus de 2 millions de documents en biélorusse, en russe ainsi qu’en d’autres langues étrangères. Elle offre aussi un important nombre de ressources numériques. (Motulsky, 2015 p. 788).
Bibliothèque présidentielle
Comme son nom l’indique, la bibliothèque présidentielle de la République de Biélorussie, fondée en 1933, est destinée au président biélorusse, à son administration, au Parlement, à la Cour constitutionnelle, au Cabinet et à toutes ses structures, aux organes de pouvoir local et de l’autogestion, ainsi qu’au Comité exécutif de la Communauté des États indépendants (CEI) (Motulsky, 1998, p.197). Elle est considérée comme étant l’une des plus grandes bibliothèques scientifiques, avec plus de 1,5 millions de documents sur des sujets tels que l’administration publique, le système parlementaire, la législation, l’économie ou encore les sciences sociales (Motulsky, 2015, p.789). Par conséquent, la bibliothèque présidentielle est équipée de recueils de statistiques, du matériel de référence, des textes législatifs adoptés par des organes d’État biélorusses ainsi que ceux d’autres États. Elle possède aussi la collection des documents d’archives de la Banque mondiale pour la reconstruction et le développement. Finalement, elle détient le dépôt de certaines éditions imprimées très rares et de très grande valeur (Motulsky, 2015, p.789).
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
Le système de formation des bibliothécaires en Biélorussie prend forme véritablement dans les années 1940. Celui-ci se divise en plusieurs niveaux, soit la formation initiale, la formation professionnelle, la formation universitaire, la formation de la relève scientifique et la formation continue (Motulsky, 1998, p.197).
La formation initiale ou de base correspond à ce que l’on pourrait considérer comme un stage de découverte. Elle se donne directement dans les bibliothèques et vise à familiariser les futur.e.s bibliothécaires avec le domaine de la bibliothéconomie. Quant à la formation professionnelle, elle relève de l’École professionnelle pour les bibliothèques de Moguilev, qui a débuté ses activités en 1946. La formation dure trois ans et on en ressort avec un certificat permettant de travailler au sein des bibliothèques publiques (Motulsky, 1998, p.198). Le deuxième établissement à offrir un programme spécialisé pour les bibliothécaires est le Collège d’État de linguistique et de sciences humaines, situé dans la ville de Minsk. Les étudiant·e·s suivent un parcours multidisciplinaire en sciences humaines, en langues, en marketing, en gestion de l’information et en techniques informatiques (Motulsky, 1998, p.198).
L’Université de la Culture, fondée en 1993, offre quant à elle un apprentissage avec des grades de baccalauréat et de maîtrise. La création de l’institution découle d’une série d’initiatives qui ont pris naissance à la Bibliothèque nationale de Biélorussie en 1934 avec les premiers cours d’enseignement supérieur en bibliothéconomie (Motulsky, 1998, p.198). On y trouve plusieurs spécialisations propres aux différentes typologies des bibliothèques, mais également une spécialisation dans les milieux muséal et archivistique.
Les diplômé·é·s de maîtrise peuvent choisir de suivre la formation scientifique lorsqu’ils désirent accéder à des postes de professeur·e·s ou de chercheur·e·s en bibliothéconomie. Au bout de leur parcours, ils obtiennent un doctorat décerné par le conseil scientifique de l’Université. La formation continue est prise en charge par l’Institut de la formation avancée et du perfectionnement du personnel, mais également par les ministères, les organismes spécialisés de même que les bibliothèques elles-mêmes (Motulsky, 1998, p.199).
Association de bibliothèques
L’Association des bibliothèques de Biélorussie (ABB), qui a commencé ses activités en 1992, est « une organisation non gouvernementale unique en République de Biélorussie qui réunit des spécialistes dans le domaine des bibliothèques et des sciences de l’information » (Association des bibliothèques de Biélorussie, s.d. -a). Elle a été créée pour « promouvoir les meilleurs moyens de développer le système de bibliothèques et pour coordonner les efforts des bibliothécaires » (Association des bibliothèques de Biélorussie, s.d.-b, paragr. 1) dans toutes les régions du pays, afin de résoudre les problèmes des bibliothèques et de les protéger sur l’aspect social et juridique (Association des bibliothèques de Biélorussie, s.d.-b).
L’Association des bibliothèques de Biélorussie est membre de la Fédération Internationale des Associations de bibliothécaires et des Institutions (IFLA) depuis le 15 février 1997 (L’Association des bibliothèques de Biélorussie, s.d.-c). « En septembre 2003, elle participe à la campagne @YOUR LIBRARY, organisée conjointement avec l’American Library Association et l’IFLA » (Chueva, 2007, 9-10 juin, p. 2). L’objectif principal était de « sensibiliser le grand public à l’importance et au rôle unique des bibliothèques éducatives, spécialisées et publiques au XXIe siècle » (Chueva, 2007, 9-10 juin, p. 2).
L’Association des bibliothèques de Biélorussie comprend plusieurs comités:
- Le comité des relations internationales;
- Le comité des relations publiques;
- Le comité pour la protection des documents patrimoniaux et des collections de bibliothèques;
- Le comité de la documentation réglementaire, de la protection sociale et juridique;
- Le comité des bibliothécaires et de la formation continue;
- Le comité de projets;
- Le comité des activités bibliographiques;
- Le comité sur l’organisation des services pour les enfants et les adolescents;
- Le comité des jeunes bibliothécaires;
- Le comité des bibliothèques publiques;
- Le comité des bibliothèques scientifiques et universitaires (Association des bibliothèques de Biélorussie, s. d.-a).
L’association a réussi à fonder les revues professionnelles La bibliothèque propose et Le monde des bibliothèques, qui sont en quelque sorte « le porte-parole de l’ABB et de la communauté des bibliothèques de la Biélorussie promouvant les meilleures pratiques et guidant les bibliothèques vers des mesures concrètes pour développer la coopération et la collaboration » (Chueva, 2007, 9-10 juin, p. 2). L’ABB fournit plusieurs ressources documentaires professionnelles sur son site web et par le biais des listes de diffusion électroniques, grâce auxquelles les bibliothécaires de toutes les régions de la Biélorussie sont informés des activités de l’Association (Chueva, 2007, 9-10 juin, p. 2).
L’Association des bibliothèques de Biélorussie continue de promouvoir le développement professionnel des bibliothécaires. Elle s’efforce également « d’améliorer le statut des bibliothèques et de la profession de bibliothécaire dans la société » (Chueva, 2007, 9-10 juin, p. 3).
Cadre législatif
L’organe administratif central dans le domaine des bibliothèques en Biélorussie est le ministère de la Culture. Par ailleurs, à l’initiative de l’ABB, un conseil interdépartemental des bibliothèques a été créé au sein du ministère, afin de coordonner les projets des programmes d’État dans le domaine de la bibliothéconomie (Chueva, 2007, 9-10 juin, p.2).
La première loi encadrant la pratique bibliothéconomique en Biélorussie date de 1995. Celle-ci encadre les fondements juridiques, économiques, sociaux et organisationnels de la bibliothéconomie et garantit le droit inaliénable de chaque citoyen au libre accès des fonds de la bibliothèque, en plus de régir les principales relations entre les bibliothèques et l’État (Motulsky, 1998, p.193). Cette loi est devenue invalide lorsque le Code de la République de Biélorussie en culture est entré en vigueur en 2016 (Centre national d’information juridique de la République de Biélorussie, 2016, 2 août). Le chapitre consacré aux bibliothèques comprend les articles 132 à 151 et couvre l’entièreté du domaine en réglementant autant la profession que les droits et obligations des usager·ère·s.
Les bibliothécaires sont également soumis.e.s au Code d’éthique professionnelle du bibliothécaire développé par l’Association des bibliothèques de Biélorussie, qui définit les valeurs fondamentales et les priorités de la profession de bibliothécaire (Chueva, 2007, 9-10 juin, p.3). Celui-ci enjoint les professionnel·le·s de l’information à fournir un service de qualité, à respecter les principes de liberté intellectuelle, de confidentialité, de propriété intellectuelle et d’équité.
Toutefois, il reste du travail à faire au niveau des politiques entourant le métier de bibliothécaire en Biélorussie. D’ailleurs, la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques (IFLA) a dressé une liste d’idées en matière d’actions à poser dans le milieu bibliothécaire biélorusse. Elle recommande notamment la mise sur pied de politiques qui valorisent l’impact et la valeur des bibliothécaires dans le développement culturel de la nation biélorusse (IFLA, s.d.).
De plus, la situation politique instable du pays ajoute des contraintes supplémentaires, surtout en ce qui a trait à l’accès à l’information. Depuis 2012, la Biélorussie a adopté une loi restrictive visant à contrôler l’accès à Internet et à limiter les pratiques démocratiques. En fait, la loi « stipule que les propriétaires et les administrateurs de cafés Internet ou d’autres endroits qui offrent un accès à Internet, comme les hôtels, peuvent être poursuivis et leur entreprise fermée si des clients visitent des sites basés hors de la Biélorussie » (Libération, 2012, paragr. 6).
En collaboration avec la communauté internationale, on remarque toutefois certains progrès majeurs. En outre, « le code des bibliothèques des membres de la Communauté des États indépendants a été approuvé avec l’aide de la communauté mondiale » (Motulsky, 2015, p.782). Ce code constitue un ensemble d’actes législatifs qui régissent les activités dans les bibliothèques du pays. Selon l’article 2, il vise à garantir la formation des bibliothécaires, la création de nouvelles bibliothèques, la création d’un système national, la préservation des centres de documentation et la responsabilité de l’état dans le domaine de la bibliothéconomie (АО Kodeks, 2003, 15 novembre).
En termes de victoires, l’organisme à but non lucratif Electronic Information for Libraries (EIFL), en partenariat avec le Conseil des bibliothèques biélorusses sur la coopération en matière d’information, ont convaincu les décideurs politiques de modifier la Loi sur le droit d’auteur biélorusse afin qu’elle épouse les principes du Traité de Marrakech. Il s’agit d’un traité qui vise à « faciliter la création de versions accessibles de livres et d’autres œuvres protégées par le droit d’auteur pour les personnes malvoyantes » (Wikipédia, 2021). Le traité est en vigueur en Biélorussie depuis le 22 octobre 2020.
Information complémentaire et particularités
La Journée des bibliothèques et la Biblionuit
Les Biélorusses ne semblent pas rater une occasion de fêter les bibliothèques ! En effet, l’ensemble de la communauté des bibliothèques de la Biélorussie célèbre la fête professionnelle nommée la Journée des bibliothèques, le 15 septembre de chaque année (Chueva, 2007, 9-10 juin, p. 2). De plus, la Biblionuit, une série d’activités et d’ateliers en simultané, est un événement en ligne où « les bibliothèques, les musées littéraires et les espaces d’art prolongent leur temps de travail et élargissent leur format » en soutien pour la Journée mondiale du livre et pour promouvoir la lecture (Projet Biblionuit, dans Interviews culture, 2015, 24 avril).
Des trésors de guerre dans les bibliothèques de Minsk
Le sujet des « livres trophées » de la Seconde Guerre mondiale, d’abord spoliés par les Nazis et récupérés par l’URSS suivant la victoire des Alliés, est un sujet très sensible en Europe depuis les années 1990. En effet, en 1945, plus d’un million de livres de bibliothèques arrivèrent à Minsk : la moitié ayant été pillée dans les bibliothèques de la Biélorussie, et l’autre moitié provenant de la France, de la Belgique et des Pays-Bas. La plupart de ces livres étrangers se trouvent toujours dans la capitale biélorussienne, alors que les autres ont été « envoyés à Moscou (seulement une poignée de ceux-ci ont été retournés aux pays d’origines) » ou ont été « détruits par ordre du censeur, alors que plusieurs ont été dispersés » (Grimsted, 2004, p. 351-352).
Références
АО Kodeks. (2003, 15 novembre). Code modèle de bibliothèque pour les États membres de la
Communauté des États Indépendants CEI [Модельный библиотечный кодекс для
государств-участников СНГ]. https://docs.cntd.ru/document/901898818
Association des bibliothèques de Biélorussie. (s. d.-a). Association des bibliothèques de
Biélorussie : structure organisationnelle [Белорусская библиотечная ассоциация.
Структура]. http://www.bla.by/structure.html
Association des bibliothèques de Biélorussie. (s. d.-b). Contexte historique [Историческая
справка]. http://www.bla.by/history2.html
Association des bibliothèques de Biélorussie. (s. d.-c). La mission de L’Association des
bibliothèques de Biélorussie dans la construction d’une société de l’information
[Миссия Белорусской библиотечной ассоциации в построении информационного
общества в Республике Беларусь]. http://www.bla.by/rus/public.html
Centre national d’information juridique de la République de Biélorussie. (2016, 2 août). Code de
la culture de la République du Bélarus du 20 juillet 2016 n° 413-3 [Кодекс Республики
Беларусь о культуре от 20 июля 2016 года № 413-З].
https://pravo.by/document/?guid=12551&p0=Hk1600413&p1=1
Chueva, N. (2007, 9-10 juin). Le rôle de l’ABB dans la consolidation et la professionnalisation de
la communauté des bibliothèques de la République de la Biélorussie [Роль ББА в
консолидации и профессионализации библиотечного сообщества Республики]
[conférence]. Quatorzième conférence internationale « Crimea 2007 : Bibliothèques et
ressources d’information dans le monde moderne de la science, de la culture, de
l’éducation et des affaires », République autonome de Crimée, Ukraine.
http://www.gpntb.ru/win/inter-events/crimea2007/eng/cd/196.pdf
Ganushkina, B. (2019, 9 juillet). Roman Motulsky : « It is impossible to imagine a pharmacist
who gives the same medicine to everyone. The same can be said of a librarian. »
National Library of Belarus.
https://www.nlb.by/en/news/National-Library-of-Belarus/roman-motulsky-it-is-impossib
le-to-imagine-a-pharmacist-who-gives-same-medicine-to-everyone-the-same/
Grimsted, P. K. (2004). The Road to Minsk for Western « Trophy » Books : Twice Plundered but
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Bélarus-Biélorussie : actualité culturelle.
https://interviewsculture.wordpress.com/2015/04/24/cette-nuit-le-24-avril-cest-la-biblio
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[Das Bibliothekswesen und die bibliothekarische Ausbildung in der Republik Belarus
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Tieplakoff, A. (2006). La Biélorussie : une nation qui se cherche. Études, 405(7‑8), 9‑20.
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