4 Chili
(Félix-Antoine Aubin, Tanya Bolduc, Sandra Côté et Jérémi Desjardins)
Profil du pays
La République du Chili est un pays d’Amérique du Sud. Il forme une bande de terre qui longe la côte pacifique du continent sur plus de 4000 km sur un axe nord-sud, couvrant une superficie de 756 626 km2 (Chili, 2021). En 2020, le pays comptait 19,5 millions d’habitants (Organisation de coopération et de développement économiques [OCDE]). La langue officielle du pays est l’espagnol et la religion principale est le christianisme. La majorité de la population descend de colons européens et une part importante est issue du métissage avec les peuples autochtones (Chile, 2021). On compte aujourd’hui neuf groupes indigènes, dont les Mapuches sont les principaux représentants, suivis des Aymaras et des Diaguitas (International Work Group for Indigenous Affairs).
Le Chili est une république constitutionnelle unitaire à régime présidentiel bicaméral. Le président est élu selon un mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours (Élection, 2021), tandis que les sénateurs et les députés sont élus avec un mode proportionnel plurinominal utilisant la méthode d’Hondt (Diatta, 2018). Le gouvernement siège dans la capitale, Santiago. Il s’agit de la plus grande ville du pays, avec près de sept millions d’habitants. Elle est stratégiquement située au centre du pays.
En janvier 2010, le Chili devient le premier pays sud-américain membre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, 2010). En 2016, il occupait le quatorzième rang des pays les plus inégalitaires (Justo, 2016). Les principaux secteurs d’activité économique sont l’industrie chimique, sylvicole, agroalimentaire et minière. Le Chili est le premier producteur mondial de cuivre (Chili, 2021).
Histoire
L’explorateur Fernand de Magellan pose le pied au Chili en 1520. Le territoire est alors peuplé de plusieurs groupes indigènes. Les décennies suivantes sont marquées par de nombreuses campagnes menées par des conquistadors espagnols. La capitainerie du Chili est créée en 1541 et évolue sous la gouverne de la Vice-Royauté du Pérou. À partir de 1810, des mouvements indépendantistes se mettent en place et le Chili devient officiellement indépendant en 1818. L’histoire récente du pays est marquée par la dictature d’Augusto Pinochet, instaurée en 1973 et maintenue jusqu’en 1990 (Chili, 2021).
Les premières bibliothèques apparaissent au Chili au XVIIe siècle. Fondées par des communautés religieuses (dominicains, franciscains, jésuites et mercédaires), elles visent à supporter l’enseignement secondaire (Freudenthal, 1972, p.52). Il faut attendre au début du XIXe siècle pour voir l’établissement de la Biblioteca National de Santiago par la junte révolutionnaire. Dans la deuxième moitié du siècle, plusieurs Bibliotecas populares sont créées. Rattachées aux écoles, elles s’inspirent des bibliothèques populaires des États-Unis. Les années 1950 sont marquées par la création de Asociacion de Bibliotecarios de Chile en 1955 et par la naissance de l’école de bibliothéconomie de l’Université du Chili en 1959. Selon Freudenthal (1972, p. 79-83), les gouvernements d’Amérique latine n’accordent guère d’importance aux services de bibliothèque ou à la formation des bibliothécaires avant les années 1960. C’est grâce aux efforts concertés de plusieurs pays que le Chili prend en charge ce secteur des sciences de l’information afin de rendre les services adéquats aux besoins de la population.
Le dépôt légal est instauré dans une première forme en 1825. Le droit intellectuel des auteurs n’est alors pas protégé et les multiples révisions de la loi n’arrivent pas à assurer l’établissement d’une bibliographie nationale exhaustive et contrôlée. Selon Freudenthal (1972), il faut attendre 1967 avant qu’une loi sur le dépôt légal plus complète soit adoptée, même si elle ne résout pas les problèmes liés à l’édition clandestine et un service postal déficient. À la fin des années 1990, le Chili commence à développer des politiques publiques visant à assurer l’accès à l’information équitable pour tous. Au milieu des années 2000, plusieurs initiatives sont mises de l’avant afin de réduire la fracture numérique. L’ajout d’ordinateurs, l’accès à internet et les formations en informatique ont permis aux bibliothèques publiques de devenir un espace participatif au centre de la communauté (Budnick et Michelson, 2006). Selon Cordero et al. (2021), les bibliothèques publiques chiliennes d’aujourd’hui sont à la croisée des chemins ; alors que la littératie des nouvelles générations évolue et est de plus en plus multimodale, les défis sociétaux et générationnels forcent les institutions à s’adapter.
Types de bibliothèques
Bibliothèques académiques
Les premières universités chiliennes naissent sous le régime colonial (1622-1843). Étant régies par des ordres catholiques, leurs considérations sont principalement religieuses. L’Universidad de Santo Tomás est la première université en fonction. En 1767, la Real Universidad de San Felipe est fondée afin de répondre aux besoins d’un enseignement dépassant le domaine religieux. À partir de 1813, avec le déclenchement du processus d’indépendance, la Real Universidad de San Felipe devient, à la suite de réformes et fusions, l’Universidad de Chile.Cette dernière devient l’une des plus grandes institutions d’enseignement supérieur du Chili (Memoria Chilena). Avec ses plus de 40 000 étudiants en 2019, elle est l’université la plus fréquentée du pays. Elle est constituée de 48 bibliothèques offrant plus de trois millions de volumes en plus d’un large accès numérique à des revues spécialisées et à des bases de données (Universidad de Chile).
En 1980, avec l’élaboration d’un décret-loi transformant drastiquement le réseau universitaire du Chili, 14 universités publiques sont créées à partir des établissements décentralisés de l’Universidad de Chile (Freudenthal, 1985).
La seconde université en importance est la Pontificia Universidad Católica de Chile, fondée en 1888. Comptant 11 bibliothèques réparties dans 5 campus et de plusieurs millions de documents, elle se place au sein des universités avec les plus grands services de bibliothèques (Bibliotecas UC). En 1995, elle s’associe avec huit autres universités pour créer une société privée d’achats regroupés. Elle permet à une importante population étudiante et professorale d’avoir accès à plus faible coût à des documents, comme les abonnements pour des périodiques ou à certains médias. Au fil du temps, en plus des 9 partenaires principaux, 37 institutions — universités, organismes et entreprises privées — se font représenter par la société dès 1998. En 2002, elle devient l’une des quatre organisations faisant le plus grand achat regroupé de toute l’Amérique du Sud en atteignant des dépenses de plus de trois millions de dollars américains (Luisa et al., 2000).
Le système universitaire chilien est régi selon la Ley Nº 18.962 Orgánica Constitucional de Enseňanza, émise en 1990. Cette loi permet la pleine autonomie des établissements accrédités et permet une vérification constante de la qualité de l’enseignement (Reyes et Lubisco, 2008). En 1993, le conseil consultatif des bibliothèques et de la documentation publie les premières normes pour les bibliothèques universitaires (Luisa et al., 2000). Ces normes avaient comme but de maintenir le développement de nouvelles bibliothèques et la transformation de celles déjà existantes.
Les bibliothèques universitaires se caractérisent par la coopération entre universités et par la mise en place, par l’État, de moyens afin d’évaluer et d’améliorer les institutions. De manière plus récente, les bibliothèques universitaires se transforment pour répondre aux nouvelles réalités technologiques et sociales. Elles doivent se rapprocher du modèle de gestion des bibliothèques publiques dont elles diffèrent à la base (Churruca, 2020). Elles s’adaptent ainsi avec un ensemble de services répondant davantage aux besoins de leurs communautés. Non seulement elles désirent représenter leurs communautés, elles doivent maintenir un profil de recherche de haut niveau afin de répondre aux attentes créées dans le contexte de mondialisation et de compétition entre institutions l’international.
En 1883, le Chili crée la Biblioteca del Congreso Nacional de Chile. Cette dernière aura un rôle important comme bibliothèque de recherche. Ayant comme mission d’aider le gouvernement dans sa gestion de l’État en préservant, organisant et créant de l’information et des connaissances. Ses services sont offerts à l’ensemble des citoyens et visent à promouvoir les instances démocratiques. « En mettant à disposition le patrimoine bibliographique, documentaire, historique, juridique et politique de la législation du pays » (Biblioteca del Congreso Nacional de Chile [BCN]), elle permet une participation éclairée au débat public, et ce en offrant une documentation riche et fiable pour la recherche.
Bibliothèque nationale
La Biblioteca Nacional de Chile est fondée en 1812, ce qui en fait une des plus anciennes de ce type en Amérique latine. Sa création est suggérée pour soutenir l’éducation et la culture nationales (Schadlich, 1991). Depuis plus de 200 ans, elle agit ainsi à titre de principal centre de collection et de préservation du patrimoine bibliographique du Chili. C’est donc entre ses murs que l’on retrouve des œuvres choisies par la communauté pour le bon développement intellectuel et culturel du pays. Pour ce faire, la mission de la Biblioteca Nacional de Chile est de collecter tous les documents se rattachant à la mémoire collective nationale, de veiller à leur préservation et de les diffuser à tous ceux désirant les consulter (Biblioteca Nacional de Chile [BNC]).
Au fil des années, différents éléments ont fait évoluer la bibliothèque, en commençant par la création du dépôt légal en 1825. Au courant du XIXe siècle, la Biblioteca Nacional va d’ailleurs agrémenter sa collection grâce à l’acquisition et aux dons en provenance d’autres bibliothèques. À partir de ce moment, sa collection ne fait que s’accroître. Il va donc de soi qu’en 1925, la bibliothèque déménage et crée les Archivo Nacional, en tant qu’institution indépendante. Enfin, en 1929, l’institution est intégrée à la Dirección de Bibliotecas, Archivos y Museos. Aujourd’hui, la Biblioteca Nacional poursuit la même mission, mais elle a intégré les technologies à ses activités afin de répondre aux besoins d’un plus grand nombre d’usagers. Une plateforme numérique sous le nom de Biblioteca Nacional Digital de Chile est ainsi disponible (BNC).
Une autre bibliothèque qui vaut la peine d’être mentionnée est la Biblioteca del Congreso Nacional de Chile. Sans nécessairement être une bibliothèque nationale, elle dispose d’une certaine importance. En effet, elle est reliée au Sénat et à la Chambre des députés. Sa fonction première est donc d’appuyer la communauté parlementaire dans la réalisation de ses activités en lui fournissant l’information et la documentation nécessaire en lien avec l’histoire, les lois et la politique du pays (BNC). Il faut notamment souligner la nouvelle version de leur base de données qui a permis de rendre accessibles toutes les réglementations juridiques chiliennes. À cela s’ajoute la refonte du service consultatif parlementaire qui offre désormais des conseils à ceux qui le désirent en lien avec les parlements et les lois. Enfin, un portail pour les membres du milieu parlementaire a été créé et celui des clients a été amélioré (BCN). Bref, cette bibliothèque rend disponible l’information nécessaire en lien avec le domaine parlementaire et elle accompagne les usagers dans leurs recherches.
Bibliothèques publiques
Depuis le XVIIIe siècle, des bibliothèques sont accessibles au public au Chili, mais sans correspondre à ce qu’on entend aujourd’hui par « bibliothèque publique ». La première apparaît en 1873 : la Biblioteca Santiago Severín de Valparaíso. Elle reste la seule représentante de ce genre de bibliothèque jusqu’en 1920 (Sistema Nacional de Bibliotecas Públicas [SNBP]). C’est le retour à la démocratie dans les années 1990 qui permet un certain développement des bibliothèques publiques avec une vision plus moderne. Cette apparition tardive et le lent développement des bibliothèques publiques au Chili est dû entre autres aux changements politiques importants dans le pays.
C’est le Sistema Nacional de Bibliotecas Públicas (SNBP) qui s’occupe de la gestion des bibliothèques publiques au Chili. Il fait partie du Servicio Nacional del Patrimonio Cultural (SNPC) qui lui, fait partie du Ministerio de las Culturas, las Artes y el Patrimonio (Ministerio de las Culturas, las Artes y el Patrimonio).
Le SNBP définit sa mission (et celle des bibliothèques publiques) à partir de celle de l’UNESCO :
Contribuer au développement intégral des membres d’une communauté déterminée et à leur propre identité, avec la participation de la communauté, agissant comme un pont entre la culture accumulée et le libre accès de ladite communauté à l’information, au savoir et aux loisirs. (SNBP)
Il reconnaît les fonctions culturelles, sociales, éducatives et économiques aux bibliothèques publiques.
Selon le site du SNPC, il y a plus de 450 bibliothèques publiques au Chili. Parmi celles-ci, six ont le titre de bibliothèques publiques régionales. Ces bibliothèques « dépendent exclusivement du Ministerio de las Culturas, las Artes y el Patrimonio […] [et représentent de] puissants centres culturels dans leurs régions respectives » (Servicio Nacional del Patrimonio Cultural [SNPC]).
Les autres bibliothèques sont surtout au niveau municipal. Par le biais d’accords avec d’autres institutions, elles comprennent également 13 bibliothèques carcérales et certaines bibliothèques d’hôpitaux du réseau de santé publique (SNPC).
Des programmes connexes participent à rendre la bibliothèque plus accessible pour tous. Le programme Bibliomóviles permet de servir les populations plus éloignées des grands centres par des bibliothèques mouvantes aménagées dans différents modes de transport tels que des camionnettes, des bus, des bateaux et même un avion. Ce service s’est développé dans le milieu des années 1990. En 2017, le pays entier célèbre pour la première fois la Journée des Bibliomóviles du Chili et le fait chaque année depuis (Bibliomóviles). Dans la ville de Santiago, le programme Bibliometro tente aussi de rendre la littératie plus accessible. Offert depuis 1995, des bornes de prêt de livres sont installées dans quelques stations de métro de la capitale. Il existe également une bibliothèque de prêt numérique accessible à tous les Chiliens à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Des passes de 30 jours permettent aussi à certains touristes d’en profiter. Un dernier programme numérique est instauré en 2002 et nommé BiblioRedes. Celui-ci souhaite développer la littératie numérique de la population ainsi qu’un réseau d’entraide et de développement communautaire. Les 425 bibliothèques participantes proposent des locaux d’informatique à cet effet. Contenidos Locales fait partie de BiblioRedes. Il s’agit d’« une archive dynamique et collaborative de la culture et du patrimoine » chilien « par les habitants du territoire et ses bibliothèques publiques » (SNBP). Il s’agit du « plus grand réseau d’accès Internet gratuit du pays et l’une des initiatives nationales les plus importantes en termes de formation et de technologie » (SNBP).
Il est pertinent de souligner le service Biblioteca Viva. Ce sont des bibliothèques publiques qui ne sont ni financées ni gérées par le gouvernement. C’est la Fundacion la Fuente, un organisme à but non lucratif développé dans les années 2000 qui a mis sur pied ces bibliothèques (Cordero et al., 2021). Au nombre de dix, elles prennent place dans la chaîne de centre d’achats Mall Plaza à Santiago grâce à une alliance avec ledit centre d’achats et 25 886 autres partenaires (Biblioteca Viva).
Bibliothèques scolaires
Les bibliothèques scolaires ont pour objectif de faciliter l’accès et l’utilisation des ressources informationnelles, de diffuser les collections, de former les utilisateurs, d’encourager la lecture et de se coordonner avec les enseignants pour améliorer les apprentissages. Le ministère fournit Abies, un logiciel d’automatisation développé en Espagne, adapté pour les bibliothèques scolaires chiliennes (Ministerio de Educación).
Les bibliothèques scolaires ont été longtemps négligées au Chili. Selon l’Encyclopedia of Library History (2013), il y avait peu d’investissements dans le développement des collections et les services professionnels. De plus, les salaires des bibliothécaires scolaires étaient moindres que ceux travaillant dans d’autres secteurs. Depuis les années 1990, des politiques en éducation encouragent les initiatives d’amélioration des écoles, notamment en finançant davantage les bibliothèques scolaires (Fernandez Hermosilla, 2018). Depuis 1995, le programme Centro de Recursos de Aprendizaje (CRA) permet aux écoles secondaires publiques et privées subventionnées de se doter d’une bibliothèque. Étendu au niveau primaire depuis 2004, le programme a pour objectif de promouvoir la littératie informationnelle, la lecture et les apprentissages grâce à l’aménagement d’espaces d’apprentissage créatifs et inclusifs. Les écoles qui bénéficient de ce programme s’engagent à fournir l’espace, le mobilier et le personnel. Le ministère fournit les documents pour alimenter la collection et se charge de former le personnel, dispensant cent vingt heures de formation à distance et quatre heures en présentiel (Ministry of Education, 2016). Dans les dernières années, les bibliothèques scolaires sont passées de simples dépôts de livres à de véritables carrefours d’apprentissage.
Néanmoins, seulement le tiers des écoles de moins de cent élèves avaient une bibliothèque au début des années 2010. Les écoles de milieux défavorisés connaissent un retard dans le développement de leurs ressources éducationnelles, dont les bibliothèques et le matériel informatique. Il y a notamment une iniquité entre les écoles urbaines et rurales. (Santiago, P. et al., 2017).
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
La première formation universitaire offerte au Chili est mise en place dès 1946 à l’Universidad de Chile. Edward Martin Heiliger arrive au Chili afin d’aider l’université à constituer un programme de bibliothéconomie (Freudenthal, 1985). La première année, environ 40 étudiants s’inscrivent afin de suivre une formation touchant principalement le catalogage, la classification et l’administration. En 1959, l’Escuala de Ciencias Bibiotecarias de la Universidad de Chile se voit donner une accréditation officielle du ministre de l’Éducation. L’année suivante, les récipiendaires d’un diplôme de l’école peuvent porter le titre de bibliothécaire. À la même époque, l’État poursuit la mise en place de cadres légaux afin de mieux structurer l’offre de formation et d’ainsi affirmer sa légitimité.
En 1975, une seconde université offre un programme en bibliothéconomie. L’Universidad de Conception offrira un programme de quatre ans. La popularité pour la bibliothéconomie augmente sans cesse jusqu’au début des années 1980. Le manque de fonds et la gravité de l’inflation limitent le développement des programmes. En 1981, le gouvernement chilien transforme drastiquement le système d’éducation en relocalisant les programmes qui ne sont pas considérés comme « universitaires » dans des institutions dites professionnelles. Après maintes transformations au sein des institutions, l’offre du seul programme officiel en bibliothéconomie devient principalement technique (Freudenthal, 1985).
Selon une récente étude de Funes Neira et Arredondo Martinez (2019), plus de huit établissements scolaires offrent des études en bibliothéconomie. Instituto profesional Carlos Casanueva est une institution professionnelle offrant une formation de bibliothéconomie et gestion de l’information offerte sur neuf semestres (Instituto Carlos Casanueva). Fondée en 1952, elle propose un programme diversifié. Les cours touchent autant aux types de bibliothèques et à la gestion de ces dernières ; à la classification et la description documentaire ; à l’archivistique selon les différents supports ; aux questions entourant le service aux utilisateurs ; et à des éléments plus actuels comme l’informatique et le marketing (Instituto Carlos Casanueva).
Une autre institution offrant une formation en bibliothéconomie et documentation est l’Universidad Tecnológica Metropolitana. Cette université, créée en 1993, désire promouvoir un environnement caractérisé par des valeurs de démocratie, de tolérance et de pluralisme, et ce en s’enlignant avec les principes du Global Statement on Higher Education for 21st Century : Vision and Action (Universidad Tecnológica Metropolitana). Le programme, offert par la Faculté d’administration et d’économie, permet de recevoir le titre de bibliothécaire documentaliste. Ce diplôme est accrédité par l’agence d’accréditation du Chili et par la COAPEHUM du Mexique qui a pour mission de « contribuer à promouvoir et à consolider la qualité des programmes d’enseignement dans le domaine des sciences humaines » (Consejo para la Acreditación de Programas Educativos en Humanidades). Ce dernier s’offre sur une période de dix semestres et, comme l’Instituto profesional Carlos Casanueva, l’éventail des cours recoupe toutes les facettes des sciences de l’information, mais à la distinction près, qu’il intègre quatre cours d’anglais. Cette particularité correspond à la visée internationale du programme.
Association de bibliothèques
Le Colegio de Bibliotecarios de Chile (CBC) est une association professionnelle représentant les bibliothécaires du Chili. Elle se compose dans les années 1940 (alors que les avancements technologiques et scientifiques requièrent des professionnels en bibliothèque) sous le nom d’Asociación de Bibliotecarios Profesionales de Chile. Le premier congrès national des bibliothécaires au Chili a lieu en 1942. En 1969, on compte environ 537 bibliothécaires diplômées au pays. La Ley No. 14.453 exige que les bibliothécaires travaillant dans la sphère publique ou pour l’État aient le titre de professionnel (accordé aux membres du CBC). C’est ainsi que l’Asociación de Bibliotecarios Profesionales de Chile devient le Colegio de Bibliotecarios de Chile officiellement en 1969. La journée du 10 juillet devient la journée nationale du bibliothécaire. Dix ans plus tard, avec la situation politique, « le Conseil de Gouvernement Militaire modifie l’action des Ordres Professionnels à travers […] un Décret [de] Loi qui dissout tous les Ordres Professionnels du pays en les transformant en Associations Professionnelles » (Cuevas Saavedra, 2002). Le CBC perd le droit de réglementation de l’éthique professionnelle et les bibliothécaires n’ont plus à être membres de celui-ci pour exercer la profession. Le CBC s’est battu pour le retour des Ordres professionnels au Chili (Cuevas Saavedra, 2002).
Aujourd’hui, le CBC est composé de onze conseillers élus démocratiquement. Il est financé par la cotisation de ses membres et sa présidente est María Angélica Fuentes Martínez. Le CBC présente un Code d’éthique qui pose les droits des bibliothécaires et qui demande aux bibliothécaires d’offrir « service dynamique et impartial à tous les membres de la communauté » (CBC) ainsi que de faire preuve d’objectivité dans le développement des collections pour faire en sorte qu’elles soient le plus représentatives de la communauté.
Le CBC a quatre missions principales : celle de défendre les droits de ses membres ; celle de veiller au prestige de la profession de bibliothécaire ; celle de promouvoir le perfectionnement technologique de ses partenaires ; et celle de la régulation (Cuevas Saavedra, 2002).
Le CBC fait partie du Consejo National del Libro y la Lectura qui « propose des politiques de développement sur son territoire et alloue les ressources du Fonds national pour la promotion du livre et de la lecture, par le biais d’appels d’offres publics annuels » (Cuevas Saavedra, 2002). Il fait également partie du Groupe d’Associations des bibliothécaires d’Amérique latine (GABI), est membre de la Fédération des associations professionnelles et de l’International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA).
Cadre législatif
Le Chili dispose de quelques lois en lien avec les bibliothèques, en commençant par le dépôt légal préalablement mentionné. La première fois où cela est abordé, c’est sous la forme d’un décret en 1825. On y indique que les auteurs doivent faire don d’un exemplaire de chacune de leur parution à la Biblioteca Nacional. Une véritable loi à ce sujet, la Ley de Privilegio Exclusivo, parait en 1834 et elle donne à chaque auteur la reconnaissance de son travail lorsque trois exemplaires d’un livre ou deux exemplaires d’un périodique sont remis à la Biblioteca Nacional (Freudenthal, 1974, p. 72). Il faut toutefois noter que cela se fait avec ou sans l’accord de l’auteur. Après de nombreux changements, la loi finale est adoptée en 1967 et elle est encadrée par une autre loi, soit celle sur la liberté d’opinion et d’information et l’exercice du journalisme (Biblioteca Nacional de Chile). Cette dernière stipule que chaque personne a le droit de s’exprimer sans être victime de discrimination et que tous les citoyens sont en droit d’être informés des événements d’intérêt général (Biblioteca del Congreso Nacional de Chile).
Une autre loi qui se doit d’être soulignée est la Ley de Instruccion Primaria, concernant les bibliothèques publiques. Elle date de 1860 et établit que des fonds doivent être accordés à la création et au maintien de bibliothèques dans chacun des districts du Chili. Un décret de 1921 a d’ailleurs autorisé que des bibliothèques soient ouvertes en milieu scolaire s’il était impossible d’en avoir une publique au sein de la ville. Il s’agit de la première tentative d’organisation des bibliothèques qui ont alors été divisées en trois catégories : nationales, départementales et éducatives/scolaires. Le décret mentionne également qu’il est nécessaire d’avoir un baccalauréat en philosophie ou un certificat en enseignement pour pouvoir exercer la profession de bibliothécaire. En 1955, un nouveau décret stipule qu’il faut aussi accorder des fonds au développement de collection de livres à toute école comptant entre 350 et 800 élèves. Un autre décret, dans la même année, indique cette fois que chaque municipalité doit donner 1 % de son budget annuel aux bibliothèques, cinémas ou à toute initiative artistique (Freudenthal, 1974, p. 73-74).
Une dernière mention doit être faite à propos de la loi 16, 746, article 6 de 1968. Elle concerne la création de la Comisión Nacional de Investigación Científica y Tecnológica (CONICYT), qui depuis 2020, porte le nom de Agencia Nacional de Investigación y Desarrollo (Comisión Nacional de Investigación Científica y Tecnológica). Cette agence est chargée de l’organisation et du soutien d’un système de niveau national d’information et de documentation scientifique et technologique. Plus précisément, elle offre un support administratif et financier à la CONICYT. Cette commission est d’ailleurs un centre d’échange pour la collecte, l’analyse et le transfert de connaissances scientifiques au Chili. Bref, l’émergence de la profession de bibliothécaire en territoire chilien a permis de mettre en place, différentes lois répondant directement aux besoins actuels de la population (Freudenthal, 1974, p. 74).
Informations complémentaires
Depuis les années 1980, des services de bibliothèque sont offerts spécifiquement aux communautés autochtones du Chili. Il reste encore beaucoup de travail à faire sur le plan de la décolonisation et les bibliothèques chiliennes gagneraient à s’inspirer du travail déjà entâmé au Canada, aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande (Civallero, 2021).
Dans le contexte de la pandémie de Covid 19, les bibliothèques chiliennes sont appelées à jouer un rôle stratégique. Grâce à des initiatives comme le Microstories Project, les bibliothèques encouragent la créativité littéraire en lien avec la Covid, favorisent l’accès équitable à l’information, notamment en lien avec le droit et la santé, et contribuent à réduire les écarts socioéconomiques (International Federation of Library Assiciations ans Institutions, 2020).
Références
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