7 Cuba
(Xavier Joyal, Élisabeth Tardif et Farah Verret)
1. Profil du pays
Cuba est une île située à l’extrémité nord des Antilles et qui a pour capitale La Havane. Aux alentours de cet état insulaire se trouve la Floride, le Mexique, Haïti, République dominicaine et la Jamaïque. Il s’agit d’une république communiste. L’île a une superficie de plus de 110 860 km2 (Central Intelligence Agency, 2021). Géographiquement, elle est constituée de plaines, sauf au sud-est où il y a des montagnes et des collines (Central Intelligence Agency, 2021). Le climat du pays est un climat tropical (Central Intelligence Agency, 2021). Également, l’île a une saison de sécheresse du mois de novembre jusqu’au mois d’avril et une saison des pluies du mois de mai au mois d’octobre (Central Intelligence Agency, 2021). La population de Cuba est de 11 millions d’habitants selon les estimations de juillet 2021 (Central Intelligence Agency, 2021). Parmi la population, les jeunes de 14 ans et moins représentent 16,34%, les 15 à 24 ans représentent 11,81%, les 25 à 54 ans représentent 41,95%, les 55 à 64 ans représentent 14,11% et les 65 ans et plus représentent 15,8% de la population (Central Intelligence Agency, 2021). Les groupes ethniques que nous pouvons y retrouver sont constitués des Blancs, des mulâtres et des Noirs (Central Intelligence Agency, 2021). La langue officielle du pays est l’espagnol. Les religions que nous y retrouvons sont les grandes religions telles que le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme, le judaïsme et l’islam, ainsi que des religions populaires (Central Intelligence Agency, 2021).
2. Histoire
Cuba a commencé à développer ses bibliothèques tardivement. En effet, la première bibliothèque publique a été construite en 1793 (Pérez-Matos et Fernández-Molina, 2010, p. 215). Entre cette période et celle de la Révolution cubaine, il y a peu de bibliothèques dans le pays. La Révolution a chassé du pouvoir Batista et a permis à Fidel Castro de devenir le dirigeant de l’île. En février 1960, Cuba a fait un pacte commercial avec Moscou et le 3 janvier 1961, le président des États-Unis, Dwight D. Eisenhower a rompu tout lien avec les États-Unis et La Havane (The Editors of Encyclopaedia Britannica, 2021, paragr. 29). Cependant, après la Révolution et la prise de pouvoir de Fidel Castro, il y a eu un grand vent de changement dans le pays. À partir de ce moment précis, les bibliothèques ont connu un véritable essor.
Entre 1959 à 1976, il y a eu la Campaña Nacional de Alfabetización en Cuba, la loi pour la nationalisation de l’éducation et la réforme universitaire de 1962 qui ont permis à la population cubaine de connaître une période de développement scientifique, de culture et d’éducation (Pérez-Matos et Fernández-Molina, 2010, p. 220). La bibliothèque nationale est devenue la bibliothèque responsable de Cuba et des réseaux de bibliothèques ont été établis (Quesada, 1994, p.111). Aussi, de nouvelles bibliothèques publiques ont vu le jour à travers tout le pays et celles déjà existantes ont été déplacées dans des bâtiments plus adaptés dans l’objectif de mieux desservir la population (Quesada, 1994, p. 112). Également, de nouvelles écoles publiques, avec leur bibliothèque, ont vu le jour grâce à un système national (Quesada, 1994, p. 112-113). Finalement, les bibliothèques universitaires se sont aussi développées avec « the expansion of the higher education » (Quesada, 1994, p. 113). Cuba compte plus de 46 universités et instituts qui utilisent leur propre « library system, structured according to their specialities » (Quesada, 1994, p. 113).
Depuis 1981, la Biblioteca Nacional José Martí et le système national de bibliothèques publiques développent un programme de recherche sur la bibliothéconomie qui a eu des retombées positives. En effet, jusqu’à maintenant, ce programme a résulté à l’amélioration des services des bibliothèques à travers tout le pays, à l’enrichissement des théories nationales et, jusqu’à un certain point, à la recherche en sciences de l’information, des archives, etc. (Quesada, 1994, p. 116). Ainsi, Biblioteca Nacional José Martí est devenue le centre de recherche le plus prolifique dans le domaine des sciences de l’information à travers le pays (Quesada, 1994, p. 116).
3. Types de bibliothèques
Bibliothèque nationale
La bibliothèque nationale de Cuba est fondée le 18 octobre 1901, un peu moins d’un an avant l’établissement de la République de Cuba, par une loi militaire du gouvernement américain. Dans un petit local mal adapté, sans livres ou étagères, son premier directeur Domingo Figuerola Caneda, homme de lettres éminent de l’époque, fit don d’une partie de sa collection privée correspondant à environ 3000 volumes (« Biblioteca Nacional José Martí », 2021, paragr. 8). La collection s’enrichit sous Caneda qui s’efforce de créer des réseaux d’échange et de réaliser des achats auprès de ses connaissances. En 1909, Mme Pilar Arazosa de Muller offre une petite imprimerie à la bibliothèque qui lui permis d’éditer les premiers numéros de la Revue de la Bibliothèque nationale sous la supervision de Caneda. En 1920, Francisco de Paula Coronada prend la direction de la bibliothèque nationale. Les années qui suivent sont marquées par les problèmes de conservation des documents, l’humidité excessive et les catastrophes naturelles causent de nombreux dommages aux collections. En 1936, l’Association des Amis de la Bibliothèque nationale met en œuvre une campagne pour demander que le gouvernement investisse dans des installations dignes d’une bibliothèque nationale. Après de nombreuses réclamations et une loi spéciale pour le financement, la première pierre est posée le 28 janvier 1952 à la Plaza de la República, aujourd’hui connue sous le nom de la Plaza de la Revolución à La Havane. L’édifice est inauguré le 21 février 1958 sous le nom de la Bibliothèque nationale José Martí de Cuba. Dans son discours d’inauguration, le docteur Fernando Ortiz Fernández, ethnologue et anthropologue cubain, déclare que la bibliothèque nationale José Martí sera un château fort d’où la nation cubaine pourra défendre sa civilisation, sa République et sa liberté (Ponce, 2019a, paragr. 8-15). La bibliothèque nationale a célébré cette année son 120e anniversaire de création.
De nos jours, la bibliothèque nationale est responsable du Système national des bibliothèques publiques cubaines et gère 387 institutions sur le territoire en plus d’être dépositaire de la production documentaire, bibliographique, artistique et sonore du pays. Elle mène les efforts de coopération au niveau de la préservation, de la recherche et de la diffusion du patrimoine culturel et scientifique cubain (Ponce, 2019b, paragr. 1). Au niveau de ses installations, la bibliothèque nationale comprend 17 étages, dont 3 sont ouvertes au public en plus d’offrir à ses usagers 4 millions de livres et publications. Plusieurs services sont offerts : des services de référence avec des bibliothécaires, l’accès à du matériel informatique, l’accès à du matériel adapté pour les gens ayant des besoins particuliers, des salles offrant des services et activités pour les enfants de tous âges, des groupes de lecture avec des auteurs invités, etc. (Caplan, A., 2013, paragr. 6).
En 2014, Cuba a annoncé un projet de numérisation des fonds de la Bibliothèque nationale José Martí. Ce projet d’envergure a pour but la conservation et l’accès sur internet des collections en plus d’importants efforts de modernisation des procédés techniques de la bibliothèque (Agence France-Presse, 2014, paragr. 1). Plus récemment, la Bibliothèque nationale José Martí en collaboration avec l’Université de Floride et l’Online Computer Library Center démarre des travaux pour permettre l’accès à ses collections cubaines aux chercheurs à travers le monde. Ce projet aura pour résultat d’enregistrer plus de 133 000 titres cubains dans la base de données internationales WorldCat (Online Computer Library Center, 2019, paragr. 2). En plus de ce projet, l’Université de Floride et la Bibliothèque nationale José Martí collabore depuis 2016 à la Bibliothèque numérique des Caraïbes. Cette entente vise à créer un accès aux collections digitales mettant en valeur le patrimoine cubain. Par ailleurs, la collaboration de ces deux institutions a permis d’identifier des projets majeurs pour le développement des échanges du contenu digital provenant et à propos de Cuba. Les résultats de ces projets sont accessibles sur le site de la Bibliothèque numérique des Caraïbes (Digital Library of the Caribbean, 2021, paragr. 1).
Bibliothèque publique
Le développement des bibliothèques publiques a été lourdement influencé par la situation politique cubaine. Le plus grand élan du développement des bibliothèques publiques s’est fait sentir lors de l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro en 1959. Suite à la révolution cubaine, un nouvel essor politique à amener les bibliothèques publiques à se développer considérablement sous un nouveau contexte nommé le pragmatisme centralisé. À la fin des années 80, la création des assemblées provinciales et nationales a permis de concrétiser le système d’infrastructure publique permettant ainsi de développer le réseau des bibliothèques provinciales. En 1987, il y avait 328 bibliothèques publiques couvrant la totalité du territoire de Cuba. Encouragée par les campagnes de littéracie gouvernementales, l’industrie de publication du livre a dramatiquement explosé à cette époque. En effet, le pays publiait plus de titres par 100 000 habitants que la plupart des autres pays de la région incluant les États-Unis (Pateman, 2001, p. 191-192).
Selon, le rapport officiel de la Bibliothèque nationale, il y a présentement 387 bibliothèques publiques à Cuba (Biblioteca Nacional de Cuba José Martí, 2019). Regroupées sous le Système national des bibliothèques publiques (SNBP), leur gouvernance est assurée par le directeur de la Bibliothèque nationale. Elles ont pour mission d’aider les citoyens à exercer leur droit à l’information ainsi que la sauvegarde du patrimoine culturel cubain (Ponce, 2021, paragr. 2). Les bibliothèques publiques sont divisées en 3 catégories : les bibliothèques publiques provinciales, les bibliothèques publiques municipales ainsi que les bibliothèques publiques de succursale. Les bibliothèques publiques provinciale et municipale fournissent des services basés sur le développement socio-économique du territoire qu’elles desservent. Les bibliothèques publiques de succursales, pour leur part, offrent des services complémentaires à la bibliothèque publique municipale ou provinciale à laquelle ils sont rattachés et sont implantées dans les quartiers et communautés rurales éloignés (Ponce, 2021, paragr. 6-8).
Bibliothèque scolaire
Avant 1959, il y avait très peu de bibliothèques scolaires sur le territoire cubain. Suite à la révolution cubaine, de nombreux changements socio-économiques et politiques ont initié un changement de paradigme dans le système d’éducation cubain. Durant les années 1960, la montée en importance du système national des écoles publiques a entrainé avec elle la fondation des bibliothèques scolaires en tant qu’outil de support à l’éducation et agent de promotion de la lecture (Quesada, 1994, p. 112). Un élément déclencheur de l’émergence des bibliothèques scolaires est la loi sur le ministère de l’Éducation en 1960 qui propose et encadre l’établissement d’un réseau de bibliothèques dès le début de l’enseignement primaire. Ce réseau s’étend à partir de 1968 à l’enseignement secondaire et dans certains centres d’éducation des adultes. Les objectifs principaux des bibliothèques scolaires et de mettre en pratique la politique du ministère de l’Éducation sur l’enseignement, de contribuer à la formation littéraire et scientifique des élèves, de former des bonnes habitudes de lecture et de contribuer au développement culturel des élèves. Le Système d’information pour l’éducation (SIED) chapeaute les bibliothèques scolaires et le travail des bibliothécaires (« Creación de las bibliotecas escolares en Cuba », 2021, paragr. 7-9).
De nos jours, il y a des bibliothèques scolaires dans chaque école et ces dernières sont ouvertes selon les mêmes heures que l’école et très souvent le soir. En règle générale, les étudiants visitent la bibliothèque une fois par semaine. Les bibliothécaires scolaires sont chargés de la formation des élèves sur le plan de la littératie numérique et l’utilisation des technologies (Caplan, 2013, paragr. 10).
Bibliothèques spécialisées
Il existe un bon nombre de bibliothèques spécialisées à Cuba. On trouve, par exemple, la Bibliothèque nationale des sciences et de la technologie (BNCT), la Biblioteca Médica Nacional (BMN), le Centre de Documentation et d’Information Pédagogique « Rosa Pastora Leclere » (Ciego de Ávila) ou le Centre d’information sur l’éducation. Les plus importantes sont la BMN et la BNCT. La première a été fondée en 1965 et est devenu un nouveau type de bibliothèque dans le pays, c’est la première bibliothèque spécialisée de Cuba. La mission est de garantir la fourniture de services scientifiques et technologiques à la communauté des professionnels qui composent la santé secteur dans le pays, afin d’élever la qualité des soins, de la recherche, de la gestion, de l’enseignement et de la culture médicale et de promouvoir la recherche de solutions permettant de faire face aux problèmes de santé à Cuba et dans le monde et de devenir une bibliothèque de référence pour le réseau du Système National d’Information Sanitaire (SNIS) (« Biblioteca Médica Nacional », 2021, paragr. 2). De son côté, la BNCT est située à La Havane, a été fondée en 1988 et est attachée au ministère de la Science, la Technologie et l’ Environnement (« Biblioteca Nacional de Ciencia y Tecnología », 2019, paragr. 1) Sa mission est de faciliter l’accès des organisations et des individus au patrimoine scientifique, technologique, économique et commercial dans les plus brefs délais et avec un minimum de dépenses, grâce à l’utilisation de technologies de l’information pertinentes, pour leur permettre de résoudre leurs problèmes et pour les soutenir dans la prise de décisions (« Biblioteca Nacional de Ciencia y Tecnología », 2019, paragr. 6).
Depuis 1984, le personnel de bibliothèques spécialisées est formé par un programme de cours géré par l’Institut de documentation et d’information scientifiques et techniques (IDICT) (« Formación bibliotecaria en Cuba », 2012, paragr. 22).
Bibliothèque universitaire
À Cuba, le système des bibliothèques universitaires réfère, selon le décret-loi no. 271 des bibliothèques de la République de Cuba, aux bibliothèques des institutions d’enseignement supérieur et comprend les bibliothèques centrales, celles des facultés et celles des sièges des universités (« Biblioteca universitaria », 2019, paragr. 2). La bibliothèque universitaire la plus importante du pays est la Bibliothèque de l’Université de La Havane. La centralisation des activités d’enseignement et de recherche de l’université a incité à la meilleure gestion du flux d’informations scientifiques en garantissant un service amélioré avec les ressources disponibles. La Résolution rectorale n° 294 du 20 décembre 1974 a été implantée et détermine que le Centre d’information scientifique et technique de l’Université de La Havane sera le noyau central de l’activité scientifique et informative de l’institution universitaire. Ce centre d’information édite, diffuse et imprime les parutions scientifiques et techniques. La collection de la bibliothèque possède des monographies, des ouvrages collectifs, des revues et une collection numérique, elle offre aussi un centre de reprographie (Biblioteca UH, s.d.).
4. Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
L’éducation en bibliothéconomie de Cuba commence par la publication d’ouvrages théoriques portant sur les problèmes des bibliothèques de Cuba. C’est en 1936 que la première formation professionnelle débute. Celle-ci est organisée par María Villar Buceta, une journaliste bibliothécaire de La Havane. Le cours consistait en 24 leçons orales et pratiques offertes au Lyceum de la Havana (« Formación bibliotecaria en Cuba », 2012, paragr. 13). Il y a eu bien des tentatives de lois afin d’encadrer la formation en bibliothéconomie, mais ce n’est qu’en 1940 qu’une législation ouvre la School of Library Service sous l’initiative de la première assemblée de bibliothécaires de Cuba. L’ouverture de l’école et le regroupement des professionnels de l’information permirent de centraliser la discipline et la science bibliothéconomique. On organise en 1942 le premier Congrès International des Archivistes qui a eu lieu à La Havane. C’est lors de l’événement que José Antonio Ramos a publié le « Manuel de bibliothéconomie : classification décimale, catalogage méthodique-analytique et organisation fonctionnelle des bibliothèques ». Fermín Peraza, bibliothécaire cubain, inaugure aussi un séminaire sur la bibliographie cubaine et sur les généralités bibliographiques lors du congrès (« Formación bibliotecaria en Cuba », 2012, paragr. 15-16).
En 1946, on ouvre une formation professionnelle sous forme de cours d’été à l’Université de La Havane. Vu la popularité des cours, on fonde, quatre ans plus tard, une école de bibliothéconomie à la Sociedad Económica de Amigos del País. Toutefois, suite à la révolution, une loi du gouvernement révolutionnaire ne reconnait que les diplômés de l’Université de La Havane comme « bibliothécaires du plus haut niveau » (Bella, 2003, paragr. 1). La révolution cubaine a aussi mené à l’élaboration de politiques portées vers l’éducation et la culture de la population. Le monde bibliothéconomique fut touché par cette nouvelle façon de penser et on ouvre trois écoles de niveau « intermédiaires » afin de former les techniciens en bibliothèques. On parle ici de l’École nationale des techniciens bibliothécaires (ENTB) encadré par le ministère de la Culture et destiné pour le Réseau des bibliothèques publiques, l’École des bibliothécaires scolaires du ministère de l’Éducation et l’École des bibliotechniciens du ministère de la Santé publique qui a fermé ses portes dans les années 1980 (« Formación bibliotecaria en Cuba », 2012, paragr. 20). L’ENTB a pour mission de former des professionnels dans tous les types de bibliothèques, archives, librairies, maisons d’édition et centres d’information. Le programme est offert en programme régulier pour les diplômés secondaires et en séminaire pour le personnel de bibliothèque (Bella, 2003, paragr. 4).
La formation universitaire se renforce en 1970 où l’on commence à offrir le programme « Information Scientifique-Technique et Bibliothéconomie » afin de moderniser les cadres théoriques déjà enseignés. Les années 1980 introduisent des plans d’études joignant recherches, théorie et pratique et la discipline change de nom pour « Bibliothéconomie et sciences de l’information » dans le début des années 1990. Ce changement peut être notamment attribué aux nouveaux comportements documentaires entrainés par le numérique. La formation et la profession a dû d’adapter en introduisant des cours en gestion des connaissances, développement de nouveaux services tout en prenant en compte le nouvel ordre informationnel qu’à apporter l’époque contemporaine (« Formación bibliotecaria en Cuba », 2012, paragr. 26-27). Aujourd’hui, le cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques de Cuba suit les mouvements mondiaux en termes de formation. Il est possible, par exemple, de compléter un baccalauréat, une maîtrise et un doctorat en sciences de l’information dans la faculté de communications de l’Université de La Havane (Facultad de Comunicación, 2021). Basé sur le programme de l’Université de Grenade en Espagne, le doctorat est offert en sciences de la documentation (« Formación bibliotecaria en Cuba », 2012, paragr. 29). La formation de troisième cycle est donnée sous forme de cours dans plusieurs établissements accrédités par le ministère de l’Enseignement supérieur. Le Centre d’études et de développement professionnel en sciences de l’information organise une formation intensive (Bella, 2003, paragr. 10).
Finalement, c’est par tutorat individuel que se fait la formation de chercheur en bibliothéconomie ou de bibliothécaire de haut niveau. Les candidats doivent avoir une base en méthodes de recherche du niveau intermédiaire comme de l’École nationale de formation des techniciens intermédiaires de la Bibliothèque et du niveau universitaire comme de l’École de la bibliothéconomie et de l’information. De plus, le bibliothécaire ne peut être reconnu comme chercheur qu’après l’obtention du diplôme de Licenciado et suite à deux années d’expérience professionnelle postuniversitaire (Bella, 2003, paragr. 11).
5. Association de bibliothécaires
Au cours de son existence, Cuba a connu plusieurs associations de bibliothécaires et des sciences de l’information. Les premières associations furent la première itération de l’Asociación Cubana de Bibliotecarios en 1948, l’Asociación Nacional de Profesionales de Bibliotecas en 1948 et qui fut remplacé en 1955 par la Colegio Nacional de Bibliotecarios Universitarios (Quesada, 1994, p. 110). Cependant, après 1959, les deux associations furent dissoutes. Effectivement, l’une d’elles entretenait des liens avec le régime de Batista et l’autre rejetait la Révolution (Williams-McWorter et Alkalimat, 2019, p. 777). Dans les années 80, une nouvelle association vit le jour, soit la Sociedad Cubana de Información Científico Técnica en 1985 et la deuxième itération de l’Asociación Cubana de Bibliotecarios en 1986 (Quesada, 1994, p. 110).
L’Asociación Cubana de Bibliotecarios (ASCUBI) est l’association des bibliothécaires du pays. Il s’agit d’une organisation non gouvernementale qui regroupe des bibliothécaires actifs, des bibliothécaires retraités, des professeurs de bibliothéconomie et des sciences de l’information des écoles de niveau intermédiaire et supérieur de cette spécialité et le personnel des bibliothèques qui ne sont pas des bibliothécaires (Biblioteca Nacional de Cuba José Martí, s. d.). L’association vise les personnes susmentionnées qui seraient intéressées à contribuer au développement des bibliothèques et à l’activité bibliographique et à son application dans le pays, afin de contribuer à l’enrichissement et à l’avancement de la culture, de la lecture et de la prise de conscience nationale au rôle que jouent les bibliothèques en tant qu’éléments fondamentaux pour le développement de la personne, de la communauté, et du peuple (Biblioteca Nacional de Cuba José Martí, s. d.). La création de L’ASCUBI a été annoncée publiquement lors de la journée du livre le 31 mars 1986 (Biblioteca Nacional de Cuba José Martí, s. d.). Le 18 avril 1986, elle est devenue une entité juridique qui représente tous les bibliothécaires de Cuba (Biblioteca Nacional de Cuba José Martí, s. d.). Un autre point intéressant la concernant est que depuis sa fondation en 1986, elle est membre de l’IFLA (Biblioteca Nacional de Cuba José Martí, s. d.). Plusieurs professionnels de l’association font et ont fait partie du comité professionnel de l’IFLA et de son conseil d’administration (Biblioteca Nacional de Cuba José Martí, s. d.). Actuellement, le président de l’ASCUBI est membre permanent du Comité de l’IFLA (Biblioteca Nacional de Cuba José Martí, s. d.).
6. Cadre législatif
Le cadre législatif entourant la bibliothéconomie et les bibliothèques cubaines commence dès l’indépendance du pays par l’arrêté militaire n° 304 du 18 octobre 1901. Le document officialise la fondation de la Bibliothèque nationale de Cuba. On y nomme Domingo Figarola Caneda comme premier directeur de l’institution. On instaure en 1911 le Conseil supérieur des bibliothèques par le décret 224. Ce conseil s’occupe de la Bibliothèque nationale, des bibliothèques scolaires provinciales, des institutions d’enseignement et des bibliothèques publiques. Le décret stipule aussi les règlements de base à respecter pour les bibliothèques publiques. Il n’y a pas d’information sur la durée de vie du Comité. Toutefois, il est possible de remarquer une hausse en création de bibliothèques dans le pays suite à sa fondation (Quesada, 2002, p.33-34). On présente aussi en 1919 un projet de loi visant trois objectifs. Le premier était de « doter la Bibliothèque nationale, la Bibliothèque de Matanzas et les Archives nationales de bâtiments adéquats afin que ces institutions puissent remplir pleinement leur haute mission éducative et sociale ; deuxièmement : Promouvoir la création de Bibliothèques Publiques dans toute la République, car leur création est absolument nécessaire à l’éducation et à la culture du peuple et ; troisièmement : Former du personnel technique, dûment préparé pour le service de ces Bibliothèques Publiques et des autres qui dépendent du gouvernement » (« Formación bibliotecaria en Cuba », 2012, paragr. 9). En 1940, Cuba présente une des constitutions les plus avancées en Amérique latine. On y établit que chaque municipalité doit s’assurer du fonctionnement d’au moins une bibliothèque publique. La constitution traite aussi du mandat des dirigeants de services. Les niveaux de travail, les catégories de bibliothécaires et les salaires correspondants sont toutefois définis plus en détail plus tard, dans l’instruction 120 du ministère du Travail publié en 1973. La Réforme Générale des Salaires de 1981 a modifié la législation afin d’augmenter le statut de bibliothécaire (Quesada, 2002, p.34). Le cadre législatif sur la bibliothéconomie a été solidifié dans les années 1980 où plus d’une centaine de résolutions ministérielles ont été instaurées pour la mise en œuvre de normes et d’activités des bibliothèques cubaines. Le Comité exécutif du Conseil des ministres a aussi établi que le 7 juin sera le Jour de la Bibliothèque. La date commémore Antonio Bachiller et Morales considérés père de la Bibliothèque cubaine (Quesada, 2002, p.35).
Pour ce qui est du dépôt légal, on publie l’ordre 54 en 1902 afin de réglementer l’enregistrement de la propriété intellectuelle, tout ouvrage publié à Cuba doit être expédié et inscrit en un exemplaire dans le registre de la Bibliothèque nationale. Le décret 224 de 1911 vient changer cette loi. On y indique que tous les ouvrages publiés devront désormais être déposés en deux copies à la Bibliothèque nationale. Les parutions sont pourtant limitées par le faible budget attribué à l’acquisition de livres et de documents (Quesada, 2002, p.33). Le décret-loi 3387 signé en 1964 impose aux imprimeurs d’envoyer cinq exemplaires de toutes parutions à la Bibliothèque nationale José Martí. L’acte assure l’envoi efficace à l’institution. Par sa parution, on considère que l’on commence vraiment la compilation de la bibliographie cubaine. Le tout a été abrogé avec le développement du Système national de bibliothèques publiques et du règlement sur l’accumulation du patrimoine bibliographique national. On ouvre en 1998 le Bureau de Patrimoine bibliographique où l’on commence un projet de norme juridique adaptée aux nouvelles conditions du pays, le bureau encadre l’application de ces normes. On y choisit une deuxième bibliothèque comme dépositaire du patrimoine documentaire et instaure l’obligation de double dépôt d’ouvrages. On s’occupe aussi de l’enregistrement du système international de numérotation des livres (ISBN) et le système international de numérotation en série (ISSN). La loi sur le dépôt légal préparé a été prise en compte par l’Association de bibliothèques internationales et a été approuvée en mai 1999 (Bonilla, 2005, p.3-4).
7. Information complémentaire/particularités
Censure, embargo et bibliothèques indépendantes
Malgré le fait que le gouvernement cubain exerce un contrôle sur l’information et la littérature distribuées au pays, des activistes tentent de trouver des moyens pour diffuser certains idéaux contraires à la doctrine communiste (Taillefer, 2005, paragr. 8). En 1998, un regroupement d’activistes fondent le réseau des Bibliotecas Independientes de Cuba (Bibliothèques indépendantes de Cuba). Ce mouvement est en réaction aux propos de Fidel Castro qui déclarait, la même année, qu’il n’y avait pas d’embargo sur les livres à Cuba. Toléré par le régime castriste lors de ses premières années d’existence, le réseau s’est donné comme mission de lutter contre la censure et de défendre la liberté littéraire (Taillefer, 2005, paragr. 1). Ces bibliothèques distribuent gratuitement des livres qui sont censurés par les bibliothèques officielles (Bory, 2002, paragr. 1). Cinq ans plus tard, le régime communiste amorce une vague de répression contre les acteurs de ce mouvement d’opposition. En tout, c’est 75 journalistes, activistes et défenseurs des droits de l’homme qui sont arrêtés. Parmi eux se trouvent quatorze bibliothécaires indépendants (Taillefer, 2005, paragr. 2). Ces bibliothécaires sont accusés d’avoir collectionné et prêté des livres qui contiennent des idéaux anticommunistes s’attaquant à l’intégrité du régime (Presse Canadienne, 2003, paragr. 1). De lourdes peines allant jusqu’à 27 ans de prison sont données aux dissidents (Taillefer, 2005, paragr. 2.) Par ailleurs, Cuba accuse les États-Unis de financer ce mouvement d’opposition au régime. En 2003, le directeur de la Bibliothèque nationale José Martí de Cuba, Eliades Acosta, a accusé Washington de financer les petits prêteurs de livres. Il affirme que des bibliothèques indépendantes ont reçu du financement afin de diffuser du matériel faisant la promotion des idéaux américains. Entre 1997 et 2003, il est estimé que les États-Unis ont transmis près de 20 millions de dollars à des groupes non gouvernementaux cubains dans le but de faire la promotion des idéaux anticommunistes sur leur territoire (Presse Canadienne, 2003, paragr. 1-5).
De nos jours, il est difficile d’obtenir de l’information sur le nombre de bibliothèques indépendantes encore active. En 2003, il y avait un peu plus de 100 bibliothèques dans le réseau des Bibliothèques indépendantes de Cuba et chacune affirmait posséder près de 300 livres (Taillefer, 2005, paragr. 7).
8. Références
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Bonilla, B-L. (2005). El depósito legal. Una contribución a la conservación de la producción bibliográfica nacional. Bibliotecas. Anales de Investigación, 3, https://core.ac.uk/reader/230402917
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