12 Israël
(Chloé Sinotte, Marie Boucher, et Simone Beaudry-Pilotte)
Profil du pays
Situé au Moyen-Orient, sur la côte orientale de la mer Méditerranée au Proche-Orient en Asie occidentale, Israël, ou l’État d’Israël, est d’une dimension de 21,937 kilomètres carrés. Israël partage des frontières avec l’Égypte, la bande de Gaza, la Jordanie, le Liban, la Syrie et la Cisjordanie. Le pays compte une population totale de 8,787,045 habitants et est au 98e rang mondial de population (Central Intelligence Agency, 2021). La capitale proclamée est Jérusalem. Le statut de capitale n’est pas reconnu par la communauté internationale (Encyclopaedia Universalis, s.d.). Jérusalem a une population de 944,000 habitants. Les autres grandes villes du pays sont Tel-Aviv-Yafo avec une population de 4,264 millions d’habitants et Haïfa avec 1,55 million d’habitants. Les langues officielles sont l’hébreu et l’arabe. L’anglais est la langue étrangère la plus utilisée au pays. (Central Intelligence Agency, 2021) Israël est le seul état au monde où le judaïsme est en majorité religieuse avec un pourcentage de 80 % de la population. Les autres groupes religieux sont à 14 % musulman, 2 % chrétien, 2 % druze et autres (World Encyclopedia, 2014). Les groupes ethniques présents à Israël sont en majorité juifs avec 74,1 % de la population (78,1 % étant nés à Israël et le reste issu de l’immigration), 21 % arabes et 4,9 % d’autres groupes (Central Intelligence Agency, 2021).
Histoire du pays et des bibliothèques
L’État d’Israël a été déclaré en 1948, après que la Grande-Bretagne ait retiré son mandat sur la Palestine. Les Nations Unies ont proposé de séparer le territoire de la Palestine en un état arabe et un état juif avec Jérusalem en terrain partagé (Central Intelligence Agency). Une guerre civile éclata et les armées arabes qui opposaient le plan furent vaincues. Conséquemment, des centaines de milliers de palestiniens ont fui le territoire (Oxford Reference) Israël a été admis comme membre des Nations Unies en 1949 (Oxford Reference). Depuis, l’État d’Israël a occupé la péninsule de Sinaï, la bande de Gaza, Jérusalem-Est, le Golan syrien et la Cisjordanie (Oxford Reference). Ces incursions ont provoqué des conflits militaires majeurs dans la région. La Syrie, l’Iran depuis la Révolution et des groupes politiques comme le Hamas ou le Hezbollah ne reconnaissent actuellement ni l’existence ni la légitimité d’Israël (Wikipédia : Israël). Malgré le riche patrimoine littéraire et culturel de la région, l’histoire mouvementée de l’État d’Israël et de son peuplement, immigration par vagues, plurilinguisme, cohabitation de communautés de toutes origines, a rendu ardue la constitution d’un réseau cohérent de bibliothèques (Shoham, 2008).
Types de bibliothèques
Bibliothèque nationale
La Bibliothèque nationale d’Israël (National Library of Israel ou NLI) a été fondée en 1892 et était appelée Bibliothèque nationale universitaire juive (Jewish National and University Library ou JNUL) jusqu’en 2007, moment où la loi sur la bibliothèque nationale d’Israël reconnait le caractère national de la bibliothèque et en fait une institution à part entière (Ringel et Ribak, 2015, p. 237). Sa mission est de collecter et préserver les connaissances, le patrimoine et la culture de la nation d’Israël, en incluant tout ce qui est produit sur la terre d’Israël et par le peuple juif plus particulièrement (The National Library of Israel [NLI], 2021). Elle est donc dépositaire du dépôt légal du pays et reçoit au moins un exemplaire de chaque ouvrage produit sur son territoire. De plus, étant donné le caractère multilingue d’Israël, la NLI possède un catalogue pour les documents écrits dans les différents alphabets hébreux, yiddish, arabe et cyrillique (Adler et Goldsmith, 2011, p. 87). Elle se présente aussi comme une institution importante et un modèle pour les bibliothèques du monde juif à travers le monde et pas seulement à l’intérieur même du territoire du pays (Adler et Goldsmith, 2011, p. 84) ; ce qui donne à la NLI une portée non seulement nationale, mais aussi internationale.
En raison de sa longue affiliation avec l’Université hébraïque de Jérusalem (qui possède encore 25 % des parts de la bibliothèque, alors que l’état en possède 50 % et quelques sociétés publiques ou d’état possèdent les 25 % restants), la NLI a longtemps été située sur le campus de l’université. Avec la loi de 2007, il devient impératif que la bibliothèque se dote de nouveaux bâtiments bien à elle qui reflètent les qualités qu’elle veut promouvoir, un projet en cours depuis une décennie et qui ouvrira finalement ses portes en 2022 (NLI, 2021). De plus, dans sa volonté d’expansion et d’accessibilité, la NLI a pris un important tournant numérique, que ce soit en numérisant ses documents, en acquérant d’autres déjà numérisés, ou en proposant de plus en plus de service sur le web (Blumberg et Ukeles, 2013, p. 15). Ces nouvelles pratiques permettent un accès plus facile aux ressources de la bibliothèque pour ces membres, mais permettent surtout à tous les membres de la communauté juive ainsi qu’à tous ceux qui s’y intéressent de consulter des documents qui leur seraient autrement inaccessibles (Duke, 2008, p. 23). En bref, bien qu’existant depuis près de 150 ans, la Bibliothèque nationale d’Israël en tant qu’institution autonome est plutôt récente. Lorsqu’on prend aussi en compte le phénomène mondial du passage au numérique, cela explique facilement qu’elle soit en pleine période de réaménagement et de réinvention.
Bibliothèques publiques
Il est possible de faire remonter l’origine des bibliothèques publiques d’Israël au Moyen-âge et aux bibliothèques privées des congrégations juives qui permettaient la lecture d’ouvrages, le plus souvent religieux, à leur communauté, mais sans leur permettre de les emprunter (Nebenzahl, 1996, p. 47). Par la suite, si plusieurs bibliothèques publiques ouvrent leurs portes jusqu’aux années 1960, la plupart sont mal équipées et les bibliothécaires réellement formés sont rares, et il faut attendre cette décennie pour que de réels progrès surviennent. À cette époque, le gouvernement commence à faire passer des lois pour légiférer et soutenir le milieu des bibliothèques publiques et, surtout, à réellement les mettre en pratique, un mouvement qui se poursuit dans les décennies qui suivent. Comme cause de ce progrès, il est possible de trouver les vagues d’immigration qui posent un besoin d’intégration sociale des nouveaux arrivants à la culture préexistante du pays (Sever, 1968, p. 405), un besoin que de bonnes bibliothèques publiques peuvent très bien aider à combler.
En fait, comme Israël est un pays où l’immigration et l’intégration de différents groupes culturels prennent une place importante, les bibliothèques publiques du pays sont très variées dans les cultures qu’elles présentent. Cela est particulièrement visible tout d’abord lorsqu’on réalise que des bibliothèques publiques à la fois juives et arabes sont présentes partout dans le pays. En effet, Israël comporte une population arabe assez importante, et c’est encore une fois dans les années 1960 que le gouvernement décide d’investir dans des bibliothèques publiques à leur usage, en grande partie dans des visées éducatives (Sever, 1979, p. 173). De plus, bien que la majorité des documents proposés soient en hébreux, les grandes vagues migratoires du XXe siècle ont permis l’instauration de collections issues des cultures d’origines des migrants dans leurs langues respectives ainsi que l’instauration de bibliothèques entièrement dédiées à ces cultures migrantes. En y ajoutant la présence relativement grande de bibliothécaires qui parlent couramment ces langues, les bibliothèques publiques d’Israël offrent beaucoup de services à leurs immigrants et favorisent le multiculturalisme du pays (Shoham et Rabinovich, 2008, p. 30). Il est important de mentionner que le réseau des bibliothèques publiques présente aussi des bibliothèques rurales qui, bien que présentant des catalogues et des services moins développés que les bibliothèques urbaines, permettent de desservir l’entièreté du territoire du pays.
Bibliothèques universitaires
À travers les neuf universités d’Israël, les bibliothèques universitaires du pays se concentrent essentiellement sur les besoins de leurs étudiants, ce qui en fait des bibliothèques centrées sur la recherche. Afin de rester pertinentes dans ce domaine, il est nécessaire que les bibliothèques tentent de demeurer à l’avant-garde en ce qui a trait à la bibliothéconomie. Ainsi, c’est dès le début des années 1980 que certaines d’entre elles se tournent vers le monde du numérique en permettant des recherches en ligne dans un réseau interne (Harel et al. 2016, p. 33). Cette prépondérance du numérique dans les bibliothèques universitaires se poursuit dans l’abonnement à des ressources électroniques et des bases de données de qualités, parmi lesquelles il est possible d’en trouver en hébreux, et la possibilité de suivre des formations en ligne plutôt qu’en personne (Carol, 2013, p. 110-111). Il est aussi possible de trouver des bibliothécaires formés à l’utilisation de ces nouvelles technologies et aptes à former les usagers autant à ce sujet que sur celui de la littératie numérique (Aharony et Bronstein, 2014, p. 114), un sujet dont l’importance augmente au même rythme que l’universalisation de l’information numérique. Les neuf bibliothèques forment un réseau coopératif qui permet les prêts entre les différentes bibliothèques, la création de bases de données accessibles à tous les membres de la communauté universitaire, peu importe leur institution, ainsi que la création de comités de discussion par des professionnels de l’information sur des sujets comme les politiques de catalogages ou l’acquisition de nouveaux documents. Il est important de noter que leurs décisions sont généralement approuvées et suivies par l’ensemble des services de bibliothèques du pays (Adler, 1999), les plaçant dans une position de leader en ce qui a trait au milieu des bibliothèques d’Israël.
Bibliothèques scolaires
Alors que la lecture est considérée comme bénéfique et est une des sources principales de loisir en Israël (Yitzhaki, 2014, p. 1), les bibliothèques scolaires devraient avoir une place importante dans les écoles, et c’est le cas en théorie, mais la pratique se trouve à être quelque peu différente. En effet, si les bibliothèques sont bien représentées dans les écoles et possèdent souvent de grandes collections par rapport au nombre d’élèves (Yitzhaki, 1998, p. 268-269), une forme de censure est appliquée la plupart du temps à ces collections, que ce soit de la part des bibliothécaires, ou même du directeur et des enseignants (Yitzhaki, 1998, p. 271-272). De plus, l’essentiel des ressources des bibliothèques est généralement tourné vers le développement de ces collections, ce qui fait en sorte que les bibliothécaires scolaires sont souvent mal équipés pour faire leur travail. Ils doivent ainsi faire face à un manque de formation, de ressources ou de personnel généralement causé par un manque de reconnaissance pour leur travail de la part de la direction et du corps enseignant des écoles (Yitzhaki et Anzenberg, 2005, p. 10). Ainsi, les fonds des bibliothèques scolaires reposant essentiellement sur leurs institutions scolaires respectives, elles se trouvent un peu à la traine par rapport aux autres types de bibliothèques du pays. Toutefois, pour contrer cette situation, plusieurs institutions vont associer les ressources des bibliothèques publiques aux leurs, puisque c’est une méthode qui, lorsque bien utilisée, peut permettre d’économiser dans les collections, le personnel et l’équipement tout en permettant un meilleur service à l’usager (Tzipi et Yitzhaki, 1998, p. 120, 113).
Bibliothèques spécialisées
Israël comporte aussi plusieurs types de bibliothèques spécialisées. Parmi celles-ci, il est possible de trouver les bibliothèques de loi qui, bien qu’indépendantes, font preuve de coopération et sont donc souvent en contact (Snyder, 1973). Le pays possède plusieurs bibliothèques d’art pour la plupart affiliées à des universités ou des musées (Teichman, 1988) ainsi qu’une bibliothèque de danse. De plus, Israël comporte deux bibliothèques dédiées aux personnes aveugles qui permettent l’emprunt de livres écrits en braille, de livres audios et de matériel spécialisé (Shoham, 2000, p. 170).
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
En Israël, la formation en bibliothéconomie prend racine à la suite du troisième aliyah, après la Première Guerre mondiale alors que plusieurs intellectuels juifs provenant d’Europe s’installent sur le territoire qui deviendra l’État d’Israël (Sever, 1968). À cette époque, la JNUL est centrale aux efforts pour la mise en place d’un cadre éducatif en bibliothéconomie (Sever, 1981, p. 212). Hugo Bergmann, bibliothécaire national à la JNUL de 1920 à 1935, envoie plusieurs de ses employés en Angleterre, aux États-Unis, et à Paris pour suivre une formation professionnelle dans ce domaine. Dès lors, le cadre éducatif israélien en bibliothéconomie sera fortement influencé par la pédagogie américaine et l’American Library Association, considérée comme étant compatible avec la tradition culturelle et éducative juive (Sever, 1981, p. 230). Fort partisan de la bibliothèque en tant que véhicule de la culture, Bergmann instaure également une formation en bibliothéconomie de 30 heures pour tout le personnel enseignant des colonies juives (Sever, 1981, p. 213-214).
En 1935, Gotthold Weil, spécialiste en orientalisme d’origine allemande, prend le relais à la direction de la JNUL. Sa gouvernance entraînera une certaine stagnation en ce qui a trait à la mise en place d’un cadre éducatif poussé en bibliothéconomie. Weil, influencé par la perspective allemande de l’époque, considère les tâches bibliothéconomiques comme étant principalement cléricales (Sever, 1981, p. 213). Le vent tourne de nouveau après la Seconde Guerre mondiale. Alors que les années 1930 et 1940 sont caractérisées par la gouvernance de Weil et l’instabilité des conflits géopolitiques, de véritables efforts de déploiement d’une formation israélienne en bibliothéconomie renaissent suite à la création de l’État d’Israël (Sever, 1968, p. 404).
En 1955, l’UNESCO délègue Leon Carnovsky, professeur en bibliothéconomie à l’Université de Chicago, à une mission de trois mois afin de formuler des recommandations au gouvernement israélien sur la mise en place d’une formation officielle en bibliothéconomie. Sur le terrain, les trouvailles de Carnovsky sont formelles : les besoins en matière de personnel compétent sont criants (Collings, 1956, p. 382). Suite à ces recommandations, le programme de bibliothéconomie à l’Université hébraïque de Jérusalem voit le jour en 1956. Il s’agit du premier programme de ce type en Israël (Sever, 1968, p. 404). Dans les 27 années suivant son ouverture, 660 personnes sont diplômées de l’École de bibliothéconomie, d’archivistique, et des sciences de l’information (School of Library, Archive and Information Studies) de l’Université hébraïque de Jérusalem (Peritz, B. C. et Shagam, T., 1990, p. 25).
Dans les années 1970, d’autres institutions israéliennes instaurent des programmes en sciences de l’information. L’Université d’Haïfa, fondée en 1963 (University of Haifa, s.d.), met en place un programme d’études supérieures en bibliothéconomie en 1972 (Schnierderjurgen, 2007, p. 255-256). Elle offre maintenant de plus un baccalauréat en systèmes d’information, centré sur la gestion informationnelle numérique (University of Haifa, s.d.). L’Université Bar-Ilan, près de Tel-Aviv, instaure un département de sciences de l’information en 1974, avec une offre de baccalauréat et de maîtrise en sciences de l’information spécialisées, ainsi qu’en bibliothéconomie. Le département offre également un doctorat depuis 1998 (Schnierderjurgen, 2007, p. 257-259). Finalement, quelques collèges spécialisés, tels les Oranim, Beit Berl, David Yellin, et Ashklelon proposent des cours de premiers cycles en bibliothéconomie (Shoham, 2000, p. 176).
Les programmes offerts aux cycles supérieurs permettent d’obtenir le titre de bibliothécaire professionnel-le. Ceux de l’Université d’Haïfa et de l’Université hébraïque de Jérusalem permettent d’obtenir une accréditation reconnue à l’international. Ces programmes sont certifiés par le Conseil israélien des études supérieures (Israeli Council for Higher Education) (Schnierderjurgen, 2007, p. 255-259).
Association de bibliothèques
La création d’associations de bibliothèques en Israël suit un parcours concordant à l’instauration de programmes d’éducation en bibliothéconomie. Dès les années 1920, de nombreux bibliothécaires œuvraient déjà en Israël. Ceux-ci étaient soit de récents immigrants, ou de jeunes professionnel-les de la JNUL ayant obtenu une formation en Europe ou aux États-Unis grâce aux initiatives d’Hugo Bergmann (Sever, 1968, p. 403). La professionnalisation du métier aura donc simultanément nourri les efforts d’instauration d’un cadre tant éducatif qu’associatif en bibliothéconomie.
En 1942, Shlomo Shunami, bibliothécaire et professeur israélien de renom (Brunswick, 1970, p. 454), écrit un article dans le Library Journal appelant ses collègues à joindre leurs forces par le biais d’une association visant à obtenir une accréditation professionnelle (American Library Association, 2007). Ce n’est que dix ans plus tard que la première association professionnelle en bibliothéconomie, l’Association des bibliothécaires israéliens (ILA ou Israel Library Association, parfois nommée ASI ou Association of Israeli Librarians, selon la traduction) voit le jour (Sever, 1968, p. 404, et American Library Association, 2007).
Tel que le note l’American Library Association, la profession de bibliothécaire en Israël éprouvera une certaine difficulté à s’établir de façon unifiée et stable, au sein d’un État caractérisé par son multiculturalisme et de profonds conflits géopolitiques. Le cadre associatif israélien en bibliothéconomie se distinguerait donc par son absence d’association centralisée (American Library Association, 2007). Ainsi, en plus de l’ILA, d’autres associations regroupant divers-es professionnel-les de bibliothéconomie et de sciences de l’information au pays sont créées.
En 1965, l’ILA, le Département des bibliothèques du Ministère de l’Éducation, et l’Université hébraïque de Jérusalem joignent leurs forces pour créer le Centre israélien pour les bibliothèques (Israel Center for Libraries), inspiré du modèle scandinave (Shoham, 2000, p. 171). Cette même année, le gouvernement israélien, face aux demandes de la confédération syndicale Histadrut, reconnaîtra une échelle salariale pour les bibliothécaires, un gain important pour la profession (Sever, 1968, p. 404). Le Centre sera responsable de la traduction du système de classification Dewey et de la création d’un thésaurus en hébreu pour le catalogage. Il veillera également à soutenir les bibliothécaires dans leur profession à l’aide de programmes de formation continue et de publications, dont le journal Yad el-Kore, initialement publié par la JNUL dès 1946, et le Leket-Bikoret, journal regroupant critiques de publications israéliennes (Shoham, 2000, p. 171). Finalement, le Centre israélien pour les bibliothèques dotera ses membres d’un code d’éthique professionnelle énonçant des principes semblables à ceux de l’IFLA en termes d’accès à l’information, de censure, de confidentialité, de protection du droit d’auteur et de neutralité (Israeli Center for Libraries, s.d.)
Fondée en 1966, la Société israélienne des bibliothèques et centres d’information (Israeli Society of Libraries and Information Centers, ou SEMEL-ASMI) (American Library Association, 2007), a pour mission de promouvoir la profession de bibliothécaire à l’aide de conférences, cours, et publications. Elle est entre autres responsable, depuis 1993, du journal Information and Librarianship, éminente publication dans le domaine. En contrepartie au Centre israélien pour les bibliothèques, la SEMEL-ASMI n’a aucune affiliation politique liée à la reconnaissance salariale (American Library Association, 2007).
Cadre législatif des bibliothèques
Il n’y a pas de politique nationale sur les bibliothèques à Israël (IFLA World Library Map), mais il existe plusieurs autres types de législations relatives à ce sujet.
Loi sur les bibliothèques publiques
L’adoption de la loi sur les bibliothèques publiques est due en partie aux efforts de pression des bibliothécaires membres de l’association des bibliothécaires israéliens, l’ASI, pour le financement et la promotion des bibliothèques publiques au début des années 50 (ALA Library Associations in Israel, 2007). La loi, adoptée en 1975, stipule que les autorités locales sont charge du maintien et de la supervision des services gratuits des bibliothèques publiques du pays, sans toutefois mentionner la taille du budget fourni par l’état. (IFLA Library Map of the World)
Loi sur la bibliothèque nationale
La loi sur la bibliothèque nationale, adoptée en 2007 a pour objectif d’ancrer l’existence de la Bibliothèque nationale en Israël, de définir ses rôles et objectifs, de réglementer ses activités et d’assurer son développement afin d’atteindre ses objectifs (National Library Law, 2007). La loi spécifie également que l’emplacement de la Bibliothèque nationale doit être à Jérusalem et la création d’une compagnie à but non lucratif, la National Library Company pour sa gestion. Le financement de la compagnie est également détaillé dans l’article de loi, assurant les fonds nécessaires à la réussite des objectifs de la bibliothèque (LOC, Israel National Library Law).
Loi sur le dépôt légal
La loi sur les livres impose à toute personne publiant plus de 50 copies d’un livre, périodique, journal, carte, brochure, pamphlet ou affiche de fournir 2 copies à la Bibliothèque nationale dans un délai de moins d’un mois de la publication. Depuis juin 2001, la loi inclut également les publications numériques telles que les matériaux audiovisuels et les publications numériques de livres, périodiques, journaux, bases de données et sites web. (IFLA Library Map of the World)
Loi sur la liberté à l’information
Adoptée en 1999, la loi sur la liberté à l’information, établi le droit à chaque résident-e et citoyen-ne d’Israël l’obtention d’information d’une autorité publique, conformément aux règles stipulées dans la loi (ministère de la Justice, 2021). Les résident-es peuvent faire des demandes sans explications sur les activités, données statiques ou informations personnelles aux différents départements gouvernementaux dans le cadre de cette législation. La loi spécifie l’obligation de l’évaluation de la demande par un agent ministériel. L’accès aux informations demandées peut être accepté ou refusé selon le jugement du ministère par rapport à la demande (IFLA Library Map of the World).
Loi sur le droit d’auteur
Adoptée en 2007, la loi sur le droit d’auteur a remplacé la loi britannique sur le droit d’auteur datant de 1911. En 2010, le Forum for Accessible Education a compilé un code de meilleures pratiques afin d’aider les professionnel-les de l’information de mieux interpréter la loi et ses réglementations sur la clause de fair use. (IFLA Library Map of the World) La loi permet la reproduction de documents pour des fins de conservation et leurs adaptations pour les personnes ayant des handicaps perceptuels, physiques ou visuels. Même avec le code de meilleures pratiques, les termes de la loi sont considérés comme étant vagues et difficiles à interpréter correctement. (IFLA Library Map of the World)
Information complémentaire
La conférence annuelle de l’IFLA ayant eu lieu à Jérusalem en août 2000 a soulevé des questions par rapport au dialogue entre les milieux bibliothécaires de l’État d’Israël et des territoires palestiniens. Plusieurs États arabes ont boycotté cet événement, dénonçant le manque de reconnaissance de la communauté bibliothécaire palestinienne auprès de l’organisation internationale (Kagan, 2016, p.68).
Du 13 au 21 avril 2007, l’IFLA délègue donc Stuart Hamilton et Frode Bakken, du Comité FAIFE (Freedom of Access to Information of Expression) pour analyser l’état de l’accès à l’information et de la liberté d’expression en Israël et en Palestine. Selon Hamilton et Bakken, la liberté d’expression existe de part et d’autre de la frontière israélo-palestinienne, mais de façon restreinte, ombragée par le conflit qui y sévit. En Israël, les bibliothèques sont soumises à de hauts standards, mais sont affaiblies par un manque de financement et d’unification. Le territoire palestinien quant à lui fait face à une situation plus critique, soit une détérioration de l’accès à l’information, un sous-financement sévère, de l’autocensure, et une déconnexion à la communauté bibliothécaire internationale. En date du rapport, les auteurs notent qu’il n’existe aucune communication entre les bibliothèques israéliennes et palestiniennes (Hamilton et Bakken, 2007, p. 2).
Les recommandations de Hamilton et Bakken sont à l’effet de soutenir l’accès à l’information et la liberté d’expression sur les territoires palestiniens avec une présence accrue de l’IFLA et d’organismes partenaires spécialisés. Les auteurs recommandent également que l’IFLA initie un processus de coopération afin de favoriser les communications entre les bibliothèques israéliennes et palestiniennes. Ce rapport a été signé et adopté par le Conseil d’administration de l’IFLA en août 2007, dans le but de mettre en œuvre les recommandations émises, et de promouvoir le rôle des professionnel-les de l’information dans la résolution du conflit israélo-palestinien (Hamilton et Bakken, 2007, p. 3-4).
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