17 Thaïlande
( Mathieu Dauphinais, Félix Desbiens, Steve Rousseau-Cabana et Guillaume S. Thibodeau)
Profil du pays
Anciennement connu sous le nom de Siam, la Thaïlande est un pays situé en Asie du Sud-Est. Habité par environ 69 millions de personnes, ce pays utilise comme monnaie le baht (BBC, 2019). La langue officielle de l’État est le Thaï, parlée par environ 96% de la population, et la religion principale est le bouddhisme (CIA, 2021).
En termes de superficie, le territoire du pays fait un peu plus de 513 000 km2, ce qui fait de lui le 53e plus vaste pays au monde (CIA, 2021). Le point le plus élevé du territoire thaïlandais est situé au sommet du mont Doi Inthanon. Protégé en tant que parc national, ce dernier est une destination populaire auprès des visiteurs et des natifs. Une autre attraction populaire est Bangkok, la capitale du pays (Keyes, 2021).
Principalement dirigée par son chef d’État, à savoir l’actuel Premier ministre Prayuth Chan-ocha, la Thaïlande reste tout de même une monarchie constitutionnelle et possède donc un monarque comme chef d’État. Ce dernier est, depuis la mort de son père en 2016, Maha Vajiralongkorn (BBC, 2019).
Depuis la fin de la monarchie absolue en sol thaïlandais, soit en 1932, il n’est pas rare que le pouvoir militaire du pays intervienne au sein de la sphère politique. Au total, 12 coups d’État perpétrés par les militaires sont comptabilisés depuis les années 30 (BBC, 2019).
Histoire
L’existence du royaume de Funan remonte au Ier siècle, faisant de celui-ci le plus ancien de la Thaïlande, selon les historiens. Il s’étendait alors dans une grande partie de l’Asie du Sud-Est, et a été un des plus puissants royaumes de l’Asie durant cinq siècles (« Thailand », 2021). Au VIe siècle commence l’ère du Dvâravatî, dans laquelle nous pouvons observer entre autres l’apparition du bouddhisme en Thaïlande. À partir du XIe siècle, le peuple khmer procédera à plusieurs invasions et colonisera le territoire jusqu’au début du XIIIe siècle, où la Thaïlande se libèrera progressivement de l’emprise du royaume khmer. C’est également à cette période que la Thaïlande commencera à prendre davantage d’ampleur et à s’affirmer comme le pouvoir principal de l’Asie du Sud-Est (« Thailand », 2021).
C’est en 1283 que Ramkhamhaeng, le troisième roi de la dynastie Phra Ruang, invente l’alphabet thaï, dont les premières ébauches sont retrouvées sur des stèles 600 ans plus tard par le roi Mongkut (Rama IV). À la fin du XIVe siècle, Ayutthaya, la capitale thaïlandaise de l’époque est la puissance politique la plus importante en Asie du Sud-Est. Cette dernière fut en situation de conflit militaire avec la Birmanie de manière prolongée au XVIe siècle. C’est suite à la fin de cette guerre que le royaume atteint son expansion maximale (« Thailand », 2021).
S’en suivent les invasions birmanes en 1767, résultant en une destruction de la capitale, qui est par la suite reconstruite par ceux-ci et nommée « Thonburi ». Les Birmans seront envahis à leur tour par l’armée anglaise en 1826, et ce qui est alors le royaume de Rattanakosin devient une colonie britannique. Il est à noter que la ville de Bangkok est la capitale nationale depuis 1782 (« Bangkok », 2021). Au XXe siècle, la Thaïlande, qui porte officiellement ce nom depuis 1939, connaît plusieurs révolutions et coups d’État. Le pays adopte un régime militaire assez strict, qui se perpétue jusqu’à aujourd’hui. Comme dans la plupart des pays occidentaux, il fait consensus chez les historiens que la construction des premières bibliothèques en Thaïlande peut être liée à celle des premiers monastères, ou du moins avec leur développement (Lagirarde, 2014, p.38).
Dès le début du XVIe siècle, nous pouvons constater un essor dans la construction et l’importance accordée aux bibliothèques. Ceci serait dû en partie à certaines polémiques religieuses de l’époque, qui auraient entraîné un grand flot d’écritures argumentatives, pour lesquelles les gens souhaitaient s’instruire davantage pour étoffer leur propos, et pour s’armer des meilleures références possibles (Lagirarde, 2014, p.39). Située à Bangkok et issue de la fusion de trois bibliothèques royales préexistantes, la bibliothèque nationale de la Thaïlande a été créé en 1905.
Types de bibliothèques
Nationale
L’ouverture de la Bibliothèque nationale a fait partie d’une période de grands changements au XIXe siècle et au début du XXe qui a abouti à l’apparition d’importantes institutions qui sont toujours centrales de nos jours (Jory, 2000, p. 351). La Bibliothèque nationale, établie dans la capitale, a intégré les fonctions de l’État en 1905, à l’époque du royaume de Siam. Sa création a été inspirée des bibliothèques nationales européennes (Pumketkao-Lecourt et Peyronnie, 2020).
D’abord nommée la bibliothèque d’État, elle a changé de nom en 1932 à la fin de la monarchie absolue. Elle est l’une des plus anciennes bibliothèques d’Asie (« National Library of Thailand », 2021).
La Bibliothèque nationale a joué « un rôle fondamental dans la formation du savoir sur l’identité culturelle de la nation thaïe » (Jory, 2000, p. 352). Dès sa création, le rassemblement, la classification et la préservation d’œuvres variées de l’héritage littéraire du royaume, faisaient partie de sa mission (Jory, 2000, p. 352-353). Par ailleurs, sa collection est devenue plus tard le fonds des Archives nationales de la Thaïlande (Pumketkao-Lecourt et Peyronnie, 2020).
« Elle était vue par le roi et les intellectuels de la cour comme une institution à la mesure d’un État moderne », a résumé le chercheur de l’Université Western Australia Patrick Jory (2000, p. 373).
Déménagée en 1966 au cœur de la capitale thaïe (Tourism Thailand, s. d.), cette institution répond aujourd’hui du ministère de la Culture et du département des Beaux-Arts. Sa mission, et celle de ses 12 succursales à travers le pays, est large. Elle applique la politique gouvernementale afin de mettre de l’avant l’héritage culturel documentaire de la nation à travers sa collection et de soutenir le réseau académique et l’apprentissage tout au long de la vie (CDNLAO, 2018). Elle employait, en 2018, un total de 162 personnes. Sa collection compte plus de cinq millions de documents, incluant sa collection numérique, un nombre considérable. Même si cela paraît peu en comparaison des deux plus grandes bibliothèques d’Asie, situées en Chine (« List of largest libraries », 2021), ce total se compare à celui d’une importante bibliothèque publique américaine (« List of the largest libraries in the United States », 2021).
Dans un plan quinquennal qui s’étendait jusqu’en 2021, elle devait répondre à la mission d’encourager la lecture auprès de la population. Les initiatives devaient toucher les gens de tous âges dans un environnement favorable au plaisir de lire. Les efforts déployés dans l’atteinte de l’objectif devaient être pérennes (CDNLAO, 2018).
En parallèle, un budget important a été consacré à la transition numérique. Un rapport annuel indiquait qu’une somme d’un demi-million de dollars américains a été alloué à la Bibliothèque nationale en 2017 (CDNLAO, 2018) afin d’améliorer la collection numérique, les plateformes, mais aussi l’accès à celles-ci. Déjà, ce montant augmentait l’année suivante pour permettre la numérisation de centaines de milliers de documents historiques (CDNLAO, 2018).
Académique
Selon les informations fournies par le site web UniRank, la Thaïlande compte quelque 75 bibliothèques universitaires, les universités devant remplir trois critères pour être considérées comme un établissement d’enseignement supérieur officiel (Thai University Libraries, s. d.) :
- Être agrées et/ou accréditées par un établissement d’enseignement supérieur
- Offrir quatre ans de diplôme de premier cycle ou de cycles supérieurs
- Offrir des cours selon un format d’enseignement traditionnel (présentiel)
Cette liste de 75 membres s’unit sous l’appellation Association of Private Higher Education Institutions of Thailand (APHEIT) qui regroupe les bibliothèques universitaires, collégiales et académiques, sous une même association promouvant la coopération entre elles (Praditteera, 2015).
Le système général de bibliothèque existe depuis environ le XIIIe siècle et est surtout associé aux temples ou à la cour ; ce n’est qu’à la moitié du XXe siècle que l’influence occidentale initie le mouvement de développement de bibliothèques « modernes » publiques, mais également universitaires (Butdisuwan, 2005). Avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’influence des États-Unis s’étend sur l’Europe et l’Asie tandis que les besoins d’une réforme en éducation se font sentir du côté thaïlandais, initiant ainsi un large projet de réforme scolaire à partir de 1954. C’est durant cette période qu’un partenariat s’établit notamment avec l’Inde afin d’envoyer des étudiants thaïlandais recevoir des formations universitaires pertinentes au projet de développement du réseau des bibliothèques universitaires en développant initialement le College of Education à Bangkok (Rufsvold et Lowell, 1960).
En 1985, le Private Higher Education Institution Library Group (PHEL) est créé par un groupe de bibliothécaires en provenance de 11 différentes bibliothèques académiques et sert cinq objectifs : « promouvoir des activités collaboratives entre les bibliothèques universitaires privées, améliorer le développement collaboratif des bibliothèques, promouvoir le partage des ressources de celles-ci, promouvoir l’échange d’idées en vue d’un développement des valeurs professionnelles et promouvoir la recherche et les travaux universitaires en bibliothéconomie et dans les sciences de l’information » (Praditteera, 2015). Ce regroupement devient un sous-comité de l’APHEIT en 1987 et est renommé Sub-Committee on Private University Library Development. Son appellation change à nouveau en 2003 pour devenir Sub-Committee on Private University Library Systems and Network Development, plus communément appelé PUL-Net ou encore ThaiPUL-Net.
En 2015, le réseau comportait 65 membres et sa mission visait principalement à « renforcer la collaboration sur le partage et l’utilisation des connaissances, améliorer la qualité du développement de service en bibliothèque, valoriser les travaux de recherches en bibliothèque et sciences de l’information et agir comme “communauté de partage des connaissances” entre bibliothécaires et professionnels de l’information » (Praditteera, 2015).
Publique
La Thaïlande compte un total de 1120 bibliothèques publiques sur son territoire (IFLA Library Map of the World, 2018). Il s’agit d’une moyenne de 16,5 bibliothèques par million de personnes.
Les services offerts dans les bibliothèques thaïlandaises rejoignent immanquablement la première mission fondamentale définie par l’UNESCO, soit « créer et renforcer l’habitude de la lecture chez l’enfant dès son plus jeune âge » (UNESCO, 1994).
Durant la première moitié du XXe siècle, les bibliothèques étaient d’abord des salons de lecture, des lieux servant d’extensions à certaines écoles. Comme indiqué précédemment, ils étaient voués à favoriser les habitudes de lecture (Lerdsuriyakul, 1999). En 1952, les ministères de l’Éducation et de l’Intérieur ont travaillé en collaboration pour étendre un réseau de bibliothèques aux régions plus rurales (Lerdsuriyakul, 1999).
Quelques décennies plus tard, la majorité des bibliothèques publiques sont passées dans le giron du Department of Non-Formal Education (NFE). En 1999, plus d’une douzaine relevaient de l’administration métropolitaine de Bangkok et une trentaine d’autres étaient des bibliothèques municipales (Lerdsuriyakul, 1999).
Or, des défis entourent les bibliothèques installées dans les régions rurales, où résident la majorité des Thaïlandais. Au tournant du siècle, ceux qui y dirigeaient les bibliothèques à l’intérieur de centres communautaires d’information n’avaient souvent pas de formation en sciences de l’information (Nimsomboon, 2003).
Les bibliothèques publiques sont classées sur une échelle de grandeur de trois niveaux : grande, moyenne et petite (Lerdsuriyakul, 1999). Fait à noter, la nouvelle bibliothèque municipale de Bangkok, l’une des plus grandes du pays, a été inaugurée en avril 2017. Cette construction a été réalisée dans la foulée du choix de la ville comme étant la capitale mondiale du livre par l’UNESCO en 2013 (« Bangkok City Library », 2021).
D’autre part, en 2005, le Thailand Knowledge Park a ouvert ses portes dans un centre commercial de Bangkok. Cette bibliothèque troisième lieu de troisième génération se voulait le prototype d’un centre qui réunirait des ressources sous différentes et qui serait dédié à la formation continue et à l’incessante poursuite du savoir (TK Park, s. d.). À une collection de livres s’ajoutent des services qui allient musique, multimédia et autres activités de création. Destinée avant tout aux enfants et aux adolescents, elle promeut l’accès à la lecture et le support à la création à l’aide de la science et des technologies (TK Park, s. d.). Cette bibliothèque est également membre de l’IFLA.
Scolaires
La Thaïlande est dotée d’une directive nationale concernant les bibliothèques scolaires de laquelle résulte que chaque école, publique ou privée, se doit de posséder une bibliothèque scolaire en son sein (Thepwong, 2018). En plus de cette directive, les bibliothèques en milieu d’éducation ont l’obligation de suivre le programme scolaire généré par le gouvernement et qui est révisé tous les cinq ans (Thepwong, 2018). Par contre, rien n’est mentionné quant à la manière de gérer chacune de ces bibliothèques. Au niveau secondaire, il est alors fréquent que ce soit des bibliothécaires de profession qui s’occupent de l’administration de la bibliothèque, mais en milieu rural, il se peut que la personne en charge de la bibliothèque soit un enseignant qui a déjà une charge pédagogique dans ses fonctions. Par manque de professionnels en bibliothéconomie, la situation au niveau primaire est assez semblable (Thepwong, 2018).
Selon une étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques en partenariat avec l’UNESCO (2016), la Thaïlande est l’un des États ayant les moins bonnes ressources éducatives parmi tous les pays participant au programme PISA (Programme for International School Assessment). Ces dernières sont d’ailleurs mal distribuées à l’intérieur du pays, créant une grande disparité entre les milieux privilégiés et moins privilégiés (OECD-UNESCO, 2016). Les bibliothèques scolaires les plus touchées seraient celles du Nord et du Nord-Est du pays (Wimolsittichai, 2017).
Au sein de l’Association des bibliothèques de Thaïlande, la seule association nationale du pays, Il existe le Club des bibliothécaires de bibliothèque scolaire. Créé en 1986 par Chusri Kalwantavanich, une enseignante et bibliothécaire à Bangkok, ce dernier régit les activités des différentes bibliothèques en milieu éducatif à travers le pays (l’Association des bibliothèques de Thaïlande, s.d.). De par son expérience acquise à travers ses années d’existence, le Club s’est donné comme mission d’aider, entre autres, à la promotion des bibliothèques scolaires, à la formation des bibliothécaires et enseignants-bibliothécaires en milieu éducatif, à l’organisation d’activités pour favoriser les compétences en lecture et à la coordination entre les différentes bibliothèques scolaires (l’Association des bibliothèques de Thaïlande, s.d.).
Depuis plusieurs années, l’Institut asiatique de la Technologie a aussi mis sur pied le projet KIDS-D (Knowledge, Imagination, Discovery and Sharing – Digital), dans le but de créer un réseau de bibliothèques numériques où il serait possible de partager des ressources éducatives en libre accès (OECD-UNESCO, 2016). Lancé en 2008, cette initiative est ouverte à tous, autant en milieu scolaire pour les jeunes, que pour les universités et le public général (OECD-UNESCO, 2016).
Autre
La Thaïlande dispose également d’une bibliothèque au sein de son Assemblée nationale. La National Assembly Library of Thailand constitue une ressource importante pour les dépôts de documents légaux produits soit par la Chambre des représentants ou le Sénat, ce qui est un trait typique de ce genre de bibliothèque. En outre, elle offre également un soutien à la recherche individuelle dans le secteur politique grâce à des bases de données en ligne, un service de référence notamment aux membres de l’Assemblée nationale et aux chercheurs et un vaste choix de lecture touchant à la politique. De plus, elle propose certains séminaires de recherches pour des conférenciers invités en plus d’offrir des visites guidées de la bibliothèque et du musée parlementaire (National Assembly Library of Thailand, s. d.).
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
Le premier programme d’études bibliothéconomiques en Thaïlande a été mis sur pied en 1951 à l’Université Chulalongkorn, à Bangkok, où un programme spécial en gestion de bibliothèque y était offert (Premsmith, 1999). Le programme de maîtrise en bibliothéconomie fut offert à cette même université dès 1964. Il fut mis sur pied en utilisant les programmes de maîtrise en sciences de l’information et bibliothéconomie déjà existants aux États-Unis comme modèle, mais fut modifié de façon à mieux répondre aux besoins de la Thaïlande. Le programme est alors constitué de cours en histoire et en administration de bibliothèque, de même que de plusieurs cours pratiques de catalogage, de classification et de services de référence.
Aujourd’hui, les programmes de baccalauréat, de maîtrise et de doctorat ont été adaptés pour mieux convenir au contexte moderne, et sont offerts dans 15 universités thaïlandaises. Au niveau du baccalauréat, le titre des programmes offerts varie légèrement d’une université à l’autre, allant de « Sciences de l’information » à « Bibliothéconomie et sciences de l’information », en passant par « Gestion de l’information » et « Information Studies ». Au niveau de la maîtrise, deux diplômes sont offerts : le premier avec stage (professionnel), et le deuxième avec thèse (recherche). Le premier programme de doctorat en sciences de l’information en Thaïlande est né en 2003 à l’Université Khon Kaen, et le diplôme portait alors le nom de « Doctor of Philosophy in Information Studies » (Premsmith,1999).
Le système scolaire thaïlandais prévoit deux semestres (automne et hiver) ainsi qu’une session d’été dans tous ses établissements, même si quelques institutions utilisent le calendrier scolaire occidental, comme on pourrait par exemple retrouver aux États-Unis ou au Royaume-Uni (Polparsi, 2012, p.2). La Thaïlande préconise également l’accessibilité de l’enseignement à distance grâce à internet en bibliothéconomie depuis la fin du XXe siècle. Ceci permet d’accommoder les étudiants vivant dans des endroits plus reculés, et favorise un meilleur accès à l’information (Ruksakuk, 1999).
Comme partout ailleurs, l’avènement du numérique a révolutionné les sciences de l’information en Thaïlande. Dans une conférence de 2012 de l’International Federation of Library Associations donnée à Helsinki en Finlande, Chutima Sacchanand, un professeur à l’Université de Sukhotai Thammathirat à Bangkok, exprimait qu’une bonne communication entre les experts et les éducateurs des sciences de l’information était nécessaire autant dans le cadre éducatif bibliothéconomique qu’à la construction d’habiletés professionnelles importantes pour les bibliothécaires du XXIe siècle (Sacchanand, 2012). Il explique que les outils modernes importants pour l’éducation en sciences de l’information doivent être acquis par un échange sur le terrain entre les éducateurs et les professionnels. On retrouve dans ces propos une idée moderne de la bibliothéconomie, qui va de pair avec la tendance mondiale à diriger de plus en plus la bibliothèque vers un lieu d’apprentissage interactif qui a comme mission de favoriser l’accès à l’information. En effet, la technologie de l’information et des communications est maintenant très haute dans la liste de priorités du système éducatif thaïlandais en sciences de l’information. Les cinq habiletés principales qui sont utilisées pour développer cette compétence sont l’accès, la gestion, l’intégration, l’évaluation et la création d’information (Polparsi, 2012, p.54).
Association de bibliothèques
L’Association des bibliothèques de Thaïlande est la seule association nationale du pays. Elle a été fondée en 1954 et est basée dans la capitale Bangkok. Elle tient son origine d’un groupe de bibliothécaires qui ont étudié ensemble à l’université au début des années 50 (Sacchanand, 1999). L’objectif initial était d’échanger des idées pour trouver des solutions à des problèmes et de faire progresser leurs bibliothèques. Ils ont rapidement constaté qu’un tel échange à l’échelle du pays apportait des effets bénéfiques. The Asia Foundation, une organisation à but non lucratif, a accordé les premières ressources financières à l’association (Sacchanand, 1999). Cette dernière a été placée sous la protection royale de la princesse Maya Chakri Sirindhorn en 1976.
En plus de la mise en place d’un code d’éthique, l’association met de l’avant plusieurs initiatives pour la formation continue des bibliothécaires et pour la promotion de la lecture. Elle assure aussi un lien avec les autres pays du monde. (Sacchanand, 1999)
Car la Thaïlande est un joueur important au sein des associations de bibliothèques à l’international. Toutefois, plusieurs rencontres de ces organisations ont dû être mises en veille durant les années 2020 et 2021 en raison de la pandémie de COVID-19.
L’IFLA est la plus importante association de bibliothèques du monde et la Thaïlande, qui fait partie de la division régionale Asie-Océanie, y héberge des bureaux (Agee et Lillard, 2005). De plus, ce pays du sud-est asiatique a été l’hôte en 1999 de la 65e General Conference and Council de l’IFLA. L’événement s’est tenu à Bangkok (IFLA, s. d.).
La Conférence des directeurs de bibliothèques nationales de l’Asie et de l’Océanie (CDNLAO) est un autre rassemblement important dont la Thaïlande fait partie. Son objectif est notamment de maintenir une collaboration entre les bibliothèques des deux continents et d’assister les bibliothèques des pays moins avancés. La première rencontre a eu lieu en 1979 (National Diet Library, 2009). Son dernier arrêt en Thaïlande était en 2015 (CDNLAO, 2018).
Le Congrès des bibliothécaires du sud-est de l’Asie (CONSAL) a été fondé à Singapour en 1970 (Nasir, 2018). Il s’agit d’une autre occasion de partage qui favorise la coopération entre tous les types de bibliothèques de cette région du monde.
Dans le but d’innover constamment, deux bibliothécaires de la bibliothèque nationale de Thaïlande assistent à l’International Networking of Emerging Library Innovators Association of Southeast Asian Nations (INELI-ASEAN). Ce groupe d’une dizaine de pays a commencé ses activités en 2011 (CDNLAO, 2018).
La Thaïlande fait aussi partie des membres de l’Association internationale de la bibliothèque scolaire (IASL) (IASL. s.d).
Par ailleurs, en 2013, Bangkok a été nommée la capitale mondiale du livre de l’UNESCO. Ce titre annuel récompense les programmes dédiés au livre et à la lecture. (« World Book Capital », 2021).
Cadre législatif
Comme précédemment mentionné, et à l’image d’une majorité des pays du monde, c’est la Bibliothèque nationale de Thaïlande qui est chargée du dépôt légal et de la gestion des copyrights en Thaïlande et qui est sous la responsabilité du ministère de la Culture et du département des Beaux-Arts. Toutefois, il est important de prendre note qu’à ce jour, il n’y avait toujours aucune loi portant sur le dépôt légal proprement dit. Malgré ce manque, le Press Act de 2007 (B.E. 2550) permet tout de même à la Bibliothèque nationale de Thaïlande de recevoir deux exemplaires des nouvelles publications de 30 jours ou moins, l’un pour la section du dépôt légal et l’autre destiné à un usage public. Ces copies envoyées par les éditeurs sont ensuite mises à la disposition du public.
La disposition précédente (le Press Act de 1941 (B.E. 2484) énonçait que les éditeurs devaient envoyer les deux exemplaires sous peine d’amendes ; celles-ci étant peu élevées, la loi était finalement très peu respectée considérant que dans le cas de certains ouvrages, le prix de production du livre était supérieur à l’amende reçue (American Library Association (ALA), 2015, p.26).
Si l’on se fie au propos de Sapphansaen (2007), l’envoi des deux exemplaires semble se faire de façon plus systématique avec la mise à jour du Press Act en 2007. L’envoi plus systématique semble être lié à l’attribution d’une cote ISBN (International Standard Book Number) par la Bibliothèque nationale et permettant aux éditeurs une diffusion plus aisée de leurs ouvrages à travers le monde.
Un second problème quant à la législation des milieux bibliothéconomiques concernerait principalement les bibliothèques publiques en région. En 2003, la population rurale devait représenter environ 80% (ces statistiques tourneraient autour des 50% en 2020 selon les données de la Banque mondiale) de la population totale de Thaïlande et malgré un réseau presque centenaire, les bibliothèques publiques en zone rurale n’étaient que très peu reconnues par le Department of Non-Formal Education, celles-ci n’avaient que très peu, voir aucun, personnel compétent en matière de bibliothéconomie. Ce faisant, ceux-ci ne disposaient d’aucune connaissance sur non seulement les enjeux en bibliothèques, mais également en ce qui concerne la mise en place de politique de gestion, de gestion de budget et de personnel (Nimsomboon, 2003, p.7).
De ce fait, les seules personnes ayant effectivement une formation en sciences de l’information étaient situées à Bangkok. Ce manque crucial en personnels compétents provient du manque de reconnaissance et de compréhension de la part du NFE, ce dernier n’effectuant aucune promotion du milieu des bibliothèques publiques entraînant un état d’abandon du réseau rural (Nimsomboon, 2003, p.8).
Informations complémentaires
La Thaïlande, ou royaume de Thaïlande, étant une monarchie constitutionnelle parlementaire unitaire, le décès de Bhumibol Adulyadej (Rama IX) en octobre 2016 jette le pays dans une crise politique grave dans laquelle pays avait déjà commencé à s’enliser à partir de 2014.
Lors des élections de 2014, les conditions de vote sont mauvaises, plusieurs milliers de bureaux de vote sont fermés et des manifestants empêchent la bonne tenue des scrutins à d’autres endroits. Le résultat des élections est rapidement invalidé par la Cour constitutionnelle et de nouvelles élections sont prévues le 20 juillet suivant. Alors que cette même cour destitue la Première ministre pour abus de pouvoir, le vice-Premier ministre devient chef de l’État par intérim, mais est rapidement renversé par le commandant en chef de l’Armée royale thaïlandaise lors de son coup d’État au mois de mai (« Comment l’armée a pris le pouvoir en Thaïlande », 2014).
Lors des élections qui suivent, le groupe ultra royaliste au pouvoir et proche de l’oligarchie militaire en place semble peu disposé à respecter les volontés politiques de la population. En 2020, la justice ordonne la dissolution du principal parti d’opposition à la suite des élections législatives tenues précédemment. Somchai Preechasinlapakun, un juriste thaïlandais, observe un comportement hostile de la Cour constitutionnelle depuis une quinzaine d’années à l’endroit des partis élus démocratiquement en plus de tous mouvements politiques visant à une réduction d’inégalités sociales et de la prépondérance du rôle de l’armée (« En Thaïlande, la justice dissout l’un des principaux partis d’opposition », 2020).
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