3 Arabie Saoudite
(Charlotte Lachance, Shadi Abdoli, Viviane St-Arnaud)
Profil du pays
Ceinturée par le golfe Persique et la mer Rouge sur ses flancs est et ouest, l’Arabie saoudite occupe la majeure partie de la péninsule arabique (Shabana, 2017, 3970). Son territoire, principalement composé de zones désertiques et arides, s’étend sur un peu plus de 2 millions de km² (Siddiqui, 1996, 195). Le pays est délimité au nord par la Jordanie, l’Irak et le Koweït, au nord-est par le Qatar et les Émirats arabes unis, et au sud par le Yémen et Oman (Shabana, 2017, 3970). Le climat y est particulièrement chaud : le pays ne reçoit qu’entre 100 et 200 mm de pluie annuellement et, l’été, les températures côtières moyennes fluctuent entre 38 et 49°C et sont souvent accompagnées d’une forte humidité (Shabana, 2017, 3970). En 2021, on dénombrait environ 35 340 680 habitants en Arabie saoudite (Banque Mondiale, s. d.), soit près de 11 millions d’individus de plus qu’en 2007 (Shabana, 2017, 3970). La langue officielle parlée par une majorité de la population et utilisée par toutes les instances gouvernementales et d’enseignement est l’arabe (Siddiqui, 1996, 195). La religion officielle de l’État est l’Islam et deux des sites considérés comme étant les plus sacrés pour ce culte, soit La Mecque et Médine, sont situés à l’intérieur des frontières du royaume (Shabana, 2017, 3970). Depuis 1932, date de la prise du pouvoir par la famille Al-Saud, l’Arabie saoudite est une monarchie absolue : le roi, en accord avec la loi sacrée de la Charia, règne sur l’ensemble du territoire avec l’aide d’un Conseil des ministres qu’il nomme et dirige (Shabana, 2017, 3970). Riyad, ville située en plein cœur de la péninsule, constitue la capitale royale du pays ainsi que son principal centre économique. Le pays possède la plus grande réserve de pétrole au monde et en constitue le principal producteur et exportateur : en 1996, il était estimé que le pétrole représentait près de 80% du PIB du pays et presque la totalité de ses recettes d’exportations (Siddiqui, 1996, 195).
Histoire
Selon Siddiqui (1995), les premières bibliothèques en Arabie saoudite, comme dans la plupart des régions du monde islamique, étaient les mosquées. Depuis l’époque du prophète Mohammad (que la paix soit avec lui) au 7e siècle, les mosquées ont été les dépositaires du savoir humain et ont joué un rôle culturel et éducatif important, similaire à celui des écoles et des bibliothèques publiques. C’est pourquoi la plupart des bibliothèques d’Arabie saoudite ont évolué principalement dans les deux villes saintes de La Mecque et de Médine. La majorité des bibliothèques actuelles de l’Arabie saoudite ont été construites après la fondation du pays actuel en 1932 (Siddiqui, 1995). Ensuite Siddiqui affirme que le roi Abd al-Aziz s’est fortement concentré sur le développement de la nation après son ascension au trône (Siddiqui, 1995). Le roi a créé des bibliothèques dans les établissements d’enseignement et les grandes villes pour l’usage public, même s’il a dépensé la majorité des ressources de la nation pour ouvrir des écoles et des universités. En fait, l’augmentation des prix du pétrole au milieu des années 70 a entraîné un changement rapide dans tous les secteurs, y compris les bibliothèques. Ainsi, de nouvelles bibliothèques ont été ouvertes et les anciennes ont commencé à se développer. Actuellement, les types de bibliothèques suivantes sont disponibles en Arabie saoudite : les bibliothèques publiques, les bibliothèques scolaires, les bibliothèques spécialisées et les bibliothèques universitaires (Siddiqui, 1995). La majorité des bibliothèques spécialisées appartenaient à des organismes gouvernementaux durant les années 90. On attend toujours d’elles qu’elles fournissent une assistance essentielle à leurs organisations mères (Siddiqui, 1995). Les bibliothèques spécialisées du royaume possèdent de vastes collections dans leurs domaines de spécialisation respectifs. Elles sont également bien équipées sur le plan électronique avec des technologies de pointe et des bases de données. Les bibliothèques sont bien financées et sont généralement dotées d’un.e bibliothécaire professionnel.le (Abdullahi, 2009, 458).
Types de bibliothèques
Bibliothèque nationale
Construite en 1988 à Riyad, la bibliothèque nationale du Roi Fahd fut créée suite au Library Project, qui avait pour objectif la création d’un monument pour la préservation de l’histoire du pays (KNFL, s. d.). Une bibliothèque nationale existait déjà depuis 1968 dans la ville, mais avait plutôt été développée sur la structure d’une bibliothèque publique et aucune ordonnance politique sur le dépôt légal ne fût mise en place pour permettre un archivage des publications annuelles (Khurshid, 1980, 20). La bibliothèque nationale du Roi Fahd n’a obtenu son statut officiel de bibliothèque nationale qu’en 1990, suite au décret royal n° M/9 adopté par le Conseil des ministres, qui stipule que la bibliothèque a pour principal rôle l’acquisition, la conservation et la diffusion de la mémoire culturelle et intellectuelle à travers le pays (Shabana, 2017, 3973). Régie par le décret royal n° M/26, la bibliothèque reçoit les dépôts légaux de tous les documents produits en Arabie saoudite ou par des Saoudien.nes hors du pays, incluant livres, œuvres musicales, filmiques ou photographiques (1993, 57-58) et qui sont ensuite répertoriés dans un registre annuel. Elle crée également une bibliographie annuelle des ouvrages saoudiens qui est partagée, à des fins d’information et de statistique, à l’UNESCO, au ministre de l’Éducation et à des organisations internationales (KNFL, s. d.).
En 2019, selon l’État de la culture au royaume d’Arabie saoudite, la bibliothèque nationale possède une collection de plus de deux millions de documents, dont 129 475 articles de journaux. Afin de suivre les évolutions technologiques et d’être plus accessible au public, le site web de la bibliothèque nationale du Roi Fahd, kfnl.gov.ca, a été conçu en 2017, intégrant une base de données de ses collections, comprenant 640 431 documents écrits en arabe ou dans une langue étrangère, parmi lesquels 256 076 sont des œuvres d’auteur.trices saoudien.nes (Ministry of Culture, 2020).
Afin d’agrandir les espaces de rayonnage pour la collection et de moderniser le monument en un symbole du développement urbain, la bibliothèque nationale du Roi Fahd quadrupla sa superficie, passant de 21 000 m² à 87 000 m², pour pouvoir accepter jusqu’à 2.4 millions de documents. Complété en 2015, un parc de 20 000 m² est situé tout près de la bibliothèque et, afin d’accueillir toute la population, plusieurs espaces ont été aménagés, dont une aile dédiée aux femmes, qui a permis d’accueillir plus de 10 000 chercheuses entre 2015 et 2016 (Royal Commission for Riyadh City, s. d., et Ministry of Culture, 2020, 335).
Bibliothèques publiques
Parmi les 2 329 bibliothèques présentes sur le territoire saoudien, seules 84 sont des bibliothèques publiques supervisées par le ministère de la Culture, ce qui représente une bibliothèque pour 420 000 habitants. Une étude réalisée par ce ministère en 2019 démontre les grandes failles des bibliothèques actuelles, telles que le manque d’équipement technologique (53% des bibliothèques n’offrent pas un accès à l’Internet), le manque de ressources matérielles (près de la moitié (46,42%) ont une collection de 10 000 livres ou moins qui n’est pas renouvelée annuellement), ainsi que le manque de services proposés (40% n’ont pas d’espace dédié aux femmes, 75% n’offrent pas de soutien pour les personnes en situation de handicap, et 60% ne proposent aucune activité autour de la lecture) (Ministry of Culture, 2020, 339-346). Le projet Vision 2030, un plan stratégique ayant pour objectif de développer une économie autonome et une société axée sur le peuple, prévoit un avancement du développement du système public, dont font partie les bibliothèques (Vision 2030, s. d.). Cependant, bien que le rapport du ministère de la Culture mentionne ses objectifs stratégiques en vue d’une modernisation globale des bibliothèques, aucun projet futur concret n’est présent dans le rapport et le site de Vision 2030 ne mentionne aucun progrès dans le domaine.
Quelques bibliothèques publiques sont plutôt considérées comme des bibliothèques indépendantes, puisqu’elles sont dirigées par d’autres organisations que le ministère de la Culture. Supervisées par des instances gouvernementales et privées, les bibliothèques indépendantes développent leurs infrastructures et des services adaptés pour répondre aux besoins des communautés desservies, tels que la bibliothèque du centre culturel Saleh bin Saleh, dédiée aux femmes. D’autres, surnommées les « bibliothèques dotées » (endowed libraries) et qui sont administrées par la Présidence générale des Affaires de la Grande Mosquée et de la Mosquée du Prophète, sont les bibliothèques publiques qui possèdent les plus importantes collections de livres rares. (Ministry of Culture, 2020, 346-348). L’une des plus importantes est le complexe de la bibliothèque dotée du Roi Abdulaziz, construite en 2015 et qui possède une collection de 150 000 manuscrits, dont 60% d’entre eux ont été numérisés pour une préservation à long terme (Ministry of Culture, 2021, 49-51).
Bibliothèques scolaires
Sous la direction du ministère de l’Éducation, les bibliothèques scolaires ont subi des changements rigoureux à la fin des années 1990 pour les convertir en centres d’apprentissage (Learning ressource centers). Pour répondre aux nouvelles exigences de ces centres technologiques où les élèves sont encouragés à développer leur littératie numérique, un certificat sur la gestion de centre d’apprentissage a été mis sur pied pour former les futur.es professionnel.les de l’information. Inventoriant plus de 14 000 centres, qui sont divisés en 4 catégories selon la superficie des locaux, plusieurs défis subsistent pour maximiser le potentiel de ce modèle : la réticence des enseignant.es à les utiliser pour leur cours, le manque de soutien technologique, le déclin des infrastructures existantes et le délai d’implantation de systèmes technologiques performants (Ministry of Culture, 2020, 337-338).
L’acquisition et le développement des collections des bibliothèques scolaires sont centralisés et gérés par le ministère de l’Éducation, qui exerce une censure sur les documents abordant des sujets dits « sensibles », tels que la religion, la sexualité et la politique. Les livres sont ensuite examinés et catalogués avant d’être envoyés dans les différentes écoles. L’aménagement des espaces est similaire dans tous les centres d’apprentissage. En plus d’une salle de classe où les élèves sont regroupés pour collaborer, les bibliothèques sont munies d’équipements informatiques, tels que des ordinateurs et des imprimantes, des tables pour étudier ou pour travailler en équipe et d’un comptoir de référence ou d’accueil, où le personnel possède en moyenne une formation de premier cycle en science de l’information (Alomran, 2009, 470-471).
Bibliothèques universitaires
En plus des bibliothèques centrales des 41 universités de l’Arabie saoudite, les bibliothèques universitaires englobent également les bibliothèques des pavillons, indépendantes les unes des autres et qui spécialisent leurs collections dans des disciplines précises (Ministry of Culture, 2020, 338 et Ministry of Culture, 2021, 51). Leur rôle est d’encourager le développement éducationnel des membres de l’université en donnant accès à différentes ressources, autant physiques que numériques, universitaires ou hors du campus, et à faciliter la recherche académique auprès de la communauté (Ministry of Culture, 2020, 338 et Allohaibi et Bamofled, 2009, 2-5). Pour séparer les hommes des femmes, certaines universités créent une bibliothèque désignée pour chaque genre (Ministry of Culture, 2021, 51). Afin de fournir un accès à des ressources numériques et à des publications savantes, le ministère de l’Éducation a mis en place la Bibliothèque numérique saoudienne (Saudi Digital Library) en 2010, un site qui regroupe 169 bases de données et qui répertorie plus de 450 000 livres numériques. Les documents sont principalement en arabe ou en anglais (SDL, s. d.).
Construite en 1957, l’Université du Roi Saud est la plus ancienne et la plus importante université saoudienne, comprenant une trentaine de pavillons sur son campus, répartis dans 5 villes différentes (Allohaibi et Bamofled, 2009, 3). Elle inclut douze bibliothèques, dont la bibliothèque centrale du Roi Salman, nommée en l’honneur de Salman bin Abdulaziz Al Saud, le roi actuel du pays, et qui a accueilli 432 000 visiteurs entre 2016 et 2017. On dénombre un total de plus de deux millions de documents, toutes ressources confondues, dont près de 90 000 sont des manuscrits et près de 346 000 sont des livres écrits en arabe (Deanship of Library Affairs).
Bibliothèques spécialisées
Les bibliothèques spécialisées sont régies selon trois instances : les départements ministériels ou gouvernementaux, les entreprises et les instituts de recherche. Leur rôle principal est d’être au service des membres de leur organisation en développant une collection répondant aux intérêts de leur communauté. Selon une étude réalisée en 1984, on dénombrait 9 bibliothèques spécialisées, excluant celles dont les collections étaient de 1000 ouvrages ou moins (Shabana, 2017, 3976-3977 et Khurshid, 1980, 18-19). De nos jours, plus d’une vingtaine de bibliothèques spécialisées existent, dont la majorité appartient maintenant à des hôpitaux ou à des centres médicaux ou de recherche universitaire, grâce à l’accroissement de leur nombre et au développement des programmes en médecine dans les établissements d’études supérieurs (Ministry of Culture, 2020, 334).
Bibliothèques privées
Situées dans la demeure familiale, les bibliothèques privées se développent de génération en génération par les familles saoudiennes, dont le premier collectionneur était régulièrement un érudit, un professeur ou un chercheur. En moyenne, on retrouve une bibliothèque privée chez 35% des familles, dont le plus grand pourcentage est dans la capitale, avec 40,58%. Cependant, leur nombre diminue par manque de financement pour l’entretien et la gestion des collections par un.e professionnel.le. Plusieurs collections privées ont été données à la bibliothèque nationale du Roi Fahd ou à des bibliothèques universitaires comme cadeau, après la mort du créateur de la collection, pour les rendre accessibles au public. Sur le même élan d’idée, plusieurs bibliothèques privées permettent au public de les visiter, mais leur nombre est faible, par manque de publicité sur les réseaux sociaux (Ministry of Culture, 2020, 41, 336-337).
Cadre éducatif en science de l’information et des bibliothèques
En 1954, à l’occasion du séminaire régional sur le Développement des Bibliothèques dans les pays arabophones, l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture reconnaît que l’obstacle principal au développement des bibliothèques, entre autres, en Arabie saoudite est le manque d’installations destinées à l’enseignement de la bibliothéconomie et des sciences de l’information (Siddiqui, 1996, 197). En dépit de ce constat, aucun programme ou département de sciences de l’information n’est créé avant les années 70, entraînant, par le fait même, une pénurie de personnel qualifié sur toute l’étendue du royaume (Siddiqui, 1996, 198). Le premier véritable programme académique contemporain voué à l’enseignement de ces disciplines n’est fondé qu’en 1973 à l’Université du Roi Abdulaziz (KAU), située dans la ville de Djeddah (Murtaza, 2021, 438). Le Département de Bibliothéconomie et des Sciences de l’Information de KAU est l’un des rares, encore aujourd’hui, à permettre aux étudiants de poursuivre leur parcours universitaire jusqu’au doctorat (Shabana, 2017, 3977). Un second département est créé l’année suivante à l’Université islamique Imam Mohammad Ibn Saud (IMSIU) de Riyad et propose, quant à lui, un programme de premier cycle d’une durée de quatre ans et un programme de deuxième cycle d’un an. Une des particularités intéressantes du département de l’IMSIU est sa Division des Manuscrits dévouée au traitement des documents anciens (Siddiqui, 1996, 199). En 1986, l’Université du Roi Saoud (KSU), la plus ancienne du pays, se dote également d’un programme de premier cycle en sciences de l’information qui inclura très rapidement à son curriculum plusieurs cours en lien avec les technologies numériques. Après avoir complété les cours de base, les étudiants ont le choix entre une spécialisation en bibliothéconomie ou en sciences de l’information (Siddiqui, 1996, 200). C’est au tour de l’Université Umm Al-Qura (UQU) située à La Mecque, en 1987, de se joindre à la parade et d’ouvrir son propre Département de Bibliothéconomie et des SI. Elle n’offre cependant que le programme de baccalauréat. Le College of Arts, qui fait désormais partie de l’Université de la Princesse Nora bint Abdul Rahman, est la seule institution à proposer un programme de baccalauréat exclusivement réservé aux femmes (Siddiqui, 1996, 201). Dans les dernières années, d’autres programmes se sont progressivement ajoutés à travers le pays : on compte aujourd’hui un total de huit universités donnant accès à des études de premier cycle et trois universités pour les études de cycles supérieurs (Murtaza, 2021, 438). Ce nombre ne suffit cependant toujours pas à répondre à la demande, en particulier en ce qui concerne les cycles supérieurs, et, pour plusieurs, la poursuite des études n’est possible qu’en ayant recours aux programmes internationaux (Murtaza, 2021, 438).
La pénurie de personnel formé qui était déjà décriée dans les années 70, puis dans les années 90 par le chercheur Moid Ahmad Siddiqui, continue ainsi d’affliger le réseau de bibliothèques du royaume (Murtaza, 2021, 445). Cette pénurie est attribuable au trop petit nombre de programmes d’enseignement, mais également à de nombreux autres facteurs : la profession est méconnue des étudiants et dévaluée culturellement par rapport à d’autres disciplines plus prestigieuses (e.g. médecine et ingénierie), les diplômés ont davantage tendance à se tourner vers l’enseignement que la pratique (Murtaza, 2021, 445), les salaires sont généralement assez bas malgré le haut niveau d’étude exigé et la littérature bibliothéconomique en langue arabe manque (Siddiqui, 1996, 201). L’éducation est parfois dévalorisée face à l’expérience par les professionnels eux-mêmes comme l’a démontré une série d’entrevues effectuée avec 14 leaders de bibliothèque :
One participant considered formal library education less necessary than having required technical and technological skills. Adnan stated, « Professional library qualification is not necessary, but a leader should be aware of basic library philosophy and especially aware of technical matters related to libraries » (Murtaza, 2021, 444)
À tout cela s’ajoute la trop petite offre, encore aujourd’hui, de formations destinées aux personnes travaillant déjà en bibliothèque. Seules quelques institutions, tel que l’Institut d’Administration Publique (IPA), permettent de suivre des formations courtes en bibliothéconomie en dehors du parcours universitaire traditionnel. Plus récemment, certains établissements ont commencé à varier leurs offres et à proposer des ateliers, des conférences ainsi que des services de support en ligne à l’usage des employés de bibliothèque, mais ces offres demeurent l’exception à la norme (Shabana, 2017, 3978). Tous ces obstacles du milieu de l’éducation des SI en Arabie saoudite font qu’actuellement, une grande partie des praticiens formés et recrutés par les bibliothèques sont des expatriés dont la présence en sol saoudien à long terme n’est pas assurée (Murtaza, 2021, 447). Plusieurs leaders du secteur ont aussi remarqué un écart grandissant de connaissances, non seulement, entre les professionnels du royaume et ceux de la communauté internationale, mais entre les employés de bibliothèques et leurs propres usagers qui les surpassent parfois, en particulier vis-à-vis des technologies numériques (Murtaza, 2021, 448). Pour améliorer le cadre éducatif des SI au pays, les chercheurs ont avancé, au fil des années, les solutions diverses suivantes : la possibilité de compléter ses études en travaillant sur le terrain (Murtaza, 2021, 439), la participation plus active des établissements d’enseignement des SI dans le processus de recrutement de nouveaux étudiants, l’amélioration de l’offre d’apprentissage en continu, en particulier quant aux compétences numériques (Murtaza, 2021, 448), l’introduction de nouveaux programmes à tous les niveaux (Murtaza, 2021, 451), la traduction des textes théoriques essentiels et la création de nouvelles bourses pour soutenir financièrement les étudiants (Siddiqui, 1996, 202-3).
Association de bibliothèques
L’AFLI (Fédération arabe pour les bibliothèques et l’information) est une organisation non gouvernementale fondée à Kairouan (Tunisie) en janvier 1966 lors du Troisième colloque sur la coopération entre bibliothèques et services d’information dans le monde arabe. Onze pays arabes ont participé à ce symposium. Depuis sa création, l’AFLI a organisé en coopération avec l’Institut tunisien de documentation supérieure (ISD), l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO) et le Centre maure ottoman de recherche en documentation et en information (CEROMDI), des conférences sur des thèmes variés, tels que la technologie d’indexation arabe et la technologie de l’information et des télécommunications (Bouazza, et al., 1993).
Selon Young et Ali (1992), le Royaume de Bahreïn compte environ 65 bibliothèques spécialisées, dont 24 font partie d’agences gouvernementales et de ministères. Ensuite, Abdullahi (2009, 458) affirme qu’il existe 12 bibliothèques spéciales appartenant à l’ambassade à Bahreïn. Certaines des bibliothèques spéciales les plus connues de Bahreïn sont des centres d’information spécialisés comme le Bait al Qur’an pour la recherche coranique, le Bahrain Center for Studies and Research (BCSR) et le Bahrain Historical Document Center (BHDC). Et il ajoute que Bahreïn abrite également un certain nombre de centres d’information internationaux, dont la bibliothèque du British Council (BLDSC), l’ambassade américaine USIS et the United Nations Information Center (UNIC). En raison du manque de ressortissants nationaux possédant un diplôme professionnel en bibliothéconomie, ces centres sont généralement gérés par des expatriés. Selon Abdullahi (2009, 458), on rapporte que la Jordanie comptait 104 bibliothèques spécialisées sur un total de 1527 bibliothèques à la fin du 20e siècle. The Jordananian Library Association (JLA), qui a été créée en 1963, est l’un des principaux moteurs du progrès à Amman. Dans ces bibliothèques, l’association a contribué au développement du professionnalisme en collaborant avec des agences sœurs de la région. Elle a accueilli des conférences et des séminaires, publié un bulletin d’information trimestriel (Risalat Al-Maktaba) et proposé des cours de formation. En conséquence, elle a également contribué à la création de bibliothèques spécialisées.
Cadre législatif
Les années 50, en Arabie saoudite, vont être témoin du rapide développement des bibliothèques à l’échelle nationale : la 1ère bibliothèque publique est ouverte à Riyadh en 1950 et c’est au cours de cette décennie que la bibliothèque de l’Université du Roi Abdulaziz, considérée comme la 1ère bibliothèque « moderne », prendra son essor pour devenir la plus importante du pays (Shabana, 2017, 3975). Le besoin de moderniser plus généralement l’ensemble des bibliothèques du royaume se fait alors pressentir. Fondé en 1959 par un décret du ministère de l’Éducation, la Direction Générale des Bibliothèques Publiques (GDPL) sera l’organe politique majoritairement responsable de la création et du développement des bibliothèques publiques et scolaires contemporaines en Arabie saoudite (Shabana, 2017, 3975). Elle assure les services de catalogage et d’acquisition de manière centralisée pour près de 80% des établissements publiques (Shabana, 2017, 3975) et c’est elle qui détermine quels documents iront rejoindre quelle collection (Siddiqui, 1995, 25). Au moment de sa création, ce sont 47 des 57 bibliothèques publiques qui tombent directement sous sa charge, les dix autres étant supervisées par le Ministère du Pèlerinage et de la Dotation, par le Département des Saintes Mosquées ou par le Département du Religieux, de l’Ifta, de la Dawah et de l’Orientation (Siddiqui, 1995, 25). Surchargée et incapable de répondre aux demandes des bibliothèques scolaires, la GDPL en perdra éventuellement la charge pour ne se concentrer que sur les établissements publics et c’est le Département des Bibliothèques Scolaires, créé à cette occasion, qui prendra le relais (Siddiqui, 1995, 27). En 1965 est fondée l’Organisation Centrale de Planification qui sera responsable de l’élaboration des plans de développement à l’échelle nationale. Ces plans déterminent les priorités du gouvernement pour les cinq années suivant leur publication et ont une influence capitale sur le financement et l’implication étatique dans certains dossiers (Shabana, 2017, 3972). Quelques années plus tard, le tout premier plan de 1970 à 1975 souligne le rôle incontournable joué par les bibliothèques dans l’amélioration des services culturels et éducatifs et, par conséquent, la nécessité d’élargir le réseau des bibliothèques publiques. La priorité est alors accordée à l’enrichissement des collections et l’acquisition de l’équipement nécessaire au bon fonctionnement des bibliothèques (Shabana, 2017, 3972). Le Décret Royal M/45 fonde, en 1972, la Fondation du Roi Abdulaziz pour la Recherche et les Archives (aussi surnommée « Darah »), une organisation gouvernementale indépendante dédiée aux documents patrimoniaux et qui constitue l’une des principales institutions archivistiques du pays (Shabana, 2017, 3979). En 1975 paraît le second plan de développement qui précise les projets du royaume quant à son système de bibliothèques : un programme de rénovations et de reconfiguration des bibliothèques publiques est mis en place (Siddiqui, 1995, 25) et dix nouveaux établissements sont ouverts (Shabana, 2017, 3972). Au cours des années 80, grâce aux revenus générés par l’augmentation du prix du pétrole, d’importants moyens sont déployés pour la construction du siège principal de la Bibliothèque publique du Roi Abdulaziz et le développement de ses diverses branches, ainsi que pour le financement d’une étude concernant la création future de la Bibliothèque Nationale du Roi Fahd (Shabana, 2017, 3973). Cette dernière bibliothèque verra officiellement le jour le 26 décembre 1990 lors de la ratification de la résolution n°80 par le Décret Royal M/9. Ce décret explicite les objectifs et fonctions de la bibliothèque, dont l’organisation de conférences et de foires du livre, ou encore la publication de bibliographies nationales (Shabana, 2017, 3973). Les plans de développement suivants continueront de souligner le rôle important joué par les bibliothèques dans la réussite scolaire et mentionneront la nécessité grandissante d’intégrer les technologies numériques au système des bibliothèques du royaume. En dehors des divers décrets qui officialisent la fondation de certaines institutions ou organisations spécifiques et des mentions inégales du milieu des bibliothèques et archives dans les plans de développement, très peu de lois permettent toutefois d’encadrer et d’appuyer le secteur des sciences de l’information de manière plus concrète. Cette lacune est déjà décriée par Khurshid en 1979 et Siddiqui en 1995 et peu de choses semblent avoir changé depuis (Siddiqui, 1995, 25).
Information complémentaire/particularités
Selon Siddiqui, le gouvernement saoudien est très préoccupé par l’état des bibliothèques et a intégré le rôle des bibliothécaires dans le plan national (Siddiqui, 1995). Les gouvernements devraient accorder plus d’attention au personnel des bibliothèques, à la formation, aux collections, aux installations, etc. Ensuite, Siddiqui affirme, alors que l’Arabie saoudite poursuit sa marche rapide vers le changement économique et social, que les services et les installations des bibliothèques et des sciences de l’information doivent être améliorés (Siddiqui, 1995). L’importance du travail des bibliothécaires et des bibliothèques doit être reconnue car ces derniers contribuent au développement social, éducatif et économique du pays. Le gouvernement doit apporter un soutien financier total aux bibliothèques pour améliorer leurs collections, leurs services, etc. Le royaume est confronté à un besoin urgent d’améliorer les bibliothèques publiques et d’encourager davantage de jeunes Saoudien.nes à occuper le poste de bibliothécaire. L’Arabie saoudite doit également rationaliser son programme d’éducation afin de mettre l’accent sur la bibliothéconomie, qui constitue l’un des moyens efficaces pour atteindre un niveau élevé d’alphabétisation au sein de la population (Siddiqui, 1995).
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