"

2 Allemagne

(Annie das Cadeias, Amel Goussem Mesrati, Elisabeth Genest)

Profil du pays

L’Allemagne (Deutschland) ou République fédérale d’Allemagne (RFA) est un pays d’Europe centrale avec une superficie de de 358 000 km2 (Atlas mondial, 2022). Elle partage sa frontière avec neuf pays : Le Danemark au nord, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France à l’ouest, la Suisse et l’Autriche au sud et la Pologne et la République Tchèque à l’est (Europa World, s.d.). Cette « nation tardive », comme la désigne les historiens est devenue un État fédéral en mai 1949 (Rouby, 2013, p.21) et réunifier après la chute du mur de Berlin en 1990 (Europa World, s.d.). Cet État fédéral avec les principes d’une démocratie parlementaire est composé de 13 états fédérés et de quatre grandes métropoles, comptant chacun plus d’un million d’habitants : Berlin sa capitale, Hambourg, Munich et Cologne (The World FACTbook, s.d.). Le gouvernement fédéral est composé d’un chancelier Bundeskanzler) élu majoritairement, d’un président (Bundespräsident) chef d’État et d’un parlement des Länder constitué de seize états possédants chacun leur constitution (Europa World, s.d.). Fondateur et membre de l’Union européenne, l’Allemagne compte une population de 84 millions d’habitants issus de nationalités différentes : 86,3 % d’Allemands, 1,8 % de Turques et 1% de Polonais, de Syriens et de Roumains (The World FACTbook, s.d.). La religion catholique romaine est majoritaire avec 22,6 millions de pratiquants et 20,7 millions membres de l’Église évangélique luthérienne (protestants) (Europa World, s.d.). L’ancienne monnaie officielle utilisée de 1948 à 2001 était le Mark allemand, qui a depuis 1999 été remplacé par l’Euro Europa World, s.d.).

​​Histoire

Du Moyen-Âge au XIX siècle

Depuis des siècles, ce pays a connu divers conflits qui ont longtemps étaient des obstacles d’uniformisation de la langue orale et écrite (Rouby, 2013, p.21). Les diverses populations étaient unies par « le parler germanique », mais les textes étaient en latin, inaccessible à la population (Rouby, 2013, p.21). La Réforme de Martin Luther permet à la langue allemande de devenir l’outil de développement culturel au début du XVIe siècle, notamment la langue officielle de la littérature allemande (Bogdan, 2003, p.17). L’histoire des bibliothèques en Allemagne débute au Moyen-âge et comme tout pays aux valeurs religieuses, c’est dans les monastères qu’on retrouve les premières bibliothèques (Syré et Seefeldt, 2014, p.11).

Au XVe siècle, l’invention de l’imprimerie par Johannes Gutenberg permet une rapide diffusion des idées de la Réforme et la création de plusieurs bibliothèques (Syré et Seefeldt, 2014, p.11). Après la Réforme, qui divise les territoires entre les catholiques et les protestants, plusieurs bibliothèques monastiques ont été détruites et leurs collections sont transférées dans les bibliothèques universitaires (Syré et Seefeldt, 2014, p.11). Au cours des siècles suivants, plusieurs types de bibliothèques font leurs apparitions, comme les bibliothèques de cour allemande ; ces bibliothèques profitent surtout à la noblesse (Syré et Seefeldt, 2014, p.12). On doit attendre au 19e siècle pour voir apparaitre les bibliothèques municipales, destinées à la classe moyenne (Wiegand et Davis, 1994, p.235).

Du XIXe siècle à la Deuxième Guerre mondiale

À partir du XIXe siècle, une nouvelle ère commence avec la construction de nouvelles bibliothèques en Prusse et le développement de la bibliothéconomie allemande (Syré et Seefeldt, 2014, p.13). Ces changements amènent un essor considérable dans les pratiques en bibliothèque : apparition des catalogues, des modes de classifications, conservation de livres, modifications des horaires, conditions de prêts, etc (Syré et Seefeldt, 2014, p.13). La Deuxième Guerre mondiale et l’arrivée du régime national-socialiste dès 1933 n’a pas eu uniquement comme conséquence la destruction des bibliothèques en Allemagne (Syré et Seefeldt, 2014, p.15). En effet, ce régime a complétement changé le paysage bibliothéconomique allemand, les bibliothèques universitaires et de recherches sont dorénavant sous le contrôle du régime (Wiegand et Davis, 1994, p.235) et soumis à des censures, c’est la fin de la liberté d’expression par la littérature (Syré et Seefeldt, 2014, p.15).

De 1945 à aujourd’hui

Après la fin de la guerre, les bibliothèques des Länder se sont unifiées après une longue séparation, de nos jours, cette structure n’a pas changé, puisque tout ce qui a trait aux affaires culturelles, dont le développement des bibliothèques, sont de la compétence des Länder (Rouby, 2013, p. 230).

Types de bibliothèques

Les bibliothèques allemandes se distinguent par la diversité de leurs types. Effectivement, des aspects comme l’histoire, les fonds – tant par leur taille que par leur composition –, les usagers, les missions qui sont confiées à ces bibliothèques et les fonctions qu’elles remplissent permettent, selon Syré et Seefeldt, de les regrouper en six catégories.

Bibliothèques nationales

La bibliothèque nationale allemande, la Deutsche Nationalbibliothek (DNB), la plus grande d’Allemagne, porte ce nom depuis 2006 seulement, celui-ci représentant la réunification de la nation en 1990, et plus précisément celle des institutions de Leipzig, créée en 1912, et de Francfort-sur-le-Main, créée en 1946. Elle remplit notamment la fonction de dépôt légal, auquel sont maintenant également tenus les documents publiés en ligne, et comme sa mission est axée sur la conservation, les documents dont elle dispose ne peuvent être que consultés sur place. À noter que cette préservation du patrimoine allemand par cette institution concerne les documents publiés en allemand seulement, puisque ceux publiés dans d’autres langues sont pris en charge par les bibliothèques des états de Berlin et de Bavière, « toutes les deux les héritières de bibliothèques de cour princière ; en raison de leurs collections hors du commun et de leurs nombreux services, elles exercent des fonctions nationales. ». (Syré et Seefeldt, 2013). Elles demeurent les deux plus importantes bibliothèques encyclopédiques scientifiques d’Allemagne.

Cette enseigne nationale abrite notamment le centre d’archives musicales, le centre de bibliographie de la nation et la Anne-Frank-Shoah-Bibliothek, dont la collection est dédiée à la littérature internationale sur la persécution et l’extermination du peuple juif, et de tout peuple ou communauté en souffrant.

Viennent compléter ce tableau les trois bibliothèques spécialisées centrales, soit les Zentrale Fachbibliotheken, qui se trouvent respectueusement à Hanovre (Bibliothèque d’information technique), Cologne (Bibliothèque centrale allemande pour la médecine) et Kiel (Bibliothèque centrale allemande pour les sciences économiques) et qui œuvrent chacune de façon exhaustive dans une discipline particulière des sciences appliquées.

Bibliothèques régionales

Elles sont une quarantaine à desservir leur région et quoi qu’elles varient en termes de taille, de fonds, de financement ou même de dénomination, elles remplissent toutes la même fonction spécifique : « […] collecter de la manière la plus exhaustive possible, d’archiver, de cataloguer et de mettre à la disposition du public toute documentation sur la région en question. » (Syré et Seefeldt, 2013). Et tout comme la Deutsche Nationalbibliothek publie une bibliographie nationale, ces Landesbibliothek et Staatliche Bibliothek publient une bibliographie régionale puisqu’elles assurent le dépôt légal de leur région respective.

Les bibliothèques régionales ont également comme mission, outre les services au public – dont le prêt, les expositions, les conférences et les concerts -, la mise en valeur des collections anciennes qui leur ont été léguées. (Syré et Seefeldt, 2013).

Dans les quelques cas où les régions ne possèdent pas d’une telle institution, la bibliothèque universitaire prend alors en charge cette mission; celle-ci se réflètant alors dans la nomenclature du lieu (par exemple : Universitäts- und Landesbibliothek, soit Bibliothèque universitaire et d’État).

Bibliothèques d’enseignement supérieur

Ce type englobe trois catégories sans distinction entre les institutions des domaines étatique, privé ou religieux, soit : les bibliothèques universitaires (Universitätsbibliotheken), les bibliothèques d’instituts spécialisés (Fachhochschulbibliotheken) et les bibliothèques d’établissements scolaires où les arts et la musique sont enseignés (Kunst- und Musikhochshulen).

Pour leur part, les bibliothèques universitaires tendent à se défaire du système de gestion traditionnel à deux niveaux, qui impliquait une bibliothèque centrale liée à la bibliothèque universitaire centrale, à laquelle s’ajoutait un nombre variable de bibliothèques autonomes pour leur part liées aux autres institutions, comme des facultés ou des instituts, et s’articulent sur un seul niveau d’où proviennent notamment les directives et les budgets.

Les bibliothèques universitaires partagent également leur mission, soit celle de servir la communauté étudiante et enseignante qu’elle désert en se concentrant sur les besoins que ceux-ci entretiennent quant à leurs études, la recherche et l’enseignement. Est-il possible pour toute autre personne de profiter des services offerts ? Oui, mais des frais pourraient être encourus.

Bibliothèques spécialisées

Ces bibliothèques ont pour mission de servir le public de l’institution publique, religieuse ou privée pour laquelle elles existent ; public souvent restreint, dont les besoins documentaires sont particuliers. À titre d’exemple, nommons les bibliothèques des parlements, des administrations ou des tribunaux, qui desservent leur état ou encore l’État fédéral, dont l’accès au public, s’il n’est pas refusé, est souvent restreint. D’ailleurs, nombre d’entre elles restent des bibliothèques où une seule personne qualifiée y est employée (aussi connu sous l’expression One Person Libraries, ou OPL). Toutefois, la plus grande partie des bibliothèques spécialisées est celle des bibliothèques scientifiques, soit au nombre approximatif de 2 800, oeuvrant dans une pléthore de domaines, dont les sciences naturelles, les sciences humaines, les sciences politiques, la religion et la théologie et la médecine. À titre d’exemples, nommons quelques lieux mis en lumière par Syré et Seefeldt : la bibliothèque du service météorologique de l’Allemagne (Deutscher Wetterdienst), la bibliothèque du Musée national germanique (Germanisches Nationalmuseum) et les bibliothèques de diocèse (comme la Erzbischöfliche Diözesan- und Dombibliothek).

La Bibliothèque centrale allemande pour les sciences économiques, la Deutsche Zentralbibliothek für Wirtschaftswissenschaften – Leibniz-Informationszentrum Wirtschaft (ZBW), dont on retrouve les établissements à Hambourg et à Kiel, pour sa part, est « la plus grande bibliothèque spécialisée en sciences économiques au monde. » (Syré et Seefeldt, 2013).

Bibliothèques de recherche

Outre les bibliothèques scientifiques spécialisées, il existe également des bibliothèques dites de recherche, sans toutefois être liées à une institution d’enseignement; il s’agit de bibliothèques de cour, Datant d’une époque ancienne, elles se spécialisent aujourd’hui, de par leurs fonds historiques irremplaçables, dans des domaines tels que l’histoire culturelle européenne des temps modernes (Bibliothèque Duc Auguste, soit la Herzog August Bibliothek) et le classicisme (Bibliothèque Duchesse Anna Amalia, soit la Herzogin Anna Amalia Bibliothek.) Ainsi, elles « soutiennent la recherche par une activité éditoriale, l’attribution de bourses et l’organisation de congrès internationaux. » (Syré et Seefeldt, 2013).

Bibliothèques de lecture publique

Il s’agit du type le plus répandu de bibliothèques en Allemagne, puisqu’elles seraient près de 11 900 localisations, dont plus de 4 000 dites confessionnales (soit 3 382 bibliothèques catholiques et 832 bibliothèques protestantes), celles-ci étant responsables des quelques 2 700 bibliothèques et médiathèques scolaires. (Mittler, 2012). Ce nombre comprend les annexes, celles-ci s’articulant autour d’une bibliothèque centrale dans les grandes villes afin de rendre accessible les documents aux habitants des divers quartiers, de même que les « […] équipements spécifiques logés dans des espaces » (par exemple : les artothèques, les bibliothèques dans les hôpitaux ou les bibliothèques mobiles représentées également sous le terme bibliobus et s’arrêtant devant écoles selon un horaire prévu). (Syré et Seefeldt, 2013). Les bibliothèques pour enfants, les Kinderbibliotheken, sont un autre exemple de ces espaces, de même que les espaces réservés aux enfants, les Kinderabteilungen.

Les bibliothèques scolaires, pour leur part, se différencient par leur emplacement ; lorsqu’elles sont intégrées au lieu qu’est l’école, elles se nomment Mediothek et ne sont pas prises en charge par un professionnel, contrairement à celles dites combinées, faisant elles partie d’un réseau de bibliothèques et étant dirigées par un professionnel. Ces dernières semblent faire office d’exceptions.

D’ailleurs, selon l’ouvrage « Des portails sur le passé et le futur – Les bibliothèques en Allemagne » paru en 2014, selon des données de 2012, près du 2/3 des bibliothèques municipales allemandes seraient gérées par des bénévoles.

Enfin, même si ces établissements ne sont pas des bibliothèques, mentionnons toutefois les Établissements étatiques de conseil pour les bibliothèques de lecture publique, les Staatliche Fachstellen für öffentliche Bibliotheken, qui ont pour mission notamment de soutenir la création, le développement des bibliothèques de lecture publique, de leur valorisation auprès du publique et des milieux politiques en rappelant le rôle primordial qu’elles jouent dans la société. Ces établissements ont également comme mission de réduire les écarts entre les villes et les régions éloignées afin que les habitants de ces dernières ne soient pas désavantagés.

Bibliothèques autres

Il existe en Allemagne une douzaine de bibliothèques pour les aveugles, les Blindenbibliotheken. Il y aurait également près de trois cents bibliothèques pour patients, celles-ci se trouvant notamment dans les cliniques privées. Des bibliothèques existent aussi pour les prisonniers, et d’autres enfin pour les militaires.

Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques

Le domaine de la bibliothéconomie en Allemagne a connu plusieurs grands changements au fil des ans. Depuis sa professionnalisation en 1893, en passant par la 2ème Guerre Mondiale et la réunification de l’Allemagne, il n’est pas surprenant de constater que ces événements ont eu des répercussions notables sur la formation et le domaine de la bibliothéconomie et des sciences de l’information au pays.

Aujourd’hui, le cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques ressemble beaucoup à ce qui se fait dans les autres pays d’Europe et d’Amérique du Nord. On retrouve donc plusieurs institutions de niveau postsecondaire offrant différents types de formation permettant aux diplômés et diplômées de travailler dans le domaine de la bibliothéconomie.

Selon Syré et Seefeldt, on retrouve 3 grands champs d’expertise. Soit le service scientifique qui nécessite le plus souvent une maîtrise universitaire, le service bibliothéconomique qui requiert un baccalauréat spécialisé ou une maîtrise, et les assistants de médiation et d’information (Syré et Seefeldt, 2013).

Pour travailler en tant qu’assistant de médiation et d’information, une formation professionnelle théorique et pratique de 3 ans est requise. La formation est idéale pour ceux et celles qui n’ont pas d’expérience de travail en bibliothèque, ni d’études antérieures connexes. De plus, ce programme permet aux étudiants de se spécialiser dans la concentration de leur choix : les bibliothèques, les archives, les lieux d’information et de documentation, les agences d’images et les documentations médicales (Syré et Seefeldt, 2013). Tel que le nom l’implique, cette formation s’agence avec une expérience pratique. Pour la spécialisation en bibliothèque, la Bibliothèque Nationale d’Allemagne offre chaque année la possibilité à 6 étudiants et étudiantes de participer à un stage payé d’une durée de trois ans (« Media and information services specialist, subject area: library », s.d., Deutsche National Bibliothek sur internet). Cette opportunité leur permet d’acquérir de l’expérience de terrain et de synthétiser leur apprentissage théorique.

En ce qui concerne le baccalauréat, il est normalement d’une durée de 6 à 7 trimestres et peut être personnalisable selon les objectifs de carrière. Par exemple, à l’Université Humboldt de Berlin, l’étudiant ou l’étudiante qui serait intéressé.ée à travailler dans une bibliothèque de musique peut choisir de combiner la majeure en bibliothéconomie et sciences de l’information avec une mineure en musique et média par exemple (« Information about the BA Programme in Library and Information Science », s.d., Université Humboldt de Berlin sur internet).

À la maîtrise comme au baccalauréat, on agence souvent bibliothéconomie et sciences de l’information afin de donner aux étudiants le plus de choix de cours possible. Toujours à l’Université Humboldt, la maîtrise, d’une durée de 4 trimestres, est bilingue (anglais et allemand) et comporte 4 modules obligatoires dont un stage en plus du module de thèse. Les modules obligatoires portent sur l’économie de l’information et sur les bibliothèques numériques. Par la suite, les étudiants peuvent se spécialiser en choisissant 3 modules en option parmi les 11 différentes orientations offertes. À la fin du programme, les diplômés et diplômées peuvent travailler dans les bibliothèques spécialisées, les centre d’archives, les maisons d’édition et en tant que directeur/gestionnaire de l’information dans un autre domaine (« Information about the MA Programme in Library and Information Science », s.d., Université Humboldt de Berlin sur internet).

Un doctorat et un postdoctorat sont également possibles dans certaines universités en Allemagne, comme à l’Université Humboldt. Pour être accepté dans le programme, certains prérequis sont demandés tels qu’un diplôme de 2ème cycle dans le même domaine ainsi que de bons résultats scolaires (« Doctorate and Postdocotoral Qualification », s.d., Université Humboldt de Berlin sur internet).

Association des bibliothèques

L’Association des bibliothèques allemandes (Deutscher Bibliotheksverband e.V., dbv) représente toutes les bibliothèques de chaque type et de toute taille, présentes dans l’Allemagne, soit environ 2 000 bibliothèques (Bibliotheksverband, s.d.). C’est en Allemagne de l’Ouest que l’Association voit le jour en 1949, en tant qu’association générale de toutes les bibliothèques (Bibliotheksverband, s.d.). Du côté de la RDA (République démocratique allemande), c’est la Bibliotheksverband der Deutschen Demokratischen Republik qui voit le jour en 1964 à Berlin (Bibliotheksverband, s.d.). Après la réunification de l’Allemagne, un assemblé s’est tenu pour fusionner les deux associations est former l’actuelle Deutscher Bibliotheksverband (Syré et Seefeldt, 2014, p.70). La dbv fédère plusieurs institutions et deux associations indépendantes, l’Association Professionnelle de l’Information sur les Bibliothèques (BIB) et l’Association des Bibliothécaires allemands (VDB), regroupées sous l’appellation Bibliothèque et Information allemande (BID) on retrouve le Goethe-Institut et le Groupe de Prestation de Services pour les Bibliothèques (Seefeldt, 2019). De plus, différents organes jouent un rôle de soutien dans la réalisation de différents objectifs de l’Association (Bibliotheksverband, s.d.).

L’objectif principal de la Deutscher Bibliotheksverband est de renforcer les bibliothèques pour permettre un accès à l’information à tous les citoyens (Bibliotheksverband, s.d.). De plus, sa mission est de mettre « en lumière l’impact des bibliothèques sur la culture et l’éducation et de renforcer leur rôle dans la société » (Syré et Seefeldt, 2014, p.70). Notamment, la dbv a comme aspiration la promotion et la coopération de la bibliothéconomie et pour se faire elle détermine des politiques qui lui permettent de prendre position, émettre des avis et des recommandations (Syré et Seefeldt, 2014, p.70).

On retrouve plusieurs missions dans la palette de l’Association notamment :

  • Présentation publique des objectifs et des fonctions des bibliothèques ;
  • Information du public concernant les objectifs et les fonctions des bibliothèques, mais aussi leurs déficits et leurs problèmes ;
  • Travail de lobbying et de contact auprès des parlements et des ministères au niveau de l’État fédéral et des Länder et auprès des organisations centrales municipales et des collectivités ;
  • Recherche de solutions unifiées et efficaces sur des questions bibliothéconomiques et participation à leur mise en œuvre ;
  • Introduction d’une recherche scientifique sur la bibliothéconomie allemande ;
  • Mise en place de mesures d’aide avec la Deutsche Forschungsgemeinschaft, le ministère fédéral de l’Éducation, le Délégué aux affaires culturelles et aux médias et la Kultusministerkonferenz der Länder (KMK : Conférence des ministères de l’Éducation et des Affaires culturelles des Länder) ;
  • Organisation et mise en œuvre de sessions d’information et de formation continue professionnelle ;
  • Élaboration et mise à disposition d’informations ;
  • Incitation à la coopération interdisciplinaire et interrégionale de toutes les bibliothèques ;
  • Coopération européenne et internationale et échanges d’expériences en bibliothéconomie.

(Syré et Seefeldt, 2014, p.70-71).

Finalement, l’Association est engagée au développement des services en bibliothèques et les soutient, dans les domaines « de la maîtrise de l’information et de la formation aux médias, de la promotion de la lecture et de la participation culturelle et sociale de tous les citoyens » (Bibliotheksverband, s.d.). Depuis 2022, le dbv est inscrit au registre des lobbies du Bundestag allemand (Bibliotheksverband, s.d.). Son numéro est le suivant : R003275

Cadre législatif

La Bibliothèque Nationale d’Allemagne (Deutsche Nationalbibliothek) est la bibliothèque centrale du pays. Fondée en 1990 à la suite de la réunification allemande, elle se charge de collectionner, de répertorier et d’archiver tout document textuel, iconographique et audio ayant été publié sur le territoire allemand depuis 1913. Elle se donne également comme mission de rassembler tout document médiatique publié à l’étranger et écrit en allemand ainsi que les œuvres portant sur l’Allemagne (« Portrait of the German National Library », s.d., Deutsche Nationalbibliothek sur internet). En 2006, la Bibliothèque Nationale d’Allemagne a décidé d’inclure à ses activités la collecte des documents numériques à son mandat tels que les livres numériques, les livres audio et les sites web (« Our collection mandate », s.d., Deutsche Nationalbibliothek sur internet).

Afin de bien encadrer les activités de préservation du patrimoine documentaire du pays, plusieurs lois ont vu le jour, telles que la Loi sur la Bibliothèque Nationale d’Allemagne qui inclut le Dépôt Légal. Grâce à ces deux lois qui servent de fondation, les domaines de la bibliothéconomie, des sciences de l’information et des archives peuvent donc aller de l’avant avec leurs missions et leurs mandats respectifs.

Le dépôt légal de la Bibliothèque Nationale d’Allemagne permet une collecte qui est complète (nonbiaisée) et qui inclut tout type de publication, quel que soit le sujet ou le format du document. Il veille donc à la préservation des documents physiques, non physiques ainsi que des sites web. Plus précisément, le dépôt légal oblige toute personne, institution ou compagnie, d’envoyer automatiquement 2 copies de tout document physique publié à l’intérieur des frontières allemandes à la Bibliothèque Nationale d’Allemagne. Pour les publications numériques, une seule copie est nécessaire à l’envoi sauf dans le cas où le document aurait été publié dans 2 formats différents, soit en format numérique et en format papier. Dans ce dernier cas, la loi oblige que le détenteur des droits du document envoie les 2 documents dans les 2 versions différentes (« Our collection mandate », s.d., Deutsche National Bibliothek sur internet).

L’archivage web à la Bibliothèque Nationale d’Allemagne est une autre activité faisant partie du mandat de préservation du patrimoine culturel. Les archives web de la Bibliothèque contiennent des copies de sites qui ont été publiés et qui portent sur certains sujets, évènements et institutions spécifiques. Pour consulter la collection, la Bibliothèque Nationale collabore avec Internet Archives et International Internet Preservation Consortium (IIPC) qui s’occupe de diffuser la vaste collection sur leur plateforme web (« Web archiving », s.d., Deutsche National Bibliothek sur internet).

La loi allemande sur le droit d’auteur et les droits voisins entrée en vigueur le 9 septembre 1965 encadre le prêt en bibliothèque et le droit de reproduction d’une œuvre protégée. L’article 27(2) permet aux bibliothèques de prêter des œuvres (littéraires, musicales…etc.) pour un temps limité. L’article 60e, consacré aux bibliothèques, leur permet de reproduire une œuvre protégée à des fins de conservation mais aussi afin de permettre l’accès, le catalogage, l’indexation et la restauration du document (« Act on Copyright and Related Rights Act on Copyright and Related Rights », le 23 juin 2021, Federal Ministry of Justice sur internet).

Le prix unique du livre est également une loi qui vise à protéger le prix de chaque livre vendu en Allemagne. Comme le mentionne les auteurs Syré et Seefeldt, le prix unique du livre n’existe pour aucun autre produit en raison du fait que le livre est considéré en Allemagne comme bien culturel et non comme simple produit de consommation. De plus, le livre bénéficie d’une réduction importante du taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), allant de 19 à 7% (Syré et Seefeldt, 2013).

Information complémentaire/ particularités

Une des particularités de l’Allemagne depuis la dernière décennie est la crise migratoire qu’elle a connue en 2015. Plus d’un million et demi de migrants sont partis du Moyen-Orient, de l’Afrique et de l’Asie du Sud pour venir s’établir sur le territoire allemand et demander l’asile. Cette crise migratoire sans précédent a laissé l’Allemagne avec un grand défi à relever. Surtout à Hambourg, ville du nord, qui a dû accueillir d’urgence 66 000 réfugiés sur une population de seulement 1.83 millions (« Dialogues for integration: Hamburg libraries help refugees find their way », s.d., IFLA sur internet). C’est alors que les bibliothèques sont venues prêter main forte aux nouveaux venus, notamment en aidant les migrants à mieux s’intégrer dans leur pays d’accueil. Grâce à la bibliothèque publique de Hambourg (Bücherhallen Hamburg) et au centre d’éducation pour adultes de la ville (Volkshochschule), les nouveaux migrants ont eu un endroit dédié afin de les aider à pratiquer l’allemand gratuitement. Le programme “ Dialog in Deutsch ” propose 109 groupes de conversation dans 33 bibliothèques, le tout étant organisé et supervisé par 270 bénévoles. Depuis les débuts du programme, près de 40 000 migrants ont participé aux activités proposées et 2 groupes de conversations se sont ajoutés à l’offre du programme afin de satisfaire les différents niveaux de langue (« Dialogues for integration: Hamburg libraries help refugees find their way », s.d., IFLA sur internet). Grâce aux bibliothèques et à leurs nouvelles missions d’incorporer les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies à leur propre mandat, les réfugiés ont bénéficié d’un troisième lieu et d’un accès direct menant à l’intégration d’une nouvelle communauté. Selon l’International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA) ce programme répond à 6 des 17 objectifs établis afin de combattre l’extrême pauvreté, réduire les inégalités et protéger la planète (« Dialogues for integration: Hamburg libraries help refugees find their way », s.d., IFLA sur internet).

Références

Allemagne, ministère fédéral de la justice (2021, 23 juin). « Act on Copyright and Related Rights Act on Copyright and Related Rights ». Consulté le 21 déc. 2022. https://www.gesetze-im-internet.de/englisch_urhg/englisch_urhg.html

Atlas mondial Ulysse N. éd. (2022). Archambault.

Bogdan, H. (2003). Histoire de l’Allemagne : de la Germanie à nos jours. Perrin.

Buzas, L. (1986). German library history, 800-1945 (traduit par W.D. Boyd). McFarland & Company.

Dbv Gremien. (s. d.). Consulté 21 décembre 2022, à l’adresse https://www.bibliotheksverband.de/gremien

Dbv Über den Verband. (s. d.). Consulté 21 décembre 2022, à l’adresse https://www.bibliotheksverband.de/ueber-den-verband

Deutsche Nationalbibliothek. Media and information services specialist, subject area: library. Consulté le 21 déc. 2022. https://www.dnb.de/EN/Beruf-Karriere/fachangestellte/fachangestellte_node.html

Deutsche Nationalbibliothek. Portrait of the German National Library. Consulté le 21 déc. 2022. https://www.dnb.de/EN/Ueberuns/Portraet/portraet_node.html#doc264230bodyText2

Deutsche Nationalbibliothek. Our collection mandate. Consulté le 21 déc. 2022. https://www.dnb.de/EN/Professionell/Sammeln/sammeln_node.html

Deutsche Nationalbibliothek. Web archiving. Consulté le 21 déc. 2022. https://www.dnb.de/EN/Professionell/Sammeln/Sammlung_Websites/sammlung_websites_node.html

Elmar MITTLER, « Un aperçu des bibliothèques du futur en Allemagne », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2012, n° 1, p. 71-77. En ligne : https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2012-01-0071-001 ISSN 1292-8399.

Germany. (2022). Dans The World Factbook. Central Intelligence Agency. https://www.cia.gov/the-world-factbook/countries/germany

Germany | Overview | Europa World | Taylor & Francis eBooks, Reference. (s. d.). Consulté 21 décembre 2022, à l’adresse https://www.europaworld.com/country/Germany?id=de

Germany | Profile | Europa World | Taylor & Francis eBooks, Reference. (s. d.). Consulté 21 décembre 2022, à l’adresse https://www.europaworld.com/country/Germany/intro-survey?id=de.is-de.is.1

Gernot U. GABEL, « La plus grande bibliothèque économique du monde », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2007, n° 6, p. 110-112. En ligne : https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2007-06-0110-017 ISSN 1292-8399

IFLA. Dialogues for integration: Hamburg libraries help refugees find their way. Consulté le 21 déc. 2022. https://librarymap.ifla.org/stories/Germany/DIALOGUES-FOR-INTEGRATION:-HAMBURG-LIBRARIES-HELP-REFUGEES-FIND-THEIR-WAY/131

Panorama des bibliothèques allemandes. (s. d.). @GI_weltweit. Consulté 21 décembre 2022, à l’adresse https://www.goethe.de/ins/fr/fr/kul/dos/nlc/21613640.html

Plassmann, E., Rösch, H., Seefeldt, J., Umlauf, K., Askey, D., & Askey, J. D. (2014). Libraries and the Information Society in Germany: An Introduction (1st ed.). Harrassowitz Verlag. https://doi.org/10.2307/j.ctvc2rkr4

Rouby, F. (2013). Allemagne. Dans F.Rouby (dir.), Europe : histoire, nations, identités. Ellipses.

Syré, L. & Seefeldt, J. (2013). Les bibliothèques en Allemagne. Dans : Frédéric Blin éd., Les bibliothèques en Europe: Organisation, projets, perspectives (pp. 229-245). Paris: Éditions du Cercle de la Librairie. https://doi.org/10.3917/elec.blin.2013.01.0229

Syré, L. & Seefeldt, J. (2014). Des portails sur le passé et le futur

Les bibliothèques en Allemagne (4e éd ) (traduit par L.Rebout et V.Majer). https://bideutschland.de/wp-content/uploads/2021/11/Portale-franzo%CC%88sisch-4.-Aufl.pdf

Schmitz, W, Greguletz, A et Hacker, R. (1994). Germany. Dans Wiegand, A et Davis Jr, D.G. (dir.), Encyclopedia of Library history. Garland.

Université Humboldt de Berlin. Information about the BA Programme in Library and Information Science. Consulté le 21 déc. 2022. https://www.ibi.hu-berlin.de/en/teaching/study-programs/bachelor

Université Humboldt de Berlin. Information about the MA Programme in Library and Information Science. Consulté le 21 déc. 2022. https://www.ibi.hu-berlin.de/en/teaching/study-programs/master

Université Humboldt de Berlin. Doctorate and Postdocotoral Qualification. Consulté le 21 déc. 2022. https://www.ibi.hu-berlin.de/en/research/phd_post-doc/phdpostdoc

Licence

Symbole de License Creative Commons Attribution - Pas d’utilisation commerciale - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International

Bibliothèques à l'international : un manuel ouvert. Tome 3 Droit d'auteur © 2022 par Adèle Couture; Ana Catalina Alvarado; Anabelle Vacher; Andréa Casciano; Andréanne Bessette; Annie Paquin; Annie das Cadeias; Annie-Claude Duchesne-Perron; Amel Goussem Mesrati; Amélie Rocheleau; Amélie Rols; Ariane Sanchez; Arianne Bouchard-Fauteux; Armelle Christin; Béatrice Langevin; Bernus Amoussouga; Caroline Blais; Cassandra Tardif; Catherine Moreault; Charles-André Blain; Charlotte Lachance; Colette Leduc; Delphine Cado; Elisabeth Genest; Emilie Tron; Éric Le Ray; Erika Paquette-Lauzon; Eva Yakauchuk; Emmy Poitras; Fany Alvarado; Fatima Zelazel; Fatma Doumbia; Faye Daw-Yi Fung; Florian Alatorre; François Duquette; François Saintonge; Frédéric St-Sauveur; Ganaëlle Roberge; Geneviève Larocque; Josiane Ferron; Karine Massé; Lamia Boumsied; Laura Simard-Lemaire; Laurence Martin; Léa Rose Tremblay; Lou Andrysiak; Louise-Marie Picard; Marianne Giroux; Marielle Roy; Maxime Laprade; Mathieu Sirois; Mélanie Beaulieu; Mylène Chouinard; Mylène Lalonde; Monique Bernal; Nicolas Des Groseillers; Olivia Valentini; Ronel Kevin Attigbe; Roselyne Gendron; Sabrina Mac Gregor; Sarah B.; Sergio Estrada; Shadi Abdoli; Sophia Ouhnana; Thibaut Thierry; Thomas Sieber; Valérie Grégoire; Vladimir Lorcencov; Viviane St-Arnaud; et Charles-Antoine West est sous licence License Creative Commons Attribution - Pas d’utilisation commerciale - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International, sauf indication contraire.

Partagez ce livre