5 Bolivie
(Ana Catalina Alvarado, François Duquette, Sergio Estrada, Fany Alvarado)
Profil du pays
L’État plurinational de la Bolivie est une république démocratique située en Amérique du Sud avec une population de 11 millions d’habitants (Klein, 2021, 271). La devise de la Bolivie est « L’union fait la force » et le nom du pays est en l’honneur du soldat Simon Bolivar, un personnage dans la Guerre d’Indépendance de 1809 (World Factbook, 2022). Son territoire fait 1098000 km2 (Oporto Ordóñez, 2013) et se divise en 9 parties géographiques dont fait partie la cordillère des Andes. La langue principale est l’espagnol mais on y recense 37 langues officielles en raison de sa forte diversité ethnique. En effet, la Bolivie compte 33 communautés autochtones distinctes représentant 62% de la population totale (Civallero, 2008). Côté religion, il n’existe pas une grande disparité car la grande majorité de la population est chrétienne. En ce qui concerne l’économie, la Bolivie est un grand producteur d’hydrocarbure, alors que 48% du budget d’État proviendrait du marché pétrolier (Klein, 2021, 289). Outre ses activités agricoles et minières qui ont toujours été lucratives, la Bolivie est également le 3e pays avec le plus de cocaïne au monde. Malgré une hausse importante de réformes sociales, 37% de la population bolivienne vivrait encore sous le seuil de la pauvreté (World Factbook, 2022). Néanmoins, l’espérance de vie est passée de 40 ans en 1950 à 71 ans en 2020 (Klein, 202, 271). Depuis 2019, le pays traverse une crise politique pour remettre au pouvoir Evo Morales, mais c’est Luis Arce qui va être élu, lui aussi membre socialiste du MAS. Le pays vit dès lors des tensions à Santa Cruz, notamment une grève générale dont l’objet serait le choix de la date du prochain recensement national. Le recensement serait prévu pour 2024 mais selon certains, il serait obsolète depuis dix ans (R.F.I, 2022) et la date devrait être avancée. Ce recensement permettrait d’améliorer les conditions de vie d’une partie du pays puisqu’il y aurait une grande disparition entre les régions (Radio France, 2022).
Histoire
Avant la colonisation de l’Espagne de 1532 en territoire bolivien, il y avait l’empire de Tiwanaku en 1000 ainsi que l’empire Inca en 1100. Le début de la colonisation espagnole frappe les communautés autochtones d’épidémies, ce qui va avoir comme conséquence un faible poids sur la scène politique du pays (Fisbach, 2021, 14). Il va y avoir des révoltes autochtones au XVIIIe siècle alors que l’on voit apparaître un nouveau groupe social métis d’enfants entre Espagnols et Autochtones (Fisbach, 2021, 28). Lors de la Guerre d’indépendance bolivienne qui dura de 1809 jusqu’à 1825, les autochtones et les esclaves noirs seront sollicités pour des guérillas contre la couronne espagnole (Fisbach, 2021, 32). Ces groupes vont s’émanciper de leur servitude alors que la population devient de plus en plus homogène. Cependant, cela ne crée pas d’équilibre social entre les différentes ethnies (Fisbach, 2021, 43) et même aujourd’hui il existe une forte disparité entre les groupes ethniques et les régions administratives. Malheureusement, la fin du régime espagnol laisse le pays fragile et sa perte du monopole du commerce colonial va faire place à plusieurs dictatures voulant mettre les mains sur l’économie (Fisbach, 2021, 38). En 1880, le secteur minier fait qu’il y a une forte croissance économique (B.N.M, 2013). Les mines vont d’ailleurs être au centre des revendications de la Guerre du Pacifique de 1879 à 1884, où le Chili voulait accaparer le marché détenu par des compagnies privées (Fisbach, 2021, 49). La Bolivie va perdre cette guerre ainsi que celle de l’Acre en 1899, combattant cette fois le Brésil pour le territoire de l’Acre. En 1942, on voit apparaître le mouvement révolutionnaire national, ce qui conduira à un État militaire socialiste. Éventuellement, l’ordre oligarchique va reprendre son cours mais le nationalisme va continuer à prendre une place dans la politique. Grâce aux organisations syndicales et paysannes, plusieurs réformes progressistes vont apparaître dans le pays (Fisbach, 2021, 105). En 1952, on voit l’apparition du suffrage universel et la nationalisation des mines, puis en 1953 une redistribution des terres aux paysans (Fisbach, 2021, 106). En 1966, Che Guevara crée l’Armée de la libération nationale de la Bolivie afin de renverser la dictature appuyée par la CIA. Dans les années 1980 à 2000, on verra une succession de présidence visant à réduire la dette du pays. En 2005, la Bolivie élit le président Eva Morales, qui représente la première figure politique de renommée pour les populations autochtones (Fabricant, 2021, 1). Morales va contribuer à la réclamation de territoires autochtones, à la réécriture de la constitution afin que les Autochtones accèdent à la citoyenneté à part entière, il va redéfinir l’État comme plurinational et il va nationaliser le secteur des hydrocarbures, cela permettant la création de plusieurs réformes sociales (Fabricant, 2021, 1).
Types de Bibliothèques
Dans son étude, Oporto signale comme processus fondateur de la trajectoire historique des bibliothèques publiques en Bolivie la guerre d’indépendance (1809-1825), vu la fondation de la première bibliothèque publique de la République naissante l’année de la fin de la guerre d’indépendance. Toutefois, il a identifié ses antécédents bien avant, dans la curieuse et surprenante forme de la transmission du savoir par l’histoire orale, qui reposait dans le cerveau bien soigné des amawtas, les sages de l’Empire Inca. Puis, à l’époque coloniale, les fonctionnaires et les illustrés espagnols ou américains cultivaient leurs bibliothèques privées, les premiers avec des buts administratifs et les deuxièmes au sein des clubs secrets, espaces d’échange révolutionnaire par excellence. (Oporto, 2016, p. 76) Au moment actuel, on peut identifier en Bolivie ces types des bibliothèques:
Bibliothèque National
En tant qu’Archives et Bibliothèque Nationale, la Biblioteca Nacional de Bolivia reçoit les dépôts légaux des publications du pays. Elle est située à Sucre, capitale administrative de la Bolivie. Cette bibliothèque dépend de la Fundación cultural del Banco Central de Bolivia. (Section culturelle de la Banque centrale du pays). Dans son site internet, la bibliothèque se présente comme la suite de la Biblioteca Pública de Chiquisaca, celle que nous avons signalées plus haut comme première bibliothèque de la République fondée en 1825.
Bibliothèques Générales
- Bibliothèques attachées à la Bibliothèque National:
La Biblioteca Nacional est la plus importante parmi ce groupe de Bibliothèques Publiques non spécialisées. En plus de sa mission de recevoir et de préserver le patrimoine publié au pays, elle a des succursales dans les 4 principales villes du pays. En parallèle, la Bibliothèque nationale a créé des bibliothèques patrimoniales, la Bibliothèque Scolaire Gunna Mendoza et fait partie du projet Biblioteca Virtual El Dorado (bibliothèque virtuelle).
- Bibliothèques municipales
La Bibliothèque Publique de La Paz est également une grande bibliothèque générale de longue tradition. Fondée en 1938, elle était en ces origines une bibliothèque fiscale qui est devenue une bibliothèque municipale. En 1945, la chambre du Livre de l’Argentine et la Faculté de Philosophie et des lettres de l’Université de Buenos Aires ont aidé à moderniser les services en formant 223 bibliothécaires et ont introduit une vision de la bibliothèque comme service culturel. Cette bibliothèque offre une vidéothèque nommée en l’honneur d’Amalia Gallardo, vu son travail pour propulser la critique cinématographique en Bolivie. La municipalité de La Paz a développé également un réseau de bibliothèques populaires roulantes qui visitent 13 maisons de la culture de la ville et les quartiers les plus éloignés.
En ce qui concerne le reste du pays, une vaste infrastructure de bibliothèques, soutenue par les administrations municipales, est répartie dans tout le pays. On peut dire qu’il s’agit d’un système de bibliothèque naturel, qui n’est malheureusement pas formulé en raison d’une politique nationale en matière de bibliothèque. Ils se caractérisent par un effort notable pour amener ces services aux confins des municipalités, en structurant de solides réseaux de bibliothèques populaires. Les exemples les plus notables sont ceux d’El Alto, Cochabamba et Santa Cruz de la Sierra. Il existe également des bibliothèques publiques municipales en plein développement à Tarija, Potosí, Oruro, Sucre et Trinidad.
Bibliothèques Universitaires
Les bibliothèques universitaires n’ont pas été exclues du soutien de l’État, mais leur histoire est mouvementée et liée à la création des universités.
La plus importante est la Biblioteca Universitaria Central, fondée par décret en 1930 par le ministère de l’Instruction publique. (cita, decreto). Le but de sa création a été de soutenir la recherche académique, mais aussi l’accès populaire aux connaissances. Il s’agit de la bibliothèque la plus importante de La Bolivie et compte avec un système de bibliothèques spécialisées.
Réseau de Bibliothèques ethnologiques
La population autochtone de la Bolivie constitue plus du 60% de la population totale du pays. Le texte Pueblos originarios y bibliotecas en Bolivia expose certaines expériences qui peuvent être mises en évidence, tant en ce qui concerne la récupération et la préservation du patrimoine lié aux peuples autochtones que les services d’information largement destinés à ces derniers. (Civallero, 2008, p.1)
La REDETBO (Red de información etnológica Boliviana: Réseau d’information ethnologique bolivienne) est une structure qui fonctionne depuis 2000 qui compte neuf nœuds répartis dans toute la Bolivie et coordonnés par la bibliothèque MUSEF (Musée national d’ethnographie et de folklore). Les institutions membres sont APCOB (Apoyo para el Campesino Indígena del Oriente Boliviano), CEPA (Centro de Ecología y Pueblos Andinos), CERDET (Centro de Estudios Regionales para el Desarrollo de Tarija), CIDDEBENI (Centro de Investigación y Documentación del Beni), CIDDEBENI (Centro de Investigación y Centre de documentation de Beni), CIPCA (Centre de recherche et de promotion de l’agriculture paysanne), MACPIO (Ministerio de Asuntos Campesinos, Pueblos Indígenas y Originarios), la bibliothèque ethnologique de Bolivie à Cochabamba et la de Cochabamba et THOA (Taller de Historia Oral Andina)
Il est important aussi de mettre en relief Le CIDDEBENI, situé à Trinidad, Beni, lequel a soutenu des mouvements sociaux, politiques, économiques et culturels de groupes ethniques tels que les Sirionó, les Ignacianos, les Moxeños et les Tsimane. Elle a fait preuve d’une activité impressionnante, en s’impliquant dans des programmes de développement durable, la commercialisation des produits et la gestion des ressources naturelles. Sa bibliothèque vise à générer et à gérer les informations et géoréférences du département de Beni. Il s’est imposé comme un centre de documentation spécialisé dans les questions autochtones et environnementales, qui est essentiel pour conseiller les communautés et leurs actions.
En ce qui concerne directement les bibliothèques, fondée en 1981, la Bibliothèque ethnologique bolivienne est située à Cochabamba, à l’université catholique. Il s’agit de la plus grande et de la plus importante unité d’information sur l’ethnographie en Bolivie.
Bibliothèques militaires
Il existe trois grandes bibliothèques militaires en Bolivie, il y a la bibliothèque de l’Académie bolivienne de l’histoire militaire qui est composée d’une collection dont les sujets principaux sont la Guerre de l’Indépendance, la Guerre du pacifique et la Guerre du Chaco, mais elle y inclut aussi des collections de différents pays latino-américains dont les sujets portent sur, entre autres, les traités, les conventions internationales ou encore les informations militaires du début du 20e siècle (Oporto, 2013). La collection contient des documents tels que des livres, revues, lettres et films, et son usage est réservé aux étudiants de cette organisation (Oporto, 2013). Il y aussi la bibliothèque du ministère de la Défense nationale créée en 1942 et dont la collection est composée de publications militaires (Oporto, 2016). Pour compléter, la bibliothèque centrale des hautes études nationales a été créée par le gouvernement en 1960 (Oporto, 2016) et elle contient des exemplaires en lien avec la culture générale, les sciences, les technologies, l’économie et de doctrines militaires. Cette bibliothèque offre des services aux étudiants et aux doctorants de cette école (Oporto, 2016).
Bibliothèque du Congrès national
Jusqu’au début des années 1900, il n’y avait pas de bibliothèques dans la ville de La Paz qui permettait de répondre aux besoins d’information des législateurs (Oporto, 2013). De plus, l’État n’avait pas les moyens financiers pour répondre à ce besoin (Oporto, 2013). C’est pour cela qu’au début du 20e siècle, le congrès national a eu de sérieuses difficultés à documenter leurs actions législatives (Oporto, 2013). En effet, faute d’une bibliothèque pour leur fournir les informations essentielles sur notamment les diverses doctrines, jurisprudences ou législations, la prise de décision est devenue plus difficile au sein du Congrès national (Oporto, 2013). C’est seulement en 1911 qu’un sénateur de la ville d’Oruro en Bolivie, Moisès Ascarrunz, décida de présenter, à la suite de la constatation de cette lacune, un projet pour monter une bibliothèque législative au service du Congrès national (Oporto, 2013). En fait, celle-ci s’est constituée de dons de différents représentants nationaux et internationaux qui sont allés acheter par leurs propres moyens des livres pour créer cette bibliothèque, mais aussi de dons de là par de services d’archives de la Nation et des bibliothèques publiques (Oporto, 2013). Ainsi, grâce à l’appui de différents partis, avec ses 5000 exemplaires, la Bibliothèque nationale du Congrès a vu le jour en 1912 (Oporto, 2013).
Bibliothèques minières
Ce sont les syndicats de mineurs qui ont eu l’idée d’installer des bibliothèques dans les 37 syndicats des sociétés minières de la Bolivie (Oporto, 2013). À l’aide des cotisations prélevées sur le salaire des employés, le syndicat est allé faire l’achat de titres ayant pour sujet la science ou encore la révolution. En fait, pour les syndicats, les bibliothèques étaient perçues comme des outils libérateurs (Oporto, 2013). De plus, la compagnie Patino Mines, dont les amendes disciplinaires s’élevaient, en 1941, à une somme non négligeable, ont utilisé celle-ci pour faire l’acquisition de livres dans le but de créer des bibliothèques dans plusieurs sections de leur entreprise (Oporto, 2013). Suite à cela, la même entreprise a pris l’initiative d’installer des bibliothèques scolaires dans leurs centres d’enseignement, tout en créant des bibliothèques publiques dans leurs principaux camps miniers (Oporto, 2013).
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
L’école des sciences de l’information est très récente dans l’histoire des universités boliviennes. En fait, c’est seulement en 1970, lors d’un conseil au sein de l’université publique de San Andres, que la décision est prise de créer un titre de bibliothécaire auprès de l’établissement (Arteaga, 2007). Cette initiative émerge à la suite des conclusions tirées, dans le cadre d’un cours d’audiovisuel, offert par plusieurs experts des bibliothèques, du besoin de se doter d’un programme universitaire dont l’objet d’étude est les bibliothèques. Auparavant, c’était uniquement par l’entremise de cours ou d’ateliers que les compétences de bibliothécaires pouvaient se développer (Arteaga, 2007). Cependant, son développement a été très lent puisqu’en 1971 l’université a été fermée par le gouvernement en place (Arteaga, 2007). Lors de sa reprise, dû au manque de professionnels formés, l’école commence simplement à travailler avec des bibliothécaires expérimentés (Arteaga, 2007). C’est ainsi que l’école des bibliothécaires, aujourd’hui appelée bibliothéconomie et sciences de l’information, a vu le jour. D’ailleurs, c’est la seule école en Bolivie qui offre un programme qui permet de développer des compétences en sciences de l’information.
Objectifs du programme
Le programme qui encadre l’archivistique, la bibliothéconomie et en muséologie, c’est d’abord joint à la faculté de la philosophie et des lettres, qui est ensuite devenue la faculté des sciences humaines et de l’éducation. Au commencement, après 5 trimestres d’études, c’était un titre de technicien professionnel qui était octroyé. En 1988, un autre niveau d’étude est créé afin d’obtenir l’équivalent du baccalauréat dans notre système éducatif à l’exception près que c’est 4 ans d’études qui sont exigés pour obtenir cette mention. Ainsi, il est possible de constater qu’il existe plusieurs grades qui permettent d’obtenir un diplôme en sciences de l’information. D’abord, la technique professionnelle en sciences de l’information a pour but d’outiller les étudiants afin qu’ils puissent être en mesure de gérer la sélection, le traitement, automatique ou non, de l’information (UMSA, s.d). Il y a aussi un diplôme universitaire de 4 ans qui se situe entre la technique et la licence. Dans ce cas-ci, les mêmes compétences que celles du technicien sont développées, mais à cela s’ajoute la possibilité d’aller enseigner à titre de professeur au niveau collégial et universitaire (UMSA, s.d). La licence qui dure 8 semestres a plutôt pour objectif d’amener les étudiants à être en mesure, à la fin de leur étude, de gérer différentes instances dont le sujet est les sciences de l’information. La maîtrise qui existe depuis 2016 se présente comme un moyen d’acquérir des connaissances qui dépasse celle des frontières de la Bolivie, en offrant la possibilité, aux étudiants, de suivre des cours montés par des professionnels en provenance, par exemple, de l’Espagne ou du Mexique, mais pas seulement (UMSA, s.d).
Association de bibliothèques
Dans le contexte des bibliothèques du milieu du XXe siècle en Amérique latine, où des liens ont commencé à se tisser entre les professionnels et les promoteurs culturels, un organisme plus important a été promu en Bolivie pour organiser et renforcer le milieu des bibliothèques. La première de ces institutions a été l’Association bolivienne des bibliothécaires (ABB), créée en 1958 à la Universidad Mayor de San Andrés, avec le soutien de l’école d’administration publique. « Cette association ambitieuse a été créée dans le but d’atteindre certains objectifs, à savoir : a) faire de la bibliothéconomie une profession officiellement reconnue; b) élever le niveau professionnel des bibliothécaires par des études et une formation technique; c) parrainer des programmes d’enseignement en bibliothéconomie, des conférences, des séminaires, etc.; d) promouvoir la coopération et la coordination interbibliothèques à l’intérieur du pays; e) maintenir des relations et des échanges avec des organismes similaires au niveau national et international; f) encourager tous les mouvements culturels et le développement et la diffusion du livre et de l’industrie bibliographique; g) promouvoir la création de nouvelles bibliothèques sur tout le territoire de la république et d’activités liées aux livres et aux bibliothèques et h) encourager la formation d’un catalogue général de la bibliographie bolivienne (Porto, 2020) ». Après une série de réunions et d’efforts, l’Association bolivienne des bibliothécaires, sans pouvoir se positionner efficacement, a été laissée en sommeil jusqu’à s’éteindre. Deux ans plus tard (1960), l’Association des bibliothécaires de Chuquisaca a été créée et celle-ci existe encore aujourd’hui.
Le vide créé par le déclin de l’ABB a motivé les autres acteurs du secteur de la documentation à fonder le Comité national des archivistes, bibliothécaires et documentalistes en 1995 et le Comité départemental de La Paz en 1996, qui ont tous deux rapidement disparu. Dans une dernière tentative d’organiser le secteur, de donner plus d’importance à la formation des bibliothécaires et de promouvoir les évènements nationaux et internationaux liés au monde du livre et des bibliothèques, le congrès constitutif de l’Association des bibliothécaires et documentalistes de La Paz a été convoqué en août 2001. « Par surprise, six jours après cet événement, le nouveau conseil d’administration a prêté serment sans respecter la décision de l’assemblée telle qu’établie précédemment. Le nouveau conseil d’administration a décidé de prendre un nouveau nom : Asociación Departamental de Trabajadores de la Información, Archivistas, Bibliotecarios y Documentalistas de La Paz (Association départementale des travailleurs de l’information, des archivistes, des bibliothécaires et des documentalistes de La Paz), donnant ainsi naissance à une nouvelle institution » (Mendoza, 2006).
Avec le renforcement de la bibliothéconomie et des sciences de l’information, les associations ont joué un rôle secondaire, mais d’autres ont vu le jour et des associations locales de bibliothécaires ont été créées, comme l’indique le CERLAC dans son annuaire (s.d.), comme « l’Association des bibliothécaires d’Oruro, qui rassemble les collègues de la région et constitue également un réseau de soutien aux initiatives bibliothécaires et culturelles ». L’Association des bibliothécaires de Santa Cruz (ABCRUZ), qui vise à renforcer la profession de bibliothécaire et le travail dans la région. En outre, une organisation importante apparaît sur la scène, soit la Commission nationale des bibliothèques populaires (CONABIP), un organisme dépendant du ministère de la Culture de la nation qui promeut le renforcement des bibliothèques populaires en tant qu’organisation de la société civile et encourage leur appréciation publique en tant qu’espaces physiques et sociaux pertinents pour le développement communautaire et la construction de la citoyenneté. Une autre nouvelle association qui a émergé est l’Association des Bibliothécaires de Beni, organisée en 2008, dans le but d’obtenir de plus grands bénéfices pour les travailleurs des institutions documentaires et d’intégrer d’autres bibliothèques qui fournissent des services dans les différentes régions de ce département amazonien (Porto, 2020). Aux côtés de la première, l’Association des bibliothécaires de Quillacollo poursuit les mêmes objectifs.
Cadre législatif
Pour parler de la législation en Bolivie, il faut faire référence à sa courte histoire en tant que pays indépendant et à la rareté de la promulgation de lois en général, ce qui fait que les bibliothèques boliviennes ont une faible couverture juridique actuellement. Germán Busch promulgue une nouvelle Constitution politique de l’État en 1938 qui intègre dans son texte, pour la première fois dans l’histoire de la Bolivie, les régimes économiques, culturels et sociaux. Cette constitution a été conçue pour répondre essentiellement aux principes de justice sociale, qui garantissent une vie digne aux êtres humains. En ce sens, l’État a reconnu et garanti « l’existence légale des communautés indigènes et la promotion de l’éducation paysanne à travers les écoles indigènes » (Oporto, 2012). En 1960, le département de la littérature, des bibliothèques et des publications a été créé au sein de la direction générale de la culture du ministère de la Culture, de l’Information et du Tourisme, qui est ensuite devenu le département de la littérature, des bibliothèques, des archives et des publications, intégrant également l’imprimerie d’État. C’est ainsi qu’a été créé l’Institut bolivien de la culture, entité décentralisée du ministère de l’Éducation et de la Culture et qu’en 1974, la direction de la littérature, des bibliothèques, des archives et des publications a été transformée en Institut national d’histoire et de littérature.
À la fin des années 1970, la loi organique du ministère de l’Éducation et de la Culture a été adoptée et c’est ainsi qu’a débuté une réforme administrative qui a inclus les fonctionnaires des bibliothèques dans le cadre du système national du personnel et des carrières administratives. Les différents efforts politiques visant à améliorer la situation des bibliothèques ont été un peu timides et, en 1995, sous le gouvernement de Sánchez Lozada, une réforme de l’enseignement a été introduite, qui proposait de « créer des bibliothèques scolaires dans 200 unités d’enseignement dans tout le pays » (Oporto, 2016). Grâce à de gros investissements d’organisations mondiales, un programme d’édition a été mis en œuvre, mais il a finalement échoué. Les livres qui parvenaient aux écoles étaient enfermés dans des vitrines et le reste était laissé au repos dans les immenses entrepôts créés à cet effet.
Au début du XXIe siècle, l’Assemblée constituante de 2006 a intégré dans la nouvelle Constitution politique de l’État les compétences publiques relatives aux institutions documentaires du pays. Pour la première fois dans l’histoire nationale, les institutions de l’État, les 9 gouvernements départementaux et les 339 municipalités du pays sont dans l’obligation de développer des centres d’information et de documentation, des archives, des bibliothèques, des musées et des bibliothèques de journaux. L’événement le plus récent, d’une grande importance pour les bibliothèques boliviennes, a eu lieu le 29 avril 2013. Ce jour-là, la loi n° 366 sur le livre et la lecture d’Oscar Alfaro a été promulguée pour « promouvoir l’exercice du droit de lire et d’écrire dans des conditions de liberté, d’équité sociale et de respect de la diversité des expressions culturelles, en générant des politiques publiques, des plans et des actions visant à promouvoir l’écriture, la lecture et l’accès aux livres, à la création culturelle, littéraire, universitaire et scientifique » (Asamblea Legislativa Plurinacional de Bolivia, 2013). Cette loi s’articule autour de deux axes importants : d’une part, les bibliothèques publiques et privées ; d’autre part, le secteur de la chaîne du livre, et ce, dans le but de promouvoir une concurrence transparente entre l’État et l’industrie privée de l’édition et de parvenir ainsi à une production de livres dans les langues officielles de l’État plurinational. L’État bolivien s’est engagé dans cette transformation culturelle en mettant en œuvre le système plurinational d’archives et de bibliothèques, en créant le fonds d’édition de livres et le comité plurinational du livre et de la lecture.
Informations complémentaires/particularités
La Bolivie travaille fort pour promouvoir et encourager la pratique de la littératie dans le pays par la création de programmes dont deux sont nés en 2022. Le gouvernement a créé un programme de littératie qui pourrait se traduire par « La Bolivie lit » où on donne des certificats. Le programme a rejoint 20000 personnes, la majorité étant des femmes âgées venant de communautés rurales, dont beaucoup sont autochtones et n’avaient pas les ressources ni le temps d’aller à l’école car elles devaient travailler pour subvenir aux besoins de leurs enfants (Valdez, 2022). Alors qu’en 1995, 23% de la population était analphabète, ce pourcentage tombe à 2.7% aujourd’hui (Valdez, 2022). Il existe également en Bolivie un programme s’inspirant d’un modèle similaire créé au Brésil qui est conçu pour les prisonniers où ceux-ci peuvent se voir réduire leur sentence de certains jours ou semaines en échange de la réussite à des tests portant sur les lectures (Voice of America, 2022). Ce programme, « Les livres derrière les barreaux », fut instauré dans 47 prisons boliviennes qui n’avaient pas les moyens d’avoir des programmes d’éducation ou d’assistance sociale pour la réinsertion de leurs détenus. Cela leur permet de se donner plus de chance pour leur sortie et la lecture est un moyen de s’évader psychologiquement de leur environnement carcéral (Voice of America, 2022).
Références
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