3 Cambodge
Matis Caouette, Louis-Charles Lamontagne, Zina Mercier, Sandrine Scott, Caroline Talbot
Profil du pays
Le Royaume du Cambodge plus communément appelé Cambodge, est un pays situé en Asie du Sud-Est et limitrophe de la Thaïlande, du Vietnam et du Laos. Le pays est séparé en 20 provinces et sa capitale Phnom Penh est la ville la plus peuplée avec 2,2 millions d’habitants (ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, s. d.). Ancien protectorat français depuis les années 1860, le pays obtient son indépendance le 9 novembre 1953, après de nombreuses négociations entre le roi Norodom Sihanouk et Paris (Phung, 2011). En 1975, les Khmers rouges prennent le pouvoir et instaurent un régime autoritaire et communiste (Chandler, 2008). En conséquence de la prise du pouvoir par le Parti communiste et son chef Pol Pot, plusieurs centaines de milliers de personnes furent exilées et tuées durant ces quatre années de terreur. L’arrivée de l’armée vietnamienne met fin au régime des Khmers rouges, en 1979 (Université de Sherbrooke, s. d.). Le Cambodge est une monarchie constitutionnelle et un état unitaire. Le roi actuel est Norodom Sihamoni qui est monté sur le trône à la suite à l’abdication de son père en 2004. En 2023, Hun Manet succède à son père Hun Sen après 30 ans, au poste de premier ministre (ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, s. d.). La langue officielle du pays est le khmer, aussi appelé cambodgien, elle est la langue maternelle de 90 % de la population cambodgienne (Institut national des langues et civilisations orientales [INALCO], s. d.). Le Cambodge est membre de plusieurs organisations internationales, dont l’Organisation Nations unies (ONU) et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) (ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, s. d.).
Histoire des bibliothèques
C’est sous le protectorat français que le Cambodge a vu la naissance des bibliothèques. En 1911, un centre d’archives est créé dans la capitale Phnom Penh ayant pour but de conserver les différents documents produits par les administrations. Cependant, dès 1917, la faiblesse de cette autorité est notée non seulement pour l’entreposage des archives, mais aussi des livres. Il est donc décidé à procéder à la construction d’une bibliothèque (Jarvis, 1995). Le 24 décembre 1924, l’organisme colonial devient la Bibliothèque nationale du Cambodge (BNC) et est ouvert au public avec une collection de 2879 ouvrages (Jarvis, 1995). Bien qu’accessible, la bibliothèque accueille principalement des représentants du gouvernement et des étudiants français (Bywater, 1998). Cela peut notamment être expliqué par le fait que la grande majorité de la collection était composée de documents en français. Il faut attendre les années 50 avant que des livres en khmer soient ajoutés à la collection (Bywater, 1998). En 1921, une autre bibliothèque est fondée par le roi Sisowath. Cette dernière deviendra l’Institut bouddhique en 1930 (Bywater, 1998). Il est impossible d’ignorer l’impact du régime des Khmers rouges sur les deux bibliothèques. Cette période de quatre ans aura des conséquences majeures sur ces dernières. Dès 1975, la BNC voit ses portes être barrées et devient essentiellement un lieu d’entreposage de nourriture et d’outils de cuisine (Bywater, 1998 ; Jarvis, 1995). Les employés d’un hôtel voisin utilisent la bibliothèque comme logement. Elle fut même utilisée pour l’élevage de cochons (Bywater, 1998 ; Jarvis, 1995). Sans surprise, la collection de la bibliothèque fut grandement touchée alors que personne ne cherchait à conserver les ouvrages déplacés pour l’entreposage de la nourriture. Plusieurs livres furent même utilisés comme combustible pour alimenter des feux (Jarvis, 1995). Un sort similaire toucha la collection de l’Institut bouddhique qui avait au-dessus de 40 000 documents avant l’arrivée du régime des Khmers rouges (Bywater, 1995). Dans les années 1990, l’Institut avait à peine 6000 documents dans sa collection après en avoir envoyé une partie à la BNC (Bywater, 1988). Il est important de noter qu’une grande partie des documents des deux bibliothèques ont été perdus dû à une destruction volontaire des Khmers rouges (Ebihara et al., 1994). La BNC a aussi vu son équipe être décimée. À la fin du régime communiste en 1979, seulement six des 40 employés de la BNC étaient encore en vie (Bywater, 1995). Ces derniers ont fort probablement été victimes de la volonté du régime en place d’exécuter les personnes éduquées (Dean, 1990). Les deux bibliothèques pourront ouvrir à nouveau à la suite de la fin de la dictature, mais cette dernière aura laissé des séquelles importantes autant pour la perte de l’héritage culturel cambodgien que pour les nombreux intellectuels tués lors du règne de Pol Pot.
Types de bibliothèques
Le Cambodge, marqué par les bouleversements de son histoire, possède un certain retard dans le domaine de la documentation et des bibliothèques (Black, 2001, p.5). Les décennies de colonisation et de guerres, la dévastation d’un peuple et de sa culture sous le régime des Khmers Rouges ont laissé un paysage culturel profondément fragilisé, où la préservation et la diffusion de livres restent un défi majeur (Filliozat, 2000, p.445). La reconstruction d’un véritable réseau de bibliothèques et la promotion de la lecture demandent des efforts soutenus de la part de Cambodgiens natifs et de professionnels de la science de l’information volontaires. Pendant longtemps, les activités jugées économiquement non rentables, comme l’édition littéraire, les bibliothèques publiques et les arts créatifs sont marginalisés et dépendent de financements extérieurs pour s’améliorer (Peycam, 2011, p.29). Aujourd’hui, la mission commune des bibliothèques cambodgiennes est de renforcer l’accès aux ressources éducatives et de favoriser l’apprentissage à travers le pays afin de réduire les inégalités en matière d’éducation et de stimuler l’amour de la lecture chez les jeunes (Black, 2001, p.8). Depuis les années 1990, le Cambodge voit une croissance rapide dans les rénovations de ces anciennes bibliothèques et dans la création de nouvelles. En 2007, la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques rapporte que le Cambodge possède autour de 1150 bibliothèques de tous les types (IFLA, 2007, p.1). Actuellement, il est difficile d’estimer avec précision le nombre de bibliothèques, tous types confondus, sur le territoire cambodgien. Toutefois, leur nombre n’a pas cessé d’augmenter depuis 2007.
Bibliothèque nationale du Cambodge
L’histoire de la BNC ayant été décrite dans la section précédente, il sera plutôt question de son financement, sa collection, ses services et projets. La BNC répond au Département des Livres et de la Lecture qui fait partie du Ministère de la Culture et des Beaux-Arts dont la directrice de la bibliothèque, Khlot Vibolla, fait partie (Dara, 2022). En 2022, la bibliothèque avait 25 employés dont 22 bibliothécaires ce qui peut apparaître surprenant considérant que l’éducation en bibliothéconomie est assez limitée dans le pays (Dara, 2022). D’ailleurs, la bibliothèque reçoit même un financement de la France qui sert à des formations en bibliothéconomie pour ses employés. La collection de la BNC est composée de plus de 120 000 documents, la majorité concernant la préservation de l’héritage culturel du pays (Dara, 2022). Il en reste que la bibliothèque dépend beaucoup des dons des éditeurs afin de garnir son catalogue. La BNC est aussi grandement financée par des pays étrangers. Un rapport de l’IFLA mentionnait notamment le peu de subventions accordées aux bibliothèques au Cambodge, ce qui pourrait expliquer le financement étranger (IFLA, 1999). Pour la directrice de la bibliothèque, un des rôles principaux de la BNC est de promouvoir l’importance de la lecture. Pour ce faire, la BNC a accueilli le 10e Salon du livre cambodgien (Cambodian Book Fair) en décembre 2023 avec une prévision de 180 000 visiteurs (Socheata, 2023).
Bibliothèques publiques
À la suite de la chute du régime des Khmers rouges, il fallut attendre plusieurs années avant de voir une émergence de bibliothèques publiques. D’Amicantonio (1997) notait qu’elles étaient pratiquement « inexistantes » lors des années 1990. Une dizaine d’années plus tard, un rapport de l’IFLA semblait illustrer une tout autre situation. Le Cambodge avait en 2007, selon le rapport, 1100 bibliothèques publiques (IFLA, 2007). Il est bien de préciser que le représentant du Cambodge ayant répondu à la demande de l’IFLA a réquisitionné de ne pas être identifié ce qui pourrait rendre ces chiffres contestables. Par ailleurs, la population étudiante actuelle de Phnom Penh semble se plaindre de l’absence de bibliothèques publiques étant accessibles, et ce, dans la capitale (Kongieng, 2024). La population doit donc se tourner vers la bibliothèque universitaire ou bien la BNC qui ne sont pas toujours ouvertes à tous. Hok Sothik, directeur du SIPAR (infra.), lamente le fait que les quelques bibliothèques publiques de la capitale sont méconnues et que les gens ne les fréquentent pas (Kongieng, 2024). Il s’avère que les paroles de Sothik semblent être vraies : les bibliothèques retrouvées dans la capitale n’apparaissent pas possédées de site internet contrairement à la BNC ou bien la Hun Sen Library. La situation des bibliothèques publiques au Cambodge demeure donc nébuleuse. Le rapport de l’IFLA semble faire état d’une prolifération de ces dernières au début du 21e siècle, mais des informations récentes abondent dans un sens complètement différent.
Bibliothèques universitaires
Les bibliothèques universitaires ont été fortement impactées par les destructions commises sous le régime des Khmers Rouges. Dans les années 1990, le Cambodge concentre ses efforts sur la restauration et la réouverture des bibliothèques universitaires, afin de soutenir les étudiants dans leurs études (D’Amicantonio, 1997).
En 2007, l’IFLA recense 13 bibliothèques universitaires au Cambodge (IFLA, 2007, p.1). Parmi elles, la plus notable est la bibliothèque Hun Sen, anciennement appelée la bibliothèque royale d’Université de Phnom Penh. Construite en 1960, elle a été entièrement rénovée en 1996 et rouvre en 1997 (Bywater, 1998, p.223). La rénovation et le développement de sa collection, débuté en 1992, en font à l’époque, la bibliothèque la plus moderne et la plus fréquentée du pays (Bywater, 1998, p.224 ; D’Amicantonio, 1997). Grâce à ces efforts, la bibliothèque Hun Sen offre, pour l’époque, la meilleure collection de référence au Cambodge, ainsi que des installations modernes, comprenant des espaces de lecture, des zones informatiques et des espaces dédiés aux références et à l’assistance (D’Amicantonio, 1997). Elle bénéficie également de l’expertise d’un des rares bibliothécaires cambodgiens formés en science de l’information (D’Amicantonio, 1997). Cependant, le nombre exact des bibliothèques universitaires actuelles reste difficile à établir. Certaines bibliothèques remplissent en effet un double mandat comme la bibliothèque de l’Environnement soutient à la fois les membres du ministère et les étudiants travaillant sur des questions liées à l’environnement (D’Amicantonio, 1997).
Bibliothèques scolaires
Les bibliothèques scolaires jouent un rôle essentiel dans la promotion de l’éducation et de la culture de la lecture au Cambodge. Bien que leur développement rencontre encore des défis, plusieurs initiatives ont émergé pour améliorer l’accès aux livres et renforcer les infrastructures des bibliothécaires dans tout le pays. Depuis 2018, le ministère de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports a entrepris des efforts significatifs pour améliorer la qualité des programmes éducatifs. Parmi ces initiatives, on retrouve un programme de distribution de livres, comprenant des livres de contes et des ressources éducatives, dans plus de 1000 écoles réparties sur les 25 provinces du pays (The Asia Foundation, 2018). Ces bibliothèques nécessitent toutefois des ressources importantes, notamment des infrastructures physiques, du matériel et des équipements adaptés (Zelin, 2024). La Fédération des services éducatifs du Cambodge a soutenu l’idée de créer des bibliothèques dans les établissements d’enseignement afin d’aider les étudiants dans leurs études et d’aider la création d’une culture de la lecture (Zelin, 2024). Aujourd’hui, toutes les écoles primaires et secondaires possèdent des bibliothèques scolaires, environ 5400 bibliothèques (Kongieng, 2024), mais le ministère de l’Éducation n’a que récemment établi une norme pour la standardisation de ces espaces (Vibol, 2024). En effet, ceux-ci doivent être propres, bien ventilés, équipés d’air conditionné et disposer de ressources en livres adéquates (Vibol, 2024). Cependant, toutes les bibliothèques scolaires ne disposent pas des mêmes ressources ni de la même accessibilité. Une étude a montré que l’accès aux bibliothèques est souvent limité par les heures d’ouverture restreintes et le nombre insuffisant de livres (The Asia Foundation, 2024, p.20).
Dans ce contexte, des organisations ont créé des projets afin d’améliorer les habitudes de lecture. L’organisation Room to Read a soutenu plusieurs écoles en fournissant du matériel pour les bibliothèques, en formant les enseignants et les bibliothécaires, et en organisant régulièrement des activités de lecture (The Asia Foundation, 2024, p.10). La bibliothèque Joy of Reading offre un service de bibliothèque mobile où les livres sont transportés aux enfants de petits villages (Bywater, 1998, p.223). La Village Library Foundation a créé dix bibliothèques installées dans les maisons de volontaires locaux qui exposent les livres dans la cour des maisons, permettant ainsi aux enfants de venir les lire (Sreylin, 2021).
Bibliothèques spécialisées
Le Cambodge compte un nombre croissant de bibliothèques spécialisées. Parmi les plus anciennes, la bibliothèque de l’Institut Bouddhiste se distingue. Fondée en 1930 par le roi Sisowath, elle portait à l’origine le nom de « bibliothèque royale » (Bywater, 1998, p.224). Entre 1992 et 1998, elle a été entièrement reconstruite, avec pour objectif de reconstituer la collection longtemps considérée la plus riche en études orientales de toute l’Asie du Sud-Est (Bywater, 1998, p.224). Cette bibliothèque joue un rôle central dans la collecte de documents sur le bouddhisme et la philosophie, afin de les rendre accessibles aux bouddhistes du monde entier (D’Amicantonio, 1997). Aujourd’hui, modernisée avec des équipements technologiques, elle reste une ressource précieuse tant pour les chercheurs que pour les bouddhistes à l’échelle internationale (D’Amicantonio, 1997).
Le Cambodge abrite également des bibliothèques spécialisées abordant des problématiques contemporaines. La bibliothèque de l’organisation à but non lucratif Gender and Development for Cambodia (GADC) collabore avec le gouvernement royal du Cambodge pour promouvoir l’égalité des genres dans les structures de pouvoir de la société (GADC, 2022). Sa mission consiste à constituer une collection de documents sur les questions de genre, ainsi qu’à sensibiliser et former les individus à ces enjeux (GADC, 2022). De son côté, la bibliothèque de l’organisation Chab Dai se consacre à la collecte et à la mise à disposition de ressources traitant des inégalités sociales, culturelles et de genre, ainsi que de la pauvreté (Chab Dai, 2023). Son principal objectif est de documenter le trafic humain, de proposer des solutions à ce problème, et de soutenir les victimes (Chab Dai, 2023).
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
Au Cambodge, le manque de formation en ce qui concerne la bibliothéconomie est flagrant. En effet, l’IFLA mentionne cette problématique en parlant de l’étude effectuée en 2021 par Gina de Alwis sur le développement des opportunités accessibles aux professionnels des sciences de l’information dans les pays d’Asie. Dans cette étude, plusieurs défis entravant le développement d’une formation sont soulevés. Premièrement, l’absence d’études analysant le besoin de formation empêche d’atteindre ces besoins. Puisqu’il n’y a pas de formation au Cambodge directement, les coûts liés au déplacement dans d’autres pays afin de recevoir une formation en bibliothéconomie sont nombreux, non seulement concernant le voyagement lui-même, mais aussi pour permettre aux étudiants d’obtenir un congé étudiant de leurs autres obligations. Finalement, un autre obstacle soulevé par de Alwis (2021) est l’absence de ressources pour former ces futurs étudiants puisqu’il y a seulement trois bibliothécaires professionnels possédant une maîtrise en science de l’information au pays. L’IFLA recommande donc de développer de façon urgente un système en sciences de l’information, en débutant par un programme de formation en sciences de l’information ainsi que d’instaurer à nouveau l’association des bibliothécaires cambodgiens (IFLA, 2023). Dans un article du magazine de l’Université de Washington consacré à l’un des seuls bibliothécaires ayant une maîtrise en science de l’information du Cambodge, il est mentionné que l’accès aux études est compliqué pour tous les enfants provenant de familles défavorisées. Cette situation s’applique aux études secondaires, pendant lesquelles la majorité des enfants issus de la pauvreté vivent avec des moines bouddhistes. Pour ce qui est de Net, le bibliothécaire dont parle l’article, il a commencé par obtenir un diplôme à l’université nationale de gestion de Phnom Penh. Grâce à un partenariat, il a par la suite pu obtenir son diplôme de la maîtrise en sciences de l’information à l’université de Washington (University of Washington Magazine, s.d.). Ceci est un exemple de parcours qui a permis à ces trois bibliothécaires diplômés d’obtenir une formation en bibliothéconomie. Il est toutefois difficile pour les bibliothécaires cambodgiens de bénéficier de formations à l’international, car de nombreux pays occidentaux refusent d’accueillir les Cambodgiens afin de leur offrir une formation appropriée (Barritt et Barlett, 1990).
Pour ce qui est des autres bibliothécaires du pays, des formations accessibles directement au Cambodge sont parfois données par des organismes de la communauté internationale. C’est le cas par exemple de l’institut Raoul Wallenberg, une institut académique indépendante installée à l’université de Lund en Suisse. En 2017, l’institut avait organisé une série de formation pour les bibliothécaires du Cambodge en invitant le bibliothécaire de l’institut Raoul Wallenberg à former les bibliothécaires du centre d’études de lois humanitaires (CSHL) sur les ressources électroniques et les catalogues de bibliothèques. Les bibliothécaires ayant suivi les formations ont par la suite pu partager les connaissances qu’ils ont acquises dans le cadre de celles-ci avec les bibliothécaires des autres universités partenaires, comme l’université de Battambang et celle de Siem Reap (Raoul Wallenberg Institute, 2024).
L’absence presque totale de formation disponible aux bibliothécaires cambodgiennes et les difficultés que rencontrent ceux-ci lorsqu’ils tentent d’obtenir une formation à l’international doivent être prises en compte dans les discussions sur le cadre éducatif en science de l’information au Cambodge. Toutefois, il ne faut pas oublier le contexte historique et politique qui a mené à ce cadre éducatif (Barritt et Barlett, 1990).
Association des bibliothèques
L’association responsable de la promotion des bibliothèques, de la lecture et de l’éducation au Cambodge se nomme SIPAR (Soutien à l’initiative Privée pour l’Aide à la Reconstruction des pays asiatiques du Sud-Est). Elle se définit comme étant une organisation non gouvernementale et compte dans ses rangs pas moins de 600 bibliothèques et lieux de lecture répartis dans 25 régions du pays (Abad, 2024). Créée en 1982 à Versailles en France, l’association est fondée à l’origine pour accueillir les réfugiés de provenance des pays d’Asie du Sud-Est en France (Grzybowski, 2017). Dès sa fondation, elle ouvrait des classes de français en Thaïlande dans les camps de réfugiés ainsi que le long de la frontière avec le Cambodge. En 1991, SIPAR fut implantée au Cambodge, à la demande du ministère de l’Éducation du pays et ouvrit sa première bibliothèque jeunesse à Kompong Speu (SIPAR, s. d. — b). Sa mission principale est de « contribuer au développement du capital humain du Cambodge, et en priorité de ses populations vulnérables, par la promotion de la lecture et de l’accès à la connaissance et à l’éducation » (SIPAR, s. d. — c). Elle oriente ses actions dans le but de promouvoir l’accès et le développement à la lecture, l’éducation ainsi que la lutte à l’analphabétisation (SIPAR, s. d. — c). L’association a commencé à instaurer des bibliothèques et des lieux de lecture au travers du Cambodge et par la suite, commencé à éditer ses propres livres (Abad, 2024). À ses débuts, aucun livre offert n’était écrit en khmer, SIPAR devait commander des livres publiés en anglais et en français et traduisait en Khmer les textes sur les pages (SIPAR, s. d. — b). Cela explique sa seconde mission qui est d’offrir au grand public des livres publiés en khmer. Afin de pallier cette absence, SIPAR décide en 2001 de devenir une maison d’édition proposant leurs propres livres en khmer. Depuis, elle a publié 135 livres pour tous les types de publics en 1,8 million d’exemplaires (Grzybowski, 2017).
En ce qui concerne les bibliothèques, l’association a fait construire pas moins de 318 bibliothèques scolaires, 15 bibliothèques mobiles, neuf bibliobus, trois biblios tuk-tuk, une biblio moto et deux biblios bateaux qui sont établis à travers le Cambodge (Abad, 2024). Il est possible d’y compter 2500 bibliothécaires comme membres de l’association (Grzybowski, 2017). Plusieurs programmes ont été instauré par SIPAR, dont la lecture en milieu scolaire, les bibliothèques mobiles, l’éducation et la lecture en milieu carcéral, le développement de la jeunesse, l’éducation dans les briqueteries (usines de briques où la population est la plus vulnérable et défavorisée) et les maisons d’édition. De plus, elle offre des ateliers de formation avec expertise sur plusieurs sujets touchant les bibliothèques comme : la création et la gestion d’une bibliothèque, le storytelling ainsi que l’utilisation de logiciels professionnels de recherche (SIPAR, s. d. — a).
Cadre législatif
Tel que c’était le cas en 2010 (API et Freedom of Information Working Group, 2010), il s’avère que l’année 2024 est elle aussi marquée par l’absence d’un cadre législatif fonctionnel dont le rôle porterait sur toute dimension relevant soit des institutions bibliothécaires, soit de l’accès à l’information. Cette réalité est en partie due aux événements qui ont eu lieu durant l’histoire contemporaine du pays. Autant les partisans de l’occupation coloniale française que le régime dictatorial des Khmers Rouges ont voulu effacer l’héritage législatif du pays avec un niveau de succès mitigé (Chamroeun et al., 2016). Le rôle joué par ces chamboulements socioculturels dans le ralentissement d’un développement favorable à la dimension légale des institutions bibliothécaires et des services informationnels ne doit pas être sous-estimé.
Toutefois, l’absence de législation sur l’accès à l’information ne laisse pas supposer que le gouvernement cambodgien n’y accorde pas d’importance. En fait, le projet d’une législation de l’information est entamé depuis dix-huit années déjà : 2007, 2015, et 2018 ont été des années phares dans l’atteinte de la situation courante. Elles ont été respectivement marquées par le premier jet d’un règlement, la formation d’un groupe en collaboration avec l’UNESCO pour rédiger une première version du projet de loi, et par la soumission du premier brouillon officiel pour son approbation (Advocacy and Policy Institute, 2019). Alors que le ministre de l’Information affirmait que la phase initiale de rédaction avait été complétée en septembre 2021 (C.Nika, 2021), il était possible de lire dans un article paru en janvier 2024 que le gouvernement planifiait de finaliser la loi au courant de l’année (Seoung, 2024). Malheureusement, un second article paru en septembre rapporte que les choses ne s’étaient pas déroulées conformément aux intentions initiales du gouvernement (Khuon et Seoung, 2024). Comme les brouillons de cette loi sont très difficiles d’accès, il faut se contenter des commentaires qui ont été produits en référence à ses différentes itérations pour se faire une idée de son contenu. Celui auquel on se réfère par la suite a été produit par l’organisme Advocacy and Policy Institute. Le très bref survol qui suit a pour but de faciliter l’intégration de certains débats qui sont à interpréter en tenant compte du cadre sociohistorique propre au Cambodge. Toutes recherches sur le sujet qui auraient lieu dans les années à venir devront alors être faites à la lumière des plus récents développements dans le domaine.
Dans ce commentaire, l’une des inconformités les plus majeures du projet qui avait été cernée dans son itération du mois d’avril 2020 était la problématique des recours (Leos, 2020, p.2). Plus précisément, la loi prévoyait un système permettant d’entamer des recours visant les demandes d’informations. Ce système — pourtant conçu de manière inconforme aux attentes de la communauté internationale — avait été secondé par Leos. Selon lui, la situation économique cambodgienne ne permettait pas la fondation d’un nouveau corps étatique autonome pouvant se concentrer uniquement sur les enjeux de l’information. Il proposait plutôt de se concentrer davantage sur d’autres problématiques fondamentales au projet de loi et dont la conciliation était plus réaliste.
Dès le premier article, Leos retient des problématiques majeures (Leos, 2020, p.16). Les deux plus importantes étant l’omission de mentionner que l’application de cette loi se fait à la lumière de l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ainsi que de l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui sont tous deux des références clés pour la standardisation des droits individuels au sein de la communauté internationale. Outre le fait que l’ajout de cette mention permettrait de s’assurer du respect des règles telles qu’elles y sont rédigées, elle ferait aussi en sorte que l’État cambodgien respecterait son propre engagement d’appliquer la Déclaration (Chamroeun et al., 2016 ; Leos, 2020, p.16). D’ailleurs, la modification de l’article 11 suggérée par l’auteur renvoie à l’article 19 de la Déclaration. La loi prévoyait que toutes demandes d’information devaient se faire au moyen d’une identification obligatoire de la personne demandante — une flagrante entrave à la réelle liberté d’accès à l’information. Quelques autres modifications qui avaient été recommandées par l’auteur pour répondre à certains cas problématiques sont les suivantes (entre parenthèses se trouvent la nature du changement recommandé par Leos ainsi que l’article visé) : A. la transparence totale lors de l’application de la loi (ajout ; article 1), B. l’étendue de la loi à l’entièreté des documents qui sont possédés par les entités publiques (révision ; article 4), C. le temps nécessaire entre chaque demande d’information (révision ; article 13), D. la limite de 40 jours entre deux requêtes identiques (retrait ; article 15), E. l’ajout d’une mention de clauses spéciales de prohibition pouvant justifier la garde d’une information par l’État face à la nation (retrait ; article 20), F. la protection restreinte garantie aux informateurs (révision ; article 25), G. la notion de sanctions disciplinaires (révision ; article 29).
Information complémentaire
Comme la bibliothèque nationale est l’une des figures d’autorité principales au sein du milieu bibliothécaire cambodgien, il est possible de s’informer des préoccupations majeures du milieu en consultant les objectifs qu’elle veut atteindre. À cette fin, vous pourrez consulter les traductions suivantes des objectifs pour la période 2016 à 2020 qui avaient été publiées sur le site officiel de l’institution (Bibliothèque nationale du Cambodge, s. d.) :
- Compiler et publier une bibliographie des ouvrages qui ont une signification nationale ayant été publiés à l’intérieur du pays via le catalogage des nouveaux livres, des livres d’histoires, et des magazines publiés au Cambodge ou à propos de celui-ci.
- Assembler une liste des nouvelles ressources publiées au Cambodge.
- Trouver de nouveaux ouvrages de référence et de nouvelles ressources de documentation.
- Protéger les ressources existantes des pertes dues aux vols et aux dommages.
- Promouvoir et encourager les ressources de la Bibliothèque nationale.
- Gérer efficacement les ressources de la Bibliothèque, que ce soit son personnel, ses livres, ou ses services.
- Développer la compétence de la bibliothèque à bien remplir ses fonctions via le programme de développement des capacités du personnel afin que l’entièreté du personnel comprenne leurs rôles et reçoive un entraînement professionnel, des livres et l’équipement nécessaire pour accomplir leurs tâches efficacement tout en recevant des récompenses incitatives pour le développement de ces dites compétences.
Les points les plus marquants auxquels il semble pertinent d’accorder davantage d’attention sont : les intentions de promouvoir et d’améliorer les services de la bibliothèque, mais aussi au développement du milieu bibliothécaire cambodgien. L’importance d’un personnel professionnellement qualifié au sein des bibliothèques y est soulignée et l’offre de récompenses visant à recevoir davantage d’applications peut témoigner quant à lui d’une volonté à combler ce manque dans de brefs délais.
Bibliographie & références
Abad, R. (2024, 5 juin). Culture & Association : SIPAR, passeur inlassable de connaissance au Cambodge. Cambodge Mag. https://www.cambodgemag.com/post/culture-association-sipar-passeur-inlassable-de-connaissance-au-cambodge
Advocacy and Policy Institute. (2019, 28 décembre). Cambodia Draft Law on Access to Information – Legal Analysis – Draft 20-21 November 2019. API Institute. https://apiinstitute.org/uploads/Handbooks_Info%20Materials/Access%20to%20Information/Access-to-Information-Draft-Law-Analysis-2019.pdf
API et Freedom of Information Working Group. (2010). Introduction to access to information in Cambodia. http://ticambodia.org/library/wp-content/files_mf/1452238572a2ienglish.pdf
Bibliothèque nationale du Cambodge. (s. d.). ទិសដៅការងាររបស់បណ្ណាល័យជាតិកម្ពុជាឆ្នាំ២០១៦-២០២០.បណ្ណាល័យជាតិកម្ពុជា. http://nlc.gov.kh//kh/about-us/4
Black, K. (2000). Rapport de stage : Livre français et promotion de la lecture au Cambodge : la médiathèque/bureau du livre [rapport de stage, ENSSIB], Core. https://core.ac.uk/download/pdf/32632747.pdf
Bywater, M.A. (1998). Libraries in Cambodia : Rebuilding a Past and a Future. IFLA Journal, 24 (4), 223-227.
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Chamroeun, H., Chansangvar, T., Hisham, M., Pharat, N., Phoungwattey, K., Prasnar, Y., Rada, S., Rith, K., Siphana, S., Socheata, N., Solidar, M., Sothpolin, K., Sunday, S. et Vong, L. (2016). Droit du Cambodge. LGDJ, Lextenso éditions.
Chandler, D. (2008). A History of Cambodia (4e ed.). Westview Press.
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