17 Mongolie
Lauria Roberts, Melle Rohan, Aliénor St-Amand, Lydia McDuff
Profil du pays
La Mongolie est un pays d’Asie du Nord, enclavé par la Russie (au nord) et la Chine (au sud). Le pays est divisé en 21 provinces, et Oulan-Bator, la capitale, possède le statut unique de municipalité (CIA, 2024). Sa superficie totale est de 1 564 116 km², et avec une population de 3,3 millions d’habitants, il s’agit du pays avec la densité de population la plus faible au monde (Myagmar, 2024). Un tiers de la population habite la capitale alors que 40% de la main-d’œuvre du pays est nomade et vit de l’élevage du bétail (BBC, 2023). La langue officielle est le mongolien et le bouddhisme est la religion la plus pratiquée. Le taux de littératie est élevé ; 99,2% des individus âgés de 15 ans et plus étaient en mesure de lire et d’écrire en 2020 (CIA, 2024).
Ancien pays de l’URSS, la Mongolie a abandonné le communisme en 1992 (GEO et Agence France-Presse, 2024). Elle est aujourd’hui une république semi-présidentielle et entretient des liens culturels, politiques et militaires étroits avec la Russie. La Chine est son principal partenaire économique (CIA, 2024). Son économie, longtemps basée sur l’agriculture, a connu une forte croissance grâce à la richesse de son sous-sol en cuivre, en minerai de fer, en charbon et en uranium, qui constituent ses exportations principales (GEO et Agence France-Presse, 2024).
Histoire
La première bibliothèque mongole a été fondée à Oulan-Bator le 19 novembre 1921, quatre mois après la révolution mongole (Johnson et Yadamsuren, 2010 ; National Library of Mongolia, s.d.). Elle fut établie à l’intérieur de Sudar Bichgiin Hureelen (Institut de la Langue), qui est plus tard devenu l’Académie de Mongolie. En 1924, elle est devenue la Bibliothèque Centrale d’État de Mongolie, qui est aujourd’hui connue comme étant la bibliothèque nationale du pays. Peu d’études témoignent de l’histoire des bibliothèques en Mongolie, mais puisqu’elles ont initialement été fondées alors que le pays faisait partie de la famille soviétique, il est possible que les politiques de développement des bibliothèques en Union soviétique étaient également suivies en Mongolie. Ainsi, les bibliothèques mongoles avaient initialement comme rôle, en plus d’encourager l’alphabétisation et l’éducation de la population, de transmettre à leur communauté les idéaux socialistes. Parmi les bibliothécaires mongoles, la période socialiste est perçue comme l’âge d’or des bibliothèques en Mongolie, car le rôle idéologique qu’il leur était assigné leur procurait une place importante en société et encourageait la population à les visiter. Après la chute de l’Union soviétique, la situation économique qui en résulta eut un impact largement négatif sur les bibliothèques mongoles : en plus de voir leur fréquentation grandement réduire, elles sont passées de 418 en 1989 à 181 en 2000, soit une réduction de plus de 50%. La transformation du paysage politique mongol a aussi engendré un changement quant au rôle des bibliothèques : n’étant plus responsables de faire circuler les idéaux socialistes, les bibliothécaires perçoivent dorénavant plutôt leur rôle comme étant de répondre aux besoins informationnels de leurs usagers (Johnson et Yadamsuren, 2010).
Types de bibliothèques
Bibliothèque nationale
La Bibliothèque nationale de Mongolie, située à Oulan-Bator, la capitale du pays, a été fondée en 1921 par le Comité scientifique de Mongolie, au lendemain de la Révolution mongole. Elle est aujourd’hui placée sous la juridiction du ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sciences et des Sports. Depuis 2004, sa mission est de collecter, préserver et valoriser le patrimoine culturel et les œuvres intellectuelles produites dans le pays, et de les transmettre aux générations futures. En tant que bibliothèque publique, elle s’efforce d’offrir des services accessibles, de qualité et adaptés aux usagers. Elle établit et consolide les normes nationales de la profession, et fournit des conseils méthodologiques professionnels à plus de 1500 bibliothèques implantées aux quatre coins de la Mongolie. Elle organise aussi de nombreuses formations avancées pour les bibliothécaires des zones rurales. Elle a rejoint l’IFLA en 1991 (CDNLAO, 2018). En outre, elle collabore activement avec diverses institutions nationales, ainsi que des universités et des bibliothèques universitaires : elle est notamment la principale bibliothèque de recherche du pays. Ces partenariats permettent de favoriser la circulation des savoirs entre différentes bibliothèques, d’enrichir les collections et de faciliter l’accès à des ouvrages spécialisés pour les chercheurs, les étudiants et le grand public. En ce qui concerne les conditions d’accès de la bibliothèque nationale, il est nécessaire de s’inscrire et de renouveler annuellement sa carte de membre : des démarches qui engendrent un certain coût pour les usagers (The National Library of Mongolia, s. d.).
Depuis 1921, la bibliothèque a considérablement élargi sa collection qui dépasse aujourd’hui 3,5 millions d’ouvrages (dont plusieurs ne sont pas catalogués). Elle offre quelques ordinateurs (une dizaine), plusieurs collections de manuscrits rares, dont certains sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, mais également des livres et des revues en tous genres (LALORC, 2011). La capacité de ses locaux étant devenue insuffisante, le projet de construction d’un nouveau bâtiment a vu le jour en 2016, et a été achevé en 2024. La transition vers le nouveau bâtiment, qui est toujours en cours, offrira un accès amélioré aux services : il a aussi été enrichi d’une section éducative et culturelle destinée aux personnes ayant des difficultés d’apprentissage ou des handicaps (cécité, surdité) (Sambuunyam, 2024).
Bibliothèque publique
Pour améliorer l’accès à de l’information actuelle en milieu rural, le gouvernement mongol a tenté différentes approches à la fin des années 1990, avec l’aide d’un financement externe (Inde, États-Unis, Corée du Sud), comme celle d’instaurer dans quelques provinces du pays des Centres d’information et de services pour les citoyens (CISC) et des Centres d’information communautaires (CIC). Des problématiques liées au financement à long terme, puis aux compétences techniques et en gestion des professionnels de l’information ont fait en sorte que peu d’entre eux sont demeurés actifs après une décennie. De plus, ce type d’infrastructure gouvernementale doit faire face à la concurrence de diverses entreprises privées, dont les cybercafés : implémentés partout en Mongolie, ils sont souvent les seuls points d’accès à internet dans les déserts numériques en Mongolie. Les centres d’informations financés par le gouvernement, comme les CIC, les CISC et les bibliothèques publiques qui sont dispersées un peu partout en Mongolie, sont généralement moins efficaces, parfois difficilement accessibles et donc moins fréquentés. Bien que les services en bibliothèques publiques soient payants pour les usagers, les ressources analogiques disponibles sont souvent obsolètes, l’internet n’y est que peu offert, et les bâtiments sont mal chauffés et en mauvais état (Pact Mongolia, 2008).
Le bâtiment principal de la bibliothèque métropolitaine d’Oulan-Bator a quant à lui bénéficié, dans les dernières années, de diverses améliorations de ses installations. Pour la première fois depuis 1991, des réparations, de la maintenance et certains travaux de modernisation des locaux ont été faits, entre 2018 et 2019 (Dulguun, 2019). Plusieurs projets de rénovation et d’extension sont à prévoir au sein de la capitale dans les prochaines années puisque le budget gouvernemental alloué aux bibliothèques augmente tranquillement grâce à différents partenariats, notamment avec la Corée du Sud. Outre les différents projets de rénovation et de réhabilitation, il est pertinent de noter que la bibliothèque métropolitaine d’Oulan-Bator offre l’accès à plus de 3000 collections de livres et de documents de recherches, dont plusieurs sont en mongol et certains sont en braille (Chantsalmaa, 2024).
Finalement, après l’ère soviétique, l’opinion publique en Mongolie est mitigée concernant ces bibliothèques, censées être au service du peuple. Elles sont rarement considérées comme un outil de développement communautaire, et encore moins comme des établissements valorisant une littératie informationnelle et numérique pertinente pour les usagers. Il semble que pour l’instant, la solution la moins coûteuse consistant à fournir des services d’information uniquement via internet à travers le pays prime sur les autres, certainement par manque de financement et d’une structure de gouvernance adéquate (Johnson, 2007).
Bibliothèque ambulante
La bibliothèque ambulante, ou Mobile Library, a été mise sur pieds par Dashdondog Jamba, auteur de livres pour la jeunesse, ainsi que par sa femme et son fils. Ensemble, ils se sont donné pour mission d’offrir aux enfants des régions rurales de Mongolie une opportunité devenue rare après la chute de l’URSS, celle de lire des livres exempts de propagande communiste, de développer leur imagination, de s’évader de leur quotidien terre-à-terre. Le projet a démarré au début des années 1990 : l’homme et sa famille ont sillonné pendant plus de 20 ans le désert du Gobi, les steppes et les montagnes, ont visité quelques écoles rurales, tout ça aux rênes de leur bibliothèque ambulante (Jamba, 2008), à dos de chameaux, de chevaux, et plus tard, enfin, à bord de leur caravane (Jacques, 2014). Aux enfants parfois réticents, M. Jamba racontait des histoires pour éveiller leur intérêt : sa famille et lui pouvaient ensuite rester plusieurs jours au sein d’un même village pour que chacun des enfants ait eu le temps de lire tous les livres qui leur plaisaient. La famille n’était pas rémunérée pour son activité, et les livres provenaient surtout de dons (Ruurs, 2005, p. 20-21). Cette initiative, saluée en 2006 par le prix IBBY-Asahi pour la promotion de la lecture, a permis de redonner de l’importance aux bibliothèques pour la jeunesse en Mongolie, de réinvestir une sphère qui a été mise de côté par la logique de rentabilité du nouveau régime capitaliste.
Depuis, d’autres projets de bibliothèques ambulantes ont vu le jour pour permettre aux populations rurales d’accéder à de l’information actuelle et combler les lacunes des bibliothèques publiques du pays. Celles-ci, trop éloignées les unes des autres et difficilement accessibles pour certains groupes, ne répondent toujours pas aux besoins informationnels de la population mongole (Pact Mongolia, 2008).
Bibliothèque scolaire
Suite à la transition du pays vers une économie de marché dans les années 1990, le nombre d’élèves inscrits dans les écoles rurales a considérablement chuté, tandis que l’accès à des ressources pédagogiques de qualité est devenu limité. Pour remédier à cette situation, le gouvernement de la Mongolie a lancé plusieurs initiatives, dont le projet READ (Rural Education and Development) soutenu par la Banque mondiale, qui s’est déployé sur six années, soit entre 2006 et 2013. Celui-ci a permis d’installer des bibliothèques dans les salles de classe de toutes les écoles primaires rurales de Mongolie, contribuant ainsi à améliorer la qualité de l’éducation en intégrant la lecture au programme scolaire. En effet, avant ce projet, on trouvait très peu de livres au sein des écoles rurales. Grâce à READ, 3 560 classes dans 383 écoles réparties dans toute la Mongolie ont reçu chacune 160 livres. Plus de 4 500 enseignants ont été formés aux méthodes de lecture proposées, qui sont basées sur l’interaction, le partage et la création de leurs propres livres témoignant de leur quotidien et de leurs aspirations. Le projet a ainsi permis à plus de 130 000 enfants de bénéficier de ces nouvelles bibliothèques (World Bank, 2013).
Bibliothèque universitaire
Le gouvernement, en souhaitant assurer une croissance économique de la Mongolie sur le long terme, a beaucoup investi dans la recherche : il en est d’ailleurs le principal commanditaire. Il y a cependant une problématique de surabondance d’établissements d’enseignement supérieur en Mongolie : il y en a 160 pour 3,3 millions d’habitants. 70% de ces établissements sont privés, mais la qualité de leur enseignement et de leurs services est discutable, et la plupart ne répondent pas aux normes d’accréditation (Scheiding, Yadamsuren et Lkhagva, 2013).
Le même constat peut être fait pour les principales bibliothèques universitaires du pays situées à Oulan-Bator, notamment celles de l’Université Nationale de Mongolie (NUM), de l’Université mongole des Sciences et des Technologies (MUST), de l’Université mongole d’Éducation (MSUE) et de l’Université d’Économie et des Finances (UEF). En effet, malgré les initiatives du ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sciences et des Sports concernant la formation des professionnels de l’information, leurs services demeurent pauvres en termes de qualité et d’adaptation aux besoins des usagers en toutes circonstances. Les pratiques de libre accès parmi les membres de la communauté académique ne sont ni fréquentes ni optimales, et l’accès hors campus aux bases de données est restreint encore aujourd’hui (Ganbaatar, Otgondoo et Mashbat, 2023). En bref, les ressources offertes par les bibliothèques académiques à ce jour ne parviennent pas à répondre adéquatement aux besoins des chercheurs (Scheiding, Yadamsuren et Lkhagva, 2014).
Cadre éducatif en sciences de l’information et des bibliothèques
Parmi les bibliothécaires mongols, les parcours éducatifs varient. Ils peuvent avoir suivi des études en bibliothéconomie dans une université ou un collège, ou avoir suivi quelques cours leur permettant d’être suffisamment qualifiés pour travailler en bibliothèque. Certains ont étudié en Mongolie, d’autres à l’extérieur du pays, par exemple en Union soviétique (Johnson et Yadamsuren, 2010).
Situé à Oulan-Bator, l’Université Nationale des Arts et de la Culture de Mongolie offre une formation en bibliothéconomie depuis 1960. En 1969, un département de bibliothéconomie est inauguré à l’intérieur de l’université. Le programme a changé de forme à plusieurs reprises depuis sa création jusqu’en 2010 et, depuis 2013, il est régulièrement mis à jour pour correspondre aux standards internationaux en matière d’éducation. Le département offre des cours de premier cycle universitaire, des cours en ligne ainsi que des cours de niveaux avancés (Mongolian National University of Arts and Culture, 2019).
Durant leur carrière, les bibliothécaires mongols peuvent poursuivre leur développement professionnel, entre autres grâce à des collaborations internationales. Par exemple, en 2018, une délégation de cinq libraires mongols, invités par l’International Center of the Capital Region à Albany (New York), ont visité des bibliothèques américaines de différents états. L’expérience leur a permis d’apprendre comment les bibliothèques sont gérées aux États-Unis et d’appliquer les connaissances apprises une fois de retour chez eux (The Altamont Enterprise, 2018). Un autre exemple est le programme Libraries Without Borders organisé par l’Ambassade d’Australie en Mongolie en collaboration avec la Bibliothèque Nationale de Mongolie et la Mongolian Library Association de septembre 2022 à décembre 2023. Durant ce projet, des formations pour améliorer les compétences professionnelles des bibliothécaires mongols ont été offertes (Oyunsan, 2023).
Association de bibliothèques
En Mongolie, le cadre associatif pour la bibliothéconomie reste relativement modeste, mais reçoit l’appui d’initiatives locales et internationales pour améliorer l’accès à la lecture et affirmer le rôle des bibliothèques, qui transforment progressivement le profil bibliothéconomique du pays.
Il n’existe qu’une association de bibliothèques en Mongolie, la Mongolian Library Association (MLA), qui est également membre de l’IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions [IFLA], 2023). Elle se donne pour mission de promouvoir la coopération, la représentation et le développement des bibliothèques en Mongolie (Mongolian Library Association [MLA], s. d.). Ré-établie en 2018, elle a joué un rôle clé dans le renforcement des compétences des bibliothécaires et dans l’amélioration des bibliothèques au pays. Elle oriente ses efforts vers l’organisation de sessions de formation, l’amélioration du cadre législatif pour les bibliothèques et la promotion de partenariats avec des organisations internationales (Myagmar, 2024 ; Oyunsan, 2023).
La MLA compte parmi ses initiatives le projet Libraries Without Borders, lancé en septembre 2022 en collaboration avec la Bibliothèque nationale de Mongolie et soutenu par une aide financière de l’Ambassade australienne (Oyunsan, 2023). Les contraintes budgétaires occasionnées par la pandémie de COVID-19 ayant exacerbé les manques en matière de développement de collections, d’expertise technique et de compétences bibliothéconomiques dans les bibliothèques rurales, le projet visait à fournir un soutien pour tous ces aspects dans les bibliothèques publiques de chacune des 21 provinces mongoles, assurant l’accès au savoir et aux ressources en dépit des obstacles géographiques. Entre autres, un système de gestion de bibliothèque a été traduit en mongol afin d’aider les bibliothécaires à mieux l’utiliser (Myagmar, 2024). Lorsque le projet s’est conclu en décembre 2023, plus de 800 bibliothécaires avaient bénéficié des formations de développement de compétences offertes, les bibliothèques des régions éloignées avaient enrichi leurs collections, en particulier celles destinées aux jeunes publics, et une plateforme en ligne établissant un réseau entre les bibliothèques publiques locales afin d’introduire et standardiser un programme reflétant les principales tendances bibliothéconomiques avait été élaborée (Oyunsan, 2023).
En outre, certaines bibliothèques de la Mongolie, dont la Bibliothèque nationale et celle de l’université nationale, sont membres du Mongolian Library Consortium (MLC) dont l’action complémente celle de la MLA. Le MLC vise entre autres à étendre l’accès aux ressources électroniques pour tous les publics. Il facilite également les partenariats internationaux qui apportent une expertise mondiale aux contextes locaux. Par exemple, en 2008, le MLC a collaboré avec eIFL.net, un organisme européen sans but lucratif, afin de construire un programme de renforcement de capacités en planification stratégique pour la Bibliothèque nationale. Le programme visait à soutenir la transition de cette dernière dans un nouvel édifice acquis l’année précédente, transition qui impliquait de nombreux changements organisationnels et l’introduction de nouveaux services et technologies (Fuegi et Segbert-Elbert, 2010).
Cadre législatif
Les bibliothèques en Mongolie opèrent dans un cadre législatif en pleine évolution, influencé par la transition du pays vers une démocratie et une économie de marché. La Constitution de Mongolie de 1992 et le Code civil de 2002 établissent un cadre juridique pour les bibliothèques en Mongolie en garantissant les droits à la culture et à l’éducation et en abordant les questions de propriété intellectuelle (Ganbold et Tseveen, 2006).
La Constitution de 1992 met l’accent sur les droits culturels et éducatifs, affirmant que l’État doit protéger les objets historiques et culturels ainsi que le patrimoine scientifique et intellectuel du peuple mongol. De plus, elle garantit le droit à l’éducation et stipule que l’État doit fournir une éducation générale universelle gratuite. Elle protège également la liberté d’expression et d’accès à l’information, qui sont essentielles au travail des bibliothèques (Constitute project, 2001).
Le Code civil mongol de 2002 fournit un cadre législatif essentiel pour les bibliothèques en établissant les règles fondamentales du droit des contrats et de la responsabilité civile. Les bibliothèques utilisent le droit des contrats pour acquérir des documents, concéder des licences pour des ressources numériques, conclure des contrats de service et participer à des accords de prêt entre bibliothèques. Ce cadre garantit un environnement juridique stable pour les opérations des bibliothèques. De plus, les dispositions du Code civil concernant la responsabilité civile obligent les bibliothèques à assurer la sécurité des usagers, à préserver les collections et à respecter le droit d’auteur, garantissant ainsi le bon fonctionnement et la protection des ressources de la bibliothèque (Ganbold et Tseveen, 2006).
Les bibliothèques mongoles sont confrontées à plusieurs enjeux importants liés au cadre législatif actuel, qui entravent leur capacité à s’adapter aux nouvelles technologies et aux besoins d’une société démocratique. Un des principaux obstacles est le manque de dispositions spécifiques et claires concernant les services numériques dans la loi sur le droit d’auteur. Les experts consultés dans le cadre du projet EIFL-IP ont souligné que la loi de 2006 sur le droit d’auteur et les droits voisins, et même la loi sur la propriété intellectuelle de 2020 qui l’a remplacée, ne répondent pas aux besoins des bibliothèques à l’ère numérique. Les bibliothécaires se retrouvent donc limités dans leur habileté à offrir des services numériques efficaces et à répondre à la demande croissante d’accès à l’information en ligne. Par exemple, la numérisation d’œuvres protégées pour la conservation ou le partage avec d’autres bibliothèques peuvent poser des problèmes de droit d’auteur (EIFL-IP, 2013).
Informations complémentaires
En Mongolie, l’adaptation au mode de vie nomade a profondément façonné la relation de la population aux bibliothèques. La vie nomade, caractérisée par la mobilité et la dispersion géographique, pose des défis particuliers à l’accès et à l’utilisation des services de bibliothèque traditionnels. Voici quelques enjeux que cette caractéristique implique par rapport aux bibliothèques en Mongolie.
Premièrement, la nature mobile du nomadisme rend difficile la fréquentation régulière des bibliothèques physiques, qui sont souvent concentrées dans les centres urbains. Les vastes distances et le manque d’infrastructures de transport dans les zones rurales limitent l’accès des nomades aux services de bibliothèque traditionnels (Ariunaa, Britz et Johnson, 2005).
De plus, les peuples nomades ont des besoins d’information uniques liés à leurs modes de vie et à leurs activités économiques. Ils ont besoin d’informations pratiques sur les conditions météorologiques, les pâturages, les soins du bétail, les marchés et les services gouvernementaux. Les bibliothèques doivent adapter leurs collections et leurs services pour répondre à ces besoins spécifiques. Ces besoins diversifiés s’imposent également au niveau du support des informations. Bien que l’accès aux technologies reste parfois un défi, ces technologies s’avèrent être un outil précieux pour les nomades. Les technologies mobiles, telles que les téléphones portables et les tablettes, offrent un potentiel énorme pour améliorer l’accès à l’information pour ces populations. Les bibliothèques doivent donc axer leurs services vers ces technologies pour fournir des services à distance, tels que des catalogues en ligne, des livres électroniques et des ressources numériques accessibles via Internet mobile (Ariunaa, Britz et Johnson, 2005).
Dernièrement, les bibliothèques mongoles ont un rôle crucial à jouer dans la préservation des traditions orales des nomades, un patrimoine culturel, immatériel, riche et précieux. Les nomades mongols possèdent un vaste corpus de connaissances traditionnelles, d’histoires, de chansons et de légendes transmis oralement de génération en génération. Ces traditions orales, intrinsèquement liées à leur mode de vie nomade et à leur environnement naturel, constituent un élément essentiel de l’identité culturelle mongole (Dambiinyam et Nelson, 2013).
En somme, les bibliothèques mongoles incarnent une symbiose unique entre tradition et modernité. Elles s’adaptent aux défis du nomadisme en intégrant les technologies mobiles et en répondant aux besoins spécifiques des communautés nomades (Johnson et Yadamsuren, 2010). Elles jouent un rôle crucial dans la préservation des traditions orales des nomades, gardiennes d’un patrimoine culturel immatériel inestimable. En évoluant vers un modèle axé sur les citoyens, elles contribuent à la construction d’une société mongole plus démocratique et plus ouverte sur le monde.
Références
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